Depuis 2021, dans le récit de Trump, le 6 janvier est devenu un « jour de l’amour » (« day of love » 1) et les émeutiers, des « patriotes ». Depuis son retour au pouvoir, il y a près d’un an, il a gracié la quasi-totalité des 1 600 personnes impliquées dans l’attaque du Capitole, dont certaines avaient commis des actes de violence contre les forces de l’ordre, et commué les peines de 14 autres.
- Plus de 140 forces de l’ordre ont été blessées lors de l’attaque du Capitole, quatre officiers de sécurité qui y ont répondu se sont suicidés.
- Le coût total estimé de ses conséquences a dépassé les 2,7 milliards de dollars.
Aujourd’hui, mardi 6 janvier, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’assaut, des activistes appartenant à des mouvances d’extrême droite graciés par Trump prendront part à des marches et des rassemblements à travers tout le pays.
- C’est notamment le cas de l’ex-leader des Proud Boys, une organisation néo-fasciste, Enrique Tarrio, qui avait été condamné en septembre 2023 à 22 ans de prison pour conspiration séditieuse — la peine la plus lourde infligée à un des participants du 6 janvier.
- Tarrio sera présent aujourd’hui à Washington aux côtés d’autres personnes graciés par Trump il y a un an comme Guy Reffitt, dont la condamnation en mars 2022 avait constitué une victoire symboliquement importante pour la justice américaine, dans le cadre d’une marche commémorative en hommage aux « martyrs » du 6 janvier.
Trump et son administration revendiquent l’héritage du 6 janvier, et le rapport à l’assaut du Capitole est désormais utilisé comme un critère de sélection pour occuper des postes dans l’appareil de sécurité national américain. Le département de la Sécurité intérieure a quant à lui recours à des slogans nationalistes blancs et anti-immigrants dans ses supports de recrutement afin de viser spécifiquement des membres de mouvance extrémistes 2.
- Avant le retour au pouvoir de Trump, dès 2023, la Heritage Foundation travaillait à la construction d’une base de données de plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires potentiels adhérant au projet trumpiste. Le questionnaire soumis aux candidats visait à tester leur loyauté.
- Cette pratique se retrouve aujourd’hui au sein même de l’administration. Selon le Washington Post, des candidats à des postes publics doivent répondre par « oui » ou par « non » aux questions suivantes : le 6 janvier était-il « un coup monté de l’intérieur » ? Et l’élection présidentielle de 2020 a-t-elle été « volée » 3 ?
Selon une étude menée par le Chicago Project on Security and Threats de l’Université de Chicago sur la base des dossiers judiciaires de plus de 900 participants au 6 janvier, plus de la moitié (54 %) cite une « loyauté personnelle » envers Trump (y compris la conviction que l’élection avait été « volée ») parmi les principaux facteurs les ayant poussés à prendre d’assaut le Capitole 4.
- Plus de quatre ans après le 6 janvier, près d’un tiers (27 %) des Américains considéraient à l’été 2025 que la prise d’assaut du Capitole s’inscrivait dans le cadre d’un « débat politique légitime » — parmi lesquels 4 % d’électeurs ayant voté pour Harris en 2024, et 56 % pour Trump.
Selon YouGov, le soutien en faveur des assaillants du 6 janvier a augmenté depuis 2021 parmi les électeurs républicains. En décembre 2024, plus d’un quart (27 %) disait « approuver » la prise d’assaut du Capitole — contre 16 % dans les jours qui avaient suivi.
Sources
- Dan Barry et Alan Feuer, « ‘A Day of Love’ : How Trump Inverted the Violent History of Jan. 6 », The New York Times, 5 Janvier 2025.
- Caleb Kieffer et R.G. Cravens, Homeland Security deploys white nationalist, anti-immigrant graphics to recruit, The Southern Poverty Law Center, 28 août 2025.
- Ellen Nakashima et Warren P. Strobel, « U.S. intelligence, law enforcement candidates face Trump loyalty test », The Washington Post, 9 février 2025.
- Trump Suburban Rage : The Conclusive Findings On Who Stormed The Us Capitol And Why It Matters. Analysis Of The Complete Set Of Individuals Charged— And Pardoned—for January 6, 2021, Chicago Project On Security and Threats, University Of Chicago, 14 avril 2025.