Santiago. Le Président de la République chilienne Sebastián Piñera a annoncé mercredi 30 octobre que son pays renonçait à accueillir la COP25, qui doit se dérouler du 2 au 13 décembre 2019. En réponse, Patricia Espinosa, ancienne ministre mexicaine et secrétaire du UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change, organisme onusien chargé des conférences sur le climat) a déclaré qu’elle « explorait des options alternatives » Il sera néanmoins logistiquement complexe de revoir l’organisation d’un évènement d’une telle ampleur. La COP précédente, qui s’était tenu à Katowice (Pologne) en 2018 avait accueilli quelques 23 000 participants. Après 48 heures de flottement, ce sera finalement l’Espagne qui accueillera la conférence.1

La décision de Sébastián Piñera résulte du constat sur l’incapacité de son pays à assurer la tenue de l’événement en raison des troubles sociaux auxquels le pays est en proie depuis près de deux semaines, déclenchés par l’augmentation du prix du ticket de métro dans la métropole de Santiago. Bien que les autorités aient depuis reculé sur la hausse, ces mouvements, inédits depuis le retour de la démocratie dans le pays andin, ont pris de l’ampleur et ont étendu leurs revendications à des problématiques connues de la société chilienne. Sont dénoncés, entre autres, les inégalités (parmi les plus fortes de l’OCDE) le faible niveau de vie d’une majorité de la population (le salaire minimum est d’environ 300 000 pesos chiliens, l’équivalent de 360 euros) au regard de la prospérité de l’économie nationale, mais également un système politique à bout de souffle, hérité de la Transición initiée pour mettre fin au régime militaire d’Augusto Pinochet à la fin des années 1980. Les mesures annoncées par le gouvernement (remaniement ministériel, possible levée de l’état d’urgence et du couvre-feu à Santiago) ont été jugées insuffisantes pour juguler la fièvre sociale qui a gagné l’ensemble du pays. 

Jusqu’à ces événements, le pays faisait figure d’exception dans le paysage  politico-social agité du continent sud-américain, comme si la cordillère des Andes, qui longe le pays sur son flanc Est, le protégeait de la contagion des soubresauts de ses voisins. L’Amérique du Sud est en effet traversée par des crises d’intensités diverses mais dont la concomitance déstabilise profondément le continent sud-américain :  les élections présidentielles agitées en Bolivie, l’effondrement économique de l’Argentine sous Mauricio Macri, l’élection d’un populiste de la trempe de Jair Bolsonaro au Brésil, les révoltes sociales sur le prix du carburant en Equateur2, sans omettre la tragédie vénézuelienne. 

L’organisation de la COP25 avait déjà pâti de ces événements. La conférence devait initialement se tenir au Brésil, mais l’élection d’un président ouvertement climatosceptique (un de ses ministres ayant même qualifié « l’alarmisme climatique » de « complot marxiste culturel »3) en a compromis la tenue. Les organisateurs avaient alors fait le choix de se reporter sur le Chili, dont la candidature était soutenue par l’ensemble de la communauté internationale. 

Au-delà du défi organisationnel posé par l’annulation chilienne à un peu plus d’un mois de l’échéance, de fortes incertitudes portent sur l’ambition de la COP25 concernant le « Paris Rulebook », qui doit traduire en actions concrètes les engagements pris par les 196 membres signataires de l’Accord de Paris de 2015. Les discussions devront se concentrer sur la nature et la mise en oeuvre des dispositifs échafaudés dans la lutte contre le réchauffement climatique, dans le prolongement du « Katowice Climate Package»4 adopté l’année dernière lors de la COP24 en territoire polonais. Les parties n’étaient alors pas parvenues à se mettre d’accord sur des points-clés, dont l’extension des marchés carbone, la portée des garanties du Fonds d’adaptation au changement climatique à destination des pays en développement ou encore le périmètre d’estimation des « pertes et dommages » produits par le réchauffement climatique. 

Il y a de fortes chances que cette COP25, considérée comme une étape intermédiaire avant la COP26 de 2020, ait un impact limité. Les Etats-Unis sont désormais loin des préoccupations climatiques et les autres puissances montrent peu d’entrain à amplifier leurs engagements. La société civile, Greta Thunberg et le « Fridays For Future » en tête, peinent à transformer l’engouement populaire en influence tangible sur les orientations politiques. L’écart se fait ainsi chaque jour plus grand entre les demandes fortes issues de la société civile, facilitées par la rapidité de diffusion de l’information et la souplesse organisationnelle des mouvements, et l’inertie des institutions de gouvernance internationales. De fait, l’organisation d’un évènement comme la COP requiert une année de négociations afin de faire converger les positions autour d’un consensus partagé. Le développement de nouveaux moyens de gouvernance devra certainement accompagner la montée en puissance de l’action climatique.

Perspectives :

  • 2 – 13 décembre 2019 :  tenue de la COP25 à Madrid. 
  • Décembre 2020 : tenue de la COP26 à Glasgow, jalon majeur pour les négociations climatiques, 5 ans après la signature des Accords de Paris.