Selon nos calculs, l’extrême droite pourrait remporter sa première majorité absolue dans un Land allemand le 6 septembre.
L’AfD aux portes de sa première majorité absolue dans un Land
Le Bulletin des élections de l’Union européenne a réalisé des simulations à partir des sondages régionaux publiés ces dernières semaines. Le modèle utilisé s’appuie sur un vaste corpus de sondages régionaux réalisés dans les Länder de l’Est depuis les années 1990 pour estimer les biais des différents instituts.
- Sur 1000 simulations, 520 donnent une majorité absolue à l’AfD au Landtag. Cette majorité, le plus souvent étroite, permettrait néanmoins au parti de gouverner sans former de coalition et de nommer le ministre-président et l’ensemble de l’exécutif régional. L’AfD de Saxe-Anhalt est classifiée comme « mouvement extrémiste de droite » par l’Office de protection de la constitution depuis novembre 2023.
- L’AfD est actuellement donnée autour de 40 % des voix dans les enquêtes d’opinion, contre seulement 25 % environ pour l’Union chrétienne-démocrate (CDU, PPE), en seconde position. La Linke (GUE/NGL) s’établit à 13 environ. Les autres partis – y compris les sociaux-démocrates – se positionnent immédiatement au-dessus ou en dessous de la barre des 5 % nécessaire pour obtenir des sièges. Avec 6 %, le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD, S&D) est en danger. Les Verts (Verts/ALE), l’Alliance Sahra-Wagenknecht (BSW) et le Parti démocratique libre (FDP, RE) obtiendraient chacun 4 % des voix. Avec trois partis frôlant la barre sans l’atteindre, recueillir 41 à 43 % des voix est suffisant pour obtenir la majorité des sièges.
- L’une des principales questions du scrutin sera donc la capacité des Verts, du BSW, du FDP et, surtout, du SPD à dépasser la barre.
- Sur les 413 simulations où les sociaux-démocrates échouent à obtenir des sièges, l’AfD remporte une majorité absolue dans presque trois quarts des cas (398). La probabilité d’une majorité absolue de l’AfD tombe à 38 % seulement lorsque le SPD parvient à entrer au Landtag. Elle n’est plus que 14 % dès lors que deux des quatre partis franchissent la barre. Si un cordon sanitaire strict est appliqué dans le système partisan allemand vis-à-vis de l’AfD, le retrait de listes pour faire barrage à un parti n’est pas habituellement pratiqué. Arithmétiquement, une fusion des listes du SPD et des Verts aurait pu largement réduire ce risque, mais une telle hypothèse n’a jamais été évoquée en public et le dépôt des listes est désormais achevé.
- L’AfD fait actuellement la course en tête dans les sondages fédéraux avec environ 28 % des voix, alors même que le chancelier Friedrich Merz fait face à une impopularité sans précédent. À ce stade, le parti serait susceptible d’atteindre 35 à 40 % des voix dans tous les Länder de l’Est, hors Berlin. La capitale fédérale et le Land du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale organiseront également des scrutins régionaux à l’automne. Du fait de la présence importante de l’AfD, la Saxe-Anhalt et la Thuringe voisine présentent depuis deux cycles électoraux déjà une situation gouvernementale complexe, impliquant de fragiles coalitions de trois partis.
- En Saxe-Anhalt, la poursuite de l’actuelle coalition gouvernementale, CDU-SPD-FDP, apparaît hautement improbable dans l’état actuel des enquêtes d’opinion. Sur 1000 simulations, seules 12 reconduisent la majorité sortante. À défaut de majorité absolue de l’AfD, il faudra très probablement à la CDU s’entendre avec la Linke, avec laquelle les chrétiens-démocrates ont toujours promis de ne pas gouverner. Un gouvernement minoritaire avec le soutien sans participation de la Linke apparaîtrait alors comme la seule solution viable — comme un retour précaire au « modèle de Magdebourg » qui avait vu, en 1994, le SPD accepter un soutien sans participation du PDS, l’ancien parti post-communiste.