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Les Brésiliens vont voter ce dimanche, 4 octobre puis, si aucun candidat ne l’emporte, dans trois semaines pour un second tour qui deviendra forcément décisif. Ce scrutin s’annonce particulièrement serré : 45,1 % pour Lula, 40,6 % pour Flávio Bolsonaro au premier tour, selon notre sondage réalisé pour Le Grand Continent 1. Le second tour paraît encore plus incertain : 50,4 % pour Lula contre 49,6 % pour Bolsonaro. L’écart de 0,8 point dans le duel testé, bien en deçà des marges d’erreur, dessine bien un scrutin particulièrement indécis entre le président sortant et le fils de l’ancien président du Brésil 2.
Pour commencer, quelques éléments sur les principaux protagonistes. Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, est de très loin le mieux identifié d’entre eux. C’est, on le sait, une figure historique de la gauche brésilienne. Ancien ouvrier métallurgiste et dirigeant syndical, il a présidé le pays de 2003 à 2010, avant de revenir au pouvoir en 2023. Candidat du Parti des travailleurs, il défend le rôle central de l’État dans la réduction des inégalités et le développement économique. Son programme met en avant la revalorisation du salaire minimum, les services publics, l’investissement dans les infrastructures et une politique industrielle volontariste. Il propose également une réduction de la durée hebdomadaire du travail à quarante heures et poursuit l’objectif d’une transition écologique.
Face à Lula, le nom de Bolsonaro sera à nouveau présent dans la compétition, mais il ne désigne pas le même candidat qu’en 2022. Il s’agit cette fois de Flávio Bolsonaro, sénateur de Rio de Janeiro et fils aîné de Jair Bolsonaro, l’ancien président, inéligible. Candidat du Parti libéral, Flávio Bolsonaro se situe dans le prolongement politique et idéologique de son père. Son programme associe la réduction des dépenses publiques et des prélèvements à un durcissement de la politique pénale : renforcement des prisons de haute sécurité, lutte contre les organisations criminelles et restrictions aux aménagements de peine pour les crimes les plus graves. Sur les questions de société, il s’oppose à l’élargissement du droit à l’avortement et revendique la défense des valeurs chrétiennes. Le nom de son parti ne suffit donc pas à le situer pour un lecteur français : son offre combine, en réalité, libéralisme économique, conservatisme moral et renforcement de la répression pénale.
Les autres candidatures proposées dans le sondage sont mesurées à des niveaux très inférieurs et ne sont aucunement en mesure de se qualifier pour le second tour. Avec 4,9 % des intentions de vote, Augusto Cury semble devoir être le premier des « petits candidats ». Psychiatre et écrivain, candidat d’Avante, il présente sa participation au scrutin comme une réponse à la polarisation, ce qui est déjà révélateur des profondes tensions qui caractérisent la société brésilienne. La santé mentale et l’éducation émotionnelle occupent une place particulière dans son programme, aux côtés de l’entrepreneuriat et de l’équilibre budgétaire. Ce discours le distingue nettement de toutes les autres candidatures
Renan Santos, mesuré à 4,0 %, est l’un des cofondateurs du Mouvement Brésil libre, connu notamment pour sa participation aux mobilisations contre l’ancienne présidente de gauche Dilma Rousseff. Candidat du parti Missão, il défend une offre autonome très à droite. Son programme prévoit notamment des prisons de très haute sécurité inspirées du modèle salvadorien et le remplacement de Bolsa Família – le programme emblématique d’aide aux familles modestes mis en place lors de la première présidence de Lula – par un dispositif de travail rémunéré au service de la collectivité. Enfin, Ronaldo Caiado, à 3,8 %, et Romeu Zema, à 1,4 %, mettent pour leur part en avant une expérience de gouvernement à la tête d’un État fédéré. Médecin et ancien gouverneur de Goiás, Caiado est candidat du PSD (Parti social-démocratique), une formation de centre droit, dont le nom ne correspond pas à la social-démocratie européenne. Il insiste sur la sécurité, la lutte contre les ressources financières du crime organisé et la nécessité de développer les infrastructures du pays, avec une place importante accordée à l’agriculture. Entrepreneur et ancien gouverneur du Minas Gerais, Zema représente, quant à lui, le parti Novo, de droite libérale. Son programme défend les privatisations, la réduction des dépenses publiques et une plus grande souplesse de la réglementation du travail. Ces deux candidatures sont donc orientées à droite et bien qu’elles partagent certains thèmes avec Flávio Bolsonaro, ne se confondent ni par leur parcours ni par leurs propositions avec le fils de l’ancien président.
Comprendre la demande électorale par les systèmes de valeurs
La concentration des intentions de vote sur Lula et Flávio Bolsonaro est très forte dans le scénario du premier tour : ils réunissent à eux deux 85,7 % des choix exprimés. Et dans le duel du second tour, les intentions de vote déclarées se répartissent presque à égalité entre les deux candidats. Comment comprendre cette quasi-parité dans une société que l’on décrit comme fortement polarisée ? Quels groupes se retrouvent derrière chacun des deux candidats ? Quels sont les facteurs qui expliquent les deux coalitions électorales qui vont se manifester dans les urnes dimanche ?
Pour tenter d’y répondre, nous nous appuyons sur une étude de Cluster17, réalisée du 15 janvier au 17 mai 2026 auprès de 3 546 personnes, et consacrée à la construction d’une typologie de l’électorat brésilien. Cette étude permet d’identifier les grands systèmes de valeurs et les groupes qui les portent. On verra ainsi qu’elle permet de mieux comprendre la manière dont se structurent les deux grands camps qui organisent l’électorat brésilien.
Les positions des individus sur les grandes divisions qui traversent une société constituent en effet l’un des facteurs les plus déterminants de leurs choix politiques. Les opinions sur des sujets aussi clivants que les droits des femmes et des minorités sexuelles, la religion, la sécurité, les aides sociales, la répartition des richesses, le rôle de l’État, l’environnement ou encore le fonctionnement des institutions sont fortement associées aux préférences électorales. Surtout, elles sont relativement stables à moyen terme. Au cours d’une campagne électorale, on passe rarement d’une opposition ferme à l’avortement à sa pleine acceptation, pas plus que d’une position très favorable à la redistribution à des positions anti-assistance sur le plan économique. Ces attitudes s’inscrivent dans des systèmes d’opinions plus larges, eux-mêmes associés à des identités sociales et culturelles caractérisées par une forte inertie.
Partant de ce principe, la méthode mise en œuvre dans cette étude vise à repérer les grands clivages qui divisent la société brésilienne, puis à positionner les individus par rapport à ceux-ci. Pour ce faire, un test composé de 30 propositions a été réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 3 546 électeurs brésiliens. Ces propositions ont été sélectionnées pour leur capacité à générer des divisions significatives et pour couvrir les principaux enjeux susceptibles de structurer la société, tels que les mœurs, la religion, la sécurité, l’autorité, la redistribution, le libéralisme économique, l’environnement, l’Amazonie, les peuples autochtones, les institutions ou encore la politique étrangère 3.
Le traitement statistique de ces réponses permet d’identifier des groupes d’individus, appelés « clusters », qui partagent un même système d’opinions, ou, si l’on préfère, une même configuration attitudinale. Cette sensibilité politico-idéologique commune ne signifie pas que tous les membres d’un cluster pensent exactement la même chose, mais que leurs réponses s’organisent selon des logiques suffisamment proches pour qu’ils se distinguent des autres groupes. À partir de ces systèmes de valeurs, il devient alors possible de comprendre pourquoi certains segments se dirigent massivement vers une même offre politique, mais aussi d’identifier les zones de concurrence entre les candidats et la constitution des coalitions électorales.
Cette dernière dimension est essentielle. Aucun électorat n’est homogène, que ce soit sur le plan sociologique ou politique. Réunir plusieurs dizaines de millions d’électeurs suppose de rassembler des groupes qui partagent certaines préférences fondamentales, mais qui peuvent diverger fortement sur d’autres sujets. L’approche par clusters permet précisément d’identifier ce qui tient une coalition électorale ensemble, mais également les tensions qui la traversent et les groupes susceptibles de s’en éloigner si certaines thématiques et certains enjeux devenaient centraux au cours de la campagne.
Une démocratie multipartite structurée par une forte bipolarisation présidentielle
Pour comprendre la structure actuelle de l’électorat brésilien, il faut la replacer dans le contexte de la fin de la dictature militaire. La transition démocratique de 1985, puis l’adoption de la Constitution de 1988, ont rétabli les libertés politiques et civiles, consacré de nouveaux droits sociaux et posé les bases institutionnelles de la « Nouvelle République ».
Le système issu de ce processus ne saurait être décrit comme parfaitement bipartite, même si l’élection présidentielle se présente généralement comme un duel entre deux candidatures largement dominantes. Le Brésil se caractérise en réalité par une très forte fragmentation partisane et par la nécessité de constituer de larges coalitions parlementaires. Mais cette fragmentation du système partisan coexiste avec une compétition présidentielle beaucoup plus concentrée autour de deux forces politiques majeures. De 1994 à 2014, les candidats du Parti des travailleurs (PT) et du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) ont obtenu entre 70 % et 90 % des suffrages exprimés lors de l’élection présidentielle, alors que la compétition législative restait largement fragmentée.
Cette bipolarisation s’est progressivement chargée d’un contenu social et territorial de plus en plus affirmé. Les travaux d’Amory Gethin et Marc Morgan montrent notamment la transformation du PT après l’élection de Lula en 2002 et son arrivée au pouvoir en 2003 : initialement davantage soutenu par des populations jeunes, diplômées et relativement favorisées du sud du pays, le parti a progressivement renforcé son implantation auprès des catégories populaires, moins diplômées et dans le Nordeste, à mesure que les politiques redistributives des gouvernements Lula, dont le programme Bolsa Família, structuraient un nouveau clivage électoral 4.
L’élection de 2018 bouleverse l’autre moitié du système. Le PSDB cesse d’être le principal adversaire du PT, tandis que Jair Bolsonaro organise et rassemble une nouvelle coalition de droite. Les travaux portant sur les programmes des candidats identifient d’ailleurs une forte augmentation de la polarisation idéologique cette année-là 5. Cette recomposition politique reflète et accompagne des transformations profondes de la société brésilienne.
La première est religieuse. Le Brésil reste majoritairement catholique, mais beaucoup moins qu’auparavant. Entre 2010 et 2022, la proportion de catholiques est ainsi passée de 65,1 % à 56,7 %, tandis que celle des évangéliques progressait de 21,6 % à 26,9 %. Dans le même temps, la part des personnes sans religion a elle aussi légèrement augmenté, passant de 7,9 % à 9,3 % 6.
Le Brésil connaît donc simultanément une progression de l’évangélisme et une légère sécularisation. La relation entre pratique religieuse et comportement électoral est devenue particulièrement visible depuis 2018 : plusieurs études mettent en évidence un soutien plus important à Bolsonaro parmi les électeurs évangéliques, un peu à la manière de ce qu’on observe aux États-Unis en faveur de Donald Trump, ainsi que le rôle de la fréquentation des lieux de culte et des prises de position des responsables religieux dans la mobilisation électorale 7.
Ces transformations religieuses se sont produites parallèlement à d’importants bouleversements sociaux. Dans les années 2000 et au début des années 2010, le Brésil a connu une forte réduction de la pauvreté, une hausse des revenus et une importante mobilité sociale. Selon la Banque mondiale, le coefficient de Gini est passé d’environ 0,58 à 0,53 entre 2001 et 2013 8, tandis que des dizaines de millions de Brésiliens amélioraient leur situation économique 9. Ces progrès n’ont cependant pas effacé les très fortes inégalités qui caractérisent historiquement le pays. Le Brésil est donc aujourd’hui à la fois plus urbain, plus divers sur le plan religieux et socialement transformé, mais il demeure profondément inégalitaire.
Un macro clivage attitudinal qui ordonne la société brésilienne autour des questions d’ordre moral, d’autorité, de sécurité et de redistribution des richesses
L’analyse statistique des positions des Brésiliens sur les 30 mesures testées permet de dégager cinq principaux axes de division. Toutefois, leur importance respective est très inégale. Dans la décomposition retenue, le premier axe représente à lui seul 74 % de la contribution totale, contre 11 % pour le deuxième, 7 % pour le troisième, 5 % pour le quatrième et 3 % pour le cinquième. Autrement dit, un même axe structure une grande partie des attitudes : des questions aussi différentes que les mœurs, l’autorité, l’économie ou le rapport aux institutions tendent à s’aligner pour produire une seule et même ligne de fracture au sein de la société, elle-même composée d’une pluralité d’enjeux clivants superposés.
D’un côté de l’espace dessiné par cet axe clivant se trouvent les individus favorables aux droits des minorités sexuelles, à une intervention importante de l’État dans l’économie, à la redistribution des richesses, au renforcement de certaines institutions démocratiques, à la protection de l’Amazonie et des terres autochtones, ainsi qu’à un rapprochement avec les BRICS. À l’autre extrémité se concentrent au contraire le conservatisme moral, la défense de l’autorité et de prérogatives policières accrues, le droit de porter des armes, les privatisations, la réduction du nombre de fonctionnaires, la limitation des prestations sociales et une orientation internationale davantage tournée vers les États-Unis.
Le résultat est frappant : au Brésil, les grandes divisions économiques, culturelles, sécuritaires et institutionnelles tendent à se superposer sur un même axe. Les conséquences politiques sont spectaculaires. Cette organisation produit en effet deux ensembles presque parfaitement équilibrés numériquement et puissamment opposés. Les neuf clusters situés à gauche du premier axe de clivage regroupent environ 51 % des individus, et les sept situés à droite environ 49 %.
Au total, seize clusters se répartissent presque parfaitement le long de cette ligne de fracture. À une extrémité se trouvent les Sociaux-Progressistes, les Éco-Solidaires et les Libertaires, qui rassemblent les segments les plus progressistes, les plus sécularisés et les plus favorables à la redistribution, aux droits des minorités et à la protection de l’Amazonie. À l’autre pôle, les Traditionalistes et les Autoritaires concentrent les attitudes les plus conservatrices en matière de mœurs, les plus sécuritaires et les plus favorables au libéralisme économique. Entre les deux se déploient des profils plus intermédiaires, souvent plus distants à l’égard de la politique, plus défiants envers les institutions ou traversés par des systèmes de valeurs plus composites. Il est intéressant de constater que ces derniers clusters se trouvent à gauche de la médiane sur l’axe principal des clivages. Alors que dans d’autres pays étudiés, les groupes « dégagistes » et dépolitisés penchent plus du côté de l’autoritarisme et du conservatisme social, le cas brésilien montre plus de nuances, avec notamment deux clusters, les Défiants et les Modérés, qui se situent plutôt du côté progressiste, bien que, comme nous le verrons, cela ne garantisse pas mécaniquement qu’ils votent pour le PT.
La taille des clusters confirme également le caractère fortement polarisé de la société brésilienne. Les groupes situés aux deux extrémités de l’axe sont ainsi les plus nombreux : les sociaux-progressistes représentent à eux seuls 9 % de la population, tandis que les traditionalistes et les autoritaires en regroupent respectivement 9 % et 10 %. À l’extrémité progressiste, les sociaux-progressistes, éco-solidaires et libertaires réunissent ainsi 21 % des individus ; à l’autre bout de l’axe, les libéraux, traditionalistes et autoritaires en représentent 26 %. Entre ces deux pôles qui réunissent près de la moitié de l’électorat, la plupart des clusters pèsent entre 4 % et 7 %, ce qui dessine moins un espace éclaté en petites sensibilités qu’une société organisée autour de deux pôles puissants qui tendent à attirer dans leur orbite électorale des groupes plus incertains et/ou plus modérés.
Cette forte superposition des enjeux clivants constitue une caractéristique importante du Brésil qui ne se retrouve pas dans la plupart des sociétés étudiées jusqu’à présent. Dans beaucoup de démocraties, les transformations récentes ont au contraire favorisé la dissociation progressive du conflit économique et du conflit culturel, ou l’émergence d’autres axes de clivage autour de la relation aux « élites » et aux institutions. Dans notre enquête, le Brésil apparaît moins fragmenté idéologiquement et, pour cette raison, très fortement bipolarisé : être conservateur en matière de mœurs augmente fortement la probabilité d’être également libéral sur le plan économique, favorable aux armes et à une conception plus répressive de l’ordre public ; inversement, être progressiste sur le plan culturel est très souvent associé à une demande plus forte de redistribution, de protection des minorités et d’écologie.
La question des terres autochtones et de l’environnement : un enjeu plus transversal
Un deuxième axe de clivage se dégage toutefois, apportant un peu de complexité à la structuration des attitudes et donc des orientations électorales.Cependant, ce second axe est nettement moins puissant, ce qui explique qu’il ne parvienne pas à contrarier l’ordonnancement de l’électorat brésilien.Il est notamment structuré par le rapport à l’Amazonie, aux populations autochtones et aux contraintes environnementales.L’interdiction de toute déforestation et l’extension des terres protégées pour les peuples autochtones comptent parmi les variables qui y contribuent le plus.Or, sur ces questions, la distinction entre gauche et droite devient sensiblement moins mécanique.Cette complexification ne concerne pas vraiment l’espace progressiste, qui se révèle globalement homogène sur ces enjeux.L’écologie tend globalement à unir la gauche. C’est surtout à droite qu’elle vient brouiller le grand système d’oppositions décrit précédemment.
Certains clusters situés dans l’espace conservateur se révèlent en effet très attachés à la protection de l’environnement. Les Éco-Libéraux, par exemple, allient un libéralisme économique marqué — 91 % d’entre eux sont favorables à la privatisation de Petrobras et 98 % à la baisse des impôts sur les bénéfices des entreprises — à une forte sensibilité écologique : 90 % souhaitent interdire toute déforestation en Amazonie et 64 % étendre les terres protégées pour les peuples autochtones. À l’inverse, les Restaurateurs, qui occupent eux aussi l’espace conservateur, se distinguent par une très forte opposition à ces mesures : seuls 6 % d’entre eux souhaitent interdire toute déforestation et aucun répondant de ce cluster ne se déclare favorable à l’extension des terres protégées pour les peuples autochtones. L’environnement constitue ainsi l’un des principaux facteurs de différenciation à l’intérieur même des grands blocs idéologiques. Il oppose moins mécaniquement la gauche et la droite que des sujets tels que les armes, les privatisations, le rapport à la police ou certaines questions morales.
Une défiance politique largement partagée qui s’exprime différemment selon les institutions ciblées
Si la méthode de la clusterisation permet d’identifier les clivages, elle permet aussi logiquement d’identifier ce qui fait consensus. Alors que dans de nombreux pays occidentaux, nous observons un clivage important concernant le rapport aux élus et aux institutions, avec d’un côté les partisans de la rupture et de la défiance, et de l’autre les électeurs sensibles à la continuité et à l’ordre institutionnel, la société brésilienne se distingue par un niveau de défiance généralisé à l’égard du personnel politique. En effet, 90 % des répondants approuvent l’idée de verser aux parlementaires le salaire moyen d’un travailleur brésilien. Cette proposition est majoritaire dans chacun des seize groupes et dépasse même 90 % dans une grande partie d’entre eux. De même, 75 % des Brésiliens souhaitent donner aux électeurs la possibilité de révoquer un élu par référendum. Il existe donc un registre anti-élites ou de défiance politique qui déborde largement la division classique gauche-droite et qui tend à faire consensus dans le pays.
Mais ce consensus cesse dès lors que l’on passe du jugement porté sur la classe politique en général à l’analyse d’institutions devenues elles-mêmes objets de confrontation politique. C’est particulièrement frappant pour la Cour suprême. Alors que 56 % des répondants souhaitent renforcer ses pouvoirs pour protéger la démocratie, cette proportion atteint 92 % chez les sociaux-progressistes, 82 % chez les éco-solidaires et les libertaires, et 98 % chez les révoltés. Elle chute à 19 % chez les conservateurs, 17 % chez les anti-assistanat, 13 % chez les libéraux et 0 % chez les restaurateurs et les autoritaires, soit un niveau très bas au sein des groupes les plus conservateurs.
La défiance envers les élites est donc un sentiment assez transversal. En revanche, le rapport aux institutions qui organisent et arbitrent le conflit politique est fortement polarisé.
Le genre, l’âge et la religion structurent en partie les univers de valeurs
Les systèmes de valeurs ne sont pas indépendants des caractéristiques sociales des individus. Ils ont tendance à s’inscrire dans des univers sociologiques délimités. Le genre, le niveau de diplôme, l’appartenance et la pratique religieuses contribuent à augmenter les probabilités d’avoir incorporé certains systèmes de valeurs et, plus globalement, de se situer sur l’un des versants du clivage macro-attitudinal qui structure la société brésilienne.
La répartition des hommes et des femmes au sein des clusters fait ainsi apparaître un écart de genre assez net, même s’il n’est pas parfaitement linéaire. À l’extrémité progressiste de l’espace, les groupes les plus féminisés sont les Sociaux-Conservateurs (69 % de femmes), les Humanistes (68 %) et les Révoltés (67 %). Les sociaux-progressistes et les éco-solidaires sont eux aussi majoritairement féminins, avec respectivement 59 % et 57 % de femmes. À mesure que l’on se déplace vers le pôle conservateur, la composition devient au contraire beaucoup plus masculine : les hommes représentent 61 % des anti-assistanat et des traditionalistes, 62 % des restaurateurs, 64 % des autoritaires et jusqu’à 76 % des libéraux.
Ce résultat s’inscrit dans ce que la littérature comparative qualifie de « modern gender gap ». Alors que les femmes étaient historiquement plus conservatrices que les hommes dans les démocraties occidentales, ce différentiel s’est progressivement inversé dans de nombreux pays : les femmes se situent aujourd’hui plus fréquemment à gauche et adoptent des positions plus progressistes sur un certain nombre d’enjeux culturels et sociaux. Les travaux de Ronald Inglehart et Pippa Norris relient notamment cette évolution aux transformations générationnelles, à la hausse du niveau d’éducation, à l’augmentation de l’autonomie féminine et à l’évolution des normes relatives au genre. Toutefois, les recherches les plus récentes incitent à ne pas en faire une loi universelle, l’écart variant fortement selon les pays et les générations, même s’il est aujourd’hui observable dans une grande partie des démocraties étudiées.
Le Brésil suit cette tendance. Lors de l’élection de 2018, Matthew Layton, Amy Erica Smith, Mason Moseley et Mollie Cohen avaient déjà établi que, pour des caractéristiques comparables, les femmes étaient moins susceptibles que les hommes de voter pour Jair Bolsonaro. Leur analyse faisait du genre, avec l’appartenance ethnique et la religion, l’une des dimensions particulièrement saillantes lors de cette élection. Des travaux portant sur le scrutin de 2022 confirmaient cet écart dans le choix entre Lula et Bolsonaro, et montraient qu’il était largement associé aux différences d’orientation idéologique et d’attitudes envers le féminisme 10.
La religion est l’une des dimensions sociologiques les plus fortement associées à la structuration des clusters. Mais dans un pays où les « sans religion » sont très peu nombreux, l’appartenance au catholicisme ne suffit pas à créer une ligne de fracture nette. Les catholiques sont en effet présents dans des univers de valeurs très différents : ils représentent 89 % des Humanistes, mais également 65 % des Traditionalistes, deux groupes positionnés sur les versants opposés du grand clivage brésilien. Le cas des humanistes est particulièrement révélateur : très majoritairement catholiques et pratiquants, ils se distinguent pourtant par des positions ouvertes sur plusieurs questions de société. En effet, 94 % d’entre eux soutiennent l’adoption par les couples de même sexe et 92 % s’opposent à l’interdiction des changements de sexe. L’appartenance catholique transcende en partie la frontière entre progressisme et conservatisme.
Le niveau de pratique religieuse semble en revanche beaucoup plus étroitement associé aux univers de valeurs. À l’extrémité progressiste, seuls 11 % des sociaux-progressistes, 19 % des libertaires et 22 % des éco-solidaires et des révoltés se déclarent croyants et pratiquants. À l’autre extrémité du spectre, cette proportion atteint 54 % chez les conservateurs, 55 % chez les restaurateurs, 69 % chez les traditionalistes et 51 % chez les autoritaires. Sur la base d’un tel constat, il semble plausible de considérer que les évangéliques et les catholiques conservateurs sont à la fois plus exposés à l’influence directe de leurs églises et entretiennent un rapport plus intense à la foi. Quant à la non-croyance, elle présente d’abord une dimension générationnelle : au Brésil comme dans de nombreux autres pays, les générations les plus jeunes sont davantage exposées au processus de sécularisation et à l’éloignement des institutions religieuses. Les travaux consacrés au Brésil montrent par ailleurs une association étroite entre sécularisation et attitudes plus libérales sur les questions morales et sociales. Une enquête récente menée auprès de jeunes adultes brésiliens révèle notamment des positions plus libérales chez les non-croyants concernant la sexualité et l’intimité. Cette dynamique s’inscrit dans un phénomène plus large souvent interprété comme un effet de renouvellement générationnel : la diminution de la religiosité s’accompagne, sans la déterminer mécaniquement, d’une diffusion accrue des valeurs d’autonomie individuelle et de tolérance à l’égard des modes de vie. Dans notre typologie, cette relation entre sécularisation et libéralisme culturel apparaît particulièrement nette : les non-croyants représentent 56 % des sociaux-progressistes et 55 % des libertaires, contre seulement 6 % des conservateurs et des restaurateurs, aucun traditionaliste et 10 % des autoritaires.
L’évangélisme dessine une fracture encore plus marquée. Les évangéliques ne représentent que 7 % des sociaux-progressistes, 8 % des éco-solidaires et 9 % des libertaires, alors qu’ils atteignent 43 % des conservateurs et surtout 58 % des restaurateurs. L’opposition gauche/droite ne se limite donc pas uniquement, ni même principalement, à celle entre croyants et non-croyants ; elle tient davantage à l’intensité de la pratique religieuse et à la nature de l’univers religieux (catholiques et évangéliques) auquel les individus appartiennent.
Les travaux d’Amy Erica Smith et de Taylor Boas montrent qu’en Amérique latine, les électeurs évangéliques ont longtemps pu soutenir des forces de gauche, notamment en raison de leur ancrage dans les classes populaires. C’est en particulier la montée en puissance des « guerres culturelles » autour de l’avortement, de la famille, des droits LGBT et de la « théorie du genre » qui a progressivement fait évoluer une part importante de cet électorat vers les forces conservatrices 11. La montée en puissance des enjeux culturels semble donc avoir produit, au Brésil comme dans nombre de pays européens et aux États-Unis, un basculement d’une fraction des catégories populaires en faveur des partis conservateurs.
Le scrutin de 2018 marque à cet égard un tournant important. Selon l’analyse de Layton, Smith, Moseley et Cohen, dans leur modèle prenant en compte les caractéristiques sociodémographiques, l’appartenance évangélique était associée, en 2018, à une probabilité de voter pour Jair Bolsonaro au second tour supérieure de 36 points à celle des personnes sans religion 12.
L’âge semble également participer à la polarisation des valeurs, même si c’est de manière moins nette que le genre ou la religion. En moyenne, les moins de 35 ans sont davantage présents du côté progressiste, mais les écarts entre les premiers clusters restent relativement limités et la relation n’est pas linéaire. La surreprésentation des plus de 50 ans est en revanche beaucoup plus nette à droite : ils constituent 55 % des conservateurs, 70 % des éco-libéraux, 72 % des restaurateurs, 74 % des traditionalistes et 67 % des autoritaires, contre 52 % en moyenne. On observe donc, au Brésil comme dans la plupart des démocraties, une corrélation entre l’âge et l’orientation politique, avec une surreprésentation des personnes âgées dans les groupes les plus conservateurs.
Des systèmes de valeurs aux choix électoraux
Les univers de valeurs décrits jusqu’ici se retrouvent dans les choix électoraux. Les électorats de Lula et de Bolsonaro se répartissent très nettement selon l’axe de clivage principal que nous avons identifié précédemment. Dans les souvenirs du premier tour de l’élection présidentielle de 2022, le vote déclaré pour Lula représente entre 79 % et 96 % des choix dans les sept groupes les plus nettement situés sur le versant progressiste du clivage, des sociaux-progressistes aux défiants. Celui pour Jair Bolsonaro atteint, à l’inverse, entre 83 % et 98 % dans les sept clusters allant des conservateurs aux autoritaires.
Les positions sur les deux versants de ce clivage macro sont ainsi puissamment corrélées aux orientations électorales. Parmi les six clusters les plus nettement situés à gauche de cet axe principal, seuls les humanistes comptent une proportion un peu significative d’électeurs de Jair Bolsonaro : 20 %, contre 0 % à 4 % dans la plupart des groupes situés sur le même versant du clivage. S’agissant d’un groupe à la fois très croyant et pratiquant, cette spécificité (au demeurant relative) illustre le rôle spécifique de la religiosité : elle peut rapprocher d’une offre électorale conservatrice certains individus qui, sur une partie importante des autres dimensions, restent situés à gauche de l’espace des valeurs.
Les clusters de l’espace central présentent logiquement des choix moins uniformes. Dans les souvenirs du premier tour de 2022, le vote pour Lula représente 79 % chez les Défiants, mais seulement 42 % chez les Modérés et 51 % chez les Réfractaires, contre respectivement 6 %, 30 % et 39 % pour Jair Bolsonaro. La relation entre valeurs et vote n’est donc pas identique dans ces trois groupes. Leur position intermédiaire sur l’axe ne signifie pas qu’ils se reconnaissent dans une offre partisane centriste ou qu’ils se situent tous à égale distance des deux candidats.
L’enjeu du premier tour, mais peut-être encore plus du second, repose donc sur la capacité des deux protagonistes à mobiliser la quasi-intégralité de leur espace idéologique tout en pénétrant le plus possible les trois groupes qui paraissent ouverts et donc susceptibles de basculer d’un côté ou de l’autre.
La comparaison du vote de 2022 avec les intentions de vote de septembre 2026 permet ensuite de comparer la place des candidats dans les différents univers de valeurs.
Le scénario du premier tour testé en septembre 2026 confirme d’abord la solidité du noyau électoral de Lula. Dans les cinq clusters les plus progressistes, il recueille encore entre 85 % et 93 % des intentions de vote, des niveaux proches de ceux de 2022. Le contraste est, en revanche, beaucoup plus net et problématique pour le candidat du PT à la périphérie de ce bloc : Lula reste majoritaire chez les humanistes et les défiants, mais ne recueille plus que 15 % environ chez les modérés et les réfractaires. Dans ces groupes intermédiaires, les intentions de vote se dispersent davantage entre Flávio Bolsonaro et plusieurs candidatures alternatives, notamment celles de Renan Santos, Ronaldo Caiado et Augusto Cury.
Du côté conservateur, Flávio Bolsonaro bénéficie également d’un socle très solide. En septembre, il recueille entre deux tiers et la quasi-totalité des intentions de vote dans les sept groupes situés à droite de l’espace des valeurs. Cette implantation recoupe largement celle de Jair Bolsonaro en 2022, sans la reproduire exactement : le fils apparaît moins dominant que le père dans plusieurs groupes libéraux ou hostiles à « l’assistanat », mais il est davantage soutenu chez les Restaurateurs.
Son électorat déborde cependant ce noyau conservateur. Flávio Bolsonaro rassemble environ la moitié des modérés et des réfractaires, ainsi qu’une part non négligeable des humanistes et des défiants. Ces comparaisons entre le vote de 2022 et les intentions de vote de septembre 2026 montrent que les groupes intermédiaires, auxquels s’ajoutent les humanistes, constituent les principaux espaces où l’affrontement entre les deux blocs reste le plus ouvert.
Le scénario du second tour accentue encore la concentration des choix au sein des deux pôles de l’espace électoral. Dans le sondage de septembre, Lula recueille entre 96 % et 100 % des intentions de vote dans les cinq groupes les plus progressistes, tandis que Flávio Bolsonaro atteint 100 % chez les conservateurs, les éco-libéraux, les anti-assistanat, les restaurateurs, les libéraux, les traditionalistes et les autoritaires. Douze groupes de valeurs sur seize présentent ainsi des intentions de vote presque unanimement orientées vers l’un des deux candidats. Cette association, qui ne repose sur aucune variable électorale, souligne la force du lien entre systèmes de valeurs et choix déclarés.
Les choix se révèlent relativement partagés dans quatre groupes qui se trouvent ainsi plus disputés et devraient pour cette raison constituer les arbitres de l’élection. Lula recueille 63 % des intentions de vote chez les humanistes et 75 % chez les défiants. Flávio Bolsonaro atteint, pour sa part, 75 % chez les Modérés et 81 % chez les Réfractaires. Le degré d’ouverture de ces groupes est ainsi en réalité très limité, mais c’est dans cet interstice que le scrutin pourrait se jouer.
On peut compléter cette lecture par clusters en regardant les préférences au second tour selon le candidat choisi au premier.
Parmi les personnes ayant choisi Augusto Cury au premier tour, 57 % déclarent préférer Lula dans le duel testé, et 43 % Flávio Bolsonaro. Les soutiens de Renan Santos et de Ronaldo Caiado s’orientent davantage vers Flávio Bolsonaro, respectivement à 70 % et 75 %, ce qui est cohérent avec l’orientation de ces candidats.
Le principal enseignement de notre étude est de montrer que l’affrontement entre les deux principales offres politiques brésiliennes repose sur des logiques sociales et culturelles très profondes et puissantes. La polarisation électorale n’est donc pas uniquement, ni même principalement, le produit de la confrontation entre deux personnalités ou deux appareils politiques, même si ceux-ci y participent par les thématiques qu’ils mettent en avant. Elle s’enracine en réalité dans des systèmes de valeurs cohérents, associés à des univers sociaux distincts. Les positions sur les mœurs, l’autorité, la sécurité et la redistribution ont tendance à se superposer, produisant une polarisation intense qui se traduit par une répartition des choix électoraux.
Dans le même temps, deux grands blocs ne signifient pas deux électorats parfaitement homogènes. La religion, le rapport à l’environnement ou la place de l’État distinguent également les groupes à l’intérieur de chaque ensemble. Les humanistes rappellent par exemple qu’une pratique catholique intense peut coexister avec des positions ouvertes sur les questions de société. Les Éco-Libéraux montrent qu’un soutien aux privatisations peut aller de pair avec la protection de l’Amazonie. Une position intermédiaire dans l’espace des valeurs ne fait pas automatiquement de l’électeur un partisan du centre, surtout dans un contexte où la logique du vote utile incite de nombreux électeurs à choisir entre les deux candidats en lice pour la victoire finale.
La force des appartenances et des valeurs joue ainsi un rôle particulièrement décisif dans cette société polarisée qu’est le Brésil de 2026, l’une des plus polarisées que nous ayons étudié, comme le révèle la quasi-parfaite homogénéité électorale de 12 des 16 clusters, ainsi que le caractère faiblement ouvert des 4 clusters les moins polarisés. Mais l’élection se jouera précisément dans ces quatre groupes du milieu, ceux qui sont les moins positionnés sur le grand clivage macro-attitudinal qui divise le pays.
Sources
- Sondage réalisé par Cluster17 du 21 au 24 septembre 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 013 répondants Brésiliens pour Le Grand Continent.
- Cet article s’appuie sur deux études de Cluster17 réalisées auprès d’échantillons représentatifs de l’électorat brésilien, constitués selon la méthode des quotas et redressés en fonction du vote à la dernière élection présidentielle, en 2022. Étude de structure : 3 546 répondants, du 15 janvier au 17 mai 2026. Elle a servi à construire la typologie en seize clusters à partir de trente propositions. Toutes les données sur la structure de l’électorat, les valeurs, les profils sociodémographiques et religieux des clusters, ainsi que le tableau des souvenirs de vote de 2022, proviennent de cette étude. Sondage électoral : 1 013 répondants, du 21 au 24 septembre 2026. Il est utilisé pour les intentions de vote de premier et de second tour en 2026 et pour leur composition, notamment par cluster et selon le choix déclaré au premier tour.
- Cette première étude fournit l’ensemble des données présentées ci-dessous sur les valeurs et les profils des seize clusters. Les intentions de vote de septembre seront examinées séparément, dans la dernière partie de l’article.
- Amory Gethin et Marc Morgan, « Democracy and the Politicization of Inequality in Brazil, 1989-2018 », World Inequality Lab Working Paper, n° 2021/07, 2021.
- Gabriela Tarouco, « Esquerda, direita e eleições presidenciais no Brasil », Estudos Avançados, vol. 36, n° 106, 2022, DOI : 10.1590/s0103-4014.2022.36106.008.
- IBGE, Censo Demográfico 2022. Religiões : resultados preliminares da amostra, Rio de Janeiro, Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística, 2025.
- Amy Erica Smith, Religion and Brazilian Democracy : Mobilizing the People of God, Cambridge, Cambridge University Press, 2019.
- Banque mondiale, Indice de Gini – Brésil, World Development Indicators / Poverty and Inequality Platform.
- Joana Silva, Rita Almeida et Victoria Strokova, Sustaining Employment and Wage Gains in Brazil : A Skills and Jobs Agenda, Washington, DC, World Bank, 2015.
- Catherine Reyes-Housholder et Leslie A. Schwindt-Bayer, « Gender and Presidential Vote Choice in Latin America », British Journal of Political Science, vol. 55, 2025, e180, DOI : 10.1017/S0007123425101117.
- Amy Erica Smith et Taylor C. Boas, « Religion, Sexuality Politics, and the Transformation of Latin American Electorates », British Journal of Political Science, vol. 54, n° 3, 2024, p. 816-835, DOI : 10.1017/S0007123423000613.
- Layton, Smith, Moseley et Cohen, art. cit.