Au moins trois navires transportant du pétrole ont été frappés, vraisemblablement par l’Iran, autour du détroit d’Ormuz au cours des dernières heures : le MKD Vyom et le Skylight, au large d’Oman, ainsi qu’un troisième navire encore non-identifié. Si des informations contradictoires circulent depuis le début de la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran quant au passage par le détroit, le Corps des gardiens de la révolution a diffusé hier des messages radio annonçant que le trafic était interdit.

  • Un cinquième (20 %) des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié transitent chaque jour via le détroit d’Ormuz, depuis le Qatar et les Émirats arabes unis notamment.
  • Le Qatar, qui dépend d’Ormuz pour la totalité de ses exportations, est le 2e exportateur de GNL au monde, derrière les États-Unis.
  • Le pays est le quatrième fournisseur de GNL de l’Union européenne, et représentait 7 % des importations du bloc l’an dernier.

L’éventuel blocage des exportations de GNL du Golfe fait peser le risque d’une réorganisation des flux d’approvisionnements mondiaux qui pourrait conduire à une hausse considérable des prix sur les marchés. Les acheteurs asiatiques, comme la Chine et l’Inde, seront contraints de chercher d’autres sources d’approvisionnement et pourraient ainsi entrer en compétition avec des acheteurs européens.

La principale question, en amont de la réouverture des marchés dès ce soir en Asie, est de savoir quelles solutions de remplacement seraient favorisées.

  • Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Center on Global Energy Policy de l’université Columbia, considère qu’aucune solution viable de remplacement n’existe pour le moment 1.
  • Il n’est pas clair si les producteurs américains, qui ont considérablement augmenté leurs exportations vers l’Europe l’an dernier, seraient en mesure d’accroître leur production afin de répondre à une hausse de la demande.
  • Une éventuelle crise énergétique pourrait être renforcée par les faibles niveaux de remplissage des réserves européennes de gaz, qui se rapprochent des 30 % — soit un niveau similaire à 2022 à cette période de l’année.

Des experts cités par le Financial Times anticipent une hausse de 25 % des prix du gaz sur les contrats TTF à la réouverture du marché en Europe, lundi matin 2. Le mégawattheure (MWh) de gaz s’échange actuellement à 31 euros en moyenne, soit un chiffre bien supérieur à la moyenne pré-2022, suite à l’invasion rusre de l’Ukraine, lorsque le MWh avait dépassé les 330 euros.

  • Le prix du baril de pétrole pourrait quant à lui bondir de 10 à 15 % dès la réouverture du marché, ce qui pourrait porter le prix du baril de Brent à 80 dollars.
  • La Chine, les États-Unis et les pays européens disposent d’importantes réserves stratégiques de pétrole dans lesquelles ils pourraient puiser si la crise au Moyen-Orient venait à durer.

L’Arabie saoudite (6,6 millions de barils exportés par jour) et les Émirats arabes unis (3,2 millions) pourraient quant à eux détourner une partie de leur production vers la mer Rouge ou le golfe d’Oman.

Sources
  1. Ruth Liao, Stephen Stapczynski et Salma El Wardany, « Iran Crisis Threatens Worst Gas Market Disruption Since 2022 », Bloomberg, 1er mars 2026.
  2. Rachel Millard, « Gas prices set for bullish opening after shipping disruption », Financial Times, 1er mars 2026.