C’est le Mondial des diasporas, on l’a entendu partout ces dernières semaines : 289 des 1 248 joueurs du tournoi jouent pour une sélection différente de leur pays de naissance.
- Le cœur battant de cette diaspora footballistique, c’est la France, où sont nés 99 footballeurs, dont seulement 23 jouent pour les Bleus.
- Six joueurs nés en France portent le maillot marocain, et comme la communauté marocaine est l’une des plus importantes de France, le quart de finale de ce soir, à 22h, prendra des allures de derby.
- De plus, le capitaine Achraf Hakimi est l’un des leaders du Paris Saint-Germain, Azzedine Ounahi a joué à Angers et à l’Olympique de Marseille.
- Mais dans l’équipe se trouve un autre franco-marocain qui a capté toutes les attentions lors de ce Mondial : Ayyoub Bouaddi, milieu de terrain de 18 ans qui joue au LOSC Lille, est né à Senlis, dans les Hauts-de-France. Il a joué dans toutes les sélections françaises de jeunes, de l’U16 à l’U21 (dont il a également porté le brassard de capitaine).
- Il a rejoint la formation en mai et, le jour de ses débuts en match amical avec sa « nouvelle » sélection, il a publié sur Instagram une photo de lui enfant lors d’un match du Maroc à la Coupe du monde 2018. En légende, Bouaddi se disait fier de représenter le Maroc, mais adressait aussi « une pensée pour la France ». Il ajoutait : « Je suis et serai toujours fier de ma double culture, de mon parcours et de mes racines ».
Le directeur technique de la Fédération française, Hubert Fournier, a évoqué avec une certaine amertume la « perte » de Bouaddi : « On sait que dans sa tranche d’âge, il n’y a pas un autre Bouaddi. C’est une perte significative pour notre fédération ».
- Dans un récent entretien accordé à The Athletic, il a également expliqué qu’il est devenu plus difficile de retenir les jeunes talents à double nationalité dans le football français, d’une part parce que la concurrence pour une place en équipe de France est extrêmement élevée, et d’autre part parce que d’autres sélections, comme le Maroc, ont progressé et sont devenues attractives.
- « Ce qui a changé, c’est que, si l’on prend l’exemple de la Fédération marocaine, elle s’est très bien structurée », a-t-il déclaré : « Ils ont un centre d’entraînement aussi valable que Clairefontaine ».
Ce soir, le Maroc sera un adversaire redoutable pour la France, bien plus qu’il y a quatre ans, lorsque les deux équipes s’étaient affrontées en demi-finale. La France l’avait emporté 2-0.
- En 2022, le Maroc avait atteint la demi-finale à la surprise générale. Il disposait de quelques individualités très techniques, mais la qualité moyenne était moins répandue qu’aujourd’hui. Il pratiquait un football extrêmement réactif, défendant avec un bloc bas avant de repartir librement dans les espaces.
- Avec cette méthode, le Maroc a également atteint la finale de la dernière Coupe d’Afrique des nations (perdue sur le terrain, mais remportée par la suite sur décision judiciaire, après le forfait du Sénégal) et le top 10 du classement FIFA.
- Avec le nouvel entraîneur, Mohamed Ouahbi, qui a une grande expérience des équipes de jeunes, d’abord à Anderlecht, en Belgique, puis avec l’équipe marocaine des moins de 20 ans, qu’il a menée en finale de la CAN en 2015, puis à la victoire lors de la Coupe du monde de la même catégorie, le Maroc met mieux en valeur l’immense talent technique dont il dispose. L’équipe est devenue plus spectaculaire et plus dominante.
Le Maroc n’est donc plus une surprise, mais un prétendant légitime à la victoire finale. C’est pourquoi la France devra s’attendre à un match très différent de celui face au Paraguay, adversaire très limité qui s’est préoccupé exclusivement de détruire.
- Comme l’a dit Guy Stéphan, l’assistant de Deschamps : « Ce sera un adversaire différent, ce ne sera pas un bloc bas. Le Maroc sait attaquer ».
- L’équipe nord-africaine n’aura probablement pas à sa disposition son meilleur attaquant, Ismael Saibari, sorti à la suite d’une blessure contre le Canada.
Mais la France, tout comme le Maroc, est une équipe plus « belle » qu’il y a quatre ans. La grande nouveauté de cette Coupe du monde est précisément celle-ci : pour la première fois sous la direction de Deschamps, la France est non seulement très forte, mais elle parvient également à séduire et à donner l’impression de prendre du plaisir à jouer.
- Entre les matchs de poule et les huitièmes de finale, elle a inscrit 13 buts en 4 matchs, n’en encaissant que 2.
- Comme l’a écrit Daniele Manusia dans le magazine de football UltimoUomo, lors de ces premières rencontres « la France est passée du statut de simple favorite à celui de grande favorite, voire d’équipe qui a pratiquement déjà remporté ce Mondial et qui ne peut que le laisser échapper en commettant quelque erreur ».