La part de l’Europe dans les satellites lancés en orbite a considérablement reculé depuis le début des années 2010. Alors qu’un peu plus d’un satellite sur cinq lancé dans le monde en 2011 était européen (20,7 %), soit une part proche de celle des États-Unis (22,1 %), ce chiffre est tombé à seulement 0,3 % l’an dernier.
En 2025, les États-Unis ont ainsi mis plus de 4 000 satellites en orbite, la Chine 387, la Russie 99, et les pays européens 13.
- Selon un rapport publié aujourd’hui, mercredi 9 septembre, par l’OCDE, 109 pays ont lancé au moins un satellite en orbite au cours de leur histoire 1.
- Cette accélération résulte notamment du développement des nanosatellites CubeSats, des lancements commerciaux en cotransport, et de la disponibilité croissante de technologies satellitaires prêtes à l’emploi.
- Si l’économie spatiale s’est mondialisée ces dernières années, l’accès aux lancements reste toutefois très concentré, principalement aux États-Unis.
Seulement 12 pays dans le monde sont capables de lancer eux-mêmes des satellites dans l’espace avec leurs propres lanceurs. Les deux derniers pays à avoir rejoint ce club sont la Nouvelle-Zélande, en 2018, et la Corée du Sud, en 2022. Deux pays européens en font partie : la France, depuis 1965, et le Royaume-Uni, depuis 1971.
- Au-delà de l’accès aux technologies et des financements disponibles, la fabrication de satellites, de lanceurs et des équipements au sol est exposée à des risques liés à l’accès aux matières premières.
- Pour près de la moitié des matériaux critiques utilisés dans la fabrication spatiale (14 sur les 29 retenus par l’OCDE), un seul pays – le plus souvent la Chine – concentre au moins les deux tiers de la production mondiale.
Le développement de technologies et de capacités européennes souveraines en matière spatiale devrait être mis en avant durant le premier Sommet international sur l’Espace, qui s’ouvre aujourd’hui, mercredi 9, à Paris.
- La rencontre, co-présidée par la France et l’Allemagne – qui sera finalement représentée par les ministres de la Défense, Boris Pistorius, et de l’Espace, Dorothee Bär, suite au désistement de Friedrich Merz – , devrait réunir 120 délégations étrangères, dont plusieurs chefs d’État et de gouvernement, des scientifiques, des entreprises du secteur, des investisseurs et des militaires.
- En novembre 2025, lors de l’annonce de la tenue de l’événement, Emmanuel Macron avait dit vouloir « rassembler les Européens autour d’une ambition commune » et « construire une vision partagée de la place de l’Europe sur la carte des puissances spatiales mondiales à l’horizon 2035 ».
Cette ambition est toutefois menacée par la concurrence croissante entre Paris et Berlin, notamment en matière de lanceurs.
- La semaine dernière, une start-up allemande, Isar Aerospace, a réussi le premier lancement orbital commercial depuis le sol européen en faisant décoller une fusée de 28 mètres depuis la Norvège
- L’émergence de petits lanceurs alternatifs – Isar, mais aussi l’allemand RFA, qui prévoit un premier lancement d’ici la fin de l’année, ou l’espagnol PLD Space – pourrait favoriser l’innovation et compléter l’offre du programme européen Ariane, dominé par la France
- Le risque est toutefois de disséminer les investissements requis pour créer un concurrent aux entreprises américaines et chinoises, SpaceX en tête, qui prévoit de lancer jusqu’à 10 000 fusées par an dès 2030.
Sous la pression de la Maison-Blanche, quatre entreprises américaines du secteur, dont SpaceX et Blue Origin, fondé par Jeff Bezos, ont annulé leur participation à l’événement. L’administration Trump aurait averti plusieurs acteurs américains qu’une participation au sommet « pourrait être perçue comme un soutien tacite aux positions politiques de l’Union ».
Sources
- The Space Economy at a Glance 2026, OCDE, 9 septembre 2026.