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Key Points
  • La prise de Marioupol est presque achevée.
  • Cependant, dans la bataille du Donbass, les Russes ne pourront sans doute pas obtenir de grande victoire avant le 9 mai.
  • Dans les batailles périphériques, les Ukrainiens regagnent du terrain.

La bataille du Donbass

La grande offensive russe dans le Donbass est d’abord une offensive des feux marquée par un écrasement des positions ukrainiennes dans les sept zones de combat, avec environ 2 400 pièces d’artillerie diverses, plusieurs centaines de sorties aériennes quotidiennes et des frappes dans toute la profondeur du théâtre. On note même la présence de batteries anti-navires Kh35 utilisées contre des objectifs à terre. 

Toute cette force de frappe, inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, peut lancer chaque jour entre 1,5 et 2 kilotonnes d’explosifs sur les positions ukrainiennes dans le Donbass – les plus retranchées au monde après celle de la zone démilitarisée entre les deux Corées. L’objectif est de neutraliser autant que possible les forces ukrainiennes dans les zones d’attaques russes, de les fixer dans les zones défensives et d’entraver les mouvements dans la profondeur.

Les attaques russes se concentrent d’abord dans la zone de Severodonetsk (zone S) et ses abords, en particulier au Nord. Les forces russes en présence peuvent être estimées à 10 ou 12 groupes tactiques – deux régiments de la république séparatiste de Lougansk, un régiment blindé et une brigade mécanisée russe –, sans doute sous le commandement de la 2e Armée. Elles font face à trois brigades de manœuvre ukrainiennes, soit l’équivalent en unités de combat de neuf GT russes – amputées d’une grande partie de leur artillerie –, d’une brigade territoriale et de plusieurs unités paramilitaires du ministère de l’Intérieur. 

La zone urbaine de Severodonetsk et ses abords, espace correspondant à la moitié de Marioupol en superficie, résistent depuis le 2 mars. Elles sont désormais très largement sous pression. L’effort russe se porte sur la limite Nord de la zone, depuis Lyman à 15 km au Nord-Est de Sloviansk jusqu’à Rubizhne qui jouxte Severodonetsk au Nord, avec un espoir d’envelopper la ville et de couper ce bastion de celui de Sloviansk-Kramatorsk-Druzkhivka-Konstantinovka (SKDK), l’objectif principal. Le 2e corps d’armée de la république séparatiste de Lougansk attaque toujours dans la région de Popasna, au Sud de Severodonetsk, pour compléter l’enveloppement. La progression de cette première pince russe est lente mais réelle.

La deuxième pince vise le bastion SKDK à partir d’Yzium, où se trouve le groupement de forces principal russe, jusqu’à Horlivka au Sud-Est. La progression russe sur l’axe M03 au Nord face à la 81e brigade est très lente, et celle sur l’axe Sud tenu par deux brigades ukrainiennes est presque inexistante. Même si les forces russes parvenaient à percer et atteindre le bastion SKDK, il faudra à la fois sécuriser les axes contre le harcèlement ukrainien, et s’attaquer à l’équivalent d’un Marioupol renforcé depuis 50 jours. Cela paraît difficile avec les capacités actuelles de l’armée russe, surtout en vue d’une victoire avant le 9 mai.

La troisième pince réside dans des attaques complémentaires à partir d’Yzium vers Barvinkova, ou de la zone Zaporijjia vers le Nord depuis la région d’Houliaipole. L’objectif de cette attaque au Sud est peut-être d’atteindre le point clé de Poprovske. La prise de Barvinkove et de Poproske représenterait une menace d’enveloppement général de la poche du Donbass mais, encore une fois, en admettant ces prises possibles, plus les forces russes pénètrent à l’intérieur du territoire ukrainien et plus elles sont vulnérables. Quant à la perspective encore plus large de s’emparer de Zaporijjia et Dnipro – sans parler de Kharkiv –, cela paraît inconcevable à court terme.

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Les batailles périphériques

Trois batailles se déroulent en périphérie de celle du Donbass. Les combats sont toujours incertains dans la région de Kherson-Mykolaev, où les forces russes s’efforcent de diminuer la pression ukrainienne par des contre-attaques limitées, et surtout avec l’emploi des feux. Toute la zone occupée au Sud est à surveiller entre l’augmentation des activités de guérilla ukrainienne, qui fixent de plus en plus de forces russes, et les rumeurs de proclamation de nouvelles républiques séparatistes suivie de mobilisations générales.

À Marioupol, les dernières forces ukrainiennes résistent toujours dans le complexe industriel Azov. Elles auraient même lancé une contre-attaque en direction du port. Marioupol tombera, ce qui constituera une victoire tactique russe mais avec une telle difficulté qu’elle apparaîtra aussi comme une victoire symbolique ukrainienne. Si, par miracle, les forces du complexe Azov tenaient toujours le 9 mai, cela gâcherait la célébration de la grande victoire de la Grande Guerre patriotique (même si dans les faits la prise de Marioupol serait quand même proclamée). La résistance ukrainienne fixe également 12 GT russes, assez éprouvés semble-t-il, qui ne peuvent être engagés dans la bataille du Donbass. Elle fixe aussi une zone très dissuasive pour la suite de la guerre qui peut s’avérer impossible à gagner pour les Russes si chaque grande ville résiste comme Marioupol.

Dans le Nord-Est, les forces ukrainiennes ont pris l’initiative dans la région de Kharkiv, que ce soit au nord de la ville et surtout à l’est, où le 92e brigade mécanisée et la 4e brigade blindée ont atteint la zone de Tchouhouiv-Malynivka. Depuis ce carrefour, les Ukrainiens peuvent menacer l’axe logistique principal russe qui relie Belgorod à Yzium via les villes de Velykyi Burluk et Kopiansk, défendues par des forces russes revenues de Kiev, mais il faudrait encore avancer de cinquante kilomètres. Ils peuvent aussi poursuivre vers le Sud-Ouest sur l’axe M03 en direction du grand groupement russe d’Yzium. Ces mouvements sont complétés par des raids des Forces spéciales sur les arrières russes, y compris sur le territoire russe.