Les statistiques officielles italiennes indiquent que l’immigration en Italie est en hausse constante depuis 2020, lorsqu’elle avait chuté à moins de 250 000 nouvelles arrivées en raison de la pandémie. En 2024, le pays a accueilli plus de 450 000 personnes, soit le chiffre le plus élevé depuis 2010.

  • L’OCDE estime que plus de 10 % des nouveaux immigrés à long terme ou permanents arrivés en Italie en 2024 étaient des travailleurs temporaires et saisonniers, et 12 % des étudiants en mobilité internationale.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, à l’automne 2022, l’immigration a ainsi augmenté de 10 %.

  • Les chiffres sur les neuf premiers mois de l’année dernière (322 000 arrivées, contre 334 000 l’année précédente sur la même période) indiquent que l’année 2025 devrait suivre la même tendance que 2024 1.
  • La structure de cette immigration a considérablement évolué depuis le début du siècle : les Européens ne représentaient que 33 % des immigrés arrivés en Italie en 2024, contre 76 % en 2007.
  • On observe également une hausse continue de l’arrivée d’hommes, qui étaient 40 % plus nombreux que les femmes parmi les immigrés arrivés en 2024, tandis que le nombre de ces dernières est en baisse depuis 2022.
  • Cette dynamique intervient dans un contexte de hausse de l’émigration.

L’Italie est l’un des pays européens les plus impactés par la crise démographique. Après avoir atteint son pic de population en 2014 à 59,3 millions d’habitants, selon les chiffres des Nations unies, la population du pays devrait progressivement diminuer au cours des prochaines décennies pour atteindre 35 millions d’habitants d’ici la fin du siècle.

  • Afin de faire face aux pénuries de main-d’œuvre, le gouvernement Meloni a autorisé à l’été 2025, dans le cadre d’un nouveau décret triennal sur les flux (Decreto Flussi), l’entrée sur son territoire de 500 000 travailleurs étrangers sur la période 2026-2028.
  • Il s’agit d’une augmentation considérable du nombre de quotas ouverts pour les travailleurs non-européens : 164 850 seront ainsi proposés cette année, contre 30 850 en 2019.
  • Plus de la moitié (54 %) des permis délivrés durant cette période devraient revenir à des travailleurs saisonniers, qui iront principalement travailler dans les secteurs de l’agriculture et du tourisme.

Ces quotas sont structurés en deux catégories : des permis de séjour liés au travail, qui permettent à une personne étrangère de venir travailler en Italie avec un contrat, et des permis saisonniers qui ne donnent pas un statut stable ou permanent. Si l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a salué la décision du gouvernement italien d’augmenter considérablement ces quotas, qualifiée de « mesure qui sauve des vies », ce dispositif présente un décalage très important entre déclaration et application.

  • En 2023, moins d’un quart (23,52 %) des quotas autorisés ont débouché sur l’obtention d’un titre de séjour et d’un emploi stable — soit une baisse de près de douze points par rapport à 2022 (35,32 %), selon Ero Straniero 2.
  • La Confédération générale italienne du travail (CGT), le principal syndicat du pays, considère le système comme étant inefficace notamment car celui-ci ne tient compte ni de la dynamique migratoire ni des besoins en main-d’œuvre du pays 3.
  • En cause également : la procédure du « click day », qui n’évalue ni ne trie les candidatures mais les classe par ordre chronologique, ce qui ne permet pas aux employeurs de faire une sélection des candidats.
  • Dans son rapport publié en décembre, l’Organisme national de coordination pour les politiques d’intégration soulignait une inadéquation entre les quotas fixés, qui ne reflètent pas les besoins réels du marché du travail, et les aspirations des migrants, qui ne bénéficient pas de réel parcours d’intégration 4.

Le décalage entre le nombre de quotas ouverts par le gouvernement et le nombre de contrats de travail effectivement signés (avec la délivrance consécutive d’un permis de séjour) indique qu’une large majorité des étrangers se rendant en Italie pour y travailler finit par se retrouver dans une situation d’irrégularité.

  • Malgré l’inefficacité du programme et les recommandations émises, le gouvernement Meloni n’a pas signalé son intention d’y apporter des changements substantiels.
  • La hausse décidée à l’automne du nombre de quotas, et ce malgré un faible taux de remplissage effectif, soulève la question du rapport du gouvernement à l’immigration, que les grandes organisations du patronat de la deuxième industrie européenne considèrent nécessaire pour l’économie du pays, en lien direct avec le gouvernement.
  • Selon une étude menée par l’Université de Rome, l’Italie devrait accueillir 490 000 migrants par an d’ici 2035, puis 620 000 d’ici 2050, afin de maintenir un ratio constant entre la population active et la population totale 5.

La présidente du Conseil avait été élue sur une ligne dure vis-à-vis de l’immigration en 2022.

  • Dans son livre Mafia Nigeriana, publié en 2019 avec Alessandro Meluzzi — une figure télévisuelle controversée, connu pour ses positions complotistes, anti-vax et d’extrême droite devenu Primat de l’Église orthodoxe italienne—, elle évoquait l’enracinement de la criminalité organisée dans certaines zones du territoire italien, en la liant à une série de thèses ouvertement racistes ou complotistes sur l’immigration et les mutations de la société italienne.
Sources
  1. Lorenzo Ruffino, « Come l’Italia ha scelto di puntare sull’immigrazione », Substack, 7 janvier 2026.
  2. I veri numeri del decreto flussi : un sistema che continua a creare irregolarità, Ero Straniero, mai 2024.
  3. « Italy Boosts Legal Work Visas, As Union Says Policy Falls Short », Barron’s, 1er juillet 2025.
  4. Conoscere Per Includere. Rapporto Onc Sull’immigrazione 2025, Organismo nazionale di coordinamento delle politiche di integrazione degli stranieri (ONC), décembre 2025.
  5. Giampaolo Galli, Nicolò Geraci et Francesco Scinetti, Di quanti immigrati ha bisogno l’Italia ?, Osservatorio sui Conti Pubblici Italiani, 13 juin 2025.