Depuis l’entrée en vigueur en juin du nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, au moins 6 pays européens, dont 5 membres de l’Union – Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande et Suède, auxquels vient s’ajouter la Suisse –, ont engagé ou annoncé la reprise des transferts de migrants vers l’Italie prévus dans le cadre du mécanisme de Dublin.
Des transferts effectifs ont déjà eu lieu depuis l’Allemagne, l’Autriche et la Suède.
- En décembre 2022, quelques semaines après son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Giorgia Meloni avait bloqué la quasi-totalité des transferts de demandeurs d’asile.
- L’an dernier, sur les 24 152 demandes de retour de migrants formulées par d’autres pays européens, seulement 85 ont été acceptées par Rome.
- Au total, sur les trois dernières années, environ 110 000 demandes auraient ainsi été rejetées par Rome, selon les chiffres de la Commission européenne.
Pourquoi cette reprise des transferts intervient-elle maintenant ?
- Depuis l’entrée en vigueur du nouveau Pacte le 12 juin, que le gouvernement de Meloni a soutenu, l’Italie a l’obligation d’accepter les retours des migrants concernés par le mécanisme de Dublin. Ce chiffre pourrait atteindre 10 000 personnes.
- Sur les 24 152 demandes déposées l’an dernier, la France et l’Allemagne (qui cumulent 14 000 demandes) ont toutefois conclu en décembre 2025 un accord avec Rome, actant leur renoncement à réclamer le transfert des migrants arrivés dans leur pays avant le 12 juin.
- Une fois ces 14 000 cas retranchés, il resterait environ 10 000 demandes en instance auprès des autres pays européens. Ce chiffre est toutefois incertain, et dépendra notamment de la durée (désormais fixée à 20 mois, contre 12 auparavant) pendant laquelle l’Italie reste responsable d’une demande.
Le retour des migrants arrivés en Europe par l’Italie constitue un risque politique majeur pour Meloni, qui avait été élue sur une ligne dure vis-à-vis de l’immigration en 2022.
- Le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles ont dénoncé un « effet boomerang » de la ligne dure adoptée par Rome lors de la crise de Ceuta – une lecture partagée par Matteo Renzi (Italia Viva), qui accuse les Européens de répondre « coup pour coup » 1.
- Le gouvernement de Meloni avait en effet annoncé le rétablissement des contrôles à sa frontière avec l’Espagne, en réaction à l’entrée de près de 80 000 personnes dans l’exclave espagnole de Ceuta, sur le territoire marocain.
- La décision de Rome avait été jugée disproportionnée par ses critiques, comme le député centriste Riccardo Magi, qui y voyait des choix « dictés par la propagande ». Cette décision est désormais exploitée par l’opposition pour pointer l’échec de la ligne dure promise par le gouvernement Meloni en matière d’immigration clandestine.
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Meloni a augmenté les quotas permettant aux travailleurs étrangers, notamment non-européens, de venir en Italie pour travailler dans les secteurs qui manquent de main-d’œuvre, comme l’agriculture et le tourisme. Le dernier décret sur les flux, signé à l’automne, fixe le nombre d’entrées à 500 000 travailleurs étrangers sur la période 2026-2028 – soit cinq fois plus par an qu’en 2019 (165 000 cette année, contre 31 000 il y a 7 ans).
- Le bilan de Meloni en matière de politique migratoire est attaqué aussi bien par la gauche que la droite.
- Le président du nouveau parti d’extrême droite Futuro Nazionale (FN), Roberto Vannacci, fait en effet campagne sur une ligne plus radicale anti-européenne et anti-migration, et appelle à la « remigration », soit le retour forcé des migrants dans leurs pays d’origine.
Sources
- Maurizio Perriello, « Migranti, Meloni replica al « boomerang » di Schlein : « Respinte 80mila richieste, con voi sarebbero entrati » », Corriere Della Sera, 21 août 2026.