Ankara. La Turquie est en «  confinement volontaire  », et comme tous les autres pays avant elle, elle attend la vague meurtrière des infectés du SARS-CoV-2. Les espaces publics, les écoles, les universités, les lieux de spectacles sont fermés, les prières collectives dans les mosquées ont été suspendues, et l’accès aux transports publics est restreint. Dans le même temps, à grand renfort de communication sur les réseaux sociaux, le président Recep Tayyip Erdogan se veut rassurant, répétant que l’Etat turc se prépare depuis deux mois à cette situation, et que toutes les mesures ont été prises. Pourtant, sur le terrain, le mécontentement augmente. Le gouvernement ne se résout pas à imposer un confinement total à sa population, notamment par crainte des répercussions économiques. Les infrastructures médicales du pays semblent insuffisantes en cas de forte contamination, et le nombre de cas et de décès augmente très fortement depuis dix jours. Plus qu’une crise passagère, la situation actuelle est un test dans tous les domaines pour l’AKP, dans la perspective de son maintien au pouvoir et des élections de 2023. 

La Turquie prête depuis deux mois

A croire la communication officielle du gouvernement, la Turquie est un des pays les mieux préparé du monde à l’arrivée de la vague de Covid-19. Depuis les premières communications chinoises en janvier, le ministre de la Santé Fahrettin Koca est sur le pont, informant dès le 26 du mois que la Turquie a «  mis en œuvre des mesures de contrôle des maladies contagieuses pour tous les vols en provenance de la Chine  », et qu’elle a «  commencé le balayage par caméra thermique.  »1 Interviews à l’agence de presse officielle Anadolu Ajansı (AA) d’une durée approchant parfois une heure, conférences de presse hebdomadaires, déplacement à l’aéroport d’Istanbul suivis par les grandes chaines de télévision, Fahrettin Koca est partout. C’est encore lui qui est sous le feu des projecteurs, lorsqu’il s’agit de gérer le rapatriement des citoyens turcs de Wuhan début février, ou lorsqu’il s’agit d’annoncer la création d’un Conseil scientifique destiné à surveiller la progression de l’épidémie. 

Le mois de février suit son cours, et la communication du ministre reste imperturbable. «  Il ne faut pas se fier à la spéculation. Nous partageons tous les détails avec le public, nous menons le processus de façon très transparente  »2 , assure-t-il. D’ailleurs, le 11 février, il atteste qu’un «  plan pandémie  » est dorénavant prêt. Quelques jours plus tard, alors que le voisin iranien est débordé par l’épidémie, la Turquie ferme la majorité de sa frontière et installe des hôpitaux de campagnes dans quatre régions limitrophes de l’Iran et de la Géorgie.  En Turquie, les cas suspects se succèdent, à Aksaray, à Rize, mais tous sont testés négatifs. 

Sur son compte Twitter, Fahrettin Koca dénonce comme mensongère, une vidéo tournée dans un hôpital de Van (près de la frontière iranienne), qui avertit sur l’existence de cas de Covid-19 au sein de la structure. La Direction de la Communication de la présidence lui emboîte le pas, invitant les médias à «  prendre en compte les ressources officielles  »3. Pédagogique, le ministre de la Santé explique que les gestes sanitaires de bases sont très importants, et manie l’humour quand il s’agit de répondre à une journaliste indiquant qu’aucun contrôle thermique n’est effectué à l’aéroport d’Istanbul  : «  Madame, si vous autorisez la diffusion des images qui montrent votre passage au travers de la caméra thermique, je peux les partager ici  ».4

«  L’Europe est très lente au sujet des mesures [à prendre]. Le monde paiera le prix de cette négligence. Ils considéraient les demandeurs d’asile comme un risque immédiat, et n’ont pas vu le risque que représentait le coronavirus. »

Fahrettin Koca, Ministre de la sante

Le 29 février, tous les vols depuis la Corée du Sud, l’Irak et l’Italie sont arrêtés. La traversée des frontières irakienne et géorgienne est également limitée. Une sérieuse alerte survient avec le retour des pèlerins de La Mecque. Fahrettin Koca est encore aux avant-postes, déclarant que tous les citoyens turcs revenant d’Arabie Saoudite sont placés en quarantaine «  de manière préventive  ». Leur nombre total est de 10 000, et parmi eux, certains présentent les symptômes de la maladie. La presse gouvernementale se félicite que 940 cas suspects aient été détectés puis testés négatifs. Cependant, une vidéo d’un pèlerin sortant d’un hôpital sous une cloche de plastique devient virale, augmentant les doutes envers les dires de l’administration, et illustrant l’arrivée imminente de la maladie dans le pays.5 Et une nouvelle fois, les autorités réconfortent  : le patient n’est pas positif au Covid-19. 

Recep Tayyip Erdoğan lui, de manière inhabituelle, ne s’est toujours pas exprimé sur la crise. Il a laissé son ministre gérer la communication officielle, comme en février, lorsque Fahrettin Koca a rencontré par deux fois l’Ambassadeur de Chine. Dans un registre désormais classique, le ministre a aussi tancé la réaction des pays Européens et vanté la préparation turque  : «  L’Europe est très lente au sujet des mesures [à prendre]. Le monde paiera le prix de cette négligence. Ils considéraient les demandeurs d’asile comme un risque immédiat, et n’ont pas vu le risque que représentait le coronavirus. Nous avons pris des mesures très énergiques dès le départ. »6 

La course au confinement

Tout est bien dans le meilleur des mondes. Fahrettin Koca exhibe une carte du monde rouge écarlate des pays touchés par le SARS-Cov-2. Au centre, la Turquie en vert, brille. «  Les mesures d’isolement que nous prenons dans des situations suspectes ne signifient pas que les travailleurs de la santé doivent porter des vêtements comme des masques, des combinaisons, des lunettes, etc … »7, affirme le ministre Koca. Nous sommes le 9 mars, et le lendemain, le premier cas officiel, un «  cas isolé  », est détecté.

À partir de cette découverte, tout s’accélère. La machine politique est lancée. «  Il était impossible d’éviter complètement ce virus, qui a été si répandu autour de nous, quelles que soient les mesures que nous avons prises  », avoue Recep Tayyip Erdoğan devant les parlementaires AKP, s’empressant d’ajouter qu’«  aucun virus n’est plus fort que nos mesures  ».8 Le président prend les choses en main, et réunit le gouvernement dans son ensemble le 12 mars. De la réunion, ressort la décision de confiner en partie le pays  : les écoles sont fermées pour une semaine, les universités pour trois. Dans la semaine qui suit, ce sont tous les lieux publics dont la fermeture est décidée  : centres d’accueil pour enfants, restaurants, cinémas, discothèques, bars, boîtes de nuit, centres commerciaux, salles de jeux, bains turcs, piscines, etc… Le gouvernement ordonne aussi la suspension de toutes les prières dans les 80 000 mosquées du pays. Les temples alévis et la communauté juive font de même. 

Face aux critiques qui commencent à surgir, présidence et gouvernement s’attachent avant tout à défendre les mesures prises depuis le mois de janvier, comme la création d’un centre de crise au sein du ministère de la Santé, le lancement d’une brochure explicative ou la surveillance des passagers venant d’Asie. «  La plus grande force de la Turquie est son unité, sa solidarité et sa fraternité  » vante le président Erdoğan.9 En dix jours, la Turquie a atteint le millier de cas officiels, et compte alors une vingtaine de décès. Le ministre de la Santé indique que le taux de mortalité du virus est alors de 1,58 %, que 15 000 tests par jour seront bientôt effectués et que les autorités feront «  tout pour ramener ce taux en dessous de 1,58 %  »10. Pour ce faire, le ministre de l’Intérieur décrète un confinement total des plus de 65 ans, plus de sept millions de personnes qui ne seront plus autorisées à quitter leurs résidences. 

«  Nous n’aurons pas besoin de mesures supplémentaires si nos citoyens se maintiennent en quarantaine volontaire  ».

Recep Tayyip Erdoğan

Sur les réseaux sociaux, Recep Tayyip Erdoğan essaye de se montrer rassurant  : un message vocal sur Twitter invite les gens à rester chez eux, sur Instagram, une injonction à respecter les règles d’hygiènes est postée. Pourtant, le ton a déjà changé. Dans une allocution télévisée le 25 mars, le président prévient  : «  Nous sommes préparés à tous les scénarios possibles. La Turquie surmontera l’épidémie de coronavirus dès que possible et avec le moins de dommages possible en freinant la propagation dans les deux à trois semaines grâce à un isolement approprié. Dans le cas contraire, nous nous heurterons inévitablement à des conséquences et des mesures plus sévères, dont nous avons vu des exemples dans le monde entier  ».11 Il annonce de nouvelles mesures d’ordre économique et le recrutement de 32 000 nouveaux personnels médicaux, signe que la situation semble s’aggraver.

«  Nous n’aurons pas besoin de mesures supplémentaires si nos citoyens se maintiennent en quarantaine volontaire  »12 se projette Recep Tayyip Erdoğan. Mais le durcissement des mesures devient inévitable devant l’avancée du virus  : plus de 13 000 personnes ont été infectées et 200 sont mortes. Le président notifie l’ouverture accélérée d’un nouvel hôpital d’une capacité de 600 lits dans la banlieue d’Istanbul. Au Parlement, l’AKP prépare un projet de loi (qui sera présenté le 7 avril prochain), concernant une possible libération de 45 000 détenus, et de la mise en résidence surveillée du même nombre de prisonniers. Les médias gouvernementaux rapportent que «  dans certaines villes, des policiers à certains checkpoints ont commencé à soumettre à un contrôle thermique les personnes arrivant de l’extérieur de la ville ».13 Dans sa dernière adresse à la nation le 3 avril, le président Erdoğan, qui ne se résout toujours pas à un confinement total de sa population, a décrété le confinement des moins de 20 ans, la mise en quarantaine de près de 30 provinces, et le port obligatoire du masque dans les lieux fréquentés.14

Une gestion approximative critiquée par le personnel de santé

Cette situation, nombreux sont ceux à la critiquer, fustigeant le manque de réactivité et de transparence du gouvernement. Le 13 mars, celui-ci autorisait encore la prière du vendredi. A cette occasion, les imams y auraient, paraît-il, axé leur message sur l’importance de la «  distanciation sociale  ».15

Ces critiques sont apparues dès que l’épidémie a touché l’Iran, à la mi-février. De nombreuses voix se sont alors élevées pour réclamer la fermeture totale de la frontière terrestre, qui est restée ouverte en certains points pendant encore près d’un mois. L’appel du président Erdoğan à la fin mars, à ce que les Turcs adoptent une «  quarantaine volontaire  », a également fait grincer des dents. Si un confinement total a été imposé aux plus de 65 ans et aux moins de 20 ans, cela ne représente que 33 millions d’habitants sur les 83 que comptent le pays, soit 40 % de la population. De surcroit, les vols intérieurs n’ont été suspendus que le 4 avril, Turkish Airlines desservant encore quatorze villes après l’arrêt provisoire des vols internationaux.

Au sein même du gouvernement, le cap à suivre divise. Le ministre de l’Intérieur avouait sur la chaîne NTV qu’il «  ne pouvait dire qu’il n’y ait pas de besoin pour un couvre-feu  ».16 Selon Al Monitor, ces dissensions ministérielles sont plus profondes. Le ministre de la Santé Farhettin Koca et les membres du comités scientifiques «  préconisaient des mesures plus strictes pour contenir et atténuer les effets du virus avant qu’il ne soit trop tard  ». Un second groupe, dirigé par le ministre des Finances et gendre du président, Berat Albayrak, «  soutenait que l’économie turque, qui ne s’est jamais complètement remise de la crise monétaire de 2018, ne pouvait pas se permettre le luxe de se retrouver en quarantaine  ».17

Dans les hôpitaux, les médecins turcs se sont plaints du manque de masques et d’équipements de protection. Pour une interview publiée par le quotidien Cumhuriyet, un médecin anonyme a témoigné que lui et ses collègues, achetaient leur propre matériel de protection afin de pallier la pénurie.18 Il critiquait en outre les enquêtes de sécurité qui empêchent «  des milliers de médecins de se rendre sur le terrain  »  : «  deux jours plus tôt, de nouveaux avis ont été publiés. Ils ont dit à certains médecins  : vous n’avez pas réussi l’enquête de sécurité, vous ne travaillerez pas  », expliquait-il.19 Le manque de personnel soignant a justement fait l’objet d’une alerte du Syndicat des Travailleurs de la Santé (SES) : «  le personnel de santé ne sera pas suffisant pour tout le monde en cas de crise  ».20 Avec un total de près de 40 000 lits de soins intensifs, dont 25 000 en état d’accueillir des adultes, certains professionnels estiment qu’ils seront en mesure de faire face à la pandémie si les lits sont utilisés de manière rationnelle. Un député CHP, docteur de profession, a quant à lui averti que si le nombre de cas dépassait les 250 000 infectés, ce nombre de lit serait insuffisant.21

La situation est, semble-t-il, particulièrement critique à Istanbul. Si les rues, les stations, les autobus et le métro sont désinfectés toutes les nuits, le ministre de la Santé a fait savoir que près de 60 % des cas se trouvent dans la capitale économique. Ekrem İmamoğlu, le maire CHP de la ville, a demandé au gouvernement d’imposer un couvre-feu partiel «  aussi vite que possible  », «  au moins un couvre-feu partiel  ».22 Rien que sur la journée du 30 mars, les services de la ville enregistraient l’utilisation des transports en commun par plus de 800 000 habitants (entre 7 et 8 millions normalement), bien trop pour que les mesures prises puissent avoir un effet sur la courbe des contaminés. Le Conseil central de l’Union médicale Turque (TBB) considère désormais qu’il est trop tard pour mettre en place une véritable quarantaine.23

De nombreux appels à la solidarité ont en outre été lancés par différents hôpitaux, afin de récolter de l’argent auprès des particuliers, ou bien de recevoir des dons matériels de masques FFP2 ou FFP3, de lunettes médicales, de masques de protection du visage ou de combinaisons imperméables. En réponse, le ministre de l’Intérieur a menacé de saisir les fabricants de masques médicaux s’ils ne cessaient pas de stocker et ne commençaient pas à vendre leurs produits au ministère.24 Un contrat avec 20 fabricants de masques a également été signé permettant la production d’un million de masques par semaine, et Ankara va commencer la production de masse de respirateurs médicaux. Mais selon Emrah Altindis, professeur au département de biologie du Boston College et professeur adjoint à la faculté de médecine de l’université de Harvard aux États-Unis, «  les données récentes sur les cas et les nombres de décès montrent que la situation est hors de contrôle en Turquie. Si les mesures nécessaires ne sont pas prises, la Turquie sera comme l’Italie ou l’Espagne ».25

Une manipulation des chiffres officiels  ?

Un avis renforcé de jour en jour par les soupçons grandissant quant à la réalité des chiffres communiqués par le ministère de la Santé. Sur les réseaux sociaux, des journalistes, des lanceurs d’alerte et des personnels de santé multiplient les articles et vidéos mettant en cause la crédibilité du décompte officiel. La gestion du retour des pèlerins de La Mecque est particulièrement dans le viseur des professionnels de santé. Selon le journal Evrensel, s’appuyant sur les témoignages de plusieurs personnalités médicales de la province de Rize (Nord du pays), entre février et mars, quelques 500 pèlerins seraient revenus dans leurs foyers de Rize sans aucun contrôle médical ou quarantaine.26 Le bureau du procureur de la ville a immédiatement dénoncé le rapport d’Evrensel comme «  poussant les gens à la peur et à la panique  », alors que plusieurs pèlerins se sont ensuite rendus dans les hôpitaux avec une forte fièvre. 

« Les chiffres ne se comptent pas par centaines, comme le révèlent les officiels. C’est maintenant dans la société et Istanbul est dans un état terrible. La situation commence aussi terriblement à Ankara. Ça l’est aussi à l’Est. Il y en a à Van. Il y en a à Kayseri. »

Güle Çınar

Un autre témoignage fortement relayé fut celui de la docteur Güle Çınar de la clinique de l’Université d’Ankara. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux le 18 mars, alors que le pays ne comptait officiellement que 191 cas, elle annonçait que « le [retour du] pèlerinage [à La Mecque] a détruit notre travail, il y a des milliers de cas. Les chiffres ne se comptent pas par centaines, comme le révèlent les officiels. C’est maintenant dans la société et Istanbul est dans un état terrible. La situation commence aussi terriblement à Ankara. Ça l’est aussi à l’Est. Il y en a à Van. Il y en a à Kayseri  »27. Le ministère de la Santé a lancé une enquête contre ces déclarations, et Güle Çınar a été forcée de présenter ses excuses. Sur les réseaux sociaux, la même répression s’opère  : «  Nous avons arrêté 410 personnes qui se livraient à de la provocation et à des abus sur cette affaire à partir de comptes liés à des organisations terroristes  », a déclaré le 26 mars dernier le ministre de l’intérieur, Süleyman Soylu.28

Parmi les journalistes, la pression étatique se fait pareillement très forte pour empêcher les révélations. Selon l’ONG Reporters Sans Frontières, entre le 16 et le 22 mars, sept journalistes ont été interpellés pour avoir dévoilé de nouveaux cas de Covid-19 (notamment parmi le personnel médical)  ; ils sont soupçonnés de «  semer la panique et la peur  ».29 Depuis, selon RSF, au moins deux autres journalistes ont fait les frais des mêmes mesures. En début de semaine dernière, une enquête judiciaire a été ouverte contre la journaliste Nurcan Baysal pour «  incitation à la haine  » après qu’elle ait évoqué, dans ses articles, l’insuffisance des mesures prise face au virus dans les prisons, hôpitaux et le non-respect des règles de confinement à Diyarbakir.30 On rajoutera que si le gouvernement avait l’occasion d’apaiser le climat social, il a décidé de la laisser passer  : le projet de loi AKP permettant la libération de 90 000 détenus par mesure de prévention, ne sera vraisemblablement pas appliqué aux dizaines de journalistes et d’opposants politiques jugés sur la base de la loi antiterroriste.

Pour autant, le gouvernement se défend d’avoir manipulé l’opinion : «  [le gouvernement] a évité des stratégies et des pratiques qui pourraient entraîner la panique et provoquer la propagation de la maladie et a donc réduit l’ampleur du risque  », affirmait Farhettin Koca.31 Ces stratégies se révèlent pourtant de manière évidente  : les autorités ont soigneusement évité de nommer les régions et provinces où les cas et décès du coronavirus sont importants, tout comme elles ont gardé flous les contours des mesures prises à l’encontre des entourages des personnes contaminées. 

Et cependant, même en appliquant cette stratégie, la communication gouvernementale est bousculée  : alors que le 25 mars, Recep Tayyip Erdoğan exposait un total de 8 554 cas sous traitement dans les hôpitaux, le ministre de la Santé en communiquait 2 433. Deux jours plus tard, le président n’en signalait plus que 5698, le même chiffre que son ministre.32 Un flottement qui s’est réitéré peu après, lorsque les cercles militaires ont demandé aux autorités de communiquer le véritable diagnostic de la mort d’Aytaç Yalman, ancien commandant de l’armée de terre, d’abord imputée à une maladie respiratoire chronique.33 Le syndicat TBB a appelé le gouvernement a plus de transparence concernant le nombre de cas et de décès.34

Une transparence qui manque à toute la société turque, qui est historiquement très sensible aux rumeurs et infox de toutes natures. Middle East Eyes relève que «  la plus sérieuse théorie conspirationniste en Turquie aujourd’hui est celle qui suggère que le virus a été créé en laboratoire par les Etats-Unis, pour être utilisé contre une Chine en pleine ascension  ».35 Un avis largement relayé dans les médias, tant gouvernementaux que d’opposition. Début mars, le rédacteur en chef de Yeni Şafak (un des principaux journaux du pouvoir) était persuadé «  que le coronavirus est un virus fabriqué… Nous savons déjà que des plans ont été élaborés pour créer une race humaine d’élite  ».36 Une autre théorie, défendue par Fatih Erbakan, à la tête du Nouveau Parti Refah (tendance islamiste), veut que le virus soit originaire d’Israël  : «  bien que nous ne disposions pas de certaines preuves, ce virus sert les objectifs du sionisme de réduire le nombre de personnes et de l’empêcher d’augmenter, et des recherches importantes l’expriment  ».37

De fortes inquiétudes économiques 

D’ores-et-déjà, les effets de la crise sur l’économie du pays inquiètent. Le dirigeant turc l’a reconnu, la pandémie actuelle «  aura de sévères répercussions économiques  ».38 Le pays ne s’est pas relevé de la crise monétaire de 2018 et de ses effets (crise des taux d’intérêt, chute du cours de la Livre, inflation incontrôlée, hausse du chômage). La situation s’était un peu améliorée et le FMI tablait sur une croissance du PIB de 3 % cette année (entre 0 % et -2 % selon les prévisions en 2019). Pour autant, sans réelle mise en œuvre de réformes structurelles, l’économie turque est encore fragile, et les banques d’Etat turques avaient dû vendre près de 800 millions de dollars en février pour soutenir la monnaie locale. La banque centrale avait également abaissé ses taux d’intérêt pour la sixième fois consécutive. 

« L’AKP n’avait plus de munitions en 2018-19. Les ressources du Trésor ont été épuisées de sorte que la crise de 2018 ne s’aggrave pas. »

Mustafa Sönmez

Alors, le président Recep Tayyip Erdoğan a annoncé une série de 21 mesures en prévision du choc à venir, débloquant 100 milliards de Livres (près de 14 milliards d’Euros) à la mi-mars : report de six mois des prélèvements des taxes et du paiement des primes d’assurance, abaissement de la TVA sur les voyages aériens de 18 % à 1 %, doublement de la limite du Fond de Garantie des Crédits pour atteindre 50 milliards, mise en place de procédures simplifiées de chômage partiel, augmentation des pensions les plus faibles à 1 500 livres, allocation d’un plan d’aide aux familles dans le besoin de deux milliards, avancement du versement de la prime de l’Aïd el-Fitr à avril, etc… Le président a aussi appelé les institutions financières «  à prendre certaines mesures pour élargir les conditions de crédit afin de garantir le maintien de l’emploi et la croissance économique dans un tel environnement  ».39

Néanmoins, plusieurs économistes considèrent que ce plan sera insuffisant pour absorber le ralentissement de l’économie, et que le pays n’a plus les moyens financiers pour y faire face. Selon l’économiste Mustafa Sönmez, «  l’AKP n’avait plus de munitions en 2018-19. Les ressources du Trésor ont été épuisées de sorte que la crise de 2018 ne s’aggrave pas  », ajoutant que la seule mesure que le gouvernement peut désormais prendre est de maîtriser le déficit budgétaire. Celui-ci était déjà à un point critique avant la pandémie, et il risque de trop augmenter et d’être en mesure de menacer l’économie turque, explique le professeur Hayri Kozanoğlu d’économie de l’université Altınbaş d’Istanbul.40 

Comme pour leur donner raison, Recep Tayyip Erdoğan a lancé la semaine dernière une collecte de fonds à l’échelle nationale pour aider les citoyens financièrement touchés. Le président a appelé à ce que les avocats, les maires et les fonctionnaires contribuent à cette campagne «  Nous sommes auto-suffisants, Turquie  ». Lui-même a fait don de sept mois de salaire. Dorénavant, les agences de notation telle Moody’s s’attendent à ce que «  le pays soit confronté à un choc majeur dû à la pandémie de coronavirus  ».41 Le tourisme notamment, qui venait de se remettre d’une longue période de disette, sera l’un des premiers secteurs touchés. Il pèse en effet pour près de 12 % de l’économie turque et emploie environ 2,5 millions de personnes. «  Le secteur va se réduire jusqu’à 80 % à cause de l’épidémie de coronavirus  », expliquait ainsi Bulut Bagci, président de l’Institut du Forum mondial du tourisme, «  je ne m’attends pas à ce que des touristes étrangers du marché européen viennent en Turquie cette année  ».42 Dans une lettre ouverte au président Erdoğan, la plus grande et puissante organisation commerciale de Turquie, la TUSIAD, a urgemment demandé à ce que des mesures supplémentaires soient prises, l’organisation estimant que le plan de relance promis est insuffisant pour faire face aux retombées de la pandémie.

Cette situation économique chancelante explique en partie la décision de ne pas recourir au confinement, et de «  continuer à faire tourner  » l’économie.43 Comme le rapporte The Conversation, «  dans de nombreux secteurs industriels, tels que la métallurgie, le textile, les mines et la construction, des millions de travailleurs sont encore contraints d’aller travailler ou de risquer de perdre leur emploi. À Istanbul, où plus d’un quart du PIB turc est produit, le système de transport public transporte encore plus d’un million de personnes par jour  ».44 Le couvre-feu imposé aux moins de 20 ans ne s’appliquera d’ailleurs pas aux travailleurs âgés de 18 à 20 ans. Très exportatrice, l’économie turque ne pourra que pâtir des fermetures des voies commerciales, notamment avec l’Europe qui représente 50 % de ses exportations.

Un danger politique sur tous les plans pour l’AKP

Dans ce contexte explosif, l’AKP fait face à un véritable risque politique. La pandémie est devenue un test pour les compétences d’un gouvernement, divisé, en matière de prise de décision et de gestion de crise. Meral Akşener, présidente du Bon Parti (IP), a critiqué la «  fuite  » du gouvernement devant la question du confinement général. De l’autre côté de l’échiquier politique, Kemal Kiliçdaroğlu, chef du principal parti d’opposition CHP, a fustigé les méthodes du gouvernement ayant amené «  plus de 2 millions  » de personnes au chômage.45 Le CHP s’est de plus attiré les foudres de Recep Tayyip Erdoğan lorsque plusieurs municipalités du parti, dont Ankara et Istanbul, ont commencé à mener leurs propres campagnes de collecte de fonds dans le but d’aider les citoyens les plus démunis. Un «  Etat dans l’Etat  » dénoncé par le dirigeant turc46 et par l’AKP, qui a gelé les collectes. Une mesure vertement critiquée par le CHP, alors que les municipalités AKP seraient toujours autorisées à poursuivre de telles campagnes.47 

La pression sur le parti présidentiel a rarement été autant importante. La crise monétaire de 2018, le revers des dernières élections municipales, et maintenant le coup d’arrêt porté par l’apparition du SARS-Cov-2 et ses conséquences, font se reposer sérieusement la question de savoir si Recep Tayyip Erdoğan pourra remettre le pays sur de bons rails. Le président possède encore une belle cote de popularité, comme l’a montré en octobre 2019 un sondage de MediaPoll, faisant savoir que 67 % des sondés n’imaginaient pas l’AKP sans lui. Néanmoins, chez les électeurs AKP et MHP, un peu plus de 20 % envisageait un nouveau dirigeant.48  

Depuis un an et demi, le bilan est en effet mauvais pour l’AKP et son président, qui ont presque tout raté. Les manœuvres politiques de répression du HDP, dans le but d’éviter un renforcement de l’alliance CHP – HDP, ont échouées. Le CHP n’est pas tombé dans le piège de devoir soit condamner le HDP pour ses liens avec le PKK, et perdre une partie de son électorat de gauche, soit de prendre sa défense et de se voir taxer d’être l’allié du PKK, lui faisant perdre une plus grande partie encore de sa popularité. Dès lors, bien qu’il soit trop tôt pour l’imaginer clairement, le spectre d’un score rivalisant avec l’AKP – MHP aux prochaines élections présidentielles et législatives de 2023 est présent dans les esprits. Pour rajouter à cela, au début du mois de mars, Ali Babacan, co-fondateur de l’AKP et ex-proche du président, a lancé son propre parti (DEVA), accusant le gouvernement de conduire «  une politique de la peur  ».49 Si le poids de ce nouveau parti de centre-droit est plus qu’incertain, il représente une nouvelle voix discordante à même de tenter les électeurs conservateurs musulmans de l’AKP. 

«  Nous entrons dans une nouvelle ère où des changements radicaux de l’ordre économique, politique et social mondial sont susceptibles de se produire. Il est clair que rien ne se passera comme avant. »

Recep Tayyip Erdoğan

Des électeurs pour qui les choix de Recep Tayyip Erdoğan sont de plus en plus contestables. L’offensive «  Source de Paix  », lancée en Syrie du Nord en octobre 2019, a été un pari perdu. Le président comptait, grâce à elle, retrouver un peu de hauteur politique après les déboires de son parti et du MHP lors des élections municipales. En provoquant une vague de sympathie nationaliste pour l’armée, à son avantage, il aurait été en mesure d’arrêter la dynamique en cours des partis CHP et HDP. «  Il est très, très important d’affaiblir, de mettre en pièces, une alliance nationale [la coalition de l’opposition] qui n’a pas eu l’approbation de la nation  »,50 avait-il alors confié à des journalistes. Force est de constater que six mois plus tard, sa guerre à Idlib est loin de faire l’unanimité. Selon l’institut MetroPoll, seuls 30 % des sondés estiment que la présence de l’armée turque à Idlib est «  une nécessité  », 50 % y sont opposés.51 La mort de 33 soldats fin février a fortement affaibli la légitimité de cette intervention, qui disposait du soutien de trois-quarts des Turcs en octobre.

Status quo international et redéploiement de puissance

«  Nous entrons dans une nouvelle ère où des changements radicaux de l’ordre économique, politique et social mondial sont susceptibles de se produire. Il est clair que rien ne se passera comme avant »52, prophétisait Recep Tayyip Erdoğan le 18 mars dernier. 

La situation sanitaire a en effet bousculé les plans internationaux du président, qui comptait sur une visite d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel le 17 mars pour tenter de régler (ou du moins d’avancer vers un règlement), le différend gréco-turc et le sort des migrants massés à la frontière.53 La rencontre a finalement eu lieu par visioconférence, sans avancée concrète. Au contraire, l’envoi des réfugiés vers la Grèce pourrait se retourner contre Ankara, et devenir une bombe à retardement sanitaire. Les conditions au passage de Pazarkule sont déplorables, et plusieurs cas suspects de Covid-19 ont été recensés. Désormais, devant la fermeture de la frontière grecque, des centaines de personnes sont reparties pour Istanbul, où elles doivent s’entasser dans des logements de fortunes, dépendantes de l’aide des ONG.

Outre ses aspects économiques et de santé publique, la contagion a aussi une dimension sécuritaire, et son possible impact sur l’armée turque et ses troupes déployées en Irak et en Syrie, où un premier cas a été signalé le 22 mars. Pour l’armée, le plus grand facteur de risque semble être le service militaire obligatoire, qui est toujours en vigueur malgré les avertissements urgents des experts et des officiers militaires de haut rang à la retraite.54 Mais à Idlib, la situation de la population, fragilisée par neuf ans de guerre, est particulièrement préoccupante. Dans les zones sous son contrôle, les forces turques ont distribué 500 000 brochures d’information en arabe, avec les mêmes consignes qu’en Turquie, dont le confinement pour les plus de 65 ans. En réaction, Ankara a annoncé qu’elle minimiserait ses mouvements de troupes dans les zones d’opération en Syrie pour éviter la propagation du virus parmi ses soldats.

Pour l’instant, l’épidémie a relégué au second plan les questions de politique étrangère, permettant à l’administration turque de détourner l’attention de l’échec en Syrie et de celui (relatif) en Libye. La période post-épidémie sera ainsi primordiale pour Ankara, quant à savoir si elle sera capable de continuer à conserver actifs un tel nombre de fronts. De fortes pertes liées au coronavirus, et Recep Tayyip Erdoğan pourrait avoir de plus en plus de mal à s’assurer le soutien de son électorat pour ces campagnes étrangères. En attendant, le pays essaye de jouer comme il le peut pour se défaire de son isolement relatif sur la scène internationale. « Les concurrences géopolitiques et désaccords politiques n’ont aucun sens en cette période d’épidémie », a résumé le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu. Un discours bien peu en adéquation avec les nouvelles tensions survenues avec la Grèce lors du dernier sommet de l’OTAN. 

Ankara veut donc faire amende honorable en semblant stopper où elles en sont ses projections extérieures, et en se muant en allié indispensable grâce au redéploiement de sa diplomatie sanitaire vers l’Europe et l’Asie. Le président Erdoğan a annoncé fin mars que 69 pays avaient demandé l’aide de la Turquie pour faire face à l’épidémie de SARS-Cov-255, et qu’Ankara avait envoyé de l’équipement à dix-sept nations. Parmi elles se trouvent la Chine, l’Iran, l’Italie et l’Espagne. Selon Marc Pierini, ancien représentant de l’UE à Ankara, la Turquie a une carte à jouer dans cette crise  : « La Turquie a un secteur industriel solide et très agile. Étant donné les pénuries de l’UE, et après avoir répondu à ses propres besoins, l’industrie turque devrait augmenter massivement la production de fournitures médicales essentielles [respirateurs, kits de tests, masques, gel désinfectant] et exporter le surplus vers l’UE  » .56

Sources
  1. Tweet de Fahrettin Koca, 24 janvier 2020.
  2. Tweet de Fahrettin Koca, 29 janvier 2020
  3. Direction de la Communication de la Présidence turque, Public announcement about the news on COVID-19 (New Coronavirus), 23 février 2020.
  4. Tweet de Fahrettin Koca, 26 février 2020.
  5. Tweet de Fahrettin Koca, 6 mars 2020.
  6. Tweet de Fahrettin Koca, 5 mars 2020.
  7. Tweet de Fahrettin Koca, 9 mars 2020.
  8. Direction de la Communication de la Présidence turque, President Erdoğan : “Turkey will hopefully overcome this problem without any casualties, this is our wish. No virus is stronger than our measures”, 11 mars 2020.
  9. Direction de la Communication de la Présidence turque, President Erdoğan : “All citizens must not leave their homes unless they have to and must avoid contact with others until the threat is over”, 18 mars 2020.
  10.  Tweet de Fahrettin Koca, 2 avril 2020.
  11. Erdoğan : 69 countries asked for Turkey’s help with coronavirus, Yeni Şafak, 26 mars 2020.
  12. Direction de la Communication de la Présidence turque, “We won’t need additional measures if our citizens keep themselves in voluntary quarantine”, 1 avril 2020.
  13. Turkey launches national fundraising campaign against COVID-19, Daily Sabah, 30 mars 2020.
  14. Coronavirus curfew for youth underway as 31 provinces under quarantine in Turkey, Daily Sabah, 3 avril 2020.
  15. Steven Cook, Sisi and Erdogan Are Accomplices of the Coronavirus, Foreign Policy, 17 mars 2020.
  16. Amid Calls for Curfew, Erdoğan Advises ‘Voluntary Quarantine’, Bianet, 28 mars 2020.
  17. Metin Gurcan, Turkish government divided over lockdown proposals, Al Monitor, 26 mars 2020.
  18. Tuğba Özer, COVID’li hastalara bakan doktor Cumhuriyet’e konuştu, Cumhuriyet, 23 mars 2020.
  19. Depuis 2016, tous les fonctionnaires doivent en effet passer une enquête de sécurité les habilitant à travailler, ou pas, si des liens avec des organisations comme Fetö sont avérés.
  20. Capacity of intensive care units under scrutiny amid increase in coronavirus cases in Turkey, Duvar English, 19 mars 2020.
  21. Capacity of intensive care units under scrutiny amid increase in coronavirus cases in Turkey, Duvar. English, 19 mars 2020.
  22. Tweet d’Ekrem Imamoğlu, 1er avril 2020.
  23. Turkish Medical Association : Covid-19 Spread All Around Turkey Because of Government’s Mistakes, Bianet, 30 mars 2020.
  24. Ragıp Soylu, Coronavirus : Turkey threatens mask manufacturers with seizure over hoarding, Middle East Eye, 23 mars 2020.
  25. Hamdi First Buyuk, Turkey’s Coronavirus Crisis Risks Rivalling Italy, Experts Warn, Balkan Insight, 24 mars 2020
  26. Gençağa Karafazlı et Doğancan Ilek, Rize’de umreden dönen 500 kişinin karantinaya alınmaması tedirginlik yarattı, Evrensel, 17 mars 2020.
  27. Ankara Üniversitesi’nden sosyal medyadaki ‘koronavirüs videosu’ hakkında açıklama, Bir Gün, 19 mars 2020.
  28. Nicolas Cheviron, En Turquie, Erdogan confine l’information, Médiapart, 29 mars 2020.
  29. Tweet de Reporter Sans Frontières, 23 mars 2020.
  30. Tweet de Reporter Sans Frontières, 30 mars 2020.
  31. Sağlık Bakanı Fahrettin Koca : Çin’den yeni ilaç getirildi, NTV, 24 mars 2020.
  32. Kadri Gürsel, Government’s opacity makes Turkey’s war on COVID-19 harder, Al Monitor, 30 mars 2020.
  33. Nicolas Cheviron, En Turquie, Erdogan confine l’information, Médiapart, 29 mars 2020.
  34. TTB’den Sağlık Bakanlığı’na ; COVID-19 pandemisine ilişkin acil yanıtı beklenen sorular, www.tbb.org.tr., 22 mars 2020.
  35. Ali Hussein Bakeer, Coronavirus : Why conspiracy theories have taken root in Turkey, Middle East Eye, 3 avril 2020.
  36. İbrahim Karagül, *Corona (Korona) korkusu mu yoksa insan ırkının gelecek korkusu mu ?, Yeni Şafak, 9 mars 2020.
  37. Donna Rachel Edmunds, Coronavirus is a Zionist plot, say Turkish politicians, media, public, The Jerusalem Post, 18 mars 2020.
  38. Direction de la Communication de la Présidence de Turquie, President Erdoğan : “An outlook even better than we expect is awaiting us if we inform our citizens well and keep the disease under strict control”, 18 mars 2020.
  39. Direction de la Communication de la Présidence de Turquie, President Erdoğan : “All citizens must not leave their homes unless they have to and must avoid contact with others until the threat is over”, 18 mars 2020.
  40. Aslı Işık, « Salgınla mücadele için mali kaynak yok », Deutsche Welle Türkçe, 31 mars 2020
  41. Menekse Tokyay, Turkish economy ‘will be hardest hit by virus’ among G20, says Moody’s, Arab News, 27 mars 2020.
  42. Menekse Tokyay, Turkish economy ‘will be hardest hit by virus’ among G20, says Moody’s, Arab News, 27 mars 2020.
  43. Dominic Evans, Turkey must « keep wheels turning » despite coronavirus, Erdogan says, Reuters.com, 30 mars 2020.
  44. Bulent Gökay, Turkey tries to keep wheels of economy turning despite worsening coronavirus crisis, The Conversation, 2 avril 2020.
  45. Coronavirus Has Cost 2 Million Jobs in Turkey, Opposition Says, Asharq Al-Awsat, 3 avril 2020.
  46. Erdoğan slams CHP mayors for ‘unauthorized’ aid campaign, Hürriyet Daily News, 1er avril 2020.
  47. CHP condemns gov’t for blocking municipalities’ COVID-19 donation campaign, Hürriyet Daily News, 1er avril 2020.
  48. Max Hoffman, Turkish Conservatives’ Loyalty to Erdoğan and Views on Potential Successors, Center for American Progress, 5 décembre 2019.
  49. Ragıp Soylu, Babacan’s new party vows Turks can tweet without fear of arrest, Middle East Eye, 11 mars 2020.
  50. Nicolas Cheviron, En lançant l’offensive en Syrie, Erdogan mène aussi une guerre intérieure, Médiapart, 16 octobre 2019.
  51. Turkey’s pulse, the month in 5 numbers, Février 2020
  52. Présidence de la République de Turquie, “The life of each of our citizens is equally valuable to us ; that is why we say, ‘Stay Home Turkey’”, 25 mars 2020.
  53.  Marie Jégo, En Turquie, branle-bas de combat contre le Covid-19, Le Monde, 17 mars 2020
  54. Metin Gurcan, Turkish government divided over lockdown proposals, Al Monitor, 23 mars 2020.
  55. Erdoğan : 69 countries asked for Turkey’s help with coronavirus, Yeni Şafak, 26 mars 2020.
  56. Ragıp Soylu, Coronavirus : Turkey unveils $15.5bn stimulus package as retailers close shops, Middle East Eye, 18 mars 2020.