Malgré la difficulté de compiler des informations précises sur le nombre de soldats russes tués en Ukraine, la plupart des estimations réalisées par des services de renseignement occidentaux, des responsables américains et des centres de recherche reconnus, comme le CSIS, présentent des chiffres cohérents depuis 2023.

  • Dans sa dernière analyse, basée sur des données compilées par le ministère de la Défense britannique, le média russe Mediazona et le service russe de la BBC et nourrie par des informations provenant des services américains, européens et ukrainiens, le CSIS estime que 275 000 à 325 000 soldats russes auraient été tués sur la période allant de février 2022 à décembre 2025 1.

Si Mediazona présente dans sa dernière mise à jour, publiée hier, mardi 24 février, un chiffre plus conservateur de 200 000 combattants russes tués depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, le média s’appuie sur une liste de décès vérifiés, construite à partir de nécrologies et de données gouvernementales 2.

  • Cette estimation permet de rattacher chaque combattant russe tué à une localité d’origine en Russie, mais exclut de fait les milliers d’hommes dont les noms ne figurent pas dans les registres officiels.
  • Un grand nombre de soldats tués en Ukraine au cours du second semestre 2025 n’ont pas été pris en compte par Mediazona en raison de la difficulté d’obtenir des confirmations secondaires définitives.
  • La publication précise donc que le chiffre de 200 000 soldats tués constitue un minimum, et non un plafond.

Afin de tenter de dresser un portrait complet des pertes russes en Ukraine en s’appuyant sur plus de 200 estimations réalisées par des gouvernements et des chercheurs indépendants, The Economist a construit un modèle statistique qui prend également en compte des données satellitaires et d’autres sources utilisées pour mesurer l’intensité des combats.

Combinées, ces données indiquent que les pertes russes depuis 2022 se situeraient entre 1,1 et 1,4 million, dont 230 000 à 430 000 hommes tués 3.

  • Un tel niveau de pertes fait de la guerre en Ukraine le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
  • Au cours des deux guerres de Tchétchénie, entre 1994 et 1996 puis de 1999 à 2009, 12 000 à 25 000 soldats russes auraient été tués.
  • Lors de la guerre d’Afghanistan (1979-1989), 14 000 à 16 000 combattants russes avaient perdu la vie.

Le niveau élevé de pertes en Ukraine est principalement lié aux tactiques « d’infanterie jetable » utilisées par le commandement russe, notamment en 2023, à Bakhmout, et à l’utilisation accrue de drones FPV transportant des charges explosives — qui représentent aujourd’hui 60 % de la puissance de feu totale sur le front.

Il résulte également d’une stratégie revendiquée par l’Ukraine qui consiste à cibler les combattants, perçus comme la ressource plus facilement épuisable, mais également comme la plus sensible politiquement pour Vladimir Poutine.

  • Lors d’un briefing organisé avec des journalistes lundi 23 février, le ministre ukrainien de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, a déclaré que l’objectif de Kiev était d’accroître le prix humain payé par Moscou pour chaque kilomètre carré conquis.
  • Fedorov veut faire passer le nombre de soldats russes éliminés dans l’oblast de Donetsk à 200 par kilomètre carré, contre 156 actuellement en moyenne 4.
  • Fin janvier, il déclarait vouloir éliminer 50 000 soldats russes par mois, contre environ 31 000 au cours du deuxième semestre 2025.