Amériques

Milei lance la campagne de Flavio Bolsonaro (discours intégral)

Nous traduisons et commentons ligne à ligne le discours de lancement de campagne prononcé hier à São Paulo par le président argentin.

Un acte d'ingérence inédit qui révèle la stratégie et les mots d'ordre de l'internationale réactionnaire.

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Le Grand Continent
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©Paulo Lopes/ZUMA Press Wire

Hier, le 25 juillet 2026, le Parti libéral (PL) a réuni sa convention nationale à São Paulo pour investir officiellement le sénateur Flávio Bolsonaro en tant que candidat à l’élection présidentielle brésilienne. 

Le président argentin Javier Milei était l’invité d’honneur, ce qui constitue déjà un fait sans précédent : un chef d’État étranger en exercice venant faire campagne lors d’une convention partisane brésilienne. 

Prononcé devant des milliers de militants, ponctué par la diffusion d’une vidéo de Jair Bolsonaro créée par intelligence artificielle, puis conclu par une scène où le président argentin danse avec le candidat en chantant à tue-tête son hymne Yo soy un león, le discours, dont la présidence argentine a diffusé une version officielle en portugais, a immédiatement provoqué une crise : le président argentin y traite Lula de « taulard » et le juge Alexandre de Moraes de « vermine calculatrice et chauve ». Edinho Silva, président du Parti des travailleurs, a jugé ces propos « inadmissibles », tandis qu’Edson Fachin, président du Tribunal fédéral suprême (STF), a dénoncé des expressions « incompatibles avec la civilité entre États ».

Ce discours intervient dans un contexte intérieur exceptionnel. Condamné le 11 septembre 2025 par le STF à 27 ans et 3 mois de prison pour tentative de coup d’État, après sa défaite en 2022, et incarcéré en novembre de la même année, Jair Bolsonaro a été placé en résidence surveillée « humanitaire » fin mars 2026, en raison de son état de santé. Inéligible jusqu’en 2030, il a désigné son fils aîné, Flávio, sénateur de Rio de Janeiro, comme candidat à l’élection présidentielle. Le 17 juillet, soit huit jours avant la convention, le juge Moraes a maintenu la résidence surveillée mais a interdit à l’ancien président toute visite et toute manifestation politique jusqu’à la fin du scrutin. 

De son côté, Lula, âgé de 80 ans, brigue un quatrième mandat. Selon les enquêtes de juillet, il serait en tête au premier tour, avec 6 à 12 points d’avance sur Flávio Bolsonaro (40 % contre 28 % pour Quaest ; 46,3 % contre 36,6 % pour AtlasIntel), mais l’écart se resserrerait au second tour de 3 à 8 points. Le premier tour est fixé au 4 octobre 2026 et le second au 25 octobre.

Ce discours radical ne peut se comprendre sans prendre en compte le basculement à droite et à l’extrême droite de l’Amérique latine depuis la victoire de Milei en décembre 2023 : réélection de Daniel Noboa en Équateur en avril 2025, victoire de Rodrigo Paz en Bolivie en octobre 2025, qui met fin à deux décennies d’hégémonie du MAS, élection de José Antonio Kast au Chili en décembre 2025 (investi en mars 2026), de Keiko Fujimori au Pérou en juin 2026 (proclamée le 3 juillet), et d’Abelardo de la Espriella en Colombie en juin 2026, qui succédera à Gustavo Petro le 7 août. C’est cet effet domino — « l’Argentine, la Colombie, le Pérou, le Chili, l’Équateur, et espérons-le, en octobre, le Brésil » — qu’égrène Milei, faisant de Lula l’un des derniers dirigeants de gauche du continent et du scrutin brésilien la dernière grande bataille de cette séquence. 

S’y ajoute l’« effet Trump » : alors que l’administration américaine soutient l’Argentine, y compris sur le plan économique, depuis juillet 2025, Washington impose au Brésil des droits de douane de 50 % explicitement liés au procès de Bolsonaro, que l’on qualifie de « chasse aux sorcières », ainsi que des sanctions Magnitsky à l’encontre de Moraes. Cet interventionnisme assumé par le camp bolsonariste produit des effets ambivalents : il a jusqu’ici surtout nourri le discours patriotique de Lula, tandis que Milei, le plus proche allié de Trump dans la région, incarne à São Paulo cette internationale de la droite que son discours appelle à parachever.

Bonjour à tous. 

Je veux tout d’abord remercier les autorités du Parti libéral et, en particulier, Flávio Bolsonaro de m’avoir invité à participer à cet événement si important à la veille des élections au Brésil.

C’est un grand plaisir pour moi de me trouver dans ce pays, parmi ceux qui partagent ma passion pour les idéaux de liberté, et cela revêt une importance particulière en des temps comme les nôtres, où une nation tout entière est partagée entre la libération et la perpétuation de son assujettissement à la gauche. C’est pourquoi il importe que nous soyons au clair sur les termes de cette bataille et sur ce qui est en jeu, car ce que les urnes décideront à court terme aura, sans aucun doute, des ramifications pour les décennies à venir. Vous devez choisir non seulement pour vous-mêmes, mais pour les générations futures, pour une histoire dont le verdict viendra tôt ou tard et ne pardonnera pas.

Vive la liberté ! Vive la liberté, bordel ! Je veux partager avec vous quelques mots qui, si Dieu le veut, aideront à faire pencher la balance du côté du bien, en vous encourageant à poursuivre inlassablement le changement que vous désirez. Nous gardons le cri de guerre de la liberté pour la fin, afin de pouvoir tout donner.

Milei ne présente jamais l’élection comme un choix entre deux programmes, mais comme une bifurcation entre deux conditions humaines : « la liberté » et « la soumission ». Le champ lexical qui dérive de cette opposition binaire est celui de la guerre culturelle et civilisationnelle : « Il importe que nous soyons au clair sur les termes de cette bataille et sur ce qui est en jeu », « préparez-vous à une grande bataille » et l’échelle est celle de l’histoire : « Vous devez choisir non seulement pour vous-mêmes, mais aussi pour les générations futures, pour une histoire dont le verdict viendra tôt ou tard et ne pardonnera pas. » 

Il y a certaines choses que j’aimerais partager avec vous : depuis que j’ai pris la présidence de la République argentine, j’insiste sur une idée en particulier. Nous, Argentins, sommes les prophètes d’un futur dystopique. Nous avons vécu les conséquences d’avoir suivi le chemin du socialisme jusqu’à ses ultimes conséquences, et nous avons vu comment notre nation a cessé d’être une puissance mondiale et a été plongée dans la pauvreté par les gauchistes de merde.

Parce que nous avons souffert, nous ne voulons pas que d’autres souffrent. C’est pourquoi une partie de notre mission en tant que gouvernement est d’alerter les autres nations afin qu’elles puissent changer de cap à temps et éviter des tragédies sociales et économiques comme celle de l’Argentine, voire pires. Nous l’avons fait au fil de visites dans d’autres pays, dans des forums et des organisations internationales, et chaque fois que l’occasion s’est présentée.

Dans la vulgarité transgressive de l’expression (zurdos de mierda), Milei propose d’incarner un rôle « prophétique » au sens biblique du terme. Non pas simplement celui qui prédit, mais celui qui a traversé l’épreuve et avertit : « parce que nous avons souffert, nous ne voulons pas que d’autres souffrent ». L’idée sous-entend que tous les pays socialistes suivent la même voie — le Brésil se trouverait juste au bord du précipice —, ce qui transforme l’ingérence dans la campagne en devoir d’avertissement. Le discours vient compléter cette figure : l’Argentine, qui a déjà vécu une dystopie au début, devient à la fin la preuve du salut.

Et nous continuerons à le faire ; nous continuerons à porter notre témoignage partout contre les mensonges du socialisme. Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, notre pays se dirigeait vers une nouvelle hyperinflation, la troisième de son histoire. Le kirchnérisme — la version argentine du « taulard », n’est-ce pas ? — avait consommé presque toutes les ressources à sa disposition pour soutenir un modèle économique et politique fondé sur les intérêts particuliers.

Cette incise est un acte d’ingérence inédit : le président d’un pays voisin traite le président en place de « taulard », en lançant la campagne électorale de son adversaire sur le territoire national. L’insulte opère une symétrie inversée : au moment où la droite doit gérer l’image d’un Bolsonaro condamné, Milei réactive le passé carcéral de Lula — en omettant l’annulation de sa condamnation — pour redistribuer les rôles : la prison de Lula était justice, celle de Bolsonaro est persécution. 

Au pupitre, Milei attaque Lula — le « taulard » — et le juge Alexandre de Moraes — « vermine calculatrice et chauve » : des injures « incompatibles avec la civilité entre États » selon le président de la Cour suprême brésilienne.

Un système en contradiction avec les principes élémentaires du droit naturel et avec les principes économiques les plus fondamentaux. En vérité, il était en contradiction avec la réalité elle-même, et cela nous conduisait à une crise terminale, sans doute la pire que nous ayons jamais connue. Les Argentins avaient été séduits par le chant des sirènes du socialisme du XXIe siècle.

On leur avait fait croire, à grand renfort de pure propagande, que le déficit budgétaire n’avait pas d’importance, voire qu’il était bénéfique. Qu’il existait d’interminables réglementations pour nous protéger, que l’État pouvait se substituer à l’esprit d’entreprise de tout un pays, que la richesse pouvait être distribuée avant même d’avoir été créée. 

Cette formule résonne directement avec l’un des axes centraux de la campagne de Flávio Bolsonaro, qui promettait le même soir un Brésil « où l’entrepreneur trouve des opportunités, et non des difficultés ». Le bolsonarisme a fait de l’entrepreneuriat populaire (empreendedorismo) — micro-entrepreneurs, travailleurs des applications, vendeurs informels, souvent liés au monde évangélique — l’un de ses socles électoraux, en s’opposant au syndicalisme « vieux monde » de Lula. 

Toutes ces fausses promesses ont fini de la même manière : par plus de pauvreté, un déficit budgétaire accru, plus d’inflation et d’innombrables lois et réglementations qui compliquent la vie de millions de personnes.

Ainsi, pour financer un système fiscal insatiable, ils ont d’abord dévoré l’épargne privée et, quand cela n’a plus suffi, ils ont dévoré la stabilité monétaire en finançant le déficit budgétaire par la planche à billets. Je parle d’un gouvernement qui a imprimé l’équivalent de 13 % du PIB en une seule année pour tenter de gagner une élection, en se vantant sur les réseaux sociaux de faire tourner la planche à billets, pendant qu’un voisin s’ingérait dans la politique argentine pour tenter de fausser l’histoire en faveur des gauchistes de merde. Je veux dire par là que je parle du même gouvernement qui emprisonne des opposants simplement parce qu’ils sont des opposants.

Et pour justifier ces incursions dans la propriété privée, ils ont détruit les institutions qui la soutenaient. Anticipant de vives critiques de nos alliés occidentaux historiques pour avoir emprunté ce chemin autodestructeur, ils ont rompu avec la position de l’Argentine et nous ont alignés sur des dictatures et des terroristes de diverses parties du monde. Ils nous ont ainsi laissés pauvres et seuls dans un monde qui change chaque jour à un rythme toujours plus soutenu, où chaque jour perdu sous l’ancien modèle nous laissait toujours plus loin derrière. Ils nous ont condamnés à la ruine à seule fin de ne pas renoncer à leurs positions privilégiées.

En visant la diplomatie des années Fernández-Kirchner — marquée par la proximité avec Caracas, La Havane et Téhéran, jusqu’au mémorandum avec l’Iran sur l’attentat de l’AMIA sous le mandat de Cristina Kirchner —, Milei attaque en réalité aussi celle menée par Lula et son influent conseiller Celso Amorim, qui en partage les grandes orientations. Il justifie du même coup rétrospectivement son geste inaugural : dès décembre 2023, il renonce à l’adhésion aux BRICS, obtenue par le gouvernement précédent quelques mois plus tôt, pour se positionner sans condition aux côtés de Washington et d’Israël.

Les familles et les entreprises ne pouvaient plus planifier l’avenir ; les jeunes étaient convaincus que le seul projet de vie était d’émigrer ou de se résigner à la pauvreté. L’inflation a façonné la psychologie de nos concitoyens, les contraignant à vivre avec des horizons temporels toujours plus courts, sacrifiant les perspectives de long terme au profit de la survie quotidienne. De fait, ils poussaient les Argentins vers des niveaux croissants de barbarie et d’incertitude.

Flávio Bolsonaro à la tribune, devant une banderole qui résume la campagne : la devise « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous » et le père ceint de l’écharpe présidentielle aux côtés du fils. Celui que Milei désigne comme « la voix de cette majorité silencieuse » se présente d’abord en héritier.

Telle est la calamité de l’héritage qu’ils nous ont laissé : avoir fait croire à toute une génération que l’avenir se trouvait ailleurs, ou qu’il n’existait tout simplement pas. Et la raison de tout cela est simple : il ne s’agit pas de décisions personnelles, mais des incitations qui surgissent lorsqu’on tente d’aller contre les vérités évidentes de la nature humaine au nom du pouvoir ; car lorsqu’on est en contradiction avec les principes élémentaires de l’humanité, on lutte contre la réalité elle-même et il faut inventer chaque jour de nouvelles solutions pour que la réalité ne vous engloutisse pas. C’est pourquoi le chemin vers le socialisme est toujours et partout le chemin vers le totalitarisme : le socialiste doit user de tous les moyens à sa disposition pour nier une réalité qui démontre que ses idées sont fausses, nuisibles et destructrices pour toute nation, et il utilise à cette fin tous les instruments coercitifs de l’État. Je crois que vous en êtes conscients, car ce genre de choses arrive ici.

L’absence de toute référence à la Chine — seul pays socialiste qui soit qualifié de totalitaire par la recherche — n’est pas anodine. Comme l’a montré Monica de Bolle dans ces pages, droite et gauche brésiliennes sont en réalité soumises à la même contrainte externe : l’étreinte économique chinoise, qui absorbe près de 70 % des exportations de soja du pays et finance l’intégration industrielle que Lula comme les Bolsonaro promettent chacun à leur base. Le camp bolsonariste ne peut à la fois garantir la prospérité de l’agronégoce et mener la guerre idéologique contre Pékin — d’autant que les tarifs de Trump ont fait des producteurs américains ses concurrents directs sur le marché chinois. Milei lui-même, qui jurait de ne pas « faire affaire avec des communistes », a reconduit le swap de devises avec la Banque populaire de Chine. 

D’une manière très semblable au mythe grec du lit de Procuste, la gauche recherche la conformité extrême à un système anti-humain qui opère sous le régime d’une égalité extrême et illusoire ; c’est-à-dire une situation dans laquelle l’individu doit se désarticuler pour rentrer dans le moule, comme les invités de ce mythe grec que l’on étirait ou mutilait selon les besoins de leur hôte. Ce que je veux dire, c’est que le Brésil n’a pas encore éprouvé les conséquences les plus désastreuses et les plus profondes de ce modèle, mais qu’il pourra les éprouver s’il ne change pas de cap.

Nous comptons sur toi, Flávio, pour arrêter ces foutaises socialistes ! Le socialisme du XXIe siècle a pris de profondes racines dans ce pays, avec l’infâme Forum de São Paulo, fondé par Lula et Fidel Castro, qui sert de grand réseau transnational pour la diffusion du communisme sur le continent.

Fondé en 1990 par le PT de Lula et le Parti communiste cubain pour repenser la gauche latino-américaine après la chute du Mur, le Forum réunit en conférences annuelles une centaine de partis très hétérogènes, des sociaux-démocrates uruguayens aux partis-États cubain et vénézuélien. La vague de droite continentale a chassé du pouvoir la plupart de ses membres, une défaite de Lula en octobre le priverait de son parti fondateur et dernier grand relais. Cuba, en plein effondrement économique et énergétique, perdrait ainsi son ultime protecteur sur un continent aligné sur la pression maximale de Washington.

Milei remet à Flávio Bolsonaro les ciseaux, version brésilienne de la tronçonneuse offerte à Elon Musk en 2025. « Nous comptons sur toi, Flávio, pour arrêter ces foutaises socialistes ! »

La ligne politique et théorique est la même ; simplement, dans chaque pays, ils opèrent avec les contraintes propres à leurs territoires, à leurs dirigeants et à leur opposition. En d’autres termes, ce sont autant de manifestations particulières d’un phénomène universel et intemporel. Une corruption qui existe depuis l’aube de l’humanité, depuis que Caïn a tué son frère Abel. C’est l’envie et le ressentiment érigés en philosophie, masqués sous la bannière de l’égalité et de la solidarité.

Le discours est saturé de références religieuses : les mots qui doivent « si Dieu le veut » faire pencher la balance « du côté du bien » ; le mal socialiste daté « depuis que Caïn a tué son frère Abel » ; la gauche décrite en « faux prêtres d’une religion cruelle » ; et la péroraison « la victoire dans la bataille ne dépend pas du nombre de soldats, mais des forces qui viennent du ciel ». Ce registre de « la foi » aux urnes parle directement à l’axe évangélique du bolsonarisme et à sa devise : « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous ». Environ un tiers de la population et pilier électoral de la famille depuis 2018, les évangéliques sont au cœur de la stratégie de Flávio, dont la convention avait mis en scène Michelle Bolsonaro, figure de ce monde pentecôtiste. Milei — qui étudie la Torah et se dit proche du judaïsme — cherche ainsi à consolider l’alliance entre son libertarianisme mystique et la théologie du combat de la droite brésilienne.

Et cela nous mène à quelque chose qui dépasse le vol comme système politique. Cela mène au vol comme système politique. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner de toujours voir les socialistes aux côtés des voleurs : parce que les socialistes sont des voleurs.

Et comme je l’ai dit auparavant, cette vision du monde ne tolère pas ceux qui gouvernent leurs nations selon les idéaux de liberté et qui servent de miroir reflétant leurs mensonges. En d’autres termes, nous leur démontrons chaque jour que leur système n’est pas seulement inefficace, mais profondément injuste. C’est pourquoi leur désespoir grandit de jour en jour.

Ils ne peuvent pas permettre que leurs communautés connaissent une vie prospère et libre et n’aient plus besoin des largesses de la politique, ni tolérer quelqu’un à leurs côtés qui jouit des fruits de la liberté humaine. C’est pourquoi le socialisme latino-américain est éradiqué élection après élection. L’Argentine, la Colombie, le Pérou, le Chili, l’Équateur et — espérons-le — en octobre, que le Brésil soit lui aussi libéral.

Le discours de Milei inscrit le Brésil dans une même bataille continentale. L’ennemi est structuré en une internationale : « l’infâme Forum de São Paulo, fondé par Lula et Fidel Castro, qui sert de grand réseau transnational pour la diffusion du communisme sur le continent ». L’élection brésilienne est intégrée à un récit continental : le 4 octobre doit clore une séquence régionale et apporter un changement historique et non trancher un débat interne.

Car les contre-exemples sont puissants, et le changement que vit l’Argentine se fait sentir à l’échelle régionale, de même que d’autres nations à travers le monde sont en train de s’éveiller. Peu à peu, le voile se lève. Pourtant, cette idéologie persiste encore au Brésil, grâce à l’un de ses principaux promoteurs et représentants de longue date.

Et pour cette raison, face à l’isolement et à la menace, ils ont approfondi leur modèle populiste. Nous avons été témoins de ce dont le socialisme est capable lorsqu’il est acculé. Nous savons de quoi nous parlons ; quand leurs privilèges sont en jeu, il n’est rien qu’ils ne soient prêts à faire. Et l’avenir de tous les Brésiliens en pâtira. Ne laissez donc pas votre avenir se faire voler par des socialistes voleurs.

Leur stratégie est la même partout : détruire les finances publiques pour gagner les élections, en promettant des solutions aussi faciles et immédiates qu’artificielles. Une stratégie que nous connaissons de première main et que nous avons surnommée le « Plan Argent ». Le plan est simple : plus de dépenses financées par plus de dettes, plus d’impôts ou, pire, plus d’émission monétaire et plus d’inflation. Avec les conséquences que cela entraîne pour l’avenir : la recette parfaite du désastre. Ce modus operandi est le même dans toute la région : provoquer un déséquilibre économique dans le but, à court terme, de conserver les voix pour éviter de perdre le pouvoir aux élections suivantes.

Ensuite, lorsqu’ils perdent, on attend de la droite qu’elle résolve tous ces problèmes, tandis que la gauche même qui les a causés se défausse de la responsabilité. S’ils gagnent, ils gagnent. Et s’ils perdent, ils gagnent aussi.

Les exemples ne manquent pas. Il suffit de regarder ce qui se passe en Bolivie, au Chili, en Équateur et en Colombie. Telle a été la tragédie du socialisme du XXIᵉ siècle. Il n’a jamais remis à ses successeurs un pays prêt pour une croissance continue ; au contraire, il leur a toujours imposé le même lourd fardeau : un État obèse, une économie ruinée, une monnaie faible et une société épuisée de servir de laboratoire à l’expérience socialiste. Mais lorsqu’un mouvement surgit pour assainir ce désastre, ce sont précisément ceux qui l’ont causé qui critiquent le coût du redressement. Il est donc temps d’aiguiser les ciseaux et de couper court au grand pillage perpétré par tous ces criminels socialistes !

Le discours contient finalement peu de propositions concrètes : « aiguiser les ciseaux », dégraisser l’État, punir les criminels sont autant de slogans que de mesures. Les ciseaux sont la permutation de la tronçonneuse, accessoire fétiche de la campagne de 2023 devenu, depuis qu’il en a offert une à Elon Musk à la CPAC en 2025, un emblème mondialisé : peu importe l’instrument, ce qui compte est le geste de trancher, mis en scène et ici légué au Brésil comme une traduction symbolique.

L’an dernier, avant les élections de mi-mandat en Argentine, le Congrès en est arrivé à des extrémités telles que la tentative de sept procédures de destitution et l’adoption de divers projets de loi destinés à mener le Trésor à la faillite et à détruire l’équilibre budgétaire. Ils ont tenté, coûte que coûte, de provoquer un coup d’État en semant la panique sur le marché et en déclenchant une ruée massive contre le dollar. Quand il s’agit de s’accrocher au pouvoir ou de récupérer des privilèges perdus, ils ne connaissent vraiment aucune limite.

Ainsi, le Brésil se dirige aujourd’hui vers une crise de la dette découlant de l’incapacité de Lula à mettre en œuvre les ajustements budgétaires nécessaires, et voilà qu’il aggrave la situation pour accroître ses chances de victoire. En d’autres termes, les dépenses dispendieuses ont tôt ou tard un prix — et espérons que celui qui les a causées en paiera le prix en perdant dans les urnes en octobre !

Il [Lula] est revenu au pouvoir radicalisé, en s’inspirant du livre des désastres écrit en Argentine par le kirchnérisme. Si, en Argentine, nous avons ce facteur économique que nous appelons le « risque Kuka [risque Cristina Kirchner] », ici au Brésil vous avez aujourd’hui le « risque Lula », et cela se reflète clairement sur le marché des actions. 

L’expression est remarquable pour un président qui vise un autre président sur son propre territoire. Elle utilise le langage du risque financier ou systémique (le « risque pays ») pour transformer un adversaire démocratiquement élu en menace objective, mesurable par les marchés.

Mais pourquoi Lula est-il menacé ? Parce qu’il existe quelqu’un — comme cela s’est produit en Argentine — qui est prêt à se lever et à devenir la voix de cette majorité silencieuse qui a déjà subi des abus. Je parle de Flávio Bolsonaro, le fils de mon grand ami, l’ancien président Jair Bolsonaro !

Pour ne rien arranger, cette vermine calculatrice et chauve ne m’a pas laissé rendre visite à mon ami injustement emprisonné. 

Dans la version prononcée en espagnol, Milei dit « la basura calva » (« l’ordure chauve »). C’est la version portugaise officielle diffusée par sa présidence qui donne « aquele verme calculista e careca », « ce ver calculateur et chauve », un glissement notable, puisque le texte écrit ajoute le calcul (la préméditation) et remplace le déchet par la vermine. La violence tient moins à la grossièreté qu’au registre de la déshumanisation — l’ordure se jette, la vermine s’extermine —, appliqué à un juge de la cour suprême du pays hôte, jamais nommé mais identifiable par l’antonomase physique. La transgression est double : un chef d’État étranger injurie, sur le sol brésilien et en pleine campagne, le juge qui a condamné Bolsonaro — contraignant le président du STF, Edson Fachin, à dénoncer des propos « incompatibles avec la civilité entre États ».

Je sais que Lula, lorsqu’il était en prison, recevait constamment des dirigeants étrangers, y compris le néfaste ancien président argentin Alberto Fernández.

Ce n’est rien d’autre qu’une démonstration éclatante de l’injustice de son incarcération et de sa nature clairement vengeresse. Cher Jair, je t’envoie de loin toute mon affection, sachant que ce que les bureaucrates empêchent aujourd’hui deviendra bientôt réalité, et nous serrerons de nouveau dans nos bras notre cher Jair Bolsonaro ! C’est pourquoi je crois que Flávio est la personne capable d’arrêter Lula et de conduire un véritable changement pour tous les Brésiliens.

Il est présenté comme un prisonnier politique et un martyr. Mais l’ancien président a été condamné en septembre 2025 par le Tribunal fédéral suprême à 27 ans et 3 mois de prison pour tentative de coup d’État. La Cour l’a jugé chef d’une organisation criminelle qui, après sa défaite en 2022, a cherché à empêcher l’investiture de Lula. Ce plan incluait un décret d’État de siège et un projet d’assassinat du président élu et du juge Moraes. Il a culminé dans l’assaut des institutions, le 8 janvier 2023. Incarcéré en novembre 2025, il purge sa peine en résidence surveillée depuis mars 2026, en raison de son état de santé.

Aujourd’hui, le Brésil peut se joindre à la transformation régionale dont nous sommes témoins ces dernières années, une transformation qui fera de l’Amérique latine un synonyme de progrès, et non de misère romantisée sous les habits du réalisme magique. 

L’allusion vise, sans le nommer, Gabriel García Márquez, père du réalisme magique et ami intime de Fidel Castro pendant quatre décennies. 

Je crois fermement que personne d’autre n’est capable de faire face au risque que Lula représente pour le Brésil, un risque suspendu comme une épée de Damoclès. Et je sais que personne d’autre n’a la force d’affronter les organisations criminelles et les cartels de la drogue qui tiennent en otage tant de quartiers, de communautés et même de villes entières.

Seul quelqu’un doté d’une volonté de fer peut relever ce défi, car livrer une telle bataille n’est pas chose facile — et pour cela, j’ai pleinement foi en mon ami Flávio Bolsonaro ! Nous avons déjà essayé la complaisance envers le système judiciaire, la patience et la miséricorde envers les criminels, et toutes ces stratégies socialistes ont échoué. C’est pourquoi les Brésiliens savent déjà qu’il n’existe qu’une seule formule efficace pour éradiquer le crime : qui commet des crimes les paie !

En 2023, Milei parlait surtout d’inflation, de banque centrale et de dérégulation. Son discours est devenu presque bukéliste : la « volonté de fer » prêtée à Flávio compte davantage que toute proposition économique. 

Nous avons déjà démontré en Argentine que tout cela est possible grâce à la fermeté. Nous avons démontré que la criminalité peut être réduite et l’ordre public rétabli si la poigne est ferme et si les criminels sont punis. Nous avons démontré que l’État peut être drastiquement dégraissé sans que les citoyens perdent des services, parce que le populisme le remplit de fonctionnaires inefficaces. Et puisque nous y sommes parvenus en Argentine, je suis convaincu que le Brésil sera capable de se relever, car c’est cela que Flávio représente !

En choisissant la rudesse de la liberté, vous verrez de nouveau une prospérité à la hauteur du Brésil ! Et lorsque vous commencerez enfin à vous relever, vous le saurez avec certitude, car, un à un, les grands noms du progressisme international lanceront leurs campagnes de diffamation. Ceux qui ne vous ont jamais accordé beaucoup d’attention pendant que vous sombriez lentement dans la décadence surgiront soudain en masse pour critiquer toutes vos défaillances, réelles ou imaginaires, dès que vous commencerez à vous affirmer.

Vous l’avez vu il y a quatre ans, lors de la dernière élection présidentielle, et vous le verrez de nouveau. Préparez-vous, car les gauchistes n’ont aucun scrupule à jouer salement. Préparez-vous à une grande bataille.

Nous, Argentins, en faisons l’expérience dans notre chair depuis longtemps. Ils nous préféraient lorsque nous étions les brillants élèves du progressisme. Lorsque nous étions les laboratoires expérimentaux de leurs politiques délirantes. Et lorsque notre gouvernement a adopté des modèles de décadence matérielle et spirituelle, ils voulaient que nous acceptions sans discuter ce que leurs agents locaux disaient de nous. Ils voulaient que nous ayons honte de notre histoire et que nous jetions nos héros à la poubelle.

Ils voulaient que nous restions à l’avant-garde du pire du pire. Toute cette opération vise à briser l’estime de soi de notre peuple, à le rendre plus docile face aux prescriptions du progressisme. Un peuple convaincu de l’injustice de son passé finit par croire qu’il a besoin de ces faux prêtres d’une religion cruelle pour le racheter.

Ils transforment la culpabilité en outil politique. Ils utilisent la honte comme instrument de domination. Ceux de l’intérieur comme ceux de l’extérieur, tous les progressistes partagent le même projet : ils ne veulent pas que des représentants d’une misère digne soient relégués au rôle d’animaux de compagnie insignifiants et sans fierté dans un ordre mondial que nous n’avons pas choisi.

Ils ne veulent pas que l’Argentine, le Brésil, le Pérou, la Colombie ni aucun pays des Amériques soit grand, fort ou prospère. 

C’est l’un des passages les plus originaux du discours : en cherchant à établir un point de jonction avec le bolsonarisme, Milei dépeint une domination progressiste qui serait d’abord psychologique (briser l’estime de soi d’un peuple, le convaincre de l’injustice de son passé, transformer la culpabilité et la honte en instruments de pouvoir), avant d’être économique. Cette innovation tient au renversement : il cherche à retourner contre la gauche son propre appareil critique (l’aliénation, l’hégémonie culturelle, la domination intériorisée), afin de faire de la culpabilisation historique, coloniale ou environnementale l’arme du pouvoir progressiste. La droite ne conteste plus la gauche sur le terrain économique, mais sur le terrain culturel : libérer un peuple, c’est d’abord le guérir de sa honte en lui offrant un « Make America Great Again » pour les tropiques.

Et je dis « progressistes » parce que cette attaque systématique contre l’Argentine et les Argentins — la même que subit le Brésil lorsqu’il commence à se relever — ne vient pas des conservateurs, des libéraux classiques ni de rien de ce genre. Elle vient exclusivement de la gauche radicale sous toutes ses formes.

Pour dire « la grandeur » du Brésil et de l’Argentine, le football est l’angle évident — à ceci près que maillot de l’Albiceleste et drapeau auriverde incarnent d’ordinaire la plus ancienne rivalité du continent. Leur accolade exprime l’image d’une internationale des droites que Milei appelle à parachever le 4 octobre : « allons de l’avant, rendons au Brésil sa grandeur ».

Si l’on analyse les données de la récente campagne anti-Argentine, l’origine de la majorité des attaques venait du Brésil. Non pas des Brésiliens, mais de la racaille socialiste progressiste ! Ce sont eux qui ont besoin de notre silence et de notre obéissance pour continuer à imposer leurs agendas anti-européens. Mais notre hymne national exige de nous autre chose. Il nous fait jurer de mourir avec gloire plutôt que de vivre à genoux. Et cet esprit imprègne l’œuvre que nous accomplissons depuis le gouvernement national argentin et que, je l’espère, les Brésiliens pourront eux aussi mener à bien dans les années qui viennent. C’est pourquoi je veux vous dire : lorsque des critiques infondées s’abattront sur vous, vous accusant des pires crimes et des actes les plus méprisables, n’ayez pas peur, ne baissez pas la tête. Comme l’a bien dit von Mises : « ne vous rendez pas à l’ennemi, mais battez-vous avec encore plus de courage ».

La formule n’est pas exactement de Mises : c’est sa devise personnelle, empruntée à Virgile : tu ne cede malis, sed contra audentior ito (Énéide, VI), « ne cède pas au malheur, mais marche contre lui avec plus d’audace ». Chassé de Vienne par le nazisme, l’économiste autrichien en avait fait l’emblème du libéral fidèle dans l’adversité, avant que le Mises Institute n’en fasse son mot d’ordre. Milei affiche ainsi sa filiation doctrinale « autrichienne » et transpose au combat brésilien l’éthos du libéral assiégé.

Quand ils vous attaqueront, n’ayez pas honte de qui vous êtes ; c’est la preuve parfaite que ce que vous faites fonctionne et que vous êtes sur le bon chemin. Comme dit le proverbe : « s’ils aboient, Sancho, c’est signe que nous chevauchons ». C’est pourquoi je veux vous dire que la décision qui se présente à vous est claire et que, même si le chemin qui vous attend est difficile et que des ennemis à droite et, surtout, à gauche veulent vous détruire, la liberté est au-dessus de tout.

Enfin, le 4 octobre, allez aux urnes pour l’avenir, pour le Brésil. Allez-y avec foi, car même s’ils disposent de tout l’appareil d’État, de tout le soutien des médias étrangers et des élites, ils n’auront jamais le véritable pouvoir, car la victoire dans la bataille ne dépend pas du nombre de soldats, mais des forces qui viennent du ciel. 

Médias étrangers, bureaucraties, élites, appareil d’État : tous sont présentés comme des obstacles à la volonté populaire. On reconnaît là la grammaire de l’« État profond », matrice complotiste commune aux nouvelles droites depuis l’élection de Trump : derrière l’État de droit et les institutions visibles opérerait un pouvoir occulte et coordonné qui confisquerait la souveraineté, quel que soit le verdict des urnes. Cette démonologie est explicitement théologico-politique : les institutions capturées appartiennent au camp d’un mal quasi métaphysique — une corruption vieille comme Caïn —, tandis que la victoire viendrait des « forces du ciel ».

Alors allons-y, Flávio, allons de l’avant, rendons au Brésil sa grandeur, que Dieu vous bénisse tous, que les forces du ciel soient avec nous et vive la liberté, bordel !

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