Vancouver. Les actions du type de celles de la Plastic Bank (présentée ci-après) permettent de fournir une solution locale au problème du traitement des déchets plastiques en milieu urbain, dans un contexte d’augmentation de leur volume. Depuis 1964, la production de plastique a en effet été multipliée par 23 pour atteindre 348 millions de tonnes en 2017, et cette production devrait doubler au cours des 20 prochaines années1. Aujourd’hui, parmi la masse des déchets plastiques produits, seuls 9% sont recyclés. 79% se retrouvent dans des sites d’enfouissement ou dans la nature2. Dans ce contexte, et parce que le défi posé par les déchets est à la fois social, économique et environnemental, l’enjeu de leur gestion prend de l’ampleur à l’échelle internationale.

La start-up canadienne Plastic Bank est un exemple de ces initiatives qui ont pour objectif de revaloriser ces déchets et de les réintégrer dans l’économie. Il s’agit de rémunérer les habitants locaux pour la récolte des déchets plastiques dans la nature, de façon à réintroduire des populations pauvres et désavantagées dans l’économie3, permettant même à certains d’ouvrir à terme un compte en banque. Plastic Bank signe des partenariats avec des entreprises locales pour recycler le plastique, qui est ensuite revendu à des grands groupes pour leur propre production de contenants issus de plastique recyclé, comme Unilever.

Le plastique est ainsi valorisé sous l’angle de l’économie sociale et solidaire, dans des lieux où des communautés en difficulté évoluent dans des environnements souvent fortement pollués. Cette récolte du plastique a dans le même temps pour avantage de limiter la pollution des océans, et constitue donc une mesure d’hygiène publique4. Pour l’instant la Plastic Bank agit en Haïti, aux Philippines et en Indonésie. 

De telles initiatives circulaires ne sont pas circonscrites à la Plastic Bank. La valorisation locale des déchets plastiques au profit des populations se propage. Par exemple, certaines villes ont mis en place la possibilité pour les habitants de payer leurs tickets de transport avec des déchets plastiques. C’est le cas de Guayaquil en Equateur5, de Rome en Italie, de Beijing en Chine, ou encore de Surabaya en Indonésie6

La monétisation des déchets plastiques ne se fait toutefois pas uniquement au travers d’initiatives locales dans une optique sociale et environnementale. Elle peut au contraire avoir un impact négatif sur l’environnement. La global plastic waste trade, à savoir la marchandisation internationale des déchets plastiques à des fins de recyclage, est chiffrée à plusieurs milliards de dollars. L’Europe et l’Amérique du Nord envoient la majeure partie de leurs déchets plastiques en Asie contre une rémunération financière (en 2018, 87% du plastique recyclable des 27 Etats de l’Union européenne était envoyé en Chine). Depuis 2017, la Chine a commencé à réduire drastiquement ses importations plastiques afin de perdre sa place de yang laji ou « poubelle du monde »7. Les flux se sont depuis redistribués parmi les pays d’Asie du Sud-Est, lesquels entreprennent de les réguler. Cette évolution a des effets néfastes sur ces pays, qui se retrouvent submergés par un afflux de déchets à recycler pas forcément conformes aux normes internationales, alors que bien souvent ceux-ci manquent d’infrastructures de retraitement adaptées. 

La législation européenne évolue pour s’adapter à la nécessité de réduire les déchets plastiques. Il s’agit de réintégrer le plastique dans une économie circulaire et de limiter en amont la quantité de déchets produite. C’est dans cette optique qu’a été adoptée en 2019 la « Single Use Plastics Directive » européenne sous l’égide du futur Vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, afin de réduire le nombre des déchets non indispensables et conçus pour un usage unique8

L’importance des initiatives locales de monétisation des déchets plastiques prend tout son sens dans ce contexte d’augmentation des déchets et de conscience accrue envers les enjeux environnementaux. Les actions comme celles de la Plastic Bank ont pour avantage de bénéficier aux communautés défavorisées. Penser la gestion des déchets doit ainsi se faire au travers de différentes approches – sociale, environnementale, économique – et au travers d’un emboîtement d’échelles pertinentes – locale, européenne et internationale. 

Perspectives :

  • Les initiatives comme celles de la Plastic Bank sont amenées à prendre de plus en plus d’importance et à s’étendre parmi les métropoles mondiales. Leur impact sur le long terme sur les populations locales vulnérables doit être suivi par des politiques publiques durables.
  • Plastic Bank a vocation à s’étendre, au-delà de l’échelle locale et des projets à court terme. Des projets sont en train d’être développés en Egypte et au Brésil. L’organisation est également en relation avec le Vatican pour faire des églises des lieux de collecte des déchets plastiques9.
  • L’application de la législation européenne en matière de déchets, et surtout les prochaines directives, sont essentielles de par l’importance de l’Europe dans la production et l’exportation des déchets plastiques.