L’armée américaine a confirmé mardi 23 juin le départ à la retraite anticipée du général Christopher Donahue, qui occupe le poste de commandant des forces américaines en Europe et en Afrique. Il s’agit au moins du sixième général à 3 ou 4 étoiles à partir de manière inattendue depuis 2025, soit 10 % de ces grades 1.

Le départ de Donahue aurait été provoqué par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui est engagé depuis un an et demi dans une purge des généraux considérés comme associés aux précédentes administrations démocrates.

  • Donahue est entré à l’Académie militaire de West Point en 1988, avant d’intégrer l’infanterie de l’armée au grade de sous-lieutenant, en 1992.
  • Ranger de carrière, il a par la suite servi en Irak, en Afghanistan et en Syrie et était considéré comme l’une des étoiles montantes de l’armée.
  • Il était notamment pressenti comme l’un des principaux candidats au poste de président du Comité des chefs d’état-major interarmées, ou de chef d’état-major de l’armée de terre.
Christopher T. Donahue, commandant de la 82e division aéroportée, dernier soldat américain à quitter l’Afghanistan, monte à bord d’un C-17 à l’aéroport international Hamid Karzaï de Kaboul, en Afghanistan, le 31 août 2021. © Shutterstock/SIPA

Donahue a occupé plusieurs postes de premier plan au sein de l’armée et a notamment dirigé la Delta Force de 2013 à 2015, jouant un rôle clef dans la guerre contre l’État islamique. Entre 2020 et 2022, il a commandé la 82e division aéroportée. En août 2021, il a été le dernier soldat étranger à quitter l’aéroport de Kaboul lors du retrait des forces américaines d’Afghanistan, perçu par Donald Trump et Pete Hegseth notamment comme un échec de l’administration Biden.

  • Plus que son rôle présumé joué dans le retrait d’Afghanistan, il semble que ce soit la supposée proximité avec les précédentes administrations démocrates qui ait joué un rôle décisif dans sa mise à l’écart.
  • Avant le retour au pouvoir de Trump, Donahue avait notamment réfuté les critiques assénées par des élus républicains, selon lesquelles les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) auraient conduit à un affaiblissement de l’armée 2.
  • Son départ à la retraite anticipée, seulement 18 mois après sa nomination à la tête des forces américaines en Europe et en Afrique, intervient alors que l’administration Trump s’apprête à réduire sa présence en Europe.

Depuis son retour au pouvoir, Trump a purgé le corps des officiers supérieurs des personnalités jugées insuffisamment « loyales » à l’administration. Cette purge s’inscrit dans le cadre d’une « russification » de l’armée américaine, au sein de laquelle les promotions sont désormais conditionnées par l’alignement idéologique avec l’administration. Les officiers qui questionnent les choix de l’administration ou soutiennent, prétendument, des valeurs « woke », sont quant à eux poussés au départ. 

  • La transition d’un commandement professionnel à un commandement « loyal » à Trump, semblable à celui d’une garde prétorienne, se traduit également par l’opposition à la promotion d’officiers de couleur et de femmes.
  • Avant d’être nommé par Trump au Pentagone, Hegseth avait déclaré être contre l’envoi de femmes au combat, et appelé le gouvernement à soutenir un retour à un modèle « plus traditionnel » de la cellule familiale, marqué par « la nécessaire réhabilitation de la vocation de femme au foyer ».
  • Parmi une liste de 9 officiers de la Marine sélectionnés par un comité d’amiraux pour une promotion début juin et bloqués par Hegseth, 3 étaient des femmes, et 2 des hommes africains-américains. En avril, il s’était opposé à la promotion de 4 officiers de l’armée de terre au grade de général : 2 africains-américains et 2 femmes.

La guerre menée par Hegseth contre « l’idéologie woke » – qui se fonde sur des critères supposément idéologiques, mais également sur des attributs physiques, comme le poids, les cheveux longs ou le port de la barbe – pourrait avoir de profonds impacts sur les capacités de l’armée, y compris en détournant un nombre important de potentielles recrues.

Sources
  1. Nancy A. Youssef et Missy Ryan, « Another Top General Is Out at the Pentagon », The Atlantic, 23 juin 2026.
  2. Publication de Kevin Baron sur X, 2 mars 2023.