Cela fait au moins plus de deux ans que l’armée russe utilise illégalement les services du fournisseur d’accès à internet par satellite américain Starlink. Puisque celui-ci n’est pas disponible en Russie, des acheteurs russes se procurent un grand nombre de terminaux via des pays-tiers (notamment dans le Golfe, comme aux Émirats arabes unis) puis les revendent à l’armée, qui s’en sert pour ses communications sur le front.
Depuis peu, Moscou a également commencé à intégrer des terminaux Starlink à ses drones utilisés pour frapper l’Ukraine.
- Les drones contrôlés via Starlink sont résistants à la plupart des outils de guerre électronique et peuvent être pilotés à distance pour acquérir des cibles.
- Des BM-35 équipés de terminaux Starlink pourraient être en mesure de parcourir jusqu’à 500 kilomètres, plaçant à portée la quasi-totalité des grandes villes ukrainiennes (à l’exception de Lviv).
Cette utilisation, particulièrement dangereuse pour les civils et les villes ukrainiennes si elle venait à être déployée à grande échelle, semble avoir contribué à accélérer les travaux lancés il y a deux ans par l’ex-ministre de la Transformation numérique, Mykhaïlo Fedorov, qui s’est vu confier en janvier le portefeuille de la Défense 1.
- Ceux-ci incluent notamment la constitution d’une « liste blanche » recensant tous les terminaux utilisés par Kiev.
- Jeudi 5 février, Fedorov a annoncé que tous les terminaux illégalement utilisés par l’armée russe — soit tous ceux qui ne sont pas inscrits sur cette liste — avaient été « coupés », provoquant une chute de près de moitié du trafic réseau enregistré par Starlink en Ukraine.
- D’autres mesures incluant une limite de vitesse de 75 km/h pour les terminaux Starlink se déplaçant au-dessus de l’Ukraine ont également été mises en place afin d’empêcher leur installation sur des drones.
Sur Telegram, les messages publiés par des comptes pro-Russes indiquent que la déconnexion des terminaux a eu un impact considérable sur les capacités de communication de l’armée russe.
L’effet semble avoir été renforcé depuis par les restrictions imposées quelques jours plus tard par le Kremlin à Telegram, une application largement utilisée par les soldats russes.
- L’un des blogueurs militaires les plus suivis, Yuri Podolyaka, a ainsi publié jeudi 5 février : « Ce que tout le monde redoutait depuis longtemps, mais espérait secrètement ne jamais voir arriver avant la fin de la SVO, s’est produit. Elon Musk a actionné le disjoncteur et 80 % des terminaux Starlink sur le front ont cessé de fonctionner […] nous sommes dans une situation chaotique en matière de communication » 2.
Contrairement à ce qu’affirment plusieurs sources russes, les forces ukrainiennes n’ont pas elles aussi été « paralysées » par la déconnexion des terminaux, mais ont profité du noir dans lequel celle-ci a plongé l’armée russe pour mener des contre-attaques localisées 3.
- C’est notamment le cas dans la région de Zaporijia, où l’armée russe alloue de plus en plus de moyens offensifs depuis le début de l’année.
- Dès les 7-8 février, la progression de l’armée russe en direction de Novopokrovka, Mala Tokmatchka et Houliaïpole a ralenti puis s’est complètement arrêtée.
- Dans certains secteurs du front de Zaporijia, l’armée ukrainienne est parvenue ces derniers jours à repousser parfois sur près de 10 kilomètres les forces russes, selon l’analyste ukrainien Mangouste (« Zvиздец Мангусту ») 4.
Le 12 février, l’Institute for the Study of War notait que Kiev avait également mené « des contre-attaques localisées et opportunistes » près de la frontière entre les oblasts de Dnipropetrovsk et de Zaporijia, probablement pour « tirer parti des récents blocages des terminaux Starlink et de Telegram » 5.
- Mangouste souligne que ces « contre-offensives » constituent plutôt des opérations de stabilisation du front limitées à certains secteurs spécifiques qui visent à freiner l’avancée russe.
- Ces assauts marquent néanmoins une rupture avec la tendance de recul des forces ukrainiennes observée dans la région de Zaporijia depuis plusieurs semaines.
Sources
- Олена Ремовська, « « Маємо рухатися швидше — часу в нас немає » — Федоров про технології для війська, мобілізацію і « Старлінки » у росіян », Суспільне, 19 février 2024.
- Publication de Мир сегодня с « Юрий Подоляка » sur Telegram, 5 février 2026.
- Fedorov a déclaré que certains terminaux ukrainiens avaient été momentanément coupés car ils n’avaient pas encore été inscrits sur la « liste blanche » de Starlink.
- Publication de Zvиздец Мангусту sur Telegram, 15 février 2026.
- Russian Offensive Campaign Assessment, February 12, 2026, Institute for the Study of War.