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La Chine organise la deuxième édition des World Humanoid Robot Games du 22 au 26 août 2026. Avec 600 équipes, plus de 2 000 robots et 51 épreuves au total représentant 16 pays et régions, Pékin entend une nouvelle fois afficher son pari techno-optimiste, qui articule étroitement l’IA et la robotique, comme en témoigne la large couverture médiatique de la compétition par les médias d’État.
Pour cette deuxième édition, Pékin souligne que la plupart des épreuves de piste peuvent désormais être accomplies en totale autonomie, sans téléopération humaine.
C’est dans ce cadre qu’a été mis en avant le fait que deux robots ont battu le record d’Usain Bolt sur 100 m, établi en 9,58 secondes, le 22 août : le Tiangong Ultra a réalisé un temps de 9,39 secondes et le Lightning, de 9,47 secondes, contre 21,50 secondes l’année dernière.
Le marché des robots humanoïdes est aujourd’hui largement dominé par Pékin : 87 % de toutes les unités livrées dans le monde en 2025 ont été fabriquées en Chine.
Les entreprises chinoises Agibot et Unitree représentent à elles seules les deux tiers du marché mondial (plus de 9 000 robots livrés), tandis que les entreprises américaines ne représentent que 13 % de la production. La banque d’investissement Barclays estime d’ailleurs que la Chine pourrait se doter de 24 millions de robots humanoïdes d’ici 2035, soit cinq fois plus que le reste du monde (4,4 millions). La Chine devrait en effet connaître une pénurie de 37 millions de travailleurs à l’horizon 2035, dont environ 60 % seront compensés par des robots humanoïdes.
Cet événement s’inscrit ainsi dans une séquence doctrinale précise. Le slogan des « nouvelles forces productives de qualité », lancé par Xi Jinping en septembre 2023, et l’entrée de l’« intelligence incarnée » dans le rapport de travail du gouvernement en mars 2025, en passant par le plan du MIIT (2023) visant la production de masse d’humanoïdes.
Si les Jeux des robots sont un instrument de politique industrielle qui a pris la forme d’un événement sportif, à la fois pour structurer un imaginaire techno-optimiste et pour mesurer la compétition interne au pays (environ 150 entreprises se disputent un marché où la satisfaction des acheteurs reste faible, dans une guerre des prix qui rappelle les situations précédemment observées dans les secteurs de l’énergie solaire et des véhicules électriques), le marché des robots humanoïdes, contrairement à celui des robots industriels, n’en est cependant qu’à ses débuts, et la demande réelle fait l’objet de doutes.
En Chine, le gouvernement est le principal acheteur de ces robots, qui servent notamment de décoration lors de réceptions officielles, et s’inscrivent ainsi dans une histoire qui voit dans la robotique la construction d’ornements souverains, allant du canard construit par Vaucanson entre 1733 et 1734 aux automates que les Jésuites et les marchands européens offraient aux empereurs de la dynastie Qing.
D’un point de vue historique, le robot anthropomorphe a d’abord servi d’objet de cour royale et de moyen de démonstration de puissance, avant de devenir un outil de production. La Chine de 2026 suit cette évolution, en sens inverse. Dans les rares usines où ces humanoïdes sont employés pour effectuer des tâches, telles que le transport de cartons, leur efficacité n’excède pas 40 % de celle d’un humain.
59 % des épreuves sont inspirées des sports humains, le reste provient du monde du travail.
Recharger une voiture électrique, servir une table au restaurant, etc. Les épreuves en milieu de travail, quant à elles, dressent une liste des emplois que Pékin pourrait considérer comme prioritaires pour l’automatisation. L’assemblage à l’aide d’outils électriques, la maçonnerie, l’empilage de blocs, l’enfoncement de clous, le dévissage de bouchons et de couvercles, le déballage de cartons et le branchement de câbles sont des tâches que l’on retrouve dans le commerce de détail, la restauration, les usines, les entrepôts et les hôtels.
Ici, le barème de notation est révélateur, car les points sont attribués en fonction de l’autonomie et tout robot piloté par des humains perd la moitié de ses points — le joueur d’échecs de Kempelen se trouvant pénalisé par le PCC.
Ce programme doit être considéré comme l’expression des ambitions de Pékin, s’inscrivant dans le cadre d’une approche du sport comme vitrine des régimes communistes (allant des Spartakiades soviétiques jusqu’aux tambours de la Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin en 2008), et dans le cadre de la conception plus récente de la culture des indicateurs de comparaison propre à la robotique et à l’intelligence artificielle.
Si le classement sportif devient un outil de mesure industriel, bénéficiant d’une large couverture médiatique et relayé par les médias d’État, à l’instar du tableau des médailles par le passé, son contenu n’en est pas moins révélateur : la course sur terrain plat est désormais considérée comme allant de soi, tandis que le saut, le kick-boxing et l’haltérophilie peuvent encore faire appel à un accompagnateur humain. Aucun robot n’est tenu de monter des escaliers ou de traverser un terrain accidenté. Aucun d’entre eux n’est évalué en fonction de l’autonomie de sa batterie, de sa consommation d’énergie, ou de sa capacité à exécuter une instruction sans surveillance.
Ces images semblent ainsi illustrer le paradoxe formulé par le chercheur en robotique Hans Moravec en 1988. Ce qui est difficile pour l’homme (calculer, courir en sprint sur une ligne droite) devient de plus en plus facile pour la machine, tandis que ce qui est considéré comme trivial pour un enfant (ouvrir une bouteille, plier, saisir des objets) reste une limite.
Malgré la projection anthropomorphique et l’enthousiasme suscité par la présentation ludique de ces Jeux, il n’en reste pas moins une impression d’inquiétante étrangeté.
Depuis les Jeux d’Olympie, le sport repose sur le récit fondateur de l’« agôn », la compétition entre des personnes libres appartenant à la même communauté que ceux qui les regardent.
Les jeux romains reposent sur un principe fondamental inverse. Dans l’amphithéâtre, le citoyen assistait aux combats d’êtres exclus de la communauté des égaux : animaux, esclaves, condamnés, prisonniers privés de leurs droits civiques. Le munus gladiatorium offrait à la ville le spectacle des performances de ceux qui n’étaient pas citoyens.
Les Jeux de Pékin renouent-ils avec cette dimension d’un nouveau Colisée robotique ? Pour reprendre les mots de l’écrivain Phil Klay, critique du Colisée numérique trumpiste, pour une nation vouée par le Parti communiste chinois à la neutralisation de la politique par l’efficacité technique et le contrôle ingénieuristique des êtres, il faut au contraire une population qui se délecte des démonstrations techniques et inhumaines.