Lors d’un discours prononcé aujourd’hui, vendredi 13 février, à la Condérence de sécurité de Munich, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré vouloir faire de la Bundeswehr, l’armée allemande, « la plus puissante d’Europe ».
- Merz a souligné que Berlin avait récemment déployé une brigade forte de plus d’un millier d’hommes en Lituanie, sur le flanc Est de l’OTAN, « pour la première fois dans l’histoire de la Bundeswehr ».
- Il s’est engagé à « transformer la Bundeswehr en l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe le plus rapidement possible, une armée capable de tenir bon en cas de besoin » 1.
Berlin s’est fixé pour objectif de consacrer 3,5 % de son PIB à sa défense d’ici 2029, contre 2,4 % en 2025. Un tel niveau de dépenses représenterait une somme de 153 milliards d’euros, soit largement plus que la France (62 milliards d’euros l’an dernier, selon l’OTAN), ce qui ferait de l’Allemagne le pays doté du plus important budget de défense du continent.
La montée en puissance militaire de l’Allemagne devra passer par une augmentation de la taille de ses forces.
- L’armée allemande comptait 181 000 militaires actifs en 2023, soit plus que le Royaume-Uni (144 000 hommes) mais moins que la France (204 000), selon les chiffres de l’International Institute for Strategic Studies (IISS).
- Les « réformes » mentionnées par Merz à Munich, notamment le nouveau service militaire, approuvé début décembre par le Bundestag, doivent permettre de faire passer ce chiffre à 260 000 d’ici 2035.
- Dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, la France vise quant à elle des effectifs de 275 000 hommes. Ce chiffre inclut toutefois des militaires et des civils.
L’Allemagne a multiplié les investissements depuis l’annonce par Olaf Scholz de la création en 2022, suite à l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, d’un fonds spécial doté de 100 milliards d’euros pour des investissements et des projets liés à l’armement.
- Fin 2024, 82 % des 100 milliards d’euros d’autorisation de crédit du fonds spécial avaient déjà été utilisés.
- Les industriels allemands ont quant à eux augmenté considérablement leur production. Dès l’an prochain, Rheinmetall devrait produire 1,5 million d’obus d’artillerie par an, soit plus que les États-Unis.
- Dans un document élaboré l’an dernier, l’armée allemande a listé parmi ses intentions d’achats près de 700 blindés Puma, plus de 500 systèmes de tourelle de défense aérienne à courte portée Skyranger 30, 15 avions de chasse américains F-35 ou encore 14 systèmes de missile antiaérien IRIS-T SLM… et plusieurs centaines d’autres systèmes pour un montant total de 377 milliards d’euros 2.
L’un des sujets centraux des discussions à Munich est de savoir ce que l’augmentation des dépenses de défense européennes individuelles apportera en termes de défense collective.
- Dans un rapport publié aujourd’hui, le 13 février, le Kiel Institute note que, étant donné l’engagement pris par les membres de l’OTAN de consacrer 5 % de leur PIB à la défense d’ici 2035, les membres européens de l’Alliance devraient augmenter collectivement leurs dépenses annuelles liées à la sécurité nationale d’environ 831 milliards d’euros.
- S’il s’agit d’une augmentation conséquente, l’auteur du rapport note toutefois que « si les procédures d’acquisition sont mal conçues, l’Europe risque de se retrouver avec des systèmes obsolètes, des coûts excessifs et des gains de capacité limités » 3.
Sources
- « Die Münchner Rede des Bundeskanzlers im Wortlaut », Handelsblatt, 13 février 2026.
- Chris Lunday, « Germany’s new €377B military wish list », Politico, 27 octobre 2025.
- Rodrigo Carril, The biggest bang for the buck : Leveraging best practices in defence procurement for Europe’s rearmament, Kiel Institute for the World Economy, février 2026.