La République centrafricaine est l’un des pays les plus pauvres au monde : la majeure partie de ses habitants vit avec moins de 3 dollars par jour, et le PIB par habitant s’élève à 1 100 dollars, soit moins qu’en Haïti (2 800) ou au Soudan (1 900).

  • Le pays dispose pourtant d’importantes richesses naturelles, notamment de l’or et des diamants, mais aussi du bois et des minerais stratégiques.
  • Depuis 2013 et la mise en œuvre du Processus de Kimberley, l’or a dépassé les diamants en tant que principale source de recettes d’exportation de la République centrafricaine, et représentait en 2023 environ 50 %.

La majeure partie de la production centrafricaine d’or est artisanale, comme dans la plupart des pays africains (41 pays ont une production artisanale supérieure à 100 kilos par an) 1. Avant 2021 et la prise de contrôle territoriale des principales zones minières du pays par des groupes soutenus par la Russie notamment, les mines étaient principalement opérées par des groupes armés locaux.

Depuis, Wagner s’est imposé comme l’un des principaux acteurs de la contrebande d’or, captant plusieurs dizaines de millions de dollars par an.

  • Wagner est impliqué dans le marché illégal de l’or dans au moins trois pays africains : la République centrafricaine, le Soudan et le Mali. À l’échelle du continent, au moins 12 pays sont particulièrement affectés par la contrebande d’or.
  • Une partie considérable de l’or extrait par le groupe sur le continent africain est blanchie par l’intermédiaire d’exportateurs liés aux Émirats arabes unis.

Le pays, et notamment sa plus grande ville, Dubaï, héberge des réseaux commerciaux et des entités liées à Wagner qui facilitent la commercialisation de l’or à l’international 2.

  • Parmi ces structures figurent Sigma Gold CAR, une entreprise d’exportation placée en 2023 sous le contrôle conjoint de Sigma Mining, basée aux Émirats arabes unis, et de l’État centrafricain.
  • Cette même année, Sigma Gold CAR est devenu le premier exportateur d’or du pays, avec 850 kilogrammes.
  • L’année suivante, l’entreprise est devenue une filiale de la société International Holding Company, basée aux Émirats arabes unis, qui est l’un des plus grands conglomérats d’investissement du Moyen-Orient.

Les fonds provenant du commerce illicite d’or alimentent les conflits, financent les réseaux criminels et terroristes. Pour Wagner, les profits générés permettent également au Kremlin de renforcer sa stratégie d’influence en Afrique via des réseaux d’intermédiaires, qui bénéficient aussi aux élites russes.

Les Émirats arabes unis rejettent toute implication dans ce trafic.

  • L’écart considérable entre les chiffres d’importation d’or aux Émirats arabes unis et les chiffres d’exportation des pays africains suggèrent toutefois une activité de contrebande.
  • Selon les données douanières des Nations unies et des Émirats arabes unis, en 2022, plus de 600 tonnes avaient été importées par le pays, alors que les exportateurs africains n’en recensaient que 200.
  • Or, selon Swissaid, la grande majorité des déclarations douanières émiraties sont véridiques, notamment car il n’existe aucune taxe ou restriction spécifique sur l’importation d’or dans le pays – les importateurs n’ont donc aucun intérêt à déclarer une fausse origine.

Outre l’or centrafricain, les Émirats arabes unis sont également devenus, ces dernières années, une plaque tournante pour l’or soudanais. Ce dernier transite notamment par l’intermédiaire des Forces de soutien rapide (FSR) vers Dubaï, en échange d’armes. En 2024, seulement la moitié de la production du pays (31 tonnes sur 64) a été officiellement déclarée exportée, tandis que le reste aurait quitté le pays via des réseaux parallèles 3.

Sources
  1. On the Trail of African Gold. Quantifying production and trade to combat illicit flows, Swissaid, 2024.
  2. Nathalia Dukhan et Ruben De Koning, Malicious markets. Mapping the violent ecosystem in the Central African Republic, Global Initiative against Transnational Organized Crime, 10 juin 2026.
  3. Mawadda Iskandar, « Empire of gold : The UAE’s expanding grip on Africa’s mineral wealth », The Cradle, 21 novembre 2025.