À la suite de l’arrestation de Nicolas Maduro le 3 janvier, Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises que d’autres opérations militaires pourraient être menées par les États-Unis.

  • Lors d’un entretien téléphonique avec Fox News, le président américain a ainsi déclaré : « C’était incroyable. Il faut qu’on le fasse à nouveau. Nous pouvons le faire à nouveau » 1
  • Donald Trump avait affirmé la veille de l’enlèvement de Maduro, que « si l’Iran tire et tue violemment les manifestants, comme ils ont l’habitude de le faire, les États-Unis viendront à leur secours » 2
  • Ses menaces ont également été relayées en Israël, notamment par Yaïr Lapid : « Le régime en Iran devrait porter une grande attention à ce qui se passe au Venezuela » 3

Les manifestations, qui ont commencé à Téhéran le 29 décembre, touchent désormais plus de 80 villes. 

  • Le mouvement, initié par des commerçants pour protester contre l’inflation et le coût de la vie, s’est très rapidement transformé en un appel à la contestation de la République islamique et du Guide suprême, Ali Khamenei. 
  • Pour le moment, le Guide refuse tout dialogue avec les « émeutiers » mais considère qu’il faut prendre en compte le point de vue des « manifestants » 4.
  • Selon l’ONG iranienne d’opposition Human Rights Activists New Agency, près de 1 000 manifestants auraient été arrêtés et 19 exécutions capitales auraient été menées en prison depuis le 29 décembre 5

La convergence des pressions extérieures et d’une contestation intérieure aiguë amène l’ensemble de la presse iranienne à s’interroger sur la pertinence d’une comparaison entre le Venezuela et la République islamique, révélant ainsi une inquiétude croissante au sein du régime. 

  • L’éditorial du journal ultraconservateur Javan, intitulé « L’Iran n’est pas comparable. Arrêtez de perdre votre temps » refuse la comparaison, mettant en avant la grande cohésion de la population autour du régime et « ses soutiens régionaux » —  en contradiction avec la réalité stratégique du pays 6
  • D’autres éditoriaux insistent sur la plus grande cohésion interne de la République islamique par rapport à l’État vénézuelien, et interprètent l’action de Trump comme un retour à la politique d’ingérence des États-unis dans son « près carré » latino-américain 7
  • Un certain nombre de journalistes, à l’instar de Amir Hossein Mossala, considèrent que Maduro, en négligeant les aspirations de sa population, a fini « comme tous les dictateurs qui ne tirent pas des leçons du sort des autres » 8, suggérant que le même destin pourrait atteindre les dirigeants iraniens.

La crainte d’un renversement provoqué par une intervention militaire extérieure constitue un élément structurant de l’histoire politique de l’Iran, depuis le coup d’État de 1953 qui a renversé le Premier ministre Mohammad Mossadegh à la suite de la nationalisation du pétrole iranien, une opération soutenue et accompagnée par la CIA 9.  

  • Mike Pompeo a d’ailleurs lui-même alimenté les récits complotistes en adressant ses vœux de Nouvel An « à tous les Iraniens, ainsi qu’à tous les agents du Mossad qui marchent derrière eux » 10.

L’assassinat, l’enlèvement ou la fuite du Guide suprême ouvrirait la voie à plusieurs scénarios.

  • Le maintien du statu quo, l’élection d’un Guide suprême par intérim par l’Assemblée des Experts, ou encore l’ouverture d’une période de vacance durant laquelle le Bureau du Guide assurerait la gestion des affaires courantes, laisseraient le gouvernement et les Gardiens de la Révolution en place. La poursuite de la mobilisation populaire pourrait alors soit favoriser une extension progressive des libertés publiques, soit, à l’inverse, entraîner un durcissement accru de la répression.
  • Un renversement complet de la République islamique, ouvrirait la porte à une phase de profonde incertitude politique.
  • L’émergence d’une figure issue de l’intérieur du régime, en mesure d’imposer une transition vers une République islamique plus ouverte, voire de promouvoir l’adoption d’une nouvelle constitution selon un modèle « bonapartiste », constituerait un autre scénario envisageable.
  • La tentative d’imposition depuis l’extérieur d’une nouvelle figure politique, telle que Reza Pahlavi, fils du Shah Mohammad Reza Pahlavi, serait, en l’absence de tout soutien interne, très probablement rejetée. Une telle dynamique pourrait alors conduire soit à un affrontement direct avec les États-Unis, soit à une guerre civile, et rapprocherait l’Iran des trajectoires connues par certains de ses voisins. 
Sources
  1. Olga Nesterova, Publication de Fox News sur X, 4 janvier 2026.
  2. Publication de Donald Trump sur Truth Social, 2 janvier 2026.
  3. Publication de Yair Lapid sur X, 3 janvier 2026.
  4. « رهبر انقلاب : با معترض حرف می‌زنیم؛ اغتشاشگر را باید سر جایش نشاند », Tasnim News, 3 janvier 2026.
  5. Detailed Report on the Eighth Day of Protests ; 222 Locations Across the Country Witness Demonstrations, Hrana, 4 janvier 2026.
  6. « ایران مقایسه‌شدنی نیست وقت تلف نکنید ! », Djavan, 3 janvier 2026.
  7.  « چرا ایران ونزوئلا نیست؟ », Tasnim News, 5 janvier 2026.
  8. Publication sur X, Amir Mosalla, 3 janvier 2026.
  9. Voir sur ce sujet Ervand Abrahamian, The Coup : 1953, the CIA, and the roots of modern U.S.-Iranian relations, The New Press, New York, 2013.
  10. Publication sur X, Mike Pompeo, 2 janvier 2026.