La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a déclaré hier, lundi 5 janvier, que le président américain devait être pris au sérieux lorsqu’il affirme vouloir le Groenland. 

  • Depuis l’opération au Venezuela et l’arrestation de Maduro le 3 janvier, Donald Trump a multiplié les déclarations concernant une possible annexion de l’île, pour des raisons de sécurité nationale, ajoutant hier : « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois ».

Pour les États-Unis, l’île, qui détient des gisements largement inexploités de minéraux stratégiques, pourrait être la clef pour contrer l’instrumentalisation que la Chine fait de sa position dominante dans le domaine des terres rares.

La Chine assure en moyenne les deux tiers de la production ou du raffinage des principaux minéraux critiques tels que le lithium, le graphite, le cobalt, le nickel, le cuivre, ainsi qu’une part excédant les 90 % pour les terres rares, tous essentiels pour les industries technologiques et de défense.

  • La Chine fournit plus de 50 % de la demande américaine pour 21 produits minéraux non-combustibles.
  • C’est en s’appuyant sur son contrôle des terres rares — qui va de l’extraction au raffinage — que la Chine a contraint Donald Trump à conclure une trêve sur les droits de douane.

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2025, l’administration Trump a lancé plusieurs initiatives visant à diversifier et à renforcer la production nationale. 

  • Celles-ci incluent un décret de mars demandant aux agences fédérales de faciliter au maximum la production minérale nationale 1 ;
  • un investissement de 400 millions de dollars dans MP Materials (entreprise basée à Las Vegas qui exploite la seule mine de terres rares active du pays, à Mountain Pass, en Californie), faisant du Pentagone son principal actionnaire 2 ;
  • ainsi qu’un investissement de 1,4 milliard de dollars dans deux start-up spécialisées dans les terres rares : Vulcan Elements et ReElement Technologies 3.

L’action extérieure de Trump s’est également fortement structurée autour de l’accès aux ressources et aux terres rares.

  • Un accord sur les minéraux a été conclu avec l’Ukraine en avril : le pays possède environ 5 % des matières premières critiques au niveau mondial.
  • Les minéraux ont également été abordés lors des discussions avec Vladimir Poutine en août à Anchorage, au cours desquelles les deux parties ont évoqué des projets miniers communs en Arctique.
  • L’accord entre le Rwanda et la République démocratique du Congo signé en juin 2025 a ouvert la voie à des investissements américains dans les minéraux critiques congolais 4.
  • L’accord entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan inclut un volet minier, prévoyant la création d’une « route Trump pour la paix et la prospérité internationales », qui sera exploitée par les États-Unis. L’Azerbaïdjan dispose de ressources en aluminium, en cuivre, en pétrole et en gaz, tandis que l’Arménie possède des gisements de cuivre, d’argent et d’antimoine.

Les minéraux ont également structuré les échanges avec le Pakistan et l’Inde.

  • Après la rencontre entre Trump et le Premier ministre pakistanais à la Maison-Blanche 5, en septembre, Islamabad a annoncé qu’il fournirait des minéraux et des terres rares aux États-Unis.
  • Un protocole d’accord d’une valeur de 500 millions de dollars a été signé pour la construction d’une raffinerie polymétallique destinée à la chaîne d’approvisionnement des batteries 6.
  • Le soutien apporté par les États-Unis à Javier Milei en Argentine, en amont des élections législatives d’octobre, s’accompagne également d’une disposition prévoyant des investissements américains dans les minéraux critiques du pays 7.

Donald Trump insiste sur le fait que les États-Unis ont besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. 

  • Selon plusieurs sources danoises, les États-Unis disposent déjà d’une grande liberté d’action sur l’île.
  • Copenhague aurait aussi essayé de convaincre l’administration d’un accord sur les minerais, ils en étaient arrivés à cette conclusion : Trump cherchait avant tout à provoquer une extension territoriale des États-Unis.

Selon l’agence de presse Reuters, des responsables de l’administration Trump auraient évoqué la possibilité de prendre une participation dans Critical Metals Corp, ce qui donnerait à Washington un accès direct au plus grand projet d’exploitation de terres rares du Groenland 8.

  • Selon une étude de 2023, 25 des 34 minéraux considérés comme des « matières premières critiques » par la Commission européenne se trouvent au Groenland 9.
  • Sur l’île, l’exploitation minière divise la population : alors que certains considèrent l’extraction minière — y compris d’éventuels forages pétroliers et gaziers en mer — comme faisant partie intégrante de l’indépendance future, d’autres craignent que les coûts environnementaux soient trop élevés pour un pays qui souhaite également se présenter comme une destination touristique de « pleine nature ».
Sources
  1. Immediate Measures to Increase American Mineral Production, Maison-Blanche, 20 mars 2025.
  2.  Spencer Kimball, « Pentagon to become largest shareholder in rare earth miner MP Materials ; shares surge 50 % », CNBC, 20 juillet 2025. 
  3. « Trump administration and private investors sign off on $1.4 billion deal with rare earth startups », Associated Press, 4 novembre 2025.
  4. Anait Miridzhanian et Marc Jones, « US follows up on Congo-Rwanda peace deal with plan to secure minerals », Reuters, 5 decembre 2025.
  5. « Sharif calls for American investment in Pakistan in Trump meet », Reuters, 26 septembre 2025.
  6. U.S. Strategic Metals Signs MOU on Critical Minerals in Pakistan, US Embassy and Consulates in Pakistan, 8 septembre 2025.
  7. « US DFC in talks with Argentina about critical minerals deals », Reuters, 23 octobre 2025. 
  8. Jarrett Renshaw, Ernest Scheyder et Gram Slattery, « Trump administration eyes stake in company developing Greenland rare earths mine », Reuters, 6 octobre 2025.
  9. « Key details of Greenland’s rich but largely untapped mineral resources », Reuters, 13 janvier 2025.