À partir d’aujourd’hui, samedi 4 juillet 2026, la République islamique d’Iran entame une semaine de commémorations à la mémoire d’Ali Khamenei, guide suprême du pays de 1989 à 2026, mort dans les frappes américaines le 28 février.

  • Les funérailles ont commencé à Téhéran aujourd’hui, après un sermon religieux prononcé hier, vendredi 3 juillet. 
  • Le cercueil d’Ali Khamenei restera à la mosquée Mosalla de Téhéran samedi et dimanche, puis sera conduit lundi dans les quartiers est de la ville, en passant par la place de l’Imam Hossein, la rue de la Révolution et la rue de la Liberté. 
  • Mardi, il sera transporté à Qom, centre de la formation religieuse, au sud de Téhéran, puis, mercredi, en Irak, à Najaf, où se trouvent les sépultures de la plupart des imams chiites, et enfin, jeudi, à Mashhad, sa ville de naissance, au nord-est de l’Iran. Il s’agit également de la ville du mausolée de l’imam Reza, huitième imam du chiisme duodécimain et le seul enterré sur le sol iranien. 
  • Le passage par Najaf illustre la volonté de l’Iran d’étendre son influence régionale sur les populations chiites en dehors de ses frontières, alors que l’autorité religieuse d’Ali Khamenei n’est pas reconnue par les grands ayatollahs irakiens 1
  • Enfin, les funérailles ont lieu une dizaine de jours après la grande fête religieuse annuelle du chiisme, Achoura, qui s’est déroulée les 24 et 25 juin et qui commémore le massacre de l’imam Hossein lors de la bataille de Kerbala, en 680, perpétré par les partisans du califat omeyyade. La succession de ces deux événements vise à établir un parallèle entre la mort de l’imam Hossein et celle d’Ali Khamenei. 

Cette semaine de célébrations vise principalement à montrer et à mettre en scène la résilience du pays et du régime face à la guerre menée par les États-Unis et Israël depuis le 28 février. 

  • Selon les autorités, entre 12 et 15 millions de personnes sont attendues pour les célébrations. 
  • Le gouvernement iranien espère également en faire un moment de démonstration de force diplomatique et a annoncé la venue de chefs de gouvernement de pays alliés, comme le Pakistan, l’Irak ou le Tadjikistan, ainsi que d’officiels d’une centaine d’autres pays, dont la Chine et la Russie 2.
  • Des mesures exceptionnelles ont été prises, comme lors des grandes cérémonies chiites : les transports publics sont gratuits et des milliers de stands distribuant de la nourriture et des boissons ont été installés dans les rues. 
  • Cette stratégie d’occupation des rues, mise en œuvre après le massacre de populations civiles de janvier 2026, illustre la nouvelle doctrine d’une partie des autorités iraniennes : assouplir les interdictions pesant sur la population (port du voile, chant féminin, certains musiciens hostiles au régime) pour prévenir de nouvelles contestations, alors que la répression politique continue : mercredi, 1er juillet, les forces de sécurité iraniennes ont arrêté deux activistes écologistes de premier plan, Houman Jokar et Sepideh Kashani.

Mais les funérailles d’Ali Khamenei seront surtout un moment de vérité : elles permettront de mesurer l’ampleur du soutien populaire au régime et la capacité de l’État à canaliser une foule aussi nombreuse, dont les slogans ne peuvent être contrôlés.

  • Un grand succès des funérailles pourrait produire deux effets opposés : un sursaut d’hostilité aux négociations en cours avec les États-Unis, au nom de la vengeance du « martyr » Khamenei — ou au contraire une cohésion nationale renforcée derrière les négociateurs, pour reconstruire le pays 3
  • Tout au long de la matinée du 4 juillet à Téhéran la foule a scandé des slogans : « Mort à l’Amérique » et « Que la malédiction de Dieu s’abatte sur Israël ».
  • Les tensions sont en effet vives entre les négociateurs et une partie de l’appareil politique, qui dénonce un rapprochement trop rapide avec les États-Unis. La télévision iranienne a ainsi diffusé le 2 juillet une version tronquée d’un entretien avec Mohammad Ghalibaf, coupant les passages où il répondait aux attaques des ultraconservateurs 4. Hassan Rahimpour-Azghadi, une personnalité publique influente du camp ultraconservateur, a déclaré lors d’un rassemblement à Téhéran : « Je crache sur cette époque où l’on tue notre guide et où l’on parle ensuite de paix avec les États-Unis. »
  • Si tous les dirigeants du régime se sont rassemblés hier pour le sermon religieux, le nouveau Guide, Mojtaba Khamenei, reste pour l’instant absent : il n’a pas été vu en public depuis sa nomination en mars.
Sources
  1. Sur la politique iranienne au-delà des frontières de l’Iran, voir les travaux de Fariba Adelkhah et notamment Les 1001 frontières de l’Iran. Quand les voyages forment la nation, Karthala, 2012.
  2. Parisa Hafezi, Jana Choukeir, « Khamenei lies in state in Tehran as Iran begins week of funeral ceremonies », Reuters, 3 juillet 2026.
  3. Najmeh Bozorgmehr, « Iran’s mega-funeral for slain supreme leader », The Financial Times, 3 juillet 2026.
  4. « ماجرای قطع مصاحبه قالیباف در شبکه خبر », Fars News, 2 juillet 2026.