La rivalité entre les dirigeants saoudien, Mohammed ben Salmane (MBS), et émirati, Mohammed ben Zayed, (MBZ), se fait de plus en plus visible et agressive ces derniers mois. Cette lutte d’influence prend toutefois des forces différentes selon les pays de la région et les conflits — de la guerre à Gaza au conflit au Soudan.

Yémen

Entre 2015 et 2022, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont mené ensemble une guerre contre les rebelles chiites houthis, qui se sont emparés de la capitale yéménite, Sanaa. Cependant, ils se sont rapidement opposés quant à l’avenir du pays et l’Arabie saoudite a cessé toute implication militaire directe dans le conflit yéménite en 2022.

  • MBS et l’Arabie saoudite soutiennent le gouvernement yéménite officiel internationalement reconnu.
  • De leur côté, les Émirats soutiennent activement — y compris avec des soldats directement présents au Yémen — les forces du Conseil de Transition du Sud (CTS).
  • Celui-ci veut obtenir la sécession du Sud Yémen et le retour à la partition du pays telle qu’elle prévalait avant la réunification, en 1990. 

Les forces du CTS, soutenues par MBZ, viennent d’évincer les forces loyales au gouvernement officiel, soutenu par MBS, de la région stratégique, riche en pétrole et limitrophe de l’Arabie saoudite, du Hadramaout à l’Est du Yémen. Ceci explique la réaction violente de MBS dont les forces armées ont bombardé, le 30 décembre, un navire affrété par les Émirats arabes unis transportant des armes pour le CTS. MBS exige le départ de tous les soldats émiratis du Yémen et MBZ vient, officiellement, d’obtempérer.

Soudan

Au Soudan, MBZ et les Émirats arabes unis soutiennent les Forces de Soutien Rapides (FSR), en guerre depuis 2023 contre l’armée soudanaise.

  • MBS et l’Arabie saoudite soutiennent quant à eux, aux côtés de l’Égypte, l’armée soudanaise.
  • Celle-ci avait repris le pouvoir à Khartoum en 2021, après l’intermède démocratique ouvert par la révolution qui avait chassé le dictateur Omar El Béchir en 2019.
  • Mais cette alliance avait été rompue en 2023. Depuis, les FSR et l’armée soudanaise se mènent une guerre sanglante.

Les FSR, héritières des milices Jinjawid de sinistre mémoire pour le génocide commis au Darfour au début des années 2000, se sont de nouveau illustrées par de multiples crimes de guerre et contre l’humanité dans cette région, notamment lors de la prise de la ville d’El Fasher en octobre dernier.

Somalie

La Somalie est un « État failli » depuis plusieurs décennies maintenant dont les institutions centrales sont très affaiblies.

  • La région du Somaliland, au Nord du pays, a déclaré son indépendance en 1991, actée par un référendum tenu en 2001.
  • Cette indépendance n’est cependant pas reconnue par la quasi-totalité de la communauté internationale, qui défend l’intégrité territoriale de la Somalie. 
  • C’est le cas en particulier de l’Arabie Saoudite de MBS.

En revanche, les Émirats arabes unis de MBZ figurent, aux côtés de l’Éthiopie, parmi les soutiens les plus importants du Somaliland indépendant.

  • En 2017 le Somaliland et les Émirats arabes unis ont signé un accord prévoyant la construction d’une base navale et aérienne émiratie dans le port de Berbera en échange d’une modernisation du port civil par Abou Dabi.

Le 26 décembre, Israël, allié aux Émirats arabes unis, a été le premier État à reconnaître officiellement le Somaliland.

  • On soupçonne que le gouvernement Netanyahou ait le projet d’y déporter les Palestiniens de Gaza.
  • Cette reconnaissance a été très largement condamnée, notamment dans le monde arabe — en particulier par l’Arabie Saoudite —, mais pas par les Émirats arabes unis.

Israël-Palestine

Les Émirats arabes unis ont été à l’avant-garde des accords d’Abraham, promus par Donald Trump lors de son premier mandat. Le 13 août 2020, c’est Abou Dhabi qui a été le premier à signer ces traités reconnaissant l’État d’Israël. 

  • Depuis, le pays a constamment développé les relations d’affaires, le tourisme et la coopération sécuritaire avec Israël.
  • La guerre à Gaza a peu affecté cette coopération étroite, car le Hamas est une émanation du mouvement islamiste des Frères musulmans, contre lequel MBZ mène une croisade mondiale.

En revanche, l’Arabie saoudite est restée à l’écart des accords d’Abraham, et la guerre à Gaza a éloigné la perspective d’une reconnaissance de l’État d’Israël par le pays à court terme.

  • Depuis 2023, MBS s’est plutôt positionné comme l’un des principaux défenseurs de la construction d’un État palestinien à travers son action diplomatique.

Qatar

Le Qatar est l’un des principaux soutiens du mouvement islamiste des Frères musulmans à l’échelle mondiale. Le Hamas en est l’émanation en Palestine, ce qui explique le rôle central joué par le Qatar pour le financer et servir d’intermédiaire dans les négociations.

  • Suite aux Printemps arabes, le Qatar a notamment soutenu les filiales des Frères musulmans en Égypte, en Tunisie, en Libye et en Syrie.
  • Cela avait entraîné de vives tensions avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, et en 2017, une grave crise avait abouti à la rupture des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte, Bahreïn, suivis par quelques autres États, et le Qatar.
  • Cette rupture s’est accompagnée d’un blocus du pays, avec la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes, ainsi que la fermeture des bureaux de la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera.
  • Mais le Qatar abrite également la principale base militaire américaine de la région, et le blocus n’a pas fait céder le régime.
  • En 2021, l’Arabie saoudite avait fini par lever son blocus, même si les Qataris n’avaient pas cédé aux conditions posées par le Royaume.

Depuis, notamment depuis la guerre à Gaza, les relations entre l’Arabie saoudite et le Qatar se sont apaisées. En revanche, les Émirats arabes unis, alliés à Israël, restent des adversaires déterminés du pouvoir qatari.