Depuis le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, le pape Léon XIV exprime des condamnations de plus en plus claires de l’action du régime Trump au Moyen-Orient, et spécialement des bombardements israéliens meurtriers sur le Liban —  pays qu’il a visité à l’automne dernier à l’occasion de sa première visite pastorale. 

En réaction aux publications frénétiques de Donald Trump sur les réseaux sociaux, évoquant « l’anéantissement d’une civilisation » entre deux bordées d’injures, le pape avait jugé mardi soir, depuis sa résidence de Castel Gandolfo, « vraiment inacceptable » une menace proférée « contre tout le peuple iranien ». 

  • Il avait aussi appelé les citoyens américains à contacter « leurs représentants (congressman) ». 
  • Les mots peuvent certes paraître faibles ou convenus, mais pour une diplomatie vaticane habituée à user de circonlocutions prudentes, la condamnation était exprimée en des termes inhabituellement clairs et forts, et ce, sans lire, en improvisant. 
  • Avec l’annonce d’un cessez-le-feu américano-iranien, on avait pu croire que l’amorce d’une détente était en vue, le pape exprimant alors sa « satisfaction » et ses espoirs fragiles quant à la pérennisation du cessez-le-feu. Le pape ne fait ici que répéter ses appels pressants en faveur de la paix, comme il le fait chaque dimanche ; sa ligne n’a pas varié depuis le déclenchement du conflit. 

Comme l’a révélé le journaliste Mattia Ferraresi, les tensions entre l’administration Trump et la nonciature de Washington sont extrêmement vives depuis plusieurs mois. 

  • Le cardinal français Christophe Pierre, nonce à Washington jusqu’à sa retraite pour raison d’âge le 7 mars dernier, était réputé pour être un opposant résolu à la politique migratoire de l’administration Trump. Il était également connu pour avoir l’oreille du pape François et servir de relais avec la fraction de l’épiscopat américain la plus méfiante envers la nouvelle administration.  
  • Son successeur, Gabriele Caccia, ancien observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies (2019-2026), a un profil plus classique, ayant été formé par les cardinaux modérés Leonardo Sandri (Argentin peu apprécié de François) et Fernando Filoni. 
  • Selon le même journaliste, la Maison Blanche aurait très mal supporté que Léon XIV choisisse le 4 juillet, fête nationale américaine et anniversaire cette année des 250 ans de l’indépendance des États-Unis, pour se rendre en visite pastorale sur l’île de Lampedusa, où son prédécesseur, François, avait prophétiquement déploré la « mondialisation de l’indifférence » lors de son premier déplacement, face à la crise migratoire. 

Le passif entre J.D. Vance et Robert Prevost est ancien, même si le vice-président américain avait été reçu en audience par le pape dès le 19 mai 2025, soit quelques jours après son élection. 

  • Évêque au Pérou, puis cardinal à Rome, il avait déjà condamné sur les réseaux sociaux la politique migratoire répressive de l’administration Trump. 
  • C’est précisément pour contrer ces critiques de hiérarques catholiques, de plus en plus nombreuses, que le vice-président, converti au catholicisme, avait évoqué la doctrine classique de l’ordo amoris (ou amour de préférence), d’inspiration augustino-thomiste, qui tend à établir un ordre de priorités dans les affections naturelles selon la proximité communautaire. 

Au cours de ces épisodes de tensions et de menaces plus ou moins voilées, certains responsables de l’administration Trump auraient aussi évoqué le précédent de la papauté d’Avignon, au XIVe siècle — ce que Washington a démenti. 

À la suite de la querelle très vive opposant le roi de France Philippe le Bel au pape Boniface VIII (qui alla jusqu’à un attentat physique sur la personne du pape par un conseiller du roi), les successeurs de ce dernier, tous Français, ont dû quitter Rome pour résider à Avignon, dans l’orbite du royaume de France, mais alors située en terre d’Empire, de 1309 à 1378. 

  • Par là, les rois de France entendaient surveiller de plus près l’administration pontificale, qui s’était notablement accrue pendant cet exil, et contrôler entièrement sa politique extérieure. 
  • En 1378, après d’infructueuses tentatives de réinstallation à Rome du pape Urbain VI, de nouvelles tensions débouchèrent sur le Grand Schisme d’Occident, soit l’élection de deux papes antagonistes qui s’excommunièrent mutuellement à Rome et Avignon, et la division des principautés chrétiennes en deux obédiences, puis trois en 1409 après l’élection d’un troisième pape concurrent à Pise. 
  • Ces obédiences reflétaient les clivages géopolitiques du temps, en pleine guerre de Cent Ans. 
  • La crise ne fut résolue que par l’élection en 1417 d’un outsider, Martin V, qui fit la quasi-unanimité autour de son nom, à l’initiative du concile œcuménique de Constance, l’assemblée des évêques se révélant comme la véritable instance de résolution de la crise. 
  • Mais il en résulta tout de même un affaiblissement durable de la papauté au profit des conciles œcuméniques comme des puissances séculières. 
  • Les papes d’Avignon d’après 1378 furent déclarés antipapes, seule la lignée des papes romains étant reconnue comme légitime. 

Pourtant, la papauté d’Avignon stricto sensu vaut mieux que la légende noire qui lui a été faite dans l’historiographie tant catholique qu’anticléricale. 

  • Si la cour des papes à Avignon fut certes fastueuse, les six pontifes avignonnais réguliers se signalèrent aussi par leur rigueur morale et leur zèle réformateur  ; au total, comme l’avait montré dès les années 1960 l’historien Jean Favier, la papauté d’Avignon représente aussi un temps d’accroissement de la bureaucratie pontificale et de perfectionnement de ses finances. 
  • Il n’est pas sûr, en ce cas, que le précédent d’Avignon soit mobilisé à bon escient par le camp trumpiste.