Le 24 janvier 2026, le ministère chinois de la Défense a annoncé que Zhang Youxia et Liu Zhenli font l’objet d’une enquête pour « soupçon de graves violations de la discipline et de la loi ». 

  • Zhang et Liu sont accusés d’avoir « sapé l’autorité » de Xi et d’avoir violé le principe du « système de responsabilité du président de la CMC ».
  • Des sources institutionnelles ont présenté cette décision comme un signal de « tolérance zéro » et d’extension de la campagne anticorruption « sans zone interdite ».
  • Selon des sources citées par le Wall Street Journal, Zhang est accusé d’avoir divulgué des informations sur le programme nucléaire militaire du pays aux États-Unis, et d’avoir accepté des pots-de-vin pour des actes officiels 1.

Zhang Youxia est le gradé le plus élevé (et l’un des hauts responsables) à être touché par la campagne de purge menée par Xi Jinping depuis 2023. 

  • Zhang se trouve au sommet de la hiérarchie de l’État chinois. En tant que vice-président de la Commission militaire centrale (CMC), il est le numéro deux de facto de l’appareil militaire, derrière Xi Jinping, et membre du Bureau politique. Il a joué un rôle important dans la modernisation et la réforme de l’APL sous Xi Jinping. 
  • Son profil est également symbolique : avec Liu Zhen, il s’agit de l’un des rares vétérans de l’appareil militaire chinois ayant une expérience active sur le terrain, ayant combattu lors de la guerre contre le Vietnam en 1979, et entretient également des relations particulièrement proches avec Xi Jinping. Les pères de Xi et Zhang ont en effet travaillé ensemble dans le nord-ouest de la Chine pendant la guerre civile.

Avec cette annonce, la CMC se retrouve avec un noyau dirigeant très réduit, ce qui renforce la centralisation des décisions militaires autour de Xi. 

  • L’enquête visant Zhang s’inscrit dans une séquence plus large : depuis 2023, des purges ont frappé de hauts responsables chinois, dont plusieurs observateurs le considéraient comme étant le véritable cerveau.
  • Zhang et Liu doivent encore être formellement exclus de la CMC.
  • Suite à leur départ — qui ne fait aucun doute — la CMC ne comptera plus que deux membres actifs : Xi Jinping et le général Zhang Shengmin, qui a pris le rôle de vice-président en octobre dernier.
  • La mise à l’écart de personnalités de premier plan peut être interprétée comme l’expression d’une impatience croissante face à des résultats jugés insuffisants, alors que Xi Jinping a fixé à l’APL un délai précis pour mener une opération majeure contre Taïwan. 
  • Toutefois, ces purges pourraient traduire également une logique de contrôle politique : pour Xi Jinping, toute personnalité susceptible de cristalliser une loyauté autonome représente un risque potentiel.
  • La chute d’un général occupant à la fois un rang militaire suprême et un siège au Bureau politique aurait donc une portée symbolique considérable, rappelant que la proximité avec le sommet ne garantit ni immunité ni permanence.

Le dernier rapport annuel du Pentagone sur les forces armées chinoises note que la mise à l’écart de hauts responsables a « créé une incertitude quant aux priorités organisationnelles » et « s’est répercutée à tous les niveaux de la hiérarchie de l’APL » : « Ces enquêtes risquent très probablement de perturber à court terme l’efficacité opérationnelle de l’APL ». Le rapport ajoute : « À l’inverse, l’APL pourrait à terme devenir une force de combat plus performante si elle parvient à utiliser la campagne actuelle pour éliminer les problèmes systémiques qui favorisent la corruption. » 2

Depuis 2023 et plus encore en 2024-2026, la campagne anticorruption menée par Xi Jinping au sein de l’Armée populaire de libération (APL) a pris une ampleur et une tonalité nouvelles. 

  • Si la lutte contre la corruption militaire est un thème ancien du pouvoir chinois, la séquence actuelle se distingue par son intensité, par la sensibilité et la centralité des branches touchées par les purges et par le lexique politique employé. 
  • Loin d’être présentée comme une simple opération morale ou administrative, la purge est désormais explicitement décrite comme une condition de la survie politique du Parti et de la capacité de combat de l’armée.

Le cadrage officiel est sans ambiguïté. 

  • Dans un éditorial publié par le Journal de l’Armée de libération ce 25 janvier, la campagne anticorruption est qualifiée de « guerre globale, prolongée et décisive » et surtout définie comme une lutte contre des comportements qui « sapent le système de responsabilité du président de la Commission militaire centrale » 3
  • Cette formule n’est pas anodine : elle place la loyauté personnelle envers Xi Jinping — en tant que président de la Commission militaire centrale — au cœur même de la définition de la discipline militaire.

La corruption n’est plus décrite comme une dérive individuelle, mais comme une menace systémique dans le cadre d’une transformation géopolitique des sources de légitimité du PCC. 

  • Un autre commentaire du Journal de l’Armée de libération insiste ainsi sur le fait que la corruption « érode la nature politique de l’armée, détruit son unité et affaiblit sa capacité à gagner la guerre » 4
  • « Plus l’armée lutte contre la corruption, plus elle devient forte, pure et prête au combat ». Ce mot d’ordre largement relayé qui associé la corruption à une défaite militaire potentielle sert à justifier une extension permanente des mécanismes de contrôle et d’inspection du Parti tout en faisant de la préparation à la guerre le moteur de la légitimité du pouvoir de Xi.
  • Ce glissement est encore plus visible dans le vocabulaire utilisé. Plusieurs textes officiels et semi-officiels parlent désormais de « couper les tumeurs », de « nettoyer les sources toxiques » et de « purger les résidus idéologiques ». Ce champ lexical médical et quasi sanitaire suggère que la purge vise non seulement des faits de corruption financière, mais l’élimination de réseaux, de cultures organisationnelles et de loyautés alternatives. Autrement dit, il s’agit de reconfigurer durablement l’écosystème du pouvoir militaire.

Cette logique est assumée par des figures influentes proches de l’appareil. 

  • Le général de division à la retraite Jin Yinan, souvent mobilisé pour cadrer idéologiquement les débats militaires, expliquait déjà il y a dix ans que parler d’une armée « entièrement corrompue » relevait de l’exagération, mais que la corruption, lorsqu’elle touche les mécanismes de décision et d’acquisition, devient une question de sécurité nationale 5

Cette ligne narrative est aujourd’hui pleinement intégrée au discours officiel et elle est largement relayée par la presse : un article très diffusé rappelait une formule attribuée à Xi Jinping : « La corruption dans l’armée signifie, en dernière instance, l’échec dans la guerre » 6.