Malgré les progrès scientifiques, les singes de laboratoire restent indispensables dans de nombreux domaines de la biotechnologie : les macaques rhésus et cynomolgus partagent avec l’humain une physiologie bien plus proche que celle des rongeurs, que ce soit au niveau immunitaire, cérébral ou organique.
Pour cette raison, le prix de ces primates – et donc leur disponibilité – constitue un précieux indicateur du futur portefeuille de médicaments en cours d’essais cliniques.
- Suite à l’interdiction par l’Inde en 1978 de l’exportation de macaques rhésus, les éleveurs chinois ont massivement investi pour répondre à la demande internationale.
- Dans les décennies qui ont suivi, Pékin s’est imposé comme le premier exportateur au monde, fournissant près d’un tiers des macaques exportés entre 2015 et 2021.
- Le prix de chaque individu était alors relativement bas, autour de 4 000 dollars pour un macaque chinois en 2019 1.
- C’est ce qui a permis à plusieurs pays, notamment aux États-Unis, de s’en servir pour résoudre des questions de recherche, et notamment de tester des vaccins.
En 2020, après la pandémie de coronavirus – pour lequel tous les principaux vaccins autorisés aux États-Unis ont été testés sur des singes –, Pékin a subitement arrêté ses exportations, officiellement pour prévenir la propagation de maladies zoonotiques potentielles. Les États-Unis, qui comptent pour plus d’un tiers des essais cliniques dans le monde, se sont alors tournés vers d’autres fournisseurs, notamment le Cambodge.
- Les standards des éleveurs cambodgiens sont toutefois beaucoup moins élevés, et disposent d’un écosystème moins vaste et institutionnalisé que la Chine.
- Cela pose un problème pour les essais cliniques, qui requièrent une traçabilité irréprochable, notamment pour identifier les agents pathogènes auxquels les individus pourraient avoir été exposés.
- La fin des exportations de macaques chinois coïncide avec une forte augmentation du nombre d’essais cliniques réalisés en Chine, portée par une réforme réglementaire lancée en 2016 2.
En 2024, la Chine a réalisé presque autant d’essais cliniques que les États-Unis, tandis que la part de l’Europe a été divisée par deux en 15 ans.
- La forte hausse du prix des singes en Chine, multiplié par 7,5 depuis 2019, reflète l’explosion de la demande de la recherche pharmaceutique, notamment face à une offre structurellement limitée par un cycle de reproduction très lent.
- Aux États-Unis, le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., avait appelé fin 2025 à mettre fin à l’importation de singes utilisés pour la recherche scientifique, invoquant la faible fiabilité prédictive des modèles animaux.
- Les États-Unis utilisent environ 70 000 singes par an pour mener des études sur les maladies infectieuses, les affections neurodégénératives et les vaccins notamment 3.
- Une telle décision pourrait avoir un impact considérable sur le leadership américain en matière de recherche pharmaceutique – dont la Chine pourrait tirer profit.
Sources
- Eleanor Olcott et Wang Xueqiao, « Lab monkey prices plunge in China as drug research slows », Financial Times, 1er mars 2014.
- Nick Corvino, « The Monkey Supply Chain », ChinaTalk, 14 juillet 2026.
- David Grimm, « Kennedy ‘deeply committed to ending animal experimentation’ », Science, 22 décembre 2025.