Depuis son exil en Californie, après la chute de la monarchie iranienne, Reza Pahlavi a mené sa vie en marge de la politique internationale. Ces dernières années, et encore plus ces dernières semaines, sa notoriété a explosé. 

  • Il a attiré une audience considérable, ajoutant 3,4 millions d’abonnés à son compte Instagram en un mois, pour atteindre 9,5 millions aujourd’hui 1.  
  • Hier, le 13 février, il est intervenu à la conférence de Munich, où il a de nouveau appelé les États-Unis à intervenir en Iran pour renverser le régime, qu’il considère comme le principal « obstacle » entre les Iraniens et la liberté 2.
  • De nombreux manifestants en Iran scandent désormais son nom, alors que la République islamique tente de rallier le soutien de la population. Lors des manifestations officielles pour le 46e anniversaire de la Révolution de 1979, le 11 février, sur la place principale de Téhéran, le président Masoud Pezeshkian a déclaré avoir « honte » des répressions du 8-9 janvier 3.

Dans un appel lancé sur les réseaux sociaux le 2 février, Pahlavi invite « les Iraniens de l’étranger et les personnes éprises de liberté à travers le monde » à « descendre dans la rue et contraindre la communauté internationale à prendre des mesures concrètes et urgentes en soutien au peuple iranien » 4.

  • Il revendique six mesures : le démantèlement de l’appareil répressif du régime, le « couper des vivres », rétablir l’accès à Internet en Iran, expulser les « diplomates » du régime, poursuivre en justice les « criminels », libérer immédiatement tous les prisonniers politiques et préparer la reconnaissance d’un « gouvernement de transition légitime pour conduire l’Iran vers la démocratie ».
  • Pahlavi a désigné Los Angeles, Toronto et Munich comme étant les « principaux points de ralliement » pour les participants. 
  • La coïncidence de la date avec la conférence de sécurité de Munich n’est sûrement pas fortuite. 
  • En janvier, à Davos, des manifestants avaient brandi des drapeaux reprenant les couleurs du drapeau iranien utilisé avant la révolution islamique de 1979 : un lion, un soleil et une couronne.

Ce symbole fait actuellement l’objet d’un débat en Iran, signe que la popularité croissante du fils du shah remet en question certains tabous de la République islamique. 

  • En effet, Ali Akbar Salehi, personnalité centrale de l’État iranien, ancien directeur de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (2013-2021) et considéré comme l’un des principaux acteurs de l’accord sur le nucléaire de 2015, a déclaré que le symbole du lion et du soleil « appartenait à la République islamique », même si « d’autres l’utilisaient », faisant ainsi référence aux partisans d’une restauration monarchique en Iran 5
  • Un journal modéré a publié à la une le même symbole avec le titre : « À la fois national et religieux » 6
  • Ce choix a été critiqué, notamment par la presse et les commentateurs conservateurs, car il irait à l’encontre d’une politique respectée depuis plus de quarante ans 7
  • Entre tentative de récupération d’un symbole devenu un outil de contestation du régime et manière peut-être involontaire de justifier une éventuelle transmission héréditaire du pouvoir, si le fils du Guide suprême, Mojtaba Khamenei, tentait de lui succéder, cela témoigne de la place centrale que l’idée de monarchie occupe désormais dans le débat politique iranien. 

La popularité de Reza Pahlavi, entretenue au cours des dernières décennies par des réseaux d’opposition à l’étranger peut aussi s’expliquer par un rejet croissant des négociations avec la République islamique. 

  • L’appel de Pahlavi vise à accroître la pression sur Téhéran, alors que la perspective d’une intervention militaire américaine semble s’éloigner. Trump a décrit vendredi dernier les négociations à Oman entre Witkoff, Kushner et Araghtchi comme « très bonnes », et a déclaré que « l’Iran semble vouloir conclure un accord à tout prix » 8
  • Le 12 février, à la Maison Blanche, le président américain a mis en garde l’Iran contre des « conséquences très traumatisantes » en cas d’échec des négociations : « Il faut conclure un accord, sinon ce sera très traumatisant. » Il a ajouté hier, 13 février qu’un changement de régime « serait la meilleure chose qui puisse arriver » en Iran.
  • À Munich, le sénateur républicain Lindsey Graham a déclaré qu’on pouvait compter sur le président Trump pour tenir sa promesse de soutenir les manifestants iraniens « par la diplomatie ou la force militaire » : « Si vous ne réalisez pas que nous sommes à un tournant historique, vous passez à côté de beaucoup de choses ; « Nous parlons de semaines, pas de mois. Et lorsque nous le ferons, si nous le faisons, nous commencerons et nous n’arrêterons pas. »