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1 — Ce qui semble s’être passé 

À partir des images publiées depuis le terrain sur les réseaux sociaux, des données fournies lors de la conférence de presse et de ce qu’on sait des modes opératoires habituels des forces américaines, on peut reconstituer une image de l’opération qui a abouti la nuit dernière.

  • Depuis plusieurs mois, les forces américaines stationnées au large des côtes vénézuéliennes collectent des renseignements sur le dispositif militaire en place dans le pays, en particulier sur ses réseaux de défense aérienne (radars fixes et mobiles, lanceurs, aéronefs, etc.). 
  • Parallèlement, les services de renseignement travaillent à établir un profil de vie de Maduro, et probablement d’autres cadres dirigeants du régime, afin de connaître avec la plus grande précision possible sa localisation et ses protocoles de sécurité au moment de l’action.
  • Initialement prévue pour Noël, l’opération est reportée et la date est finalement fixée en fonction des conditions météorologiques et des déplacements de la cible sur le terrain.
  • En prévision de l’arrivée du commando, une série de moyens concurrents sont chargés d’ouvrir la voie aérienne et d’assurer la sécurité des hélicoptères : une campagne cyber visant à désactiver l’alimentation électrique de sites névralgiques (postes de contrôle, radars fixes, etc.) et une campagne de suppression ou de destruction des défenses antiaériennes du pays par les aéronefs américains.
  • Une fois les conditions réunies, les hélicoptères des forces spéciales s’infiltrent en volant le plus bas possible et en exploitant les reliefs afin de compliquer leur détection.
  • Une fois sur la zone de résidence de Maduro, les forces spéciales investissent par surprise le site, dans une opération qui semble avoir été répétée depuis des mois dans une copie du bâtiment construite pour l’occasion.
  • La rapidité de l’opération prend le dictateur de court et l’empêche de se réfugier dans son bunker sécurisé.
  • Une fois la cible appréhendée, le commando s’exfiltre sous le couvert de l’interdiction des défenses aériennes et rejoint le bateau avec lequel ils sont partis avec Maduro.

Cette opération, qui met en œuvre l’ensemble des composantes de l’arsenal américain de manière parfaitement coordonnée, démontre une nouvelle fois la grande maîtrise technique et tactique de leurs forces armées pour générer des effets déterminants au profit du pouvoir politique.

2 — Ce qui reste incertain

Bien que la chronologie de l’opération et le succès tactique qu’elle a représenté semblent relativement établis, un certain nombre de points concernant sa genèse restent en suspens et pourraient avoir des conséquences majeures sur la suite des événements.

Premièrement, Maduro a-t-il négocié lui-même son exfiltration, comme le laissent entendre certains opposants ?

  • Pris en tenaille entre la pression de Trump et ses engagements vis-à-vis de ses clients au sein du régime, il est possible que le dictateur ait jugé que sa meilleure option pour rester en vie était de se livrer aux Américains. 
  • Cependant, au vu des circonstances de son arrestation et des déclarations du président Trump, cette hypothèse semble peu probable.

Deuxièmement, d’autres figures du régime ont-elles collaboré avec les Américains, en leur fournissant des renseignements ou en limitant l’intervention de l’armée contre le commando ? 

  • Une telle coopération de la part de cadres du régime, obtenue par corruption directe ou en échange d’une immunité ultérieure, pourrait expliquer la facilité avec laquelle l’ensemble de l’opération s’est déroulée. 
  • Si aucun élément public ne permet aujourd’hui d’étayer cette hypothèse, elle faciliterait grandement la suite des opérations pour les forces américaines en servant de base à un processus politique de changement de régime. 

Enfin, si aucune de ces deux hypothèses ne se vérifie, l’action américaine se serait effectivement déroulée sans aucun soutien intérieur. 

  • L’administration Trump va donc maintenant devoir trouver, au sein du régime, des partenaires prêts à négocier pour convertir ce succès tactique en processus politique.

3 — Trajectoires possibles 

Lors de sa conférence de presse à Mar-a-Lago, le président Trump a annoncé ses plans pour la suite des opérations. 

  • Si l’on en croit ses déclarations, une seconde vague plus importante serait prête à être mise en œuvre.
  • Bien que cela n’ait pas été explicité lors de la conférence de presse, le faible volume de troupes débarquables dont disposent les forces américaines dans la région laisse penser que cette seconde vague serait principalement composée de frappes aériennes et d’actions de forces spéciales contre des éléments du régime, plutôt que d’une invasion terrestre, trop risquée en zone urbaine face à une armée nombreuse.
  • L’idée serait alors d’augmenter la pression mise sur les nouveaux dirigeants du régime en faisant planer la menace d’une deuxième vague pour qu’ils acceptent les demandes politiques formulées par l’administration Trump. 
  • L’objectif à terme de ces demandes serait la mise en place d’un gouvernement de transition sous tutelle américaine, qui aurait pour mission de réorganiser l’économie du pays au profit des États-Unis, puis d’organiser des élections aboutissant à un nouveau régime pro-américain.
  • Dans un entretien accordé aujourd’hui, 4 janvier, à CBS, Marco Rubio a détaillé les attentes de Washington à l’égard de Caracas : des changements dans la gestion de l’industrie pétrolière, la fin du « trafic de drogue » et des « problèmes liés aux gangs », l’élimination des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et de l’Armée de libération nationale (ELN), ainsi que la fin des rapprochements entre les dirigeants vénézuéliens et le Hezbollah et l’Iran « dans notre propre hémisphère » 1

Scénario 1 : le plus favorable à la Maison-Blanche

Dans ce scénario, le régime cède rapidement aux demandes américaines. 

  • Si les lieutenants de Maduro adoptent d’abord une posture martiale et excluent toute coopération, des luttes internes entre modérés et radicaux ouvrent des failles dans le régime. 
  • Certains cadres, dont ceux qui auraient participé à l’enlèvement du dictateur, se montrent progressivement ouverts à la négociation. 
  • L’armée et les paramilitaires se trouvent divisés sur la ligne à suivre. 
  • Des mouvements dans la rue finissent par faire basculer la situation. 
  • Sous la direction des États-Unis, une instance de gouvernance transitoire est mise en place, dans un premier temps en dehors du pays, pour travailler sur des réformes institutionnelles et économiques. 
  • Le pays est ouvert aux investissements et aux entreprises américaines qui opèrent sur place sous la protection armée de mercenaires afin de se prémunir d’éventuels actes de sabotage ou de représailles de la part de milices issues de l’ancien régime. Donald Trump a lui-même évoqué cette possibilité en faisant référence à la présence des soldats américains « en ce qui concerne le pétrole ». 

Si ce scénario se produisait, les États-Unis auraient réussi une opération de changement de régime inédite, en un temps record et sans présence militaire officielle sur le terrain.

Scénario 2 : le plus défavorable 

Suite à la disparition de Maduro du jeu politique, ce scénario suppose une réorganisation efficace du régime malgré la pression américaine. 

  • Après la surprise initiale, les jours passent sans qu’aucune avancée majeure ne soit constatée, ni d’un côté ni de l’autre. 
  • Les forces vénézuéliennes mènent quelques actions de représailles symboliques, sans chercher à provoquer de pertes réelles du côté américain, afin de ne pas fournir à l’administration Trump un casus belli pour une intervention plus importante.
  • La force aéronavale américaine continue de mener des frappes et des raids au sol pour éliminer les principaux cadres du régime. 
  • Avertis du danger et conscients de leurs modes opératoires, ils se sont cependant dispersés, ce qui rend leur traque plus difficile. 
  • Le régime continue de fonctionner, s’appuyant sur des réseaux paramilitaires locaux pour maintenir l’ordre et empêcher tout mouvement populaire. 
  • Avec le temps, le coût de la présence militaire permanente devant les côtes vénézuéliennes et l’émergence d’autres impératifs politiques poussent l’administration Trump à diminuer progressivement les moyens alloués à l’opération. 
  • Après un temps de flottement, le régime se réorganise complètement et élit un nouveau dirigeant pour remplacer Maduro.

Dans ce scénario, les difficultés à traduire le succès tactique de la capture de Maduro en un processus politique de changement de régime plongent les États-Unis dans l’impasse, pris entre l’irréalisme d’une invasion terrestre et les limites inhérentes aux frappes et aux opérations spéciales.