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Depuis le début des opérations Epic Fury et Roaring Lion le 28 février 2026, la guerre a changé d’échelle. D’une campagne israélo-américaine contre l’Iran, elle est devenue régionale et s’étend désormais à seize pays. Depuis dix jours, elle a également commencé à entrer en profondeur dans un autre pays voisin : avec l’attaque du Hezbollah et la réponse d’Israël, cette guerre est aussi devenue celle du Liban. 

Si certains parlent de « Troisième guerre du Golfe », on assiste plutôt à ce qu’il serait plus juste d’appeler une « mini guerre mondiale ». Le conflit implique d’ailleurs également désormais la Russie, qui aurait partagé avec l’Iran des renseignements concernant des cibles états-uniennes dans la région du Golfe 1.  

Mais au moins deux autres caractéristiques distinguent la guerre actuelle de celle de 1990-1991. Au-delà des coûts humains et matériels pour les acteurs locaux et régionaux belligérants directement touchés — comme l’Iran, les pays du Golfe, Israël et les États-Unis — les retombées économiques sont de bien plus grande envergure que celles observées durant la guerre du Golfe. La raison principale de ce choc d’échelle est la capacité militaire de l’Iran — bien plus grande que celle de l’Irak à l’époque — armée de missiles balistiques et de drones et son désir de faire payer la région un prix élevé pour cette guerre. L’autre différence est le rôle joué désormais par Israël : spectateur il y a trente-six ans, l’État hébreu mène aujourd’hui la guerre.

La différence est donc de nature plus que de degré : le conflit actuel entraîne des changements radicaux dans la trajectoire de la région, qu’il est possible de remettre dans une perspective historique.

Avec l’attaque du Hezbollah et la réponse d’Israël, cette guerre est aussi devenue celle du Liban.

Kim Ghattas

Façonner le destin d’une région : aux origines de la violence

Sans surprise, cette histoire commence en 1979. Cette année est bien sûr celle de la révolution iranienne qui donne naissance à la République islamique, mais c’est aussi le début d’une rivalité qui va structurer la géopolitique régionale pendant plus de quarante ans. Jadis alliés entre eux et alliés tous deux aux États-Unis, l’Iran et l’Arabie saoudite configurent à partir de cette date la carte du Moyen-Orient 2. L’animosité entre Riyad et Téhéran finira par tourner à la violence sectaire entre sunnites et chiites et cette confrontation des modèles transformera la région non seulement sur le plan géopolitique, mais aussi sur les plans culturel, social et religieux.

En exposant une confrontation nouvelle, l’année 1979 met aussi en branle l’idée qu’une nouvelle architecture régionale — découlant du « projet expansionniste » de l’Iran — pourrait voir le jour. Si cette ère stratégique a connu plusieurs noms et plusieurs formes — de ce que l’on a appelé le « croissant chiite » jusqu’à « l’axe de la Résistance » — elle passait constamment par l’arsenalisation des milices chiites armées au Liban, en Irak, au Yémen et en Syrie. 

Par idéologie et par pragmatisme politique, la doctrine iranienne de la domination régionale par proxy entrait en confrontation directe avec la vision israélienne de la région.

Il ne fallut attendre que trois ans pour que l’incompatibilité de ces modèles conduise à l’embrasement. 

En juin 1982, Israël envahit le Liban jusqu’à faire le siège de Beyrouth même. Cette opération naît du désir d’Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, de transformer la région. Son plan est rodé et cohérent : il consiste à expulser les guérillas palestiniennes du Liban, à imposer un président pro-israélien à Beyrouth et à affaiblir le régime syrien de Hafez al-Assad en s’en prenant directement à son armée qui occupe une partie du Liban.

Mais deux jours après le début de l’invasion terrestre, un acteur imprévu vient perturber l’opération : la République islamique envoie un contingent de Gardiens de la Révolution au Liban via Damas. C’est l’acte de naissance du Hezbollah.

Le reste de l’histoire est connu : contre Israël, l’Iran exploitera désormais partout où il le pourra la présence chiite ; l’État hébreu usera quant à lui de tous les moyens à sa disposition pour atteindre la République islamique indirectement dans les pays voisins.

La doctrine iranienne de la domination régionale par proxy est entrée en confrontation directe avec la vision israélienne de la région.

Kim Ghattas

Quarante ans plus tard : une « confrontation finale » préparée et attendue

Dans mon prochain livre, qui paraîtra à la rentrée aux éditions Holt à New York, je retrace la rivalité triangulaire entre les États-Unis, l’Iran et Israël — ce même Israël qui, jusqu’à la fin des années 1980, livrait des armes à Téhéran. 

Dans cette décennie tragique pour le Liban, le pays fut le théâtre d’une confrontation qui prit rapidement une forme meurtrière : attentats contre les Marines américains et l’ambassade américaine en 1983, attentat du Drakkar contre les soldats français, prise d’otages français, dont le chercheur et politologue Michel Seurat, qui mourra en captivité.

Du choc historique entre la révolution iranienne de 1979 et l’invasion israélienne du Liban en 1982 émergea le projet régional de l’Iran — et la décision américaine d’engager les Marines au Liban, qui en firent aussitôt une cible pour Téhéran, marquant la première fois que les États-Unis soient pris pour cible pour un attentat au Moyen-Orient.

Sous le Shah, l’Iran nourrissait déjà des ambitions régionales, mais d’une nature fondamentalement différente. Elles ne reposaient pas sur des milices armées érigées en État dans l’État mais sur une délocalisation de l’influence. Nombre de révolutionnaires iraniens avaient d’ailleurs été formés au Liban, dans les camps palestiniens — islamistes, certes, mais aussi laïques et séculiers 3 — avant de rentrer en Iran pour participer au renversement du Shah. 

On assiste aujourd’hui à l’aboutissement de cette longue confrontation. 

Ce qui fut pendant des décennies une guerre par procuration — conduite à travers des milices interposées — est devenu un affrontement qui implique directement les armées des trois protagonistes.

Cette confrontation oppose d’ailleurs peu ou prou les mêmes personnes.

En 1982, Ali Khamenei n’était pas encore Guide suprême, mais il était déjà au pouvoir en tant que président de la République islamique quand l’ayatollah Khomeini était Guide suprême. Cette même année, Benjamin Netanyahou n’était pas encore Premier ministre d’Israël, mais il était numéro deux de l’ambassade israélienne à Washington. Or jusqu’à la mort le 1er mars 2026 de Khamenei, Guide suprême iranien depuis 1989, ces deux figures furent les deux seuls protagonistes de cette époque encore aux commandes. Comme l’a déclaré Netanyahou lui-même, il prépare cette guerre depuis quarante ans ; du côté iranien, la propagande du régime fait entendre le même son de cloche.

Mais ce à quoi nous assistons dépasse bien sûr une rivalité de chefs ou le règlement d’un contentieux historique. Benjamin Netanyahou entend façonner un nouveau Moyen-Orient pour Israël — à quel prix humain, nul ne peut encore le mesurer. Pour partenaire, il a réussi à s’adjoindre une figure en apparence contradictoire : Donald Trump, le président républicain qui fut pourtant le plus hostile aux néoconservateurs qui appelaient précisément de leurs vœux ce nouveau Moyen-Orient depuis des décennies. 

Liban, Nabi Chit, 7 mars 2026. La ville de Nabi Chit, dans la Bekaa, a fait l’objet de bombardements israéliens et de combats qui ont opposé l’armée israélienne au Hezbollah et à des habitants du village. Le 6 mars, dans la soirée, des forces spéciales israéliennes se sont fait larguer en hélicoptère sur les hauteurs du village, puis ont ensuite tenté une incursion dans le village de Nabi Shit pendant la nuit. L’objectif  : récupérer les restes d’un pilote israélien, Ron Arad, supposément enterré ici. Face à la résistance des habitants et des attaques du Hezbollah, les forces israéliennes se sont retirées. Bilan de l’opération  : plus de 40 morts côté libanais, dont trois soldats de l’armée libanaise et des civils, selon les chiffres du ministère de la Santé libanais. Pas de mort côté israélien. Autour de la place centrale, touchée par une bombe de gros calibre pendant la nuit, alors que les forces israéliennes se retiraient. L’endroit visé se trouve au centre de la ville, et a cause de très importantes destructions alentour. Des voitures ont même été propulsées sur les immeubles alentour, tant l’impact était violent. © Charles Cuau/SIPA

Il faut sans doute voir là l’effet d’une opportunité historique, que le dirigeant israélien entend saisir à tout prix.

Quarante-quatre ans après la naissance de cette rivalité, le régime du fils d’Hafez el-Assad est tombé en Syrie ; au Liban, le Hezbollah a été décapité de son chef ; en Iran, le Guide suprême vient d’être tué. 

L’Axe de la résistance n’est plus. Mais on assiste aujourd’hui à encore autre chose encore : la fin du projet iranien visant à casser le projet israélien d’imposer un nouveau Moyen-Orient.

Car avec la guerre lancée par Israël et les États-Unis, le projet régional de la République islamique se transforme devant nos yeux. Certes, le régime n’est pas mort en même temps qu’Ali Khamenei. Si sa décomposition politique est bel et bien enclenchée par les frappes israélo-américaines, l’avènement de Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah, comme nouveau guide suprême, pourrait même achever de radicaliser ce qu’il en reste.

S’il pourrait peut-être se retrouver forcé de se retrancher un peu plus à l’intérieur de ses frontières, le régime iranien restera capable de nuire à son voisinage comme il l’a fait dans les dix premiers jours de la guerre. Dans un scénario plus optimiste, l’intensité des frappes sur l’Iran pourrait diminuer. Celles-ci pourraient devenir plus ciblées, permettant à la population iranienne de respirer, peut-être de se soulever — si elle bénéficie en parallèle d’un soutien tactique ou au moins des messages clairs de la région en appui au peuple iranien, qui avait attendu l’aide des États-Unis durant son soulèvement en janvier avant de se retrouver écrasé dans la répression sanglante. Car la meilleure alternative au régime et la plus grande menace pour la République islamique reste bien la société iranienne.

L’Axe de la résistance n’est plus. Mais on assiste aujourd’hui à encore autre chose encore : la fin du projet iranien visant à casser le projet israélien d’imposer un nouveau Moyen-Orient.

Kim Ghattas

Le Golfe pourrait déterminer le futur de cette guerre

Ce moment porte une autre dimension structurante : la rivalité entre l’Iran et l’Arabie Saoudite continue de se jouer sous nos yeux. 

Par sa stratégie de riposte, la République islamique a clairement décidé de contrer le projet de Trump de rapprocher les pays du Golfe et Israël dans le cadre des Accords d’Abraham initiés lors de son premier mandat. 

Pour l’instant, les frappes iraniennes n’ont pas réussi à diviser le Golfe, ni même à ébranler la confiance des États de la péninsule après la panique initiale. Le différend entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite est mis de côté. Ils font actuellement face ensemble à cette situation avec leurs alliés du Golfe et les États-Unis. Il y a fort à parier que des discussions stratégiques en coulisses avec les Israéliens ont eu lieu dans le cadre du CENTCOM, le commandement central de l’armée américaine 4.

Lors de son discours en Arabie Saoudite en mai de l’année dernière, Trump avait déclaré que ses prédécesseurs avaient tenté de changer la région par des projets de démocratie et de changement régional par la guerre, et qu’il allait faire les choses différemment. Benjamin Netanyahou est parvenu à le convaincre qu’il était possible d’obtenir un succès dans la région — un succès bien plus grand, selon lui, que n’importe quel accord nucléaire qui pourrait être obtenu à la suite de négociations. Un deal circonscrit qui aurait mentionné quelques concessions nucléaires — voire d’autres petites concessions — ne serait pas assez spectaculaire pour Trump.

Il a donc succombé à la tentation que lui a fait miroiter Netanyahou d’un projet de plus grande envergure, bien plus spectaculaire : tuer le leader suprême de l’Iran, Ali Khamenei et faire capituler le régime iranien. 

En ayant frappé des cibles non seulement américaines, mais aussi civiles dans les pays du Golfe, l’Iran tente de frustrer ce projet économique, mais aussi de forcer les pays du Golfe à faire pression sur Donald Trump pour accélérer le retour à la diplomatie. Le coût économique est toutefois démesurément élevé pour les pays du Golfe et se fera sentir dans la durée — surtout si le régime de Téhéran survit, même blessé et affaibli, à cette guerre.  

Les pays du Golfe vont-ils demander à Trump de trouver une issue diplomatique, de mettre fin à cette guerre et de déclarer une victoire parce qu’ils ont tué Khamenei et détruit de nombreux missiles balistiques, ainsi que des infrastructures militaires et nucléaires iraniennes ? Face à la flambée des prix du pétrole, Donald Trump pourrait être tenté de soudainement déclarer victoire en faisant une liste des leaders Iraniens qui ont déjà été tués et des infrastructures détruites.  

Ce ne serait certainement pas une victoire pour le peuple iranien qui se trouverait toujours en république islamique mais avec un régime encore plus revanchiste, encore plus destiné à s’accrocher au pouvoir.

Car il est douteux qu’une démocratie naisse sous les bombes en Iran. Ni les États-Unis ni Israël ne se préoccupent vraiment d’aider le peuple iranien.

D’ailleurs Trump a rejeté l’idée de travailler avec Reza Pahlavi — qui aurait en tout état de cause été un « choix » très imparfait — et a déclaré préférer travailler avec des personnes de l’intérieur, des membres du régime peut-être un peu plus pragmatiques, un peu moins anti-américains, et d’accord pour réduire le programme nucléaire. Certains analystes pensaient que Mojtaba Khamenei pourrait, ou aurait pu, être un bon candidat pour Trump, de même qu’Ali Larijani. Mais après la mort de son père et dans la férocité de la guerre telle qu’elle se déploie ces jours-ci, il est difficile de l’imaginer trouver un terrain de compromis avec Trump.

À tel point que l’on pourrait aussi se retrouver dans la situation inverse : dans l’interrègne iranien, l’accélération de la construction d’une bombe nucléaire.

La stratégie iranienne passe toujours par le Liban

Le 2 mars, le journal L’Orient-Le Jour a publié un titre à la Une époustouflant : « Le Hezbollah suicide le Liban. »

Il témoigne d’un constat aujourd’hui très clair pour tous les Libanais : le choix du Hezbollah d’attaquer Israël en soutien à l’Iran, qui a provoqué sans surprise une riposte massive de l’État hébreu, semble difficilement compréhensible.

Au début de la guerre, nombre d’observateurs misaient sur le fait que le Hezbollah aurait considéré qu’il y avait trop à perdre en impliquant le Liban dans cette guerre régionale. Il avait déjà beaucoup perdu durant la guerre de 2024. Sa communauté — la communauté chiite, mais aussi le Liban tout entier — avait beaucoup perdu. Depuis le cessez-le-feu mis en place fin novembre 2024, plus de 2 000 frappes israéliennes ont été dirigées contre le Liban, faisant des dizaines de morts à la fois dans les rangs du Hezbollah mais aussi des civils et des enfants. Pourtant, jusqu’ici, le Hezbollah avait choisi de ne pas riposter. 

La décision du groupe terroriste de venger la mort de Khamenei montre deux choses.

Soit la milice chiite est contrôlée par des membres radicaux et jusqu’au-boutistes ; soit elle est de facto dirigée par les membres des Gardiens de la Révolution iraniens présents au Liban. Ce tournant dans la guerre laisse à penser que c’est le cas. 

Si le Corps des Pasdaran contrôle les décisions du Hezbollah, ses stratèges ont décidé qu’il était temps de faire participer le Liban à cette guerre. Le Liban étant en effet le seul pays où ils sont présents et qui a une frontière avec Israël, cette stratégie est cohérente avec la stratégie iranienne depuis 1982.

Fort de ses succès militaires, Benjamin Netanyahou pourra continuer d’appliquer sa stratégie : le moins il précisera ses buts de guerre, le plus il les réalisera.

Kim Ghattas

Dès les premières heures de sa campagne au Liban dans le cadre de cette nouvelle guerre, Israël a donné un ultimatum aux Gardiens de la Révolution présents dans le pays de le quitter sans délai. Des mouvements très clairs ont été observés de la part des Pasdaran à travers le Liban et certains d’entre eux ont été tués dans les bombardements israéliens. Le samedi 7 mars à l’aube, une frappe israélienne a ainsi touché le cœur de Beyrouth, à la Corniche de Raouché  : elle visait directement une chambre d’un hôtel de haut standing dont on sait qu’elle abritait quatre Gardiens de la Révolution. Le même jour, un avion russe aurait atterri à l’aéroport de Beyrouth pour embarquer au moins cent Iraniens — soi-disant des diplomates avec leurs familles, et quatre corps d’Iraniens d’une même famille.

Dans cette guerre dévastatrice, le président et le gouvernement ont tenté d’imposer la souveraineté libanaise en déclarant que les activités sécuritaires et militaires du Hezbollah sont illégales. Même si mieux vaut tard que jamais, ils auraient gagné à le faire avant. Il reste maintenant non seulement à appliquer la loi mais à surmonter les pressions et menaces qu’exerce le Hezbollah et à vaincre une attitude permissive qui sévit dans plusieurs milieux politiques, judiciaires et sécuritaires. 

Plusieurs membres du Hezbollah ont d’ores et déjà été arrêtés. Lundi, trois d’entre eux ont été jugés au tribunal militaire… mais n’ont reçu que des amendes minimes — au grand dam de nombreux Libanais.

*

Les prochaines semaines s’annoncent difficiles pour plusieurs raisons.

Premièrement, comme le montre l’extension de la guerre au territoire libanais, le problème n’est plus simplement une question du désarmement du Hezbollah mais de la présence au Liban d’acteurs iraniens qui font fi de la souveraineté du pays et l’utilisent comme une arme dans sa stratégie de riposte contre Israël, les États-Unis et leurs alliés du Golfe. 

D’autre part, la guerre et le feu des bombardements israéliens adviennent dans un contexte où les tensions sociales et politiques au Liban s’accélèrent. Ce marasme social rend difficile toute action du gouvernement. Le président Libanais Joseph Aoun a proposé de mener des pourparlers directs avec Israël pour obtenir un cessez-le-feu mais sa proposition n’a pour l’instant pas été reçue avec beaucoup
d’enthousiasme pour Washington et Tel Aviv — alors qu’Israël tentait pourtant depuis plus d’un an de forcer le Liban à accepter ce genre négociations directes.

Enfin, cette extension du conflit a un effet particulièrement pervers : même si la guerre avec l’Iran s’arrêtait demain — si, pour l’instant, Netanyahou insiste sur le fait que la campagne militaire est loin d’être terminée, certains militaires israéliens se posent la question de savoir quel sera l’état final recherché — Israël continuera très probablement sa campagne militaire contre le Hezbollah et le Liban jusqu’à la fin. Jusqu’à quelle fin ? Fort de ses succès militaires, Benjamin Netanyahou pourra continuer d’appliquer sa stratégie : le moins il précisera ses buts de guerre, le plus il les réalisera. Le Liban, quant à lui, n’est pas au bout de ses peines.

Sources
  1. « Russia is providing Iran intelligence to target U.S. forces, officials say », The Washington Post, 6 mars 2026.
  2. Je retrace cette histoire dans mon livre Black Wave, cf. Kim Ghattas, Black Wave : Saudi Arabia, Iran, and the Forty-year Rivalry That Unraveled Culture, Religion, and Collective Memory in the Middle East, New York, Henry Holt & Company, 2020.
  3. Cette révolution n’était d’ailleurs pas islamique à l’origine. C’est l’ayatollah Khomeini qui s’empara du mouvement pour lui imposer ce cadre.
  4. Jusqu’à récemment, Israël faisait partie de l’EUCOM, le commandement central de l’armée américaine pour l’Europe. Le pays a été placé dans le cadre du CENTCOM précisément pour faciliter — voire forcer — les contacts militaires entre Israël et les pays arabes.