À quoi sert la géopolitique ?
Le Grand Continent •
Le Grand Continent lance un nouveau format : les leçons du soir à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.
Le premier cycle proposera une « Introduction à la géopolitique » en huit séances qui fourniront les bases pour s’orienter dans la carte d’un monde qui change chaque jour, en s’appuyant sur l’atelier de la revue.
Les leçons seront données par Florian Louis, docteur en histoire de l’École des hautes études en sciences sociales, agrégé d’histoire, professeur en classes préparatoires aux grandes écoles pendant dix ans, auteur d’une dizaine d’ouvrages de référence sur la géopolitique.
Ces leçons sont payantes. Il est possible de s’inscrire à chaque séance individuellement ou au cycle dans son intégralité en cliquant ici.
Guerre en Ukraine, rivalité sino-américaine, recomposition des équilibres au Moyen-Orient, montée en puissance des puissances dites « intermédiaires » : autant de phénomènes qui exigent de replacer les rapports de force, les territoires et les représentations que s’en font les acteurs au cœur de l’analyse. La géopolitique offre précisément cet outillage intellectuel, en articulant données spatiales, jeux d’acteurs et dynamiques de puissance pour éclairer un monde en pleine mutation.
Mais cette discipline, encore récente dans sa forme académique et longtemps marquée par des usages contestés, ne saurait être mobilisée sans discernement. Son histoire — des origines allemandes de la Geopolitik aux réélaborations françaises portées notamment par Yves Lacoste — révèle des trajectoires intellectuelles contrastées, parfois instrumentalisées à des fins idéologiques, qu’il importe de connaître pour en comprendre les apports comme les limites. Il convient donc, pour en tirer pleinement profit, d’être au clair sur sa nature exacte : qu’est-ce qui distingue la géopolitique des relations internationales ou de la géostratégie ? Quelle est son originalité épistémologique, et quelle plus-value apporte-t-elle par rapport aux autres grilles d’analyse des phénomènes internationaux ?
Il s’agit également d’en maîtriser les méthodes et les instruments : analyse multiscalaire (du local au mondial), étude des représentations et des discours, cartographie critique, prise en compte des rivalités de pouvoir sur des territoires disputés. Cette première séance reviendra ainsi sur l’histoire de la discipline, sur son originalité par rapport aux approches voisines, sur la plus-value qu’elle apporte à la compréhension du monde contemporain, et sur les concepts fondamentaux — territoire, puissance, acteur, représentation, échelle — qui constituent le socle de toute analyse géopolitique rigoureuse.
En quelques années, l’ordre international construit au sortir de la Seconde Guerre mondiale, puis consolidé et étendu à la faveur de la fin de la guerre froide, s’est brisé. Fondé sur la primauté d’un droit international et d’un multilatéralisme conçus et défendus par la puissance hégémonique états-unienne, il semblait promettre un horizon de stabilité durable, voire pour les plus optimistes, la fin des grands affrontements entre puissances. Cette illusion a vécu.
La Russie a fait resurgir la guerre de haute intensité au cœur même de l’Europe, tandis que les États-Unis, absorbés par leur rivalité stratégique croissante avec la Chine, opèrent un désengagement progressif de ce théâtre et, plus largement, de leur rôle traditionnel de garant de l’ordre mondial. Ce retrait américain aujourd’hui pleinement assumé laisse un vide que d’autres acteurs, étatiques ou non, s’empressent de chercher à combler à leur profit.
Tiraillé entre un ancien monde en déclin et un nouveau encore en gestation et dont les contours demeurent flous et les rapports de force incertains, notre environnement géopolitique est soudainement devenu confus, instable et menaçant. Les repères qui structuraient hier encore notre lecture du monde — frontières, blocs, alliances, sphères d’influence — se recomposent sous nos yeux à un rythme accéléré, rendant l’analyse plus complexe mais aussi plus indispensable. Pour faire face à cette accélération de l’histoire, à cette multiplication des foyers de crise et à cette remise en cause des équilibres établis, disposer de repères géopolitiques clairs s’avère plus que jamais indispensable.
Ce cycle ambitionne précisément de proposer un tour d’horizon rigoureux des outils conceptuels, des méthodes d’analyse et des grands enjeux géopolitiques qui structurent notre temps. Il examinera les logiques de puissance des grands acteurs internationaux, les recompositions territoriales et les rivalités d’influence qui en découlent, ainsi que les nouveaux espaces de confrontation — qu’ils soient numériques, spatiaux ou économiques — qui redessinent la carte de la puissance à l’échelle mondiale. En croisant approches théoriques et études de cas concrètes, cet atelier entend donner à chacun les moyens de penser, de s’orienter et d’agir par lui-même et avec discernement dans un monde en pleine mutation dans lequel la maîtrise de solides grilles de lecture géopolitique constitue un enjeu citoyen à part entière.
Cet atelier est conçu comme une introduction aux outils et aux savoirs fondamentaux de l’analyse géopolitique. Il propose de s’approprier une démarche rigoureuse — croiser les échelles d’analyse, interroger les représentations et les rapports de force, confronter les discours des acteurs — pour décrypter les tensions et les recompositions qui traversent le monde contemporain.
Il s’adresse au grand public curieux et désireux de mieux comprendre les grands enjeux géopolitiques actuels. Il y acquérera des clés de lecture rigoureuse et accessibles pour aborder l’actualité internationale avec plus de recul et d’esprit critique.
Cet atelier est conçu et dispensé par Florian Louis, docteur en histoire de l’École des hautes études en sciences sociales, agrégé d’histoire, professeur en classes préparatoires aux grandes écoles pendant dix ans, aujourd’hui directeur des archives et des recherches historiques de l’Institut d’études géopolitiques avancées lancé par le Grand Continent à l’École normale supérieure. Florian Louis est l’auteur de nombreux ouvrages de référence, parmi lesquels :