Le Pentagone a présenté hier, mardi 21 avril, le détail du budget qu’il sollicite auprès du Congrès pour l’année fiscale 2027, qui débutera le 1er octobre 2026. Celui-ci prévoit une hausse de 42 % des dépenses de défense, qui seraient portées à 1 504 milliards de dollars, dont près de 75 milliards pour les drones et les technologies destinées à les contrer, soit un montant supérieur au budget de la défense de la plupart des pays au monde 1.

  • S’il venait à être adopté, ce budget allouerait 54,6 milliards de dollars au Defense Autonomous Warfare Group (DAWG), une structure du Pentagone créée sous l’administration Trump qui a intégré l’an dernier l’initiative Replicator lancée sous Biden en 2023.
  • La demande de la Maison-Blanche prévoit également 20 milliards de dollars pour les systèmes de lutte contre les drones, notamment les drones d’attaque à usage unique (« one-way attack drone », ou « OWA »), son programme d’avions de combat collaboratifs sans pilote et le drone de ravitaillement en vol MQ-25 Stingray 2.
  • Le budget de DAWG pourrait ainsi connaître une hausse de 24 070 % par rapport à l’année fiscale 2026, lorsqu’il avait reçu 225,9 millions. 
  • Au total, le Pentagone avait demandé 16,5 milliards de dollars pour les drones au Congrès pour cette année.

Selon des responsables de l’administration, la majorité de ces fonds est destinée à la mise en œuvre de technologies existantes, et non à la recherche fondamentale à long terme 3. Lors d’un briefing tenu mardi 21, le directeur de la structure des forces, des ressources et de l’évaluation à l’état-major interarmées du Pentagone, Steven Whitney, a présenté le DAWG comme un outil « agile » dont la mission est d’innover et de développer de nouvelles capacités en matière de drones en l’espace de « quelques semaines » — un délai très court, mais qui correspond aux cycles observés au sein de l’armée ukrainienne notamment 4.

La guerre israélo-américaine contre l’Iran a montré les limites des capacités de l’armée américaine en matière de drones.

  • Celle-ci a eu recours à plusieurs systèmes de drones dans le détroit d’Ormuz, comme le GARC (Global Autonomous Reconnaissance Craft), un drone-boat conçu par l’entreprise américaine BlackSea Technologies, et le LUCAS (Low-Cost Uncrewed Combat Attack System), un OWA adapté du Shahed-136 iranien.
  • Elle a toutefois manqué de capacités de riposte pour contrer des drones iraniens visant ses bases et ses alliés dans la région, et a été contrainte de tirer des missiles à plusieurs millions de dollars pour contrer des drones qui en valent seulement quelques milliers.
  • Le Pentagone s’est également tourné vers l’Ukraine pour bénéficier de l’expertise de son armée en matière de défense, mais aussi de production.
  • Le Merops, un système anti-drones développé par une entreprise fondée par l’ex-PDG de Google, Eric Schmidt, avec l’aide de combattants ukrainiens fait notamment partie des systèmes sollicités.
  • Kiev a développé plusieurs de ces systèmes depuis le lancement de l’invasion russe de 2022, afin de faire face aux vagues aériennes massives, comme le Bullet, déployé cet hiver, ou le P1-Sun, dont le coût unitaire est de seulement 1 000 dollars.
  • L’armée ukrainienne teste également depuis plus d’un an en conditions réelles des drones FPV alimentés par l’intelligence artificielle, comme les Bumblebee, qui sont équipés d’un logiciel embarqué fonctionnant en autonomie sur des micro-ordinateurs type Raspberry Pi qui les rend insensibles au brouillage.

La hausse considérable du budget du Pentagone s’inscrit dans la lignée du décret présidentiel signé en juin 2025 par Trump. Intitulé « Accélérer la domination américaine dans le domaine des drones » (« Unleashing American Drone Dominance »), ce document vise à accélérer les délais d’innovation et de production afin de réduire la dépendance de l’armée américaine vis-à-à-vis d’autres pays.

  • Le Pentagone vise à livrer « des dizaines de milliers » de drones à l’armée cette année, et « des centaines de milliers » d’ici 2027, soit environ 340 000 unités en deux ans 5.
  • Si cet objectif représente un effort considérable par rapport aux années précédentes, il reste loin du rythme de production des armées russes et ukrainiennes.
  • Kiev s’est fixé pour objectif de produire 7 millions de drones cette année, soit 9 fois plus qu’en 2023 (800 000 unités).