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Key Points
  • La campagne est à la recherche d’un déblocage par « effet domino » – la prise d’une ville permettant de libérer des forces qui permettent à leur tour de prendre plus facilement une autre ville.
  • Des « saboteurs » ont été introduits dans Kiev dès 2021 à travers la location d’appartements pour faciliter la pénétration des forces russes lors de l’assaut initial. Leurs objectifs sont multiples : renseignement, projets d’assassinat de Zelensky, prise de points clefs, entretien de la confusion et de la paranoïa.
  • Les forces russes en Ukraine peuvent donc être renforcées de quelques unités d’active et de quelques milliers de réservistes (en plus de mercenaires et de miliciens), mais le renforcement ultérieur à base de conscrits et mobilisés risque de faire diminuer la qualité militaire.

La version d’hier est disponible ici. L’archive des analyses quotidiennes de Michel Goya est disponible à ce lien.

Situation des forces

La situation générale reste inchangée, avec des forces russes dispersées et ralenties. La campagne est à la recherche d’un déblocage par « effet domino » – la prise d’une ville permettant de libérer des forces qui permettent à leur tour de prendre plus facilement une autre ville.

Zone Ouest

La situation est inchangée. Le sort de l’« armée bloquée » (35e Armée) est toujours aussi mystérieux.

Zone de Kiev 

Les attaques russes autour de la capitale sont dispersées sur la périphérie de Kiev autour de trois axes : Ouest (Boucha-Irpin), Sud-Ouest (Yasnohorodka) et Est (Brovary). Pour l’instant, les Russes n’ont pas la masse critique suffisante pour le bouclage complet de la ville avant les prises de Chernihiv et de Soumy. L’effort russe s’intensifie donc sur ces cibles, avant de marcher sur la capitale.

Zone Est

À l’Est, Kharkiv est toujours assiégée sans assaut. Des tentatives de progression de et vers Lougansk se poursuivent, sans succès. Au Sud, l’armée se disperse en trois zones de combat : Marioupol, Zaporijia et Mykolaiv. Un effort est fait sur Marioupol pour libérer des forces et attaquer Zaporijia et/ou Mykolaiv.

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Perspectives

La méthode de la prise de ville par infiltration – dite du cheval de Troie, comme la situation de Hué durant l’offensive du Têt en 1968, prise de l’intérieur par des milliers de combattants introduits dans cette ville de 140 000 habitants – semble être appliquée par les Russes. Des « saboteurs » – services du ministère affaires étrangères ? FSB ? – ont ainsi été introduits dans Kiev en 2021 à travers la location d’appartements pour faciliter la pénétration des forces russes lors de l’assaut initial. Leurs objectifs sont multiples : renseignement, projets d’assassinat de Zelensky, prise de points clefs, entretien de la confusion et de la paranoïa.

On peut s’attendre à ce que deux courants d’opinion antagonistes se développent en France : le courant interventionniste sensible au spectacle de la souffrance de la population, et le courant du refus (« Pas ma guerre »), se superposant ou se substituant à celui des sympathisants de Poutine.

Qu’en sera-t-il de la conscription et de l’armée de réserve ?

L’armée russe est mixte. L’ambition était de la professionnaliser entièrement mais le nombre insuffisant de volontaires a contraint à maintenir 260 000 conscrits, une fraction de la population masculine appelable de 18 (parfois moins) à 27 ans. La tranche appelée normalement le 1er avril a finalement été appelée plus tôt, en février 2022. Elle est susceptible d’être engagée en Ukraine en mai,  voire même plus tôt si le gouvernement en décide ainsi. Dans les deux cas, ce ne sera pas une population de combattants de grande qualité et motivée. S’il est possible d’étendre la part de la population appelée – même assez vite – si une nouvelle loi le permet, les effets ne pourront se faire sentir que dans quelques mois.

L’organisation de la réserve est par ailleurs assez anarchique. Sur le papier, il est possible de former des unités de réserve avec les stocks énormes de vieux matériels et une population mobilisable de deux millions d’anciens conscrits ou professionnels, mais il n’y a quasiment aucune structure de « maintien en condition » par des entraînements réguliers. La valeur combattante de ces unités, mobilisée encore une fois par une loi pour la durée de la guerre, serait très médiocre.

La Russie a tenté de former des réserves proches de la manière occidentale avec l’Armée de réserve de combat créée en 2021 et constituée de réservistes individuels effectuant des périodes régulières de formation et de mission dans les forces, mais leur nombre est faible. Trois mille d’entre eux auraient été envoyés à Belgorod pour compléter des unités qui viennent se reconstituer à l’arrière.

Les forces russes en Ukraine peuvent donc être renforcées de quelques unités d’active et de quelques milliers de réservistes (en plus de mercenaires et de miliciens), mais le renforcement ultérieur à base de conscrits et mobilisés risque de faire diminuer la qualité militaire.