1 – Dans quelle mesure peut-on parler de « militarisation » de la police aux États-Unis ?

« I can’t breathe » : ces mots prononcés par George Floyd pendant son agonie, sont devenus un nouveau symbole pour dénoncer l’usage excessif de la violence par la police. Son interpellation, puis les manifestations et les émeutes qui s’en suivent, mettent en lumière des moyens et des méthodes de maintien de l’ordre public brutales qui peuvent paraître illégitimes pour un état de droit. Cette séquence questionne donc sur la place des forces de police et des forces militaires au sein d’une démocratie, sur leur rôle pour assurer la sécurité publique, dans le respect de ses valeurs de justice, de liberté et d’égalité. Cela explique pourquoi ces images de policiers suréquipés peuvent choquer l’opinion. Cela explique pourquoi le recours aux armées pour des missions de sécurité intérieure fait débat. Pourquoi des policiers locaux sont-ils équipés de véhicules blindés militaires de 15 tonnes conçus pour résister à des IED1 ? Pourquoi des agents civils sont-ils vêtus comme des « Forces Spéciales » et armés comme des soldats en opération extérieure ? Pourquoi le Président Donald Trump fait-il appel aux armées pour mettre fin aux émeutes ?

On parle de plus de plus d’un phénomène de « militarisation » de la police, de ses moyens et de ses techniques. Un autre néologisme : la « swatisation », pourrait aussi s’appliquer, parce qu’on assiste à une multiplication du nombre de SWAT (Special Weapons and Tactics) à travers les USA. Ces unités d’intervention de la police ont été créées à la suite des manifestations violentes de 1968 à Los Angeles et se destinent à répondre aux menaces locales les plus dangereuses : terrorisme, grand banditisme, émeutes, mass shooting, etc. Ce phénomène de « militarisation » de la force publique a des origines multiples, qui peuvent être historiques et politiques. Il s’explique aussi par des facteurs structurels et culturels, voire anthropologiques.

2 – Quelles sont les facteurs qui tendent à « militariser » les actions de police aux États-Unis ?

La violence fait partie intégrante de la société américaine. L’affaire de Waco en 1993 symbolise à elle seule ce lien meurtrier. L’assaut pour déloger une secte équipée d’armes de guerre, retranchée dans son ranch et assiégée par plus de 600 membres des forces de l’ordre avec des engins blindés, avait tué 75 membres de la secte, dont 25 enfants et 2 femmes enceintes : un véritable massacre. 4 membres de l’ATF (the Bureau of Alcohol, Tobacco, and Firearms) périrent dans la bataille. Depuis le 11 septembre 2001, les menaces violentes venant d’un ennemi extérieur s’additionnent à l’ensemble des menaces locales.

Le fusil d’assaut AR-15, très répandu parmi les civils relèverait presque du symbole national. Le shérif pourchassant les hors-la-loi, la charge de cavalerie contre les indiens ne forment pas seulement des clichés romantiques, mais s’inscrivent dans la culture populaire d’outre atlantique.

Matthieu Dolain

Les citoyens entretiennent un rapport singulier avec leurs armées et avec l’armement2. Selon les États, les armes y circulent et s’y commercialisent plus ou moins librement. Le fusil d’assaut AR-15, très répandu parmi les civils relèverait presque du symbole national. Le shérif pourchassant les hors-la-loi, la charge de cavalerie contre les indiens ne forment pas seulement des clichés romantiques, mais s’inscrivent dans la culture populaire d’outre atlantique. La justice, la police et les armées sont au cœur de la société américaine, et par conséquent de sa politique. Pour mémoire, le taux d’incarcération en prison reste le plus élevé du monde, le budget de la police municipale de New York est supérieur au budget « ordinaire » de l’ONU et le complexe militaro-industriel3 est le plus puissant de la planète. 

Il ne faut pas négliger l’importance des facteurs culturels et anthropologiques, dans une société de consommation et de l’image. La démonstration de force par des policiers suréquipés peut surprendre, tout comme le recours aux armées pour des missions de sécurité intérieure, mais face à une problématique donnée, il n’est pas surprenant qu’une telle société tente d’y répondre, à son corps défendant, par une posture ostensible en ayant recours à des solutions matérielles et technologiques. 

D’autre part, si le soldat est une référence héroïque presque universelle, le soldat appartenant aux Spécial Operations Forces représente une véritable icône, depuis qu’il est parti venger lesÉtats-Unis en traquant et en éliminant Oussama Ben Laden4. Cette image positive transparaît aussi dans la culture  populaire. À titre d’exemple, la mode du « Tacticool » consiste à arborer et à panacher une multitude d’équipements et de vêtements tactiques, le plus souvent empruntés à ces « héros spéciaux ». Le cinéma participe à cette « militarisation » de la société. Comme l’explique Ryan Noordally, Holywood a «  recyclé  le traumatisme du 9/11 à des fins dramatiques  » en «  militarisant  » le personnage de Batman, par exemple. Ce super héros intègre des matériels militaires et utilise la surveillance de masse pour combattre son ennemi, « le Joker », qui n’est plus seulement un criminel mais un véritable terroriste.

La démonstration de force par des policiers suréquipés peut surprendre, tout comme le recours aux armées pour des missions de sécurité intérieure, mais face à une problématique donnée, il n’est pas surprenant qu’une telle société tente d’y répondre, à son corps défendant, par une posture ostensible en ayant recours à des solutions matérielles et technologiques.

MATTHIEU DOLAIN

Pourquoi la police serait-elle insensible à ces attitudes et à ces comportements, en particulier dans un contexte de menaces réelles ou ressenties ? Au fond, toutes ces raisons expliquent, en grande partie, pourquoi chaque county souhaite se doter d’une « SWAT team », et que chaque administration (douane, administration carcérale, garde côte, University police department, etc.) désire posséder ses équipes d’intervention spécialisées, ou du moins un groupe qui leur ressemble. La ville de Middleburg (Pennsylvania) possède son unité SWAT pour ses 1 363 habitants. Difficile de ne pas se focaliser sur les apparences et ne pas faire preuve de préjugés.

3 – Quelle est la place des armées dans le maintien de l’ordre public aux États-Unis ?

Historiquement, les armées ont toujours eu une place dans le dispositif de maintien de l’ordre. Suite aux manifestations pacifiques et aux émeutes de ces dernières semaines, on a parlé de l’Insurrection Act of 1807 qui donne le droit au Président de déployer les armées si une insurrection ne peut être circonscrite par les États. On a aussi beaucoup parlé de la Garde Nationale, cette force militaire constituée de réservistes, mobilisable sur ordre du gouverneur d’un État. Aux État-Unis, il n’y a pas de culture spécifique appliquée au maintien de l’ordre dans les manifestations, comme celle qui existe en France par exemple. On se souvient de ces images de la police militaire américaine faisant face, baïonnette au canon, à des manifestants protestant devant le Pentagone contre la guerre du Vietnam en 1967.

Aux État-Unis, il n’y a pas de culture spécifique appliquée au maintien de l’ordre dans les manifestations, comme celle qui existe en France par exemple.

MATTHIEU DOLAIN

La garde nationale, dont l’héritage historique remonte aux milices du XVIIème siècle, démontre que la société civile peut être actrice de sa propre défense. À ce propos, la constitution des État-Unis donnent aussi un rôle à des milices privées armées qui doivent contribuer à la sécurité et à la liberté au sein de l’État. Ses groupes d’autodéfense constitués de citoyens semblent avoir une place davantage politique que fonctionnelle. Mais ce système démontre le lien singulier qui existe entre le peuple, la sécurité de sa nation et les moyens d’y parvenir. Il illustre également ses limites et ses contradictions.

4 – Pourquoi les policiers utilisent-ils des équipements et des techniques militaires ? 

Par nature, les armées sont équipées et entraînées pour répondre aux situations de crise les plus violentes. Pour cela, la guerre est un excellent laboratoire pour le développement des matériels et des organisations. Pour répondre à leurs missions et faire face aux nouvelles menaces, les armées se dotent de moyens, allant de l’engin stratégique au plus simple appareil tactique, tant individuel, que collectif. Depuis les attentats contre le World Trade Center, ces petits équipements de sécurité et de défense abondent : armes létales ou non, moyens d’aide à la visée pour le tir, vêtements divers et variés, dispositifs de lutte anti-drones, équipements canins, outils d’effraction, etc. Les militaires développent aussi des procédures et des techniques adaptées en fonction de leur expérience passée et du besoin du moment. Les opérations militaires de ces deux dernières décennies ont, par exemple, révolutionnées les techniques de secourisme de combat. Le besoin fait l’offre et l’offre crée la demande.

Les policiers adoptent certaines capacités militaires, pour les raisons intrinsèques que nous avons évoquées plus haut, mais aussi parce qu’ils n’ont pas les mêmes moyens de recherche et de développement que les militaires. Ils ont donc tendance à acheter ce qui est immédiatement disponible « sur étagère ». Aux États-Unis, le ministère de la Défense leur affecte gracieusement, ou à moindre coût, les matériels militaires non disponibles sur le marché, en vertu du US Department Of Defense (DOD) excess property  1033 Program. Depuis 1990 le DOD leur a fourni 7,4 milliards de dollars de matériels, dont ces fameux MRAP conçus pour protéger les boys contre les mines en Irak et en Afghanistan.

Aux États-Unis, le ministère de la Défense affecte gracieusement, ou à moindre coût, aux policiers les matériels militaires non disponibles sur le marché, en vertu du US Department Of Defense excess property  1033 Program.

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Les forces de polices enrichissent leurs propres techniques avec celles utilisées par les soldats. D’ailleurs, les besoins entre le monde civil et le monde militaire se confondent très souvent. On peut noter que certaines armées européennes n’hésitent pas à s’inspirer des forces de l’ordre américaines en adoptant des techniques de police scientifique, des techniques de négociation, etc.

Enfin, aux États-Unis, n’oublions pas que les délinquants se servent d’armement de guerre et que chaque citoyen est susceptible de porter une arme. Un simple contrôle de la circulation peut se transformer rapidement en « combat de rue ». Dans ce contexte, des capacités d’aide à la visée pour le tir, des équipements de protection balistique ou encore des techniques de prise en compte d’un individu dangereux offrent des atouts indéniables sur le terrain pour faire face aux imprévus.

5 – Peut-on parler d’une fusion entre les mondes de la sécurité civile et militaire ?

On parle aussi de « policiarisation » des armées. Aux États-Unis, on constate une forte « porosité » et une forte complémentarité entre ces deux composantes de la sécurité nationale. Des policiers s’intègrent dans les campagnes militaires extérieures, en tant que réservistes au sein des armées, ou en tant qu’agents, en soutien direct des opérations militaires (formation de policiers partenaires, par exemple), ou simplement dans le cadre des prérogatives de leurs administrations respectives (DEA pour la lutte antidrogue ou FBI pour l’antiterrorisme).

les armées américaines tiennent aussi un rôle dans des missions de police à l’étranger et sur le territoire national, dans la « guerre contre la drogue » notamment.

MATTHIEU DOLAIN

Culturellement, le monde militaire s’inspire largement du monde civil. Les frontières entre ces deux univers sont perméables (recours à des « contractors », adaptation d’équipements civils à des fins militaires, etc.), contrairement à ce que l’on peut voir en France par exemple. Inversement, les armées américaines tiennent aussi un rôle dans des missions de police à l’étranger et sur le territoire national, dans la « guerre contre la drogue » notamment.

6 – Quels sont les effets d’une « militarisation » du maintien de l’ordre sur la contestation ? Est-elle de nature à attiser la situation ou, au contraire, à la calmer ?

En cas de trouble grave à l’ordre public, la tentation pour un pouvoir de recourir aux armées est grande. Mais il s’agit souvent d’un levier politique sensible. Les démocraties libérales européennes entretiennent un lien souvent ambivalent avec leurs armées : un mélange ambigu de méfiance et de confiance. Son emploi direct pour « restaurer la loi et l’ordre » sur le territoire national reste donc une manoeuvre à haut risque. L’engagement militaire britannique en Irlande du Nord le prouve, dans la mesure où les militaires n’en ont pas forcément les compétences, et parce que la réussite de leur action dépend moins des facteurs tactiques que des facteurs politiques5.

L’utilisation de matériels ou de méthodes militaires par la police peut avoir un intérêt. Certains  équipements de protection balistiques, des lunettes de tir ou des matériels de secours développés au profit des armées sont de nature à améliorer les conditions de travail des agents et à sauver des vies. Dans une autre mesure, la culture du retour d’expérience, par exemple, que les militaires français appellent le Retex, développe une remise en question permanente. Cette méthode consiste à améliorer son organisation et ses moyens, en fonction d’une analyse post-action des événements.

Des capacités militaires peuvent au contraire avoir des effets très négatifs, lorsqu’elles sont employées de façon inadaptée, disproportionnée ou dévoyée.

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Mais des capacités militaires peuvent au contraire avoir des effets très négatifs, lorsqu’elles sont employées de façon inadaptée, disproportionnée ou dévoyée. Il faudrait donc, pour chaque situation, reconsidérer ces moyens et ces techniques en fonction de l’environnement et du but à atteindre. Au fond, la police doit utiliser ses outils et ajuster ses méthodes de travail, sans perdre de vue la « lettre et l’esprit » de sa mission. Cette remarque vaut aussi pour les forces armées en général. Un responsable militaire français a bien illustré cette idée, quand il a fallu remettre en question les gardes statiques Vigipirate destinées à protéger les sites menacés : « Il ne faut pas mettre une cible devant une cible ».

7 – Peut-on dire que les pouvoirs publics « militarisent » la répression ? Si oui, est-ce une stratégie délibérée ?

Pour Bernard E. Harcourt, les tactiques de guerre dite « contre-insurrectionnelle » qui ont été théorisées depuis les années 60, se seraient systématisées aux USA depuis le 11 septembre 20016, formant un paradigme dans la politique sécuritaire de son pays, en faisant l’objet d’une véritable stratégie de pacification de la population : la « contre-révolution américaine ». Il décrit les mécanismes politiques et conjoncturels, qui ont participé à cette forme de « militarisation » de l’ordre public. On le voit bien ici, lorsque le Président Donald Trump cherche à assimiler la situation à une guerre, en considérant les manifestants comme des ennemis de l’État, des « terroristes ». Néanmoins, l’auteur ne semble pas accorder beaucoup d’importance aux autres facteurs et aux mécanismes qui sont indépendants de toute tactique et de toute stratégie réelle ou supposée.

Par nature, les armées occupent toujours une place pour faire face aux troubles intérieurs les plus violents. Leur rôle d’assistance aux autorités civiles précède cette période de l’histoire. Elles assurent par exemple de simples missions de service public et leur emploi sur le territoire national se trouve encadré juridiquement. Et puis, la situation actuelle démontre que, contrairement aux idées reçus, les forces armées, et les militaires eux-mêmes, peuvent jouer un rôle de contre-pouvoir7.

La situation actuelle démontre que, contrairement aux idées reçus, les forces armées, et les militaires eux-mêmes, peuvent jouer un rôle de contre-pouvoir.

MATTHIEU DOLAIN

8 – Les dernières opérations extérieures US ont-elles influencées les comportements et l’organisation de la police ?

Selon Bernard E. Harcourt, les tactiques et les logiques de contre-insurrection utilisées pendant les guerres coloniales, qui ont été appliquées en Afghanistan et en Irak, ont été ramenées en amérique et sont utilisées par la police. Pour Michel Goya, historien spécialisé dans les questions militaires, les policiers vétérans qui ont combattu au sein de la réserve militaire, c’est à dire 1 policier sur 5, pourraient reproduire dans leur travail certains comportements brutaux expérimentés en mission8. Il parle d’une « irakisation » du contexte sécuritaire américain, qui s’expliquerait en partie par des similitudes opérationnelles entre les différents théâtres de bataille, comme par exemple la logique de « zonage » entre quartiers sécurisés et quartiers racisés hostiles, ou comme l’application de la « politique du chiffre ». Mais il explique aussi les limites du concept de « brutalisation » de George L. Mosse, parce que cette théorie ne s’applique pas à la société américaine après la guerre du Vietnam.

Depuis des années, la société américaine, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, comparent souvent leurs activités de lutte contre la criminalité et contre la délinquance à une « Guerre ». La culture du « warrior  mindset » (esprit de guerrier) enseignée dans les académies de police aux États-Unis, prévaut de plus en plus sur celle du  « guardian mindset » (esprit de gardien de la paix). La première développe la ténacité mentale et l’engagement. La deuxième privilégie le sens civique, la coopération et le respect mutuel. Or cette attitude « guerrière » évolue de façon restrictive sur sa définition sécuritaire, qui considère chaque citoyen comme un ennemi potentiel. Ce glissement culturel résulterait de la menace, réelle ou supposée, à laquelle les agents de police sont confrontés9, bien que le nombre victimes par armes à feu dans leur rang reste plutôt stable depuis 20 ans, avec environ 60 morts chaque année10. Ce changement d’état d’esprit fait débat au sein de la police américaine, et n’aurait pas de lien direct avec les opérations militaires américaines.

Michel Goya parle d’une « irakisation » du contexte sécuritaire américain, qui s’expliquerait en partie par des similitudes opérationnelles entre les différents théâtres de bataille, comme par exemple la logique de « zonage » entre quartiers sécurisés et quartiers racisés hostiles, ou comme l’application de la « politique du chiffre ».

MATTHIEU DOLAIN

Finalement ces missions de « pacification » ont forcément influencé, de façon positive et négative, les comportements et l’organisation de la police américaine, mais probablement pas de manière aussi profonde, programmée ou systématisée qu’on veut bien le croire.

9 – Ce phénomène de « militarisation » existe-t-il en Europe ? 

En Europe, l’apparition des groupes d’intervention dans la police et dans les forces de gendarmerie spécialement entraînés et équipés dans la lutte contre le terrorisme ou le grand banditisme remonte aux années 70. Une période durant laquelle la société civile est exposée à de nouvelles formes d’attaque violente : la prise d’otages aux jeux olympiques de Munich, les années de plomb en Italie, la bande à Baader en Allemagne, l’ETA en Espagne, etc. Depuis lors, ce phénomène de « swatisation », dont nous avons parlé, se manifeste aussi sur le continent européen.

En France, par exemple, chaque service a tendance à vouloir sa propre équipe d’intervention. Les équipements, les techniques et les missions spécialisés, autrefois réservés à un groupe centralisé, sont maintenant étendus et délocalisés. Ce phénomène s’explique parfois pour des raisons corporatistes, le plus souvent pour des raisons pratiques ; mais il s’explique aussi en grande partie en raison de l’évolution de la menace terroriste qui entraîne une augmentation des effectifs et qui accorde une grande importance à la rapidité de l’intervention ainsi qu’au rôle décisif du primo-intervenant. Et les dernières attaques terroristes ou les manifestations violentes ont montré que certains équipements, armes et procédures étaient inadaptés pour répondre efficacement aux nouvelles formes de violence. Des armements et des équipements autrefois confiés aux seuls militaires se sont donc généralisés à l’ensemble de la police : fusils d’assaut, gilets pare-balles, etc. Rappelons aussi que les Européens détiennent un savoir-faire industriel et une culture propres dans ce domaine qui s’exportent très bien dans le monde.

Un phénomène de « swatisation » se manifeste aussi sur le continent européen.

MATTHIEU DOLAIN

10 – En quoi le recours aux armées pour le maintien de l’ordre public est-il différent en Europe ?

La Force de gendarmerie européenne (FGE) regroupe des forces militaires qui assurent des missions de police dans leur pays : gendarmes français, roumains, polonais, carabiniers italiens, garde civile espagnole, garde nationale portugaise et maréchaussée royale néerlandaise. Ces forces armées sont, par nature, parfaitement adaptées et intégrées aux missions de maintien de l’ordre public. Cela montre que l’organisation et la culture diffèrent en europe.

En France, les armées assurent tous les jours des missions sur le territoire en soutien aux populations et aux services publics : police des pêches, lutte contre l’orpaillage illégal, antiterrorisme, Covid-19, etc. Toutes ces actions publiques contribuent directement ou indirectement à l’ordre public.  Or les pouvoirs publics européens dépendent sans doute davantage des moyens militaires pour assurer certaines de leur missions sur leur territoire, alors que ce n’est pas forcément le cas aux États-Unis où les organismes civils disposent de moyens plus importants. Par conséquent, il paraît donc légitime de constituer, d’équiper et d’entraîner des forces de l’ordre, pour pouvoir réaliser ce travail et permettre ainsi à chacun de se recentrer sur son coeur de métier.

Sources
  1. Improvised explosive devices (engins explosifs improvisés)
  2. Comment le racisme favorise les fusillades de masse aux États-Unis, Le Grand Continent, Léonardo Carella, Traduction Giovanni Collot, 7 août 2019
  3. Expression popularisée par le discours télévisé de fin de mandat du Président Dwight David Eisenhower, 17 janvier 1961.
  4. Raid mené par des opérateurs SOF du Joint Special Operation Command JSOC (Opération Neptune Spear)
  5. “Bloody sunday ou de l’emploi délicat de la force armée en sécurité intérieure”, La voie de l’épée, Michel Goya, le 17 janvier 2019
  6. La contre-révolution américaine, Le Grand Continent, Bernard E. Harcourt, traduction Mathieu Roger-Lacan, 6 juin 2018
  7. Le 3 juin 2020, lors d’une déclaration publique du secrétaire d’État à la Défense : le Pentagone s’oppose à l’envoi de l’armée pour faire face aux troubles publics. Le 1er juin 2020, le représentant de l’ensemble des sous-officiers de l’Air Force, Kaleth O. Wright manifeste publiquement son soutien aux mouvements de contestations. Le 3 juin 2020 des Amiraux de l’US Navy se joignent symboliquement au mouvements en signant un communiqué public.
  8.  “Overkill”, La voie de l’épée, Michel Goya, le 4 juin 2020
  9. https://www.policeone.com/21st-century-policing-task-force/articles/warriors-vs-guardians-a-seismic-shift-in-policing-or-just-semantics-EXBkY2pEWCHi6Mni/
  10. https://www.odmp.org