Selon le New York Times, l’ayatollah Ali Khamenei a chargé Ali Larijani, le plus haut responsable de la sécurité nationale, de veiller à ce que la République islamique résiste à toute attaque militaire et à tout assassinat ciblé. Sur CNN, le correspondant d’Axios Barak Ravid a affirmé que Donald Trump pourrait aujourd’hui être tenté de s’appuyer sur cette figure du régime pour garantir une stabilité au pays.
Qui est Ali Larijani ?
Ali Larijani est un homme politique iranien né le 3 juin 1958 à Najaf, en Irak. Il appartient à une famille religieuse influente basée à Amol dans la province de Mazandaran dans le nord du pays. Il poursuit des études en mathématiques et en philosophie, obtenant un doctorat en philosophie continentale à l’Université de Téhéran — avec une thèse sur Kant — et comme l’ayatollah Ali Khamenei il est diplômé du séminaire de Qom.
Au cours de sa carrière, il a occupé plusieurs fonctions importantes au sein de la République islamique d’Iran.
- Ancien commandant des Gardiens de la révolution, il a été vice-ministre du Travail et des Affaires sociales et, plus tard, des Technologies de l’information et de la communication, avant d’être nommé président de l’Organisation de la radiodiffusion de la République islamique d’Iran (IRIB) de 1994 à 2004.
- Il a ensuite été nommé secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en 2004, poste qu’il a occupé jusqu’en 2007 et qui l’a amené à travailler dans la garde rapprochée du Guide suprême. C’est à ce titre qu’il a également participé à la toute première phase des négociations nucléaires avec les Européens.
Ali Larijani a également été président du Parlement iranien, l’Assemblée consultative islamique (Majlis) de 2008 à 2020. Durant cette période, il a joué un rôle notable dans les débats législatifs et les questions de politique nationale. Il est souvent associé au courant conservateur de la politique iranienne, bien qu’il ait parfois adopté des positions considérées comme pragmatiques.
En 2021, il a tenté de se présenter à l’élection présidentielle iranienne, mais sa candidature a été disqualifiée par le Conseil des gardiens, une décision qui a surpris plusieurs observateurs du régime et semblait contradictoire avec sa longue carrière au sommet de l’État iranien depuis 1979. Si le Conseil des gardiens n’a donné aucune justification à cette décision, on a pu considérer qu’il avait été rejeté car sa fille vit aux États-Unis, ou parce qu’Ali Khamenei ne voulait pas qu’une personne proche d’Hassan Rouhani devienne président de la République. En 2024, aux élections qui faisaient suite à la mort d’Ebrahim Raïssi, il avait également déposé une candidature préliminaire aux côtés de 79 personnes — là encore, celle-ci fut rejetée par le Conseil.
Enfin, il appartient à une famille de très grands notables de la République islamique qui lui assure un réseau personnel de premier plan :
- Son frère Sadeq Larijani a été le chef du système judiciaire iranien de 2009 à 2018 avant de devenir président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, qui arbitre les litiges législatifs.
- Son frère Mohammad-Javad Larijani a été conseiller d’Ali Khamenei et président du Conseil des droits de l’homme de l’Iran.
- Son frère Fazel Larijani a été vice-président des Universités Azad d’Iran, un des deux principaux réseaux d’universités dans le pays.
- Son frère Bagher Larijani dirige l’Institut de recherche en endocrinologie et métabolisme de l’Université de Téhéran.
- Il est également le mari de Farida Motahhari, fille de Morteza Motahhari, l’un des principaux idéologues de la République islamique, et à ce titre beau-frère d’une importante figure politique des réformateurs, Ali Motahari.
Quel est son positionnement ?
Ali Larijani est généralement rattaché au camp des conservateurs institutionnels, proches du courant principaliste mais réputés plus pragmatiques sur les questions diplomatiques et économiques.
- Il est considéré comme proche des principes de la République islamique d’Iran et attaché au rôle central du Guide suprême ainsi qu’aux fondements idéologiques du régime issus de la révolution de 1979.
- Au fil de sa carrière, il a toutefois aussi été décrit comme un conservateur pragmatique. Lorsqu’il était président du Parlement (Majlis), il a parfois adopté des positions plus modérées que celles des conservateurs les plus stricts, notamment sur certaines questions diplomatiques et économiques.
Si, comme toutes les personnalités politiques iraniennes, il soutient le système politique de la République islamique, le principe du velayat-e faqih (gouvernement du juriste-théologien) et l’importance des institutions religieuses dans la gouvernance, il a été perçu comme favorable à une gestion plus pragmatique des relations internationales — notamment lors des discussions liées au programme nucléaire iranien.
« Nous brûlerons leur cœur » : appel à l’unité iranienne et rhétorique guerrière
Depuis les attaques d’Israël et des États-Unis contre l’Iran du 28 février, les prises de position d’Ali Larijani consistent à appeler à l’unité du pays et à des représailles contre les États-Unis et Israël.
- Il déclarait hier, 28 février 2026 : « Nous déplorons les actions des criminels sionistes et américains sans scrupules. Les braves soldats et la grande nation iranienne donneront une leçon inoubliable aux oppresseurs vicieux du monde entier » 1.
- Ce matin, 29 février, en partageant une photo d’Ali Khamenei il écrivait : « Les Américains et les sionistes ont brûlé le cœur de la nation iranienne. Nous brûlerons leur cœur… » 2
Bibliographie et travail académique
Ali Larijani a publié plusieurs ouvrages académiques consacrés principalement à la philosophie de Kant.
- Parmi eux figurent The Mathematical Method in Kant’s Philosophy, Metaphysics and the Exact Sciences in Kant’s Philosophy et Intuition and the Synthetic A Priori Judgments in Kant’s Philosophy. Ces travaux, mentionnés dans des notices bibliographiques universitaires, analysent la structure logique de la pensée kantienne, le rôle des jugements synthétiques a priori et le rapport entre métaphysique et sciences exactes. Ils rappellent qu’il a effectué une thèse en philosophie à l’Université de Téhéran.
En 2005, il a publié un ouvrage intitulé Fresh Air, présenté comme un recueil d’essais et de réflexions.
- Sans être un programme politique, ils reflètent sa vision du rôle de la pensée religieuse et rationnelle dans la gouvernance de l’Iran : défense du système politique iranien, insistance sur l’indépendance stratégique et critique des pressions étrangères sont les thèmes récurrents dans ses prises de parole publiques.
Positionnement vis-à-vis d’Israël et des États-Unis
Dans ses fonctions officielles, Larijani a exprimé des positions alignées sur la ligne générale de la République islamique d’Iran concernant les États-Unis et Israël.
- Il a régulièrement critiqué la politique de Washington au Moyen-Orient, en particulier les sanctions imposées à l’Iran et la pression exercée sur son programme nucléaire.
- Lorsqu’il était secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale (2005-2007), il était considéré comme pragmatique, notamment par comparaison avec Saïd Jalali qui lui a succédé au poste de négociateur à partir de 2007.
Comme tout responsable politique iranien, il ne reconnaît pas l’État d’Israël.
- Dans plusieurs interventions publiques relayées par les médias iraniens et internationaux, il a critiqué les politiques israéliennes à l’égard des Palestiniens et dénoncé le rôle d’Israël dans la région.
- Comme d’autres responsables iraniens, il a décrit Israël comme le principal responsable de l’instabilité au Moyen-Orient.
De manière générale, ses déclarations sur ces deux pays s’inscrivent dans le cadre idéologique et stratégique du système politique iranien : opposition aux politiques américaines jugées hostiles à l’Iran, soutien à la cause palestinienne et critique d’Israël, tout en adoptant parfois un ton plus diplomatique que certains courants plus radicaux du paysage politique iranien.
Son éducation, sa manière d’être, son appartenance à l’élite intellectuelle et sociale de la République islamique, contribuent également à sa reconnaissance par les interlocuteurs occidentaux comme une personne avec qui l’on peut négocier et discuter.
Sources
- Publication sur X d’Ali Larijani, 28 février 2026.
- Publication sur X d’Ali Larijani, 1er mars 2026.