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Giorgia Meloni a choisi de soutenir Kiev contre Trump

« Une Europe qui se divise donne d’elle-même une image infantile, et c’est le seul vrai cadeau que nous puissions faire à Moscou. Et des cadeaux à Moscou, ces jours-ci, nous en avons fait assez. »

Nous traduisons et commentons le discours de la présidente du Conseil italien au Sénat.

Hier, 14 octobre, à la veille du Conseil européen, Giorgia Meloni a présenté au Sénat, puis à la Chambre des députés, les grandes priorités de la politique européenne de son gouvernement : la compétitivité et le coût de l’énergie, la réforme du marché du carbone, le budget de l’UE pour la période 2028-2034, les migrations.

La partie décisive de son discours se trouvait ailleurs. 

Pour la première fois devant le Parlement, la présidente du Conseil a nettement pris ses distances avec Washington, en qualifiant de « très risqué » l’accord par lequel Donald Trump lève certaines sanctions sur le diesel russe. Elle a contesté la justification avancée par la Maison-Blanche, en estimant que la flambée des prix des carburants est due avant tout à la guerre en Iran, et non au conflit ukrainien.

Elle a ensuite plaidé pour que l’Europe parle d’une seule voix dans les négociations : « Je serai honnête : la question de savoir qui siège à quelle table m’importe peu. Ce qui m’importe, c’est au nom de qui on s’y assoit, et pour dire quoi. […] Une Europe qui se divise donne d’elle-même une image infantile, et c’est le seul vrai cadeau que nous puissions faire à Moscou. Et des cadeaux à Moscou, ces jours-ci, nous en avons fait assez. »

Cette prise de position contraste avec celle exprimée presque au même moment à Bruxelles par Marine Le Pen. En marge d’une réunion avec ses alliés du groupe des Patriotes européens en la présence de Viktor Orban et de Matteo Salvini, la candidate du RN a annoncé que, si elle est élue au printemps prochain, la France cessera son aide financière à l’Ukraine, faute de moyens budgétaires.

Pour comprendre le positionnement de Meloni, il faut revenir au contexte national. L’ascension du parti du général d’extrême droite Roberto Vannacci, qui est passé d’environ 4 % à près de 8 % des voix en quelques mois seulement, a provoqué la première véritable instabilité politique de la coalition au pouvoir depuis octobre 2022. 

Giorgia Meloni se retrouve pour la première fois confrontée à une opposition qui la déborde par la droite. Et le soutien de son gouvernement à l’Ukraine est devenu le symbole du reniement de ses origines souverainistes et de son alignement sur Bruxelles et l’OTAN. Le général Vannacci pose d’ailleurs comme condition à toute alliance l’arrêt des armes et de l’argent pour Kiev.

Le soutien à l’Ukraine est également une ligne de fracture profonde au sein de la coalition en cours de construction qui allierait des forces centristes à la gauche populiste – le « campo largo » –, et qui oppose des forces plus conciliantes envers Moscou à d’autres beaucoup plus hostiles au Kremlin. 

En séance, le président du groupe du Mouvement 5 étoiles, Riccardo Ricciardi, a par ailleurs affirmé que la notion de « paix juste » n’existait pas dans l’histoire de l’humanité, et a demandé l’arrêt des livraisons d’armes à Kiev et du réarmement européen. Formule presque identique à celle que Vannacci répète depuis des mois. Le 5 mars, devant la presse étrangère à Rome, il répondait au correspondant de l’agence russe RIA : « La paix juste n’a jamais existé ; dans l’histoire de l’humanité, je n’ai jamais vu que la paix du vainqueur. »

Lors de ses répliques à la Chambre, la présidente du Conseil a tiré parti de cette convergence en rangeant le parti d’extrême droite parmi les partis d’opposition de gauche : « Je répondrai surtout aux arguments des partis d’opposition, je me concentrerai donc sur le campo larghissimo, disons-le comme ça. » Elle a également raillé les divisions du centre gauche, qui avait déposé plusieurs résolutions distinctes sur l’Ukraine : « Avant d’essayer de mettre d’accord Poutine et Trump, essayez de mettre d’accord [les différents leaders de la gauche] sur une seule résolution. »

Monsieur le Président, chers collègues,

Les choix que l’Europe est appelée à faire pour préserver sa capacité à rester à la fois compétitive, sûre et un acteur de premier plan sur la scène mondiale, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus complexes.

La guerre en Ukraine se poursuit, touchant de plus en plus de cibles civiles. L’instabilité au Moyen-Orient a des répercussions qui dépassent largement les frontières de la région. La concurrence économique mondiale est de plus en plus intense. Les tensions géopolitiques ont des répercussions sur la sécurité de nos chaînes d’approvisionnement, sur le prix du carburant, sur le coût de la vie et sur la capacité de nos entreprises à être compétitives. Sans oublier les menaces hybrides, les pressions migratoires, une instabilité croissante et la nécessité qui en découle de renforcer la sécurité et la défense européennes.

Il s’agit bien sûr de dossiers différents. Mais ils ont un point commun : ils nous rappellent à quel point ce qui se passe au-delà de nos frontières influe de plus en plus sur notre vie quotidienne et met à l’épreuve la capacité de notre nation à défendre sa prospérité et sa sécurité.

C’est pourquoi, ces dernières années, le gouvernement a choisi d’être présent et actif sur la scène internationale, avec constance et en suivant une ligne claire. Car l’intérêt national se défend en contribuant à orienter les choix qui nous concernent, et non en se contentant d’en subir les conséquences.

Cela vaut tout particulièrement en Europe. Et c’est dans cet esprit que l’Italie a également travaillé en vue du prochain Conseil européen, et qu’elle abordera les principaux thèmes à l’ordre du jour.

Le premier thème sur lequel je souhaite m’attarder est celui de la compétitivité.

Le Conseil européen fera le point sur la mise en œuvre de l’agenda « One Europe, One Market » et sur les progrès accomplis pour approfondir le marché unique, simplifier les règles, réduire les charges administratives et accélérer les procédures de planification et d’autorisation.

Ce sont là des objectifs sur lesquels l’Italie insiste depuis longtemps, mais la question qui pèse aujourd’hui plus que tout sur la compétitivité de notre économie n’est pas celle-ci : c’est celle du coût de l’énergie.

Nous l’avons dit à maintes reprises : nous ne pouvons pas demander aux entreprises européennes de rivaliser avec les grands acteurs mondiaux, tout en acceptant qu’elles paient systématiquement l’énergie beaucoup plus cher que leurs concurrents. Nous ne pouvons pas non plus poursuivre la transition écologique au détriment de notre base industrielle. La décarbonisation ne peut pas rimer avec désindustrialisation, d’autant plus dans le contexte géopolitique actuel.

Les tensions sur les principales routes commerciales et les chaînes d’approvisionnement ont des répercussions sur la sécurité et le prix de l’énergie et des carburants. Les coûts de transport et d’assurance augmentent, et, se répercutent au final sur les factures, le panier de la ménagère et les comptes des entreprises.

Face à un tel scénario, personne ne peut réagir efficacement seul. La réponse doit donc être coordonnée et rapide.

C’est pourquoi nous avons œuvré pour parvenir à un accord au sein du G7, qui a prévu la mise sur le marché d’une quantité importante de carburant, notamment pour prévenir le risque d’un blocage des exportations américaines, qui aurait eu de lourdes répercussions sur nos économies.

Mais parallèlement à cela, il faut aussi avoir le courage de se pencher sur ce que nous pouvons faire, en Europe. À commencer par la chose la plus évidente : éviter que des règles conçues dans un contexte totalement différent de celui que nous vivons aujourd’hui ne finissent par aggraver les effets des crises que nous traversons. 

Car nos entreprises sont aujourd’hui confrontées à une concurrence mondiale de plus en plus agressive, et chaque coût supplémentaire que l’Europe s’impose à elle-même est un avantage qu’elle offre à ses concurrents. Et le temps dont nous disposons pour redresser le cap n’est pas infini.

C’est sur ce point que l’Italie a concentré ses efforts.

La semaine dernière, nous avons lancé un nouveau dialogue avec les chefs d’État et de gouvernement les plus engagés en faveur de la compétitivité, autour de trois priorités : l’énergie, la simplification et le commerce international. C’est précisément à la suite de cette coordination que, avec la chancelière allemande et le Premier ministre belge, j’ai envoyé à Bruxelles trois propositions simples visant à faciliter et à libérer les investissements : des voies prioritaires pour les projets stratégiques, un véritable frein à l’excès de bureaucratie et une réduction drastique des obligations de déclaration, notamment pour les petites et moyennes entreprises.

Parallèlement, avec la République tchèque, nous avons présenté plusieurs propositions ciblées, y compris à caractère temporaire, pour réduire le coût de l’énergie.

Je vais essayer de l’expliquer simplement. En Europe, une entreprise qui pollue doit acheter un quota pour chaque tonne de CO₂ qu’elle émet : c’est le système ETS. Mais ces quotas s’achètent sur le marché, et c’est donc le marché lui-même qui en fixe le prix – avec des dynamiques qui, si vous me permettez, n’ont pas grand-chose à voir avec la protection de l’environnement. Lorsque le prix des quotas ETS augmente, le coût de production augmente également. Que ce soit pour les aciéries, les papeteries, les cimenteries ou les usines de céramique. Et ce coût, au final, se répercute sur le prix de ce que nous achetons.

C’est pourquoi nous avons couché sur papier quelques propositions précises visant à corriger le système ETS, afin que le prix du CO₂ reflète l’économie réelle et non les logiques de la finance. Et nous avons demandé de reporter encore une fois l’ETS2, qui, à partir de 2028, ferait peser de nouveaux coûts sur les ménages et les entreprises.

Il y a ensuite un deuxième problème, qui pèse directement sur les factures : le prix de l’électricité est déterminé par le prix marginal. Cela signifie que, dans les faits, c’est la dernière centrale appelée à produire, celle dont le prix est le plus élevé – qui est très souvent une centrale au gaz, soumise au système ETS –, qui fixe l’ensemble du prix. Ainsi, le coût du CO₂ payé par cette centrale se répercute sur le prix de toute l’électricité, y compris celle produite à partir de sources renouvelables.

C’est un problème qui, comme vous le comprendrez, concerne particulièrement l’Italie, car, comme vous le savez bien, notre mix énergétique comporte encore une part importante de gaz. Une vulnérabilité qui remonte à loin et sur laquelle nous travaillons, notamment en développant les énergies renouvelables comme aucun gouvernement ne l’avait fait avant nous, et en rouvrant la voie au nucléaire de nouvelle génération, afin de construire un système plus sûr et moins dépendant de l’étranger.

Mais ces investissements prennent du temps, et il faut des solutions dès maintenant. C’est pourquoi je considère qu’il est très important de pouvoir proposer une perspective concrète qui apporterait des bénéfices à court terme.

Lors du Conseil européen de mars dernier, nous avions réussi à inclure dans les conclusions la possibilité d’adopter des mesures nationales, temporaires et ciblées, afin d’atténuer les différentes composantes du coût de la production d’électricité. Sur cette base, la Commission s’est engagée à travailler avec nous sur le décret « Bollette ». Les discussions techniques ont été intenses et constructives et nous mènent vers une solution compatible avec les règles européennes, qui nous permettrait de mettre en œuvre notre mesure en réduisant le poids du coût de la production au gaz sur le prix global de l’électricité.

Voilà le résultat qui nous intéresse et pour lequel nous travaillons  : pas une ligne de plus dans les conclusions d’un sommet, mais une facture moins élevée pour une famille, un coût en moins pour une entreprise. 

Il y a également des avancées concernant le règlement européen sur le méthane. Les nouvelles exigences prévues pour les importateurs risqueraient de restreindre encore davantage l’offre disponible et d’exercer de nouvelles pressions sur les prix. C’est pourquoi nous avons demandé une suspension temporaire de certaines obligations. Lorsque nous avons soulevé ce problème ces derniers mois, la proposition semblait très difficile à faire avancer. Or, aujourd’hui, la Commission européenne a annoncé son intention de reporter d’un an l’entrée en vigueur du règlement. Et nous considérons cela comme une excellente nouvelle. 

Ces deux exemples illustrent un principe sur lequel nous insistons depuis le début : si une règle, mise à l’épreuve des faits, entraîne des conséquences qui n’avaient pas été prévues, ou aggrave une situation de crise, cette règle doit être corrigée.

Car nous ne sommes pas là pour défendre les règles contre la réalité. Nous sommes là pour défendre les citoyens contre les mauvaises règles. Et c’est possible.

Grâce à l’Italie, cela s’est produit à plusieurs reprises. Cela s’est produit, par exemple, avec la clause de sauvegarde nationale, lorsque l’Italie a été la première à demander que la flexibilité prévue pour la défense et la sécurité puisse également être utilisée pour faire face à la crise énergétique. Bien que peu de gens y croyaient, cette proposition est devenue une solution à la disposition de tous les États membres. 

C’est ce que nous espérons voir se produire également avec les nouvelles réflexions que nous avons lancées dans le domaine des règles budgétaires. Comme vous le savez, j’ai écrit à la présidente von der Leyen pour lui demander deux choses. Premièrement : que le choc énergétique et inflationniste soit dûment pris en compte dans le calcul des dépenses autorisées par les règles européennes. Deuxièmement : que les États membres puissent utiliser au moins une partie des recettes supplémentaires de TVA générées par la hausse des prix, pour financer des mesures temporaires et ciblées en faveur des entreprises et des ménages. Car il serait difficile d’expliquer aux citoyens que, pour faire face à ce choc, nous ne pouvons même pas utiliser les recettes supplémentaires qu’il génère.

Ce sont là des propositions de bon sens. Bien sûr, nous savons qu’il ne sera pas facile de parvenir à un consensus, mais cela ne nous empêchera pas de soulever cette question avec force.

Il y a enfin la question des matières premières critiques. Le lithium, le cobalt, le graphite et les terres rares sont indispensables à la transition énergétique et numérique, et à la défense. Or, aujourd’hui, l’Europe les importe presque intégralement, et souvent d’un seul pays. Si nous ne nous attaquons pas à ce nœud, nous risquons de sortir d’une dépendance pour entrer dans une autre.

C’est également la raison pour laquelle l’Italie s’est portée candidate pour accueillir à Porto Marghera l’un des premiers sites européens de stockage stratégique de ces matières, une initiative qui pourrait devenir un projet pilote européen.

Le fil conducteur qui relie toutes ces initiatives est simple en somme : l’Europe doit remettre la capacité de production au cœur de ses choix.

Le Conseil européen s’ouvrira par un échange avec le président Zelensky. Nous aborderons bien sûr la question de l’Ukraine. Entre-temps, la Russie a lancé sa nouvelle campagne d’automne contre l’Ukraine. Incapable de progresser sur le front, Moscou a commencé à frapper de plus en plus durement la population civile : centrales électriques, immeubles d’habitation, hôpitaux, voire les bus qui transportent les gens au travail, comme lors de l’horrible massacre de Kramatorsk.

Le 7 octobre, un missile russe a tué 22 personnes à Pryluky. Le lendemain, à Kramatorsk, 33 personnes ont trouvé la mort lors d’une attaque russe contre deux bus, touchés, selon la police ukrainienne, par une bombe planante. Les autorités locales ont qualifié cet événement d’attaque la plus meurtrière de 2026.

Il s’agit d’une stratégie par laquelle la Russie cherche à briser le peuple ukrainien par la terreur, le froid et l’obscurité, simplement parce qu’elle n’a pas réussi à le vaincre sur le champ de bataille. Les faits, d’ailleurs, contredisent la propagande du Kremlin ainsi que celle de ceux qui la diffusent ici même, en Italie. Depuis le début de l’année, Moscou n’a gagné que très peu de terrain, et rien qu’au mois de septembre, elle a perdu une grande partie de ce qu’elle avait conquis ces derniers mois.

C’est la première allusion à Vannacci. Le contexte est l’enquête du Financial Times qui l’a qualifié de « cheval de Troie » de l’influence russe en Italie. Vannacci a répondu qu’il s’agissait d’un récit dépourvu de toute preuve d’ordres, de financements ou de relations avec Moscou. Par souci d’équilibre, il est utile de rapporter les deux positions. À la Chambre, l’accusation est devenue explicite, mais ce sont d’autres qui l’ont formulée. Rosato (Azione) a évoqué la présence au Parlement de partis pro-Poutine qui ne tiennent pas compte des cyberattaques russes contre l’Italie.

Cette impasse n’est pas tombée du ciel. Elle est le fruit du courage des Ukrainiens et du soutien de l’Occident, y compris de l’Italie. Et je continue de penser que cette impasse est le seul moyen efficace dont nous disposons pour amener la Russie à une table de négociation sérieuse.

Je sais que le débat à ce sujet est vif, y compris dans cette Assemblée, et même au sein des différents groupes politiques. Je le respecte et je le comprends même, car personne dans cette Assemblée ne souhaite la guerre. Nous voulons tous parvenir à la paix. La différence réside dans la manière dont nous pensons y parvenir.

À mon sens, le soutien à l’Ukraine n’est pas une alternative à la paix : c’est ce qui la rend possible. Car si l’agresseur peut compter sur la capitulation de son adversaire, pourquoi aurait-il besoin de négocier ? Seulement, la capitulation n’est pas la paix, c’est la conquête. Si l’Ukraine cessait demain de se défendre, comme beaucoup le souhaitent ou le proposent, nous n’aurions pas la paix. Nous discuterions alors de l’occupation d’une nation européenne et du retour de l’impérialisme de type soviétique que l’Europe a connu pendant un demi-siècle. Personnellement, je ne regrette pas ces années-là, je ne regrette pas les chars russes qui ont réprimé les soulèvements de Prague et de Budapest, et je ne regrette pas le mur de Berlin. Et personne ne me convaincra que la capitulation de ceux qui défendent leur liberté puisse s’appeler la paix. La paix que nous voulons, et que nous nous efforçons de construire, même au prix d’un manque de consensus, est une paix juste, car seule une paix juste peut durer, seule une paix juste assure la sécurité de l’Europe et de nos intérêts.

C’est un aveu de la fracture au sein de la droite italienne. Laura Ravetto, qui a quitté la Ligue pour rejoindre Futuro Nazionale, avait précédemment affirmé que la capitulation de l’Ukraine ne serait pas une véritable paix, mais elle a demandé si les « chèques en blanc » accordés à Kiev avaient jamais permis d’y parvenir. Elle a ajouté que les sanctions n’avaient pas mis fin à la guerre, mais avaient paralysé les usines italiennes. Dans ses réponses, Meloni s’est montrée beaucoup plus directe et a invité les députés passés à Futuro Nazionale à démissionner, en déclarant : « Vous seriez plus crédibles si vous démissionniez et vous présentiez aux élections avec les nouvelles thèses que vous défendez. Sinon, nous sommes face à de nombreux cas de revirement politique. » C’est là que l’antithèse avec Vannacci est la plus explicite, presque mot pour mot. Interrogé par l’agence russe Ria en mars, Vannacci avait déclaré que « la paix juste n’a jamais existé », et que dans l’histoire, il n’existe que la paix du vainqueur. Comme base de négociation, il indiquait la neutralité ukrainienne, le maintien des territoires conquis militairement et la garantie que l’Ukraine n’adhérerait pas à l’OTAN. Le chef de groupe du M5S, Ricciardi, a quant à lui déclaré en séance plénière que « le concept de paix juste n’existe pas dans l’histoire de l’humanité », demandant l’arrêt des livraisons d’armes à Kiev et du réarmement européen. Il s’agit d’une formule presque superposable à celle de Vannacci, et cette superposition constitue le meilleur argument textuel en faveur du « camp très large » dont Meloni s’est moquée.

La référence à Prague, Budapest et au Mur ajoute une dimension mémorielle qui associe la Russie d’aujourd’hui à l’impérialisme soviétique. Meloni s’inscrit dans la lignée de l’anticommunisme atlantiste de la droite italienne d’après-guerre pour contester à Futuro Nazionale la prétention d’être la « vraie droite ». C’est la même contestation que celle formulée par Meloni en juin, lorsqu’elle avait déclaré aux partisans de Vannacci qu’ils n’étaient pas la vraie droite mais qu’ils servaient les intérêts de la gauche.

La position du gouvernement reste donc inchangée. Le soutien à Kiev, en accordant une attention particulière à la population civile, la pression sur Moscou et l’unité euro-atlantique restent les piliers de notre action.

Dans ce contexte, nous devons également prendre en compte l’accord sur le gazole russe annoncé vendredi dernier par le président des États-Unis, Donald Trump. C’est un choix que je considère comme très risqué.

Dans la nuit du 9 au 10 octobre, Trump a annoncé la levée de certaines sanctions sur le diesel russe. L’autorisation générale de l’OFAC autorise la vente et l’importation jusqu’au 7 avril 2027. Ces livraisons n’auront toutefois aucune incidence sur les prix en Italie, car les sanctions de l’UE sur les produits pétroliers russes, en vigueur depuis février 2023, restent applicables. L’opposition attaque Meloni pour sa soumission à Trump, qualifiant l’exécutif de gouvernement de « petits trumpistes » (PRovenzano, Parti démocrate) le jour même où elle prend ses distances avec lui, après un été marqué par des tensions diplomatiques entre Meloni et Trump. Il en résulte un gouvernement qui critique Trump depuis des positions atlantistes, un M5S qui le critique depuis des positions anti-atlantistes et un Futuro Nazionale qui admire Trump tout en étant pro-Poutine.

Il est évident que nous comprenons tous, et partageons, la nécessité de contenir les prix de l’énergie qui pèsent sur les ménages et les entreprises, y compris en Italie. Mais nous devons être conscients que la flambée des prix du carburant est principalement due à la guerre en Iran, et non au conflit en Ukraine. Le résultat de ce choix est donc incertain, tandis que les risques sont évidents. Une légitimation pour Moscou alors que ses bombes continuent de s’abattre sur les villes ukrainiennes, de nouvelles recettes permettant de financer la guerre, un affaiblissement implicite du levier des sanctions : voilà des éléments que nous ne pouvons ignorer, et qui contredisent ce que les États occidentaux, y compris les États-Unis, ont fait jusqu’à présent pour pousser Poutine à s’asseoir à la table des négociations.

Il en va autrement d’un cessez-le-feu entre les parties concernant les centrales électriques, que l’Italie soutient clairement. Nous remercions le président Zelensky d’avoir immédiatement déclaré la pleine disponibilité de l’Ukraine à cet égard. Nous attendons désormais de la Russie qu’elle fasse de même et qu’elle mette fin aux attaques contre les centrales électriques et énergétiques ukrainiennes.

Par ailleurs, dans une période aussi complexe, où tant de variables échappent à notre contrôle, il y a au moins une chose qui dépend de nous : veiller à ce que l’Europe ne reste pas les bras croisés. Car les conditions d’une paix qui concerne notre continent, et donc notre sécurité, ne peuvent être définies sans nous.

C’est pourquoi je continue de demander que les Vingt-sept désignent une personnalité faisant autorité, dotée d’un mandat de tous, et capable de faire entendre la voix de l’Europe à la table des négociations. Et si aucun consensus ne se dégage sur un nom, nous sommes également prêts à envisager d’autres solutions.

Si, par exemple, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, dans le fameux format E3, estiment pouvoir agir seules, mieux que nous ne le ferions tous ensemble – et c’est jusqu’à présent le choix qu’elles ont fait –, alors qu’elles le fassent au moins au nom de tous et avec un mandat officiel donné par tous.

Car je vais être honnête : la question de savoir qui siège à quelle table me semble secondaire. Ce qui m’importe, c’est au nom de qui on siège à la table, et pour dire quoi. Ce qui m’importe, c’est que l’Europe ne soit pas en désordre, qu’elle ne s’expose pas à ceux qui ont intérêt à attiser les divisions et qu’elle parle d’une seule voix. Car une Europe divisée sur la question des formats, donne une image infantile d’elle-même, et c’est le seul véritable cadeau que nous puissions faire à Moscou. Et ces derniers jours, nous avons déjà fait suffisamment de cadeaux à Moscou.

Le « nous » englobe l’Europe et dilue la critique à l’égard de Washington dans une responsabilité occidentale commune. Le « cadeau » par excellence est la suspension par les États-Unis des sanctions sur le diesel, mais le pluriel permet à Meloni de ne pas citer Trump deux fois et de rester ambiguë.

Ensuite, chers collègues, ce qui se passe en Ukraine ne reste pas en Ukraine. Le Conseil européen débattra plus précisément de l’escalade des attaques hybrides russes. Et c’est tout à fait justifié, car la menace hybride est désormais devenue la énième « nouvelle norme » de cette époque troublée.

Le fait est que la guerre hybride ne se déclare pas et n’a pas de front. Ce sont les drones qui violent l’espace aérien de nos partenaires, et qui survolent les aéroports et les bases de plusieurs pays européens. Ce sont les câbles sous-marins endommagés en mer Baltique ; ce sont les cyberattaques contre les hôpitaux, les ports et les administrations publiques ; c’est le sabotage des réseaux ferroviaires.

Ce sont les campagnes de désinformation conçues pour diviser nos opinions publiques, pour discréditer des responsables politiques considérés comme des ennemis et pour influencer les élections, allant jusqu’à de véritables formes de manipulation de l’espace cognitif. Et l’instrumentalisation des migrants, poussés aux frontières comme des armes de pression.

Un tel contexte exige une réponse coordonnée, et l’Italie présentera à Bruxelles quelques priorités claires. Protéger nos infrastructures critiques : je pense ici aux réseaux énergétiques, aux câbles sous-marins, aux ports, aux aéroports et au domaine sous-marin, dans lequel l’Italie dispose d’une expertise d’excellence ; soutenir l’industrie italienne afin qu’elle apporte une contribution décisive aux systèmes anti-drones et antimissiles ; réaffirmer que la sécurité des frontières de l’Union est indivisible, ce qui signifie que, tout en contribuant à soutenir le flanc est, nous ne pouvons accepter que l’on perde de vue le flanc sud. 

Car se défendre aujourd’hui ne signifie pas seulement disposer de chars d’assaut. Se défendre, c’est un hôpital qui continue à soigner même sous le coup d’une cyberattaque ; une centrale qui ne s’éteint pas ; un aéroport qui ne s’arrête pas à cause d’un drone. Se défendre, ce n’est pas protéger une idée abstraite de puissance. C’est protéger la vie quotidienne des citoyens.

Et cela m’amène à la question des ressources. Comme je l’ai déjà dit, la sécurité et l’énergie sont les deux faces d’une même médaille. Sans sécurité, l’énergie coûte plus cher. Et sans énergie, il pourrait ne plus rester rien à défendre.

C’est pourquoi nous avons demandé, et obtenu, que la clause de sauvegarde nationale puisse être utilisée non seulement pour les dépenses de défense, mais aussi pour les mesures nécessaires afin de faire face à la crise énergétique.

Il en résulte que, sur la marge maximale de 1,5 % du PIB prévue par la clause, l’Italie a décidé d’en utiliser 1,2 %, répartis à parts égales : 0,6 % pour les mesures de lutte contre la hausse des prix de l’énergie, soit environ 14 milliards d’euros destinés aux ménages vulnérables et aux entreprises grandes consommatrices d’énergie, et 0,6 % pour la défense et la sécurité. Nous avons donc choisi, compte tenu du contexte, de ne pas utiliser la totalité de la marge prévue pour la défense. 

Mais je rappelle que la plus grande flexibilité en matière de défense et de sécurité signifie essentiellement des ressources supplémentaires par rapport à celles autorisées par les paramètres européens. Il ne s’agit donc pas d’argent prélevé sur la santé ou l’éducation. Si nous ne les dépensions pas pour la défense, nous ne pourrions pas les dépenser pour autre chose.

Ceux qui prétendent qu’une sécurité accrue signifie moins d’hôpitaux, des ressources détournées des services essentiels par un gouvernement belliciste, mentent en toute connaissance de cause. D’autant plus que, ceux-là mêmes qui nous accusent aujourd’hui depuis l’opposition, avaient approuvé lorsqu’ils étaient au gouvernement – en pleine pandémie – une augmentation des dépenses militaires de 15 milliards d’euros. Et à l’époque, il n’y avait même pas de guerre en Ukraine.

Mais je tiens à le dire à ceux qui nous écoutent, en reprenant un argument du ministre Crosetto, que je remercie. Sur chaque 100 euros que l’État consacre à la Défense, environ 60 servent à payer les salaires de ceux qui défendent notre sécurité, soit près de 280 000 femmes et hommes en uniforme. Environ 10 euros servent à assurer le fonctionnement quotidien des structures.

Environ 30 euros sont consacrés à des investissements, dans un secteur industriel qui emploie plus de 300 000 personnes, souvent hautement qualifiées, dans des milliers de petites et moyennes entreprises réparties dans toute l’Italie. Ceux qui parlent de gaspillage devraient aussi expliquer à ces familles que leur travail est inutile. Et quand nous achetons, qu’achetons-nous ? Principalement des moyens de nous défendre. Défense aérienne, systèmes anti-drones, cybersécurité, protection des infrastructures. Nous achetons des boucliers. 

Enfin, je tiens à rappeler que la sécurité est aussi une condition préalable à la prospérité. Personne n’investit dans un pays qui ne sait pas protéger ses réseaux, ses ports, ses données. Aucune entreprise n’exporte si les voies commerciales ne sont pas sûres. De plus, investir dans la sécurité, c’est défendre l’épargne, l’emploi et l’innovation des vingt prochaines années. Un pays qui n’investit pas dans sa propre sécurité n’épargne pas. Il reporte la facture. Et l’histoire nous enseigne que cette facture, au final, s’avère toujours bien plus coûteuse.

La position sur la défense rassemble à nouveau les adversaires de Meloni. La résolution de Futuro Nazionale engage le gouvernement à s’opposer à la défense européenne et au « Schengen militaire », et le programme du parti rejette le seuil des 5 % et l’instrument Safe. Le M5S et Futuro Nazionale se retrouvent du même côté, pour des raisons différentes.

Parmi les thèmes à l’ordre du jour du Conseil figure bien sûr le Moyen-Orient, peut-être le dossier qui illustre le plus clairement à quel point les équilibres internationaux ont désormais une incidence directe sur la vie quotidienne de nos nations.

Il y a une semaine, alors que je me trouvais à Split avec les dirigeants des pays du MED9, nous avons commémoré le troisième anniversaire de la dramatique attaque du 7 octobre 2023. Une attaque barbare qui a plongé toute la région dans le chaos. Je pense qu’il est important de le rappeler encore aujourd’hui, car toute approche critique légitime à l’égard des actions du gouvernement israélien au cours des trois années qui ont suivi, ne peut et ne doit jamais nous faire oublier ce qui a été le plus horrible pogrom depuis la Shoah, planifié et exécuté par le Hamas.

Surtout à un moment où l’ombre de l’antisémitisme semble refaire surface dans de nombreux pays. La sécurité de l’État d’Israël ne peut donc être remise en cause. Et je continue de penser qu’il est nécessaire de maintenir un canal de dialogue ouvert avec Israël. Cela dit, nous sommes préoccupés par la persistance de la présence israélienne dans le sud du Liban, en Syrie et à Gaza. Et en Cisjordanie, nous assistons à une pression intolérable exercée sur la population palestinienne.

Comme nous l’avons écrit conjointement avec la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et d’autres partenaires, les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales. Et nous nous opposons fermement à ceux qui soutiennent l’annexion et le déplacement forcé de la population palestinienne.

Face à cette situation, je pense que l’Europe doit reprendre la place qui lui revient. Et l’occasion de le faire se présentera inévitablement avec la formation du nouveau gouvernement israélien, quel que soit le vainqueur des élections. Ce sera le moment de demander des gestes capables d’inverser la spirale négative qui perdure depuis trop longtemps, et de rouvrir, à terme, une voie politique vers la paix.

Cela prendra du temps, nous le savons. Mais nous savons tout aussi bien que si, au cours des prochains mois, nous assistons à une expansion sans fin des colonies en Cisjordanie, à l’effondrement de l’Autorité palestinienne ou à la reprise de la violence à Gaza ou en Cisjordanie même, la solution à deux États deviendra impossible. Et c’est une issue que nous ne pouvons pas nous permettre.

Je proposerai donc de travailler, en Europe, sur certaines demandes précises, susceptibles de créer les conditions d’un retour au dialogue politique. Parmi celles-ci, le transfert à l’Autorité palestinienne des recettes fiscales qu’Israël retient aujourd’hui et le gel de la colonie E1, sur laquelle nous nous sommes déjà prononcés aux côtés de nos principaux partenaires européens.

À Gaza, la situation reste dramatique. Il faut davantage d’aide, et il faut que cette aide arrive rapidement. Et il faut une initiative politique pour vérifier si le Hamas est réellement disposé à déposer les armes. Ce serait le tournant dont nous avons besoin, et cela ouvrirait la voie à la reconstruction, dans l’intérêt – avant tout – de la population civile.

Nous continuons, par ailleurs, à croire en une paix véritable entre Israël et le Liban, et à œuvrer en ce sens. Comme vous le savez, l’Italie a accueilli plusieurs cycles de négociations et nous sommes prêts à le faire à nouveau. Je suis convaincue que les dirigeants libanais sont sincèrement prêts à conclure une paix juste et durable avec Israël. Et nous sommes prêts à la soutenir, notamment par le biais d’une initiative franco-italienne pour l’après-FINUL, afin de doter les Forces armées libanaises des capacités nécessaires pour affirmer la souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire.

Au Conseil européen, nous discuterons également de la situation en Iran et dans le Golfe. À commencer par la liberté de navigation à Ormuz et à Bab el-Mandeb, qui représente un intérêt vital pour l’Europe.

Les restrictions et les attaques dans ces deux détroits ont eu un effet direct sur la vie de nos citoyens, à commencer par le prix de l’énergie. 

Le gouvernement s’est engagé à en limiter les effets et continuera à le faire avec tous les moyens à sa disposition, mais une solution durable passe nécessairement par le rétablissement d’une pleine liberté de navigation : sans péages et sans restrictions discriminatoires.

C’est pourquoi je pense que l’Europe doit s’engager en première ligne, à commencer par le renforcement de l’opération Aspides en mer Rouge, que l’Italie dirige aujourd’hui et qui repose en grande partie sur la contribution d’un très petit nombre de pays. Il faut davantage de navires, et il en faut dès maintenant.

Nous devons ensuite approfondir notre partenariat avec les pays du Golfe. L’Europe et le Golfe sont deux régions liées par des intérêts de plus en plus étroits, qui ont besoin de règles et de stabilité pour prospérer. L’Italie a mis à la disposition des pays de la région qui en ont fait la demande, des moyens pour se défendre contre les attaques injustifiées de l’Iran et de ses alliés.

Des attaques qui, ces derniers jours, ont vu une nouvelle escalade des Houthis contre les infrastructures énergétiques saoudiennes et que nous condamnons fermement. Mais, dans la phase à venir, la priorité devra être autre : ne plus dépendre d’un seul point de passage. Cela signifie construire de nouvelles liaisons entre l’Europe, le Golfe et l’Asie, à commencer par le corridor IMEC ; mieux protéger les ports, les câbles sous-marins et les infrastructures énergétiques ; diversifier les itinéraires et les fournisseurs. Là encore, l’Italie, avec ses entreprises, joue son rôle. Mais l’Europe doit désormais faire de même.

Un autre chapitre central du prochain Conseil européen sera la négociation du cadre financier pluriannuel. Une question complexe et importante, car le budget de l’Union n’est pas un simple exercice comptable. C’est l’instrument par lequel nous décidons concrètement quelles seront les priorités de l’avenir et quelles ressources nous sommes prêts à mettre à la disposition de ces priorités. 

Au cours de ces derniers mois, nous avons déjà obtenu plusieurs résultats concrets par rapport à la proposition initiale de la Commission. Les États membres joueront un rôle plus déterminant dans la gestion des nouveaux instruments ; en d’autres termes, les décisions relatives à l’utilisation des ressources ne seront pas prises uniquement à Bruxelles. La politique agricole commune et la politique de la pêche conserveront leur identité et leurs garanties propres, car les agriculteurs et les pêcheurs ne peuvent pas devenir une ligne budgétaire parmi d’autres dans un fonds indifférencié. En matière d’État de droit, nous avons obtenu des règles plus claires et plus objectives, afin d’empêcher qu’il n’en soit fait un usage politique. Le nouveau Fonds européen pour la compétitivité offrira davantage de garanties aux petites et moyennes entreprises, qui constituent l’épine dorsale de notre économie. Et les gouvernements auront davantage leur mot à dire dans la définition des priorités de l’action extérieure de l’Union.

Ce sont là des résultats importants, mais les négociations sont encore loin d’être terminées. Au contraire, nous entrons maintenant dans la phase la plus délicate, celle des négociations sur le montant effectif du budget et sur les sources de financement nécessaires.

Au préalable, il y a une question de méthode que je tiens à réaffirmer ici également. La présidence irlandaise et les institutions européennes ont fixé comme objectif de parvenir à un accord d’ici la fin de l’année. 

Nous ne sommes pas opposés par principe à cet objectif, mais il doit être clair que la date ne peut pas primer sur le fond. Nous ne signerons pas un accord qui ne serait pas avantageux dans le seul but de respecter une échéance. Nous ne signerons un accord que lorsqu’il sera équitable pour l’Italie. 

Et qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Cela signifie avant tout élaborer un budget qui apporte des réponses claires et concrètes. Cela signifie financer de manière adéquate les nouvelles priorités que nous considérons tous comme stratégiques, sans sacrifier les politiques qui constituent l’un des fondements du projet européen.

Je le dis très clairement : l’Italie n’acceptera pas un budget qui réduirait la Politique agricole commune, la pêche et la cohésion. L’agriculture et la pêche concernent notre sécurité alimentaire, qui est une composante essentielle de l’autonomie stratégique européenne.

La cohésion concerne la capacité du marché unique à fonctionner sans laisser de côté des territoires entiers, ce qui affaiblirait par conséquent la croissance globale.

Il n’y a donc, à mon sens, aucune contradiction entre les politiques traditionnelles et les nouvelles priorités. Au contraire : il n’y a pas de sécurité sans sécurité alimentaire, et il n’y a pas de véritable compétitivité sans égalité de dignité entre les territoires.

Ces derniers jours, la présidence irlandaise a présenté une nouvelle proposition de négociation, qui prévoit un budget d’environ 1 622 milliards d’euros pour la période 2028-2034, à prix constants. Il s’agit d’une réduction de 108 milliards d’euros par rapport à la proposition de juin et de plus de 140 milliards par rapport à la proposition initiale de la Commission. 

Malgré des coupes aussi importantes, les ressources globales des plans nationaux et régionaux, qui englobent la PAC et la cohésion, ont été préservées. Il s’agit d’un résultat très important et loin d’être acquis d’avance, auquel – je suis heureux de le dire – la lettre conjointe des 17 États membres « Amis de la cohésion » a contribué de manière décisive, une autre initiative lancée par l’Italie, cette fois-ci en collaboration avec la Roumanie.

Et c’est précisément pour continuer à travailler dans cette voie que, avec la Roumanie, nous accueillerons, en marge du prochain Conseil européen, une nouvelle réunion du groupe. Ce sera l’occasion de faire le point sur les négociations et de réaffirmer une position commune avant la phase décisive.

Reste ensuite la question fondamentale, à savoir comment financer les priorités que l’Europe s’est fixées. À cet égard, je pense que la question de départ n’est pas de savoir quel doit être le montant du budget, mais plutôt ce que l’Europe considère comme indispensable pour les années à venir. On définit d’abord les objectifs, puis on trouve le moyen de les financer. Et non l’inverse.

Par ailleurs, concernant les nouvelles ressources propres proposées par la Commission, nous émettons plusieurs réserves, mais nous sommes disposés à travailler selon un critère clair : alléger autant que possible la charge pesant sur les budgets nationaux, sans imposer de nouvelles taxes aux citoyens et aux entreprises européennes.

Nous estimons qu’il est possible et nécessaire d’envisager également un remboursement plus progressif de la dette contractée au titre de « Next Generation EU », afin que ces remboursements ne pèsent pas sur les autres politiques européennes précisément au moment où il faut investir davantage.

Et d’une manière générale, je pense que, pour financer des priorités stratégiques pour nous tous, aucun instrument ne doit être exclu a priori.

Il y a ensuite certaines questions sur lesquelles, pour l’Italie, le compromis devra nécessairement être amélioré.

La première concerne notre position globale. La proposition de la présidence irlandaise maintient pour l’essentiel inchangés les critères de répartition des ressources, qui continuent de pénaliser notre pays. Nous ne pouvons accepter que l’Italie verse davantage au budget européen tout en recevant moins en retour. C’est une simple question d’équité.

La deuxième concerne les « rebates », ces réductions sur les contributions dont bénéficient certains États membres, sur lesquelles la nouvelle proposition n’apporte aucune avancée. J’ai du mal à expliquer pourquoi précisément ceux qui demandent de « moderniser » le budget, c’est-à-dire de le réduire, prétendent conserver des privilèges nés à une autre étape de l’intégration européenne.

Si la modernisation doit avoir lieu, elle doit s’appliquer à tous. Et j’ajoute qu’on ne peut prétendre que les sacrifices soient européens, et les privilèges nationaux.

La troisième question, qui peut sembler technique, en dit long sur le fonctionnement de l’Europe. Il s’agit du principe selon lequel les fonds européens ne peuvent pas financer des activités qui nuisent de manière significative à l’environnement. Un principe juste. Mais les premiers projets de règles d’application de la Commission risquent d’en faire une exclusion automatique de secteurs entiers, c’est-à-dire précisément ce que les gouvernements avaient décidé d’éviter.

Nous ne pouvons pas demander à une aciérie d’investir des milliards dans la transition, lui faire payer des quotas de CO₂ et ensuite lui dire que, précisément parce qu’il s’agit d’une aciérie, elle ne peut pas accéder aux fonds européens destinés à la décarbonisation. Nous ne pouvons pas non plus affirmer vouloir renforcer la sécurité énergétique et ensuite exclure automatiquement les infrastructures nécessaires pour garantir ce processus.

Et je tiens également à dire que les décisions des gouvernements ne sont pas des ébauches que la bureaucratie peut corriger à sa guise. Cette dérive selon laquelle les chefs d’État et de gouvernement prennent des décisions que les règles bureaucratiques démantèlent systématiquement est inacceptable et doit être corrigée.

Notre évaluation globale du paquet dépendra également de la manière dont ces nœuds seront dénoués. Mais sur ce point, comme je le disais, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Le Conseil européen tiendra également un débat stratégique sur le processus d’élargissement et sur les réformes internes de l’Union. Un sujet auquel l’Italie a toujours accordé une grande importance. Seule une Europe réunifiée, soutenue par un consensus politique solide, peut atteindre la masse critique nécessaire pour rester compétitive, influente et sûre.

À commencer par les Balkans occidentaux. Bien sûr, chaque parcours a ses propres caractéristiques, son propre calendrier et ses propres conditions. Mais la perspective politique est la même : consolider durablement l’ancrage européen de nations qui font partie de notre histoire.

Nous soutenons un élargissement fondé sur le principe du mérite et sur une responsabilité réciproque. Il appartient aux pays candidats de mener à bien les réformes nécessaires et de s’aligner progressivement sur les règles européennes. Il incombe toutefois à l’Union de reconnaître, sans délai, ces résultats accompagnés de progrès concrets. C’est pourquoi, à court terme, notre priorité est de soutenir fermement l’avancement du processus au Monténégro et en Albanie. Car leur succès aurait une portée qui dépasse largement leurs frontières et les nôtres. Cela montrerait à toute la région que le processus d’adhésion est bien réel, que les réformes sont récompensées, et que, lorsqu’un pays candidat fait sa part, l’Union est capable de faire la sienne.

Enfin, le Conseil européen tiendra un débat stratégique sur la gestion des flux migratoires.

J’ai souligné à maintes reprises, dans cette Assemblée, à quel point l’approche européenne en la matière a considérablement évolué ces dernières années.

Au départ, nombreux étaient ceux qui considéraient comme impossible que des thèmes tels que, se concentrer sur la prévention des départs plutôt que sur la gestion des arrivées, renforcer la dimension extérieure, établir des partenariats avec les pays d’origine et de transit, rendre les retours plus efficaces et développer des solutions innovantes, puissent devenir partie intégrante du débat européen. Mais c’est ce qui s’est produit. Et ce changement d’approche, auquel l’Italie a apporté une contribution décisive, produit des résultats concrets.

Ce n’est pas le gouvernement qui le dit. Ce sont les données de Frontex qui le montrent. En deux ans, les franchissements irréguliers des frontières extérieures de l’Union ont diminué de plus de moitié.

Et cette année, la baisse se poursuit : moins 35 % au cours des huit premiers mois par rapport à l’année dernière. En Méditerranée centrale, c’est-à-dire sur la route qui concerne l’Italie, les arrivées ont diminué de plus de la moitié.

Le problème n’est pas résolu, nous le savons bien. Mais ces chiffres montrent une chose simple : l’alternative à la « politique des portes ouvertes » a toujours existé. Elle a toujours existé. Pendant des années, on a simplement choisi de ne pas la mettre en œuvre.

Nous avons l’intention de poursuivre dans la voie engagée, sans baisser la garde. D’autant plus que les événements de Ceuta, fin juillet, ont clairement montré à quelle vitesse des situations de pression exceptionnelle peuvent se produire aux frontières extérieures.

À la lumière de ces faits, comme vous le savez, l’Italie a décidé de réintroduire temporairement les contrôles aux frontières intérieures aériennes et maritimes avec l’Espagne, sur la base d’une évaluation de sécurité. Et permettez-moi de dire que je trouve assez surréalistes les polémiques qui ont suivi, notamment de la part de certains partis d’opposition, manifestement plus soucieux de défendre le gouvernement espagnol que la sécurité et les frontières italiennes.

Je rappelle que le code Schengen prévoit expressément la possibilité de réintroduire temporairement les contrôles aux frontières intérieures pour des raisons d’ordre public ou de sécurité. Il s’agit, en effet, d’un instrument régulièrement utilisé : depuis 2006, les États membres y ont eu recours près de cinq cents fois, et dans plus de trente cas, les contrôles ont directement concerné l’Italie. La France, par exemple, maintient des contrôles à la frontière avec nous depuis plus de dix ans.

Il est donc difficile de soutenir – chers collègues – que l’Italie n’a pas le droit d’utiliser un instrument qui a été utilisé à son encontre des dizaines de fois. Je rappelle à mes collègues que l’Italie a les mêmes devoirs et les mêmes droits que les autres États membres, mais qu’elle a aussi les mêmes droits. Nous n’acceptons pas que la défense des frontières soit un droit pour les autres et une faute lorsqu’il s’agit de l’Italie.

Ceuta nous a également appris une autre chose : une crise aux frontières ne naît pas toujours d’elle-même. Parfois, elle est orchestrée. Les passeurs l’organisent, les réseaux sociaux l’amplifient, la désinformation l’alimente.

Ceux qui utilisent des personnes désespérées comme moyen de pression à nos frontières ne se contentent pas de forcer une frontière. Ils attaquent l’Europe, et l’Europe doit se doter des outils nécessaires pour y répondre.

Toujours au lendemain des événements de Ceuta, le 1er août dernier, l’Italie, conjointement avec le Danemark, a pris l’initiative d’une lettre signée par 22 chefs d’État et de gouvernement européens sur 27, dans laquelle nous avons demandé une protection accrue des frontières extérieures, une lutte plus résolue contre les réseaux de passeurs, davantage de rapatriements et une meilleure capacité à anticiper et à réagir à des situations similaires.

Et nous avons demandé que l’on s’attaque sérieusement aux facteurs d’attraction, parmi lesquels nous comptons également les régularisations à très grande échelle. Bien entendu, chaque État membre conserve ses compétences et prend ses propres décisions. Mais nous vivons dans un espace intégré, avec une libre circulation et des frontières communes. Et ce qu’un État décide chez lui ne reste pas nécessairement chez lui : cela peut avoir des répercussions sur les autres États membres et compromettre le bon fonctionnement de l’espace Schengen.

Si le message qui passe est qu’une entrée irrégulière peut par la suite se transformer en séjour légal, le risque est d’encourager de nouveaux départs, de renforcer le modèle économique des passeurs et de réduire à néant une partie des efforts que nous déployons pour réduire les arrivées irrégulières. Et nous ne pouvons pas nous le permettre.

Viennent ensuite les retours. Pendant des années, en Europe, une décision d’expulsion n’était bien souvent qu’un simple bout de papier. Aujourd’hui, nous disposons d’outils plus efficaces, notamment grâce aux nouvelles règles européennes, et les résultats sont visibles. Cette année, les retours ont atteint leur plus haut niveau jamais enregistré pour la même période, et ils continuent d’augmenter. Je tiens donc à remercier le ministre Piantedosi et tous ceux qui œuvrent chaque jour pour obtenir ce résultat. Car le message doit être clair : ceux qui entrent illégalement en Italie ne peuvent pas compter y rester.

Et puis, il y a le travail tout au long de la route migratoire. Grâce à la collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations ainsi qu’avec l’Algérie, la Libye et la Tunisie, environ 65 000 migrants sont retournés volontairement dans leur pays d’origine au cours des deux dernières années, avant même d’avoir tenté de traverser la Méditerranée. Ce sont 65 000 personnes qui n’ont pas confié leur vie à des passeurs.

Mais pour que ce modèle fonctionne encore mieux, il faut la collaboration la plus étroite possible de la part des pays tiers. Et lorsque cette collaboration fait défaut, l’Europe doit utiliser tous les leviers dont elle dispose : la diplomatie, la coopération, le commerce, les visas. Car ceux qui souhaitent être nos partenaires ne peuvent pas considérer les retours comme un chapitre à part.

Il faut encore plus d’ambition sur le plan extérieur et une meilleure coordination avec les initiatives nationales, à commencer par le Plan Mattei pour l’Afrique, né de la conviction que les relations entre l’Europe et l’Afrique doivent reposer sur des partenariats d’égal à égal, des investissements et une croissance partagée. 

Il en va de même pour les solutions innovantes. L’Italie a ouvert la voie avec ses centres en Albanie, et aujourd’hui, les « centres de retour » dans les pays tiers sont prévus par la réglementation européenne, et de nombreux États membres souhaitent s’engager dans cette voie. Il faut désormais passer à la mise en œuvre. L’Union doit soutenir ceux qui souhaitent lancer des projets pilotes, en leur apportant des ressources, des compétences et des moyens, dans le plein respect du droit européen et international. Et ces ressources doivent également trouver leur place dans le prochain budget européen.

Nous en discuterons en marge du Conseil européen, notamment lors du traditionnel déjeuner de travail consacré aux solutions innovantes en matière de migration, que nous avons, comme toujours, organisé conjointement avec le Danemark et les Pays-Bas.

En conclusion, chers collègues, au-delà des dossiers individuels, le Conseil européen qui nous attend revêt une signification politique claire.

Nous vivons dans un monde où la sécurité, la prospérité et de nombreux équilibres que nous avons considérés comme acquis pendant des années ne vont plus de soi. Et l’Europe doit décider comment elle entend y faire face. Elle peut continuer à établir des règles comme si rien n’avait changé. Ou bien elle peut regarder la réalité en face et se doter des outils nécessaires pour défendre son économie, sa sécurité et sa liberté.

Et c’est pour cette dernière que nous travaillons. Une Europe capable de concilier transition et industrie, politiques traditionnelles et nouvelles priorités, coopération avec ses partenaires et défense de ses frontières. Une Europe pragmatique, qui n’a pas peur de corriger ses choix lorsque la réalité change. Une Europe qui concentre ses forces sur les grands défis qu’aucune nation ne peut relever seule, et qui sait s’effacer là où les nations s’en sortent mieux seules. Une Europe forte sur les grandes questions, et discrète sur tout le reste.

Si Meloni se démarque sur la question russe, c’est sur celle de l’immigration qu’elle occupe tout l’espace récemment conquis par Futuro Nazionale. Après Ceuta, le renforcement des contrôles aux frontières intérieures avec l’Espagne, la critique des régularisations espagnoles, le soutien au projet raté des centres de rapatriement en Albanie sont des mesures – symboliques, pour la plupart – qui ne laissent à Vannacci aucune marge à droite si ce n’est celle de la Russie, et sur ce point, elles l’isolent.

Il faut toutefois lire ces chiffres avec attention. La baisse de 35 % au cours des huit premiers mois, avec près de 75 000 passages, exclut les arrivées massives en provenance du Maroc à Ceuta, où, fin juillet, environ 70 000 personnes ont atteint l’exclave espagnole. Il y a donc une contradiction interne dans ce discours : le chiffre présenté comme un succès exclut justement l’événement utilisé, pour justifier les contrôles avec l’Espagne. De plus, la Méditerranée occidentale est la seule grande route migratoire en augmentation.

Pendant des années, on nous a dit que, pour compter en Europe, l’Italie devait renoncer à défendre ses intérêts. Nous avons prouvé le contraire. Car une Europe forte a besoin de nations fortes. Et l’on peut œuvrer pour une Europe plus solide et plus crédible sans cesser, pas même une minute, de défendre l’Italie avec fierté.

Et c’est avec cette fierté que, une fois de plus, je me rendrai à Bruxelles. Avec la même détermination que celle de millions d’Italiens qui, chaque jour, travaillent, produisent, innovent et font vivre cette nation. Car c’est à eux que nous devons une Europe qui les protège, au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues. Et je tiens à leur dire que, quel que soit le lieu où leur avenir se décide, l’Italie sera là pour faire entendre sa voix. 

Je vous remercie.

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