Fabrice Leggeri est un haut-fonctionnaire français, formé à l’École nationale d’administration d’où il sort dans le corps des administrateurs civils de l’État en 1996. 

  • Il commence sa carrière au ministère de l’intérieur avant de rejoindre pour trois ans la Commission européenne. 
  • De retour à l’intérieur, sous-préfet entre 2003 et 2007, il est ensuite nommé aux affaires juridiques où il est chargé du droit international et européen, avant d’être nommé sous-directeur « de la lutte contre les fraudes, des contrôles et de l’éloignement » au sein de la direction de l’immigration.
  • C’est en 2015 qu’il prend la direction de l’agence européenne Frontex, chargée des frontières et des gardes-côtes. 

Leggeri est resté à la tête de Frontex jusqu’à sa démission en avril 2022, suite à une enquête de l’Office européen de la lutte antifraude (OLAF) sur des irrégularités dans sa gestion des migrations — notamment des refoulements illégaux. Le rapport complet, initialement confidentiel, a été publié intégralement par Der Spiegel1.

  • L’agence avait initialement été accusée de couvrir et de financer des opérations refoulements illégales de la part de garde-côtes grecs en mer Égée, en 2020 dans une enquête de Lighthouse Reports2
  • Le Forum consultatif de Frontex — organe chargé de conseiller l’agence, composé de représentants d’institutions européennes (dont l’Agence de l’Union européenne pour l’asile), internationales (dont l’UNHCR) et de la société civile  — a également rapporté en 2022 de potentielles violations du principe de non-refoulement des demandeurs d’asile en Méditerranée, entraînant des retours et débarquements en Libye3
  • Des messages de Leggeri et son équipe contenus dans le rapport de l’OLAF ont par ailleurs révélé ses critiques de la Commission européenne, accusée d’être du côté « des ONGs »4

Aujourd’hui candidat du Rassemblement National, le rôle adopté par Leggeri dans la liste du parti d’extrême-droite consiste à mettre en avant « son expérience et son expertise » et à accuser la Commission européenne et le Pacte sur les migrations et l’asile « d’encourager la submersion migratoire »5.

  • Il s’est rendu ce lundi, 19 février, à Menton à la frontière franco-italienne, avec Jordan Bardella.

Le parcours de l’ancien directeur relance ainsi les interrogations sur le rôle et les biais potentiels de l’agence Frontex et l’orientation de la politique migratoire européenne.

  • Les données et le choix des mesures utilisées par Frontex, notamment le décompte des « passages illégaux de la frontière » (IBCs) devenu une référence, ont également été remis en question. 
  • Alors que cette mesure traduit l’idée d’un phénomène de migration irrégulière, une étude publiée en janvier évalue que 54 % de l’ensemble des IBCs entre 2009 et 2020 étaient potentiellement le fait de réfugiés potentiels — 75,5 % en 2015, au moment du pic d’arrivée en Europe — créant pour les auteurs un large nombre de « faux migrants irréguliers » dans les données6

Le budget alloué à l’agence est en constante augmentation depuis sa mise en service, en 2005 — dont des hausses de plus de 40 % en 2021 et en 2022.

Sources
  1. OLAF, Final Report – CASE No OC/2021/0451/A1, via Der Spiegel, 13 October 2022.
  2. Lighthouse Reports, « Frontex Complicit in Pushbacks », 23 October 2020.
  3. Frontex Consultative Forum, Annual Report 2022.
  4. Der Spiegel, « Classified Report Reveals Full Extent of Frontex Scandal », 29 July 2022.
  5. Compte X (Twitter) de Fabrice Leggeri, 17 février 2024.
  6. Filip Savatic, Hélène Thiollet, Alice Mesnard, Jean-Noël Senne, Thibaut Jaulin, « Borders Start With Numbers : How Migration Data Create “Fake Illegals” », International Migration Review, Janvier 2024.