Après un in memoriam signé par son élève Béatrice Giblin et la publication de son dernier texte présenté lors d’un colloque scientifique organisé par la revue, nous publions cette longue étude rédigée par le directeur des archives et des études historiques de l’Institut géopolitique de l’ENS.

Dans un passage célèbre de ses Tristes Tropiques (1955), Claude Lévi-Strauss relate la réaction des Indiens Nambikwara à l’irruption de l’écrit dans leur univers, jusqu’alors cantonné à l’oralité. La plupart d’entre eux s’échinent vainement à maîtriser la lecture et l’écriture. Mais l’un de leurs chefs, Júlio, se contente de produire avec aplomb d’illisibles gribouillis qu’il tend d’un air entendu à ses interlocuteurs européens. En faisant mine d’être alphabétisé, il assoit un peu plus son pouvoir sur la masse de ses subordonnés illettrés. Une scène qui conduit l’ethnologue à se lamenter de voir le potentiel émancipateur dont recèle le savoir graphique désamorcé et détourné au service de l’oppression. Parce que « sa science s’accompagne de puissance », celui qui maîtrise ou, dans le cas de Júlio, feint de maîtriser l’écriture, « a prise sur les autres ». L’écriture semble ainsi paradoxalement « favoriser l’exploitation des hommes avant leur illumination » 1.

Ce scandale d’un savoir qui opprime plutôt que d’émanciper n’est pas propre à l’écriture. Il est au cœur du petit livre au grand retentissement qui, en 1976, impose Yves Lacoste en trublion de la géographie française. Dans La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, paru dans la fameuse « Petite collection » des éditions François Maspero, il s’en prend avec virulence à sa propre corporation, inquiet de voir que la science dont il fait profession peut servir à soumettre ceux-là mêmes qu’elle devrait au contraire libérer. Il critique en particulier le caractère hors-sol et autotélique de l’enseignement géographique dispensé dans la France des années 1970 : « On va à l’école pour apprendre à lire, à écrire et à compter. Pourquoi pas pour apprendre à lire une carte ? » 2 Question rhétorique à laquelle il a tôt fait de répondre : « La carte doit rester la prérogative de l’officier, et l’autorité qu’en opération il exerce sur ‘ses hommes’ ne tient pas seulement au système hiérarchique, mais au fait que lui seul sait lire la carte et peut décider des mouvements, alors que ceux qu’il a sous ses ordres ne savent pas » 3

Un propos qui résonne avec le portrait à charge de l’officier Pinçon brossé par Louis-Ferdinand Céline au début de son Voyage au bout de la nuit : « Avec sa tête de pêche pourrie, ses quatre galons qui lui scintillaient partout de sa tête au nombril, ses moustaches rêches et ses genoux aigus, et ses jumelles qui lui pendaient au cou comme une cloche de vache, et sa carte au 1/1 000 donc ? Je me demandais quelle rage d’envoyer crever les autres le possédait celui-là ? Les autres qui n’avaient pas de carte » 4. À l’image de la graphie utilisée par le chef Nambikwara pour imposer son autorité aux siens plutôt que pour les éclairer, le savoir géographique était, selon Lacoste, confisqué puis détourné à leur profit par les dominants qui le monopolisaient pour mieux maintenir leur pouvoir et leurs privilèges.

Toute l’entreprise scientifique d’Yves Lacoste, par définition militante, trouve son origine dans ce constat du caractère potentiellement oppressif du savoir géographique dès lors qu’il est placé entre les seules mains d’une minorité de privilégiés qui s’en réserve la maîtrise et l’usage. D’où le désir de démocratiser cet usage, afin de le convertir en un outil d’émancipation citoyenne au service du plus grand nombre.

De l’utilité de la géographie

Cette foi en la capacité de la géographie à changer la vie, voire à la sauver, vient de loin. Peut-être peut-on en trouver les racines en juin 1940. L’irruption des troupes allemandes aux portes de Paris vient bousculer la vie du jeune Yves Lacoste, alors âgé de onze ans, le jetant avec sa famille sur les routes saturées de l’exil : « pour éviter la nationale 20, bloquée par le flot de ce qu’on nommera bientôt ‘l’exode’, nous en sortons à la tour de Montlhéry et nous dirigeons vers le sud par les petites routes. Elles présentent plusieurs avantages : pas trop encombrées, elles sont bordées de garages qui ont encore de l’essence » 5. Ce souvenir d’enfance est sans doute présent à l’esprit d’Yves Lacoste lorsque, dans son livre de 1976, il choisit l’exemple des embouteillages pour illustrer les bienfaits très concrets qu’une démocratisation du savoir géographique ne manquerait pas de provoquer : « La paralysie totale de la circulation (…) qui se répète de plus en plus fréquemment lors des migrations estivales, lors des grands week-ends, prend d’évidence les dimensions de l’absurde, lorsqu’on sait qu’il y a des centaines de kilomètres de routes libres, de part et d’autre de l’axe paralysé par la file interminable de voitures. Mais la plupart des automobilistes n’osent pas s’y engager, ou n’imaginent même pas pouvoir les utiliser, même s’ils disposent de toutes les cartes nécessaires pour se guider dans ce réseau. Mais elles ne leur sont d’aucune utilité puisque, malgré l’aide de multiples panneaux indicateurs, ils ne savent même pas lire ces cartes routières, pourtant bien simples et bien commodes » 6. Plus grave que la simple perte de temps provoquée par la congestion du trafic automobile, l’ignorance géographique peut même avoir des conséquences fatales : Lacoste prend pour exemple la fin tragique de Che Guevara et de ses compagnons, morts d’avoir cru que « toutes les montagnes boisées d’Amérique latine » étaient « l’équivalent stratégique de la Sierra Maestra » 7.

Le « petit livre bleu » (ainsi surnommé en raison de la couleur de sa couverture) est aujourd’hui trop souvent mal compris. Beaucoup cité mais peu lu, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, n’est pas ce plaidoyer en faveur de la géopolitique — le mot n’y apparaît qu’à cinq reprises et sous un jour réprobateur — auquel on le résume parfois téléologiquement. Si l’expression « faire la guerre » est celle qui retient généralement l’attention des commentateurs, c’est bien plutôt le « ça sert » qui la précède qui concentre l’essentiel de sa charge novatrice et polémique. L’objectif d’Yves Lacoste est en effet d’y dénoncer ce qu’il appelle « la géographie des professeurs ». Autrement dit, la géographie dominante d’alors, réduite à un corpus de connaissances abstraites apprises par cœur par des élèves dont on ne se soucie aucunement de l’usage qu’ils peuvent en avoir. Le risque est que cette discipline devienne inutile et que les élèves finissent par s’en détourner. Un état de fait qu’Yves Lacoste tentera très concrètement de corriger en dirigeant des années durant une collection de manuels scolaires de géographie aux éditions Nathan.

Lorsque Lacoste plaide en faveur d’une géographie qui soit utile, il n’y a aucune intention chez lui de l’enrégimenter ou de l’instrumentaliser, au sens où Lucien Febvre pouvait s’inquiéter qu’une histoire qui sert ne devienne « une histoire serve » 8. Il entend simplement la démocratiser, afin d’éviter qu’elle ne serve qu’à quelques-uns, qui en usent pour asservir les autres. Pour Yves Lacoste, il faut faire en sorte que la géographie soit utile au plus grand nombre plutôt qu’à une poignée d’initiés. Le cœur de la révolution lacostienne, telle qu’elle s’opère dans l’opuscule de 1976, réside dans cette conception tout à la fois utilitaire, démocratique et émancipatrice du savoir géographique : il faut « savoir penser l’espace pour pouvoir s’y organiser, pour savoir y combattre » 9. Dans cet ouvrage, Lacoste se pose en héraut prométhéen de ce qu’on pourrait appeler, en écho au mouvement théologique qui lui est contemporain, une géographie de la libération, soucieuse d’arracher des mains des puissants un savoir stratégique qui, mis à la disposition du plus grand nombre, révélerait son potentiel subversif et serait en mesure de favoriser l’émancipation des masses opprimées. 

De Fès à Alger : « un colonial anticolonialiste » 10

Rien ne prédisposait Yves Lacoste à devenir le champion de cette géographie de combats au service des dominés. Né à l’hôpital militaire de Fès, le 7 septembre 1929, il passe les dix premières années de sa vie dans un Maroc encore marqué par le traumatisme de la guerre du Rif (1921-1926). Son père, le géologue Jean Lacoste (1901-1942), s’était installé là un an plus tôt avec femme et enfants pour servir les intérêts français. Chargé de lever une carte géologique des collines pré-rifaines pour le compte de la Résidence générale de France, Jean Lacoste met également son expertise au service de la Société chérifienne des Pétroles (SCP) puis du Bureau de recherches et participations minières (BRPM), dont il devient le géologue en chef en 1930. Ces différentes missions ont un même objectif : identifier et localiser précisément les richesses du sous-sol marocain pour mieux les exploiter. Atteint de tuberculose, il revient s’installer en France en 1939 avec sa femme et ses trois enfants. Jean Lacoste y meurt trois ans plus tard. 

Le jeune Yves rêve d’abord de suivre les traces de son père en devenant à son tour géologue. Mais ses résultats peu probants en mathématiques l’incitent à se lancer plutôt dans une licence de géographie, à la Sorbonne. Il y rencontre Camille Dujardin (1929-2016), qui deviendra son épouse. Licence de géographie en poche, il part avec elle effectuer fin 1949 une première recherche de terrain dans la plaine marocaine du Rharb. Toujours marqué par l’ombre tutélaire du père, il s’y initie à la géographie physique sous la conduite de Jean Dresch (1905-1994). Reçu premier à l’agrégation de géographie en 1952, il est affecté au lycée Bugeaud d’Alger. Il y enseigne à des classes essentiellement composées de jeunes Pieds-noirs. L’immersion dans l’univers colonial algérois, fort différent de celui qu’il a connu au Maroc, confirme son adhésion à la cause indépendantiste : « Il ne s’agissait plus d’une société coloniale en expansion comme au Maroc, mais d’une société coloniale vieillie (…) ; une société qui n’avait plus guère de contact avec la France et qui regardait avec suspicion les nombreux profs arrivant de métropole » 11

Lacoste adhère alors au Parti communiste algérien où il côtoie notamment le mathématicien Maurice Audin (1932-1957) et le médecin Sadek Hadjerès (1928-2022), qui lui fait découvrir l’œuvre d’Ibn Khaldoun (1332-1406) 12. Cette proximité avec des activistes indépendantistes lui vaut d’être rapatrié et muté en métropole à la fin de l’année scolaire 1955. Comme beaucoup d’autres, Lacoste quitte le Parti communiste l’année suivante. Mais, contrairement à la plupart de ses camarades, ce n’est pas la répression de l’insurrection de Budapest en novembre 1956 qui le convainc de rendre sa carte, mais le vote des députés communistes en faveur de l’octroi au gouvernement Mollet des pouvoirs spéciaux en Algérie, en mars.

De la géographie active à l’activisme géographique

À son retour en métropole en 1955, Yves Lacoste devient l’assistant de Pierre George (1909-2006) à l’Institut de géographie. C’est sous son impulsion qu’il se tourne progressivement vers la géographie humaine. Il consacre ses travaux aux problèmes du sous-développement dont il devient vite un spécialiste internationalement reconnu 13. La fréquentation de Pierre George renforce chez Lacoste le souci d’une géographie « active » : étudier la géographie du sous-développement n’a pour lui d’intérêt que dans la mesure où cela peut aider à le résorber. Aussi Yves Lacoste est-il particulièrement fier de sa contribution à la lutte contre l’onchocercose (cécité des rivières) en Haute-Volta (actuel Burkina Faso) en 1966 14. Dès 1964, Pierre George constatait en des termes qui préfigurent ceux dont usera Lacoste douze ans plus tard qu’« il est impossible aujourd’hui de faire de la bonne administration, à l’échelon public ou à l’échelon privé, sans une solide culture géographique ou sans le concours d’un géographe » et déplorait le fait que « la plupart des hommes appelés à prendre des responsabilités n’ont connu de la géographie que la forme élémentaire d’une géographie descriptive et énumérative scolaire, et ignorent ce qu’à la mesure de leurs besoins présents la géographie peut leur fournir » 15

La « géographie active » dont se réclame George et à laquelle souscrit le jeune Lacoste se distingue non seulement de l’inutile « géographie des professeurs » que dénoncera bientôt le second, mais aussi de la « géographie appliquée » promue à la même époque par Michel Philipponneau (1921-2008), Jean Tricart (1920-2003) et Jacqueline Beaujeu-Garnier (1917-1995) 16. Si ces derniers se soucient également de trouver des débouchés pratiques à la géographie en la faisant sortir des salles de classe et des amphithéâtres, c’est pour mieux la mettre au service des aménageurs et des entrepreneurs, bref des dominants, quand Pierre George et Yves Lacoste entendent au contraire en faire bénéficier les dominés. 

Sous l’impulsion d’Yves Lacoste, la géographie active dont se réclamait Pierre George se radicalise pour devenir une géographie activiste. Ceux qui la pratiquent doivent prendre garde à ce que leurs travaux ne servent pas à opprimer ou à exploiter les populations qu’ils étudient : « Le géographe doit être bien conscient qu’en analysant des espaces il fournit au pouvoir des renseignements qui permettent d’agir sur les hommes qui vivent dans ces espaces » et doit donc toujours « se demander à quoi peut servir et dans quel contexte politique s’inscrit la recherche qu’il entreprend ou qu’on lui demande d’entreprendre ». Il devrait même refuser de la mener « dans le cas où manifestement les renseignements qu’il fournirait serviraient à spolier ou à écraser une population » 17

Yves Lacoste est d’autant plus sensible aux usages potentiellement malintentionnés du savoir géographique qu’il a pu en constater de visu les effets dévastateurs lors du séjour qu’il effectue au Vietnam en 1972 pour documenter les bombardements orchestrés par l’U.S. Air Force aux abords des digues du fleuve Rouge, afin de les fragiliser 18. Des bombardements facilités par l’exploitation de l’étude exhaustive de la région qu’avait réalisée quatre décennies plus tôt le géographe français Pierre Gourou (1900-1999) 19, et préparés par un minutieux travail d’analyse : la géographie peut, littéralement, servir à faire la guerre. 

Reclus contre Vidal

En s’inquiétant de l’usage potentiellement oppressif du savoir géographique, Yves Lacoste s’attaque frontalement au « père » de l’école française de géographie, Paul Vidal de La Blache (1845-1918). Il l’accuse d’avoir, en instaurant le primat de la monographie régionale centrée sur l’étude des « genres de vie » ruraux, organisé l’« occultation de tout problème politique » par les géographes français 20. Une occultation qui ne devait rien au hasard mais témoignait selon Lacoste d’une volonté vidalienne délibérée de ne pas mettre le savoir géographique entre toutes les mains. 

Vidal de La Blache ne pouvait pas ignorer le potentiel hautement stratégique dont est porteur tout savoir géographique. C’est précisément pour cette raison qu’il se serait bien gardé de le diffuser au plus grand nombre. Il s’agissait d’éviter que le peuple n’en fasse un usage contraire aux intérêts de la classe dominante, à laquelle il appartenait. Une classe qui entendait bien « se réserver un tel savoir et éviter que la population soit en mesure de l’utiliser pour mieux s’organiser et se défendre » 21. Toute l’entreprise vidalienne aurait ainsi consisté en un effort délibéré de dissimulation et de désamorçage du potentiel émancipateur de la géographie. Une entreprise qui passe en premier lieu par sa dépolitisation : « Le malaise épistémologique originel de la géographie des professeurs, la transformation d’un savoir stratégique en un discours apolitique et ‘inutile’. Cela résulte pour une bonne part de l’influence des idées vidaliennes » 22

Plutôt que de Vidal de La Blache, qu’il fait tomber de son piédestal, Yves Lacoste se réclame de l’héritage d’Élisée Reclus (1830-1905). Ce géographe libertaire sut accorder toute sa place au politique dans ses analyses. Il « voulait que les citoyens deviennent aussi géographes pour être en mesure de mieux résister à l’oppression » 23. À la différence de Vidal de La Blache et de ses disciples, Reclus aurait seul « conservé à la géographie sa raison d’être, sa fonction politique, tout en opérant la rupture avec les intérêts des classes dirigeantes » 24. Raison pour laquelle il aurait été marginalisé par l’école vidalienne hégémonique dans l’université française : « Reclus qui est, en vérité, le plus grand géographe français, est complètement méconnu, alors que Vidal est considéré non seulement comme le fondateur de l’École géographique française, mais aussi comme le modèle dont il importerait de s’inspirer encore aujourd’hui. (…) En regard du modèle ‘vidalien’, du moins tel que le conçoit la corporation pour justifier son refus d’aborder les problèmes géopolitiques, l’œuvre d’Élisée Reclus constitue un autre modèle. Les géographes d’aujourd’hui devraient s’en inspirer pour mieux comprendre le monde et le rôle qui peut être le leur » 25. Pour Lacoste, Reclus avait très tôt compris la puissance politique potentielle du savoir géographique. C’est pourquoi son engagement anarchiste n’était pas sans lien avec son travail géographique, ce dernier étant envisagé comme un moyen d’œuvrer à la réalisation du premier.

Avec le temps, Yves Lacoste atténue ses attaques contre Vidal de La Blache dont il découvre tardivement l’essai de géographie politique qu’il avait consacré en 1917 à La France de l’Est : « À l’instar de la quasi-totalité des géographes, j’ai très longtemps ignoré l’existence de ce livre, et je ne connaissais de Vidal de La Blache que le Tableau de la géographie de la France (1905), que la corporation présentait comme le seul grand livre de son fondateur et comme le modèle du raisonnement géographique. Étant donné que cette conception de la géographie excluait en fait toute prise en compte des phénomènes politiques, c’est contre les idées de Vidal de La Blache que j’ai concentré mes critiques » 26

Critiques que Lacoste réoriente dès lors contre l’historien Lucien Febvre (1878-1956), coupable d’avoir, dans son livre de 1922 sur La Terre et l’évolution humaine, passé sous silence La France de l’Est pour mieux façonner une doxa vidalienne conçue de telle sorte que « les géographes ne se soucient que du ‘sol’, que des paysages, et qu’ils laissent aux historiens les problèmes de l’État et de la nation » 27. Autrement dit, les choses sérieuses. Et Yves Lacoste de s’insurger contre les géographes vidaliens qui, à l’image d’Emmanuel de Martonne (1873-1955), gendre et principal disciple de Vidal de la Blache, auraient docilement accepté « l’oukaze » febvrien, s’enfermant dans une inoffensive géomorphologie. Le tiers-mondiste qu’est alors Yves Lacoste se définit quant à lui avec malice comme un « géographe impérialiste » en ce sens qu’il considère qu’aucun sujet n’échappe à l’emprise de l’analyse géographique. 

Vers la géopolitique

La parution à la fin de l’année 1976 de La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, accompagne le lancement par Yves Lacoste quelques mois plus tôt, aux mêmes éditions Maspero, de la revue Hérodote. Le choix de baptiser une revue de géographie du nom de celui qui est, depuis Cicéron, tenu pour le « père de l’histoire », illustre la volonté lacostienne de rompre avec la vassalisation febvrienne de la géographie par l’histoire. Lacoste veut faire naître une géographie émancipée, ancrée dans les réalités de son temps et ne s’interdisant aucun sujet. 

Sous-titrée « Stratégies, géographies, idéologies », la revue reflète le bouillonnement intellectuel et militant vincennois post-soixante-huitard dont elle émane. Elle veut offrir une tribune à la géographie active et militante promue par Lacoste, avec pour ambition de « démontrer l’importance politique et stratégique d’une discipline jugée fastidieuse et cataloguée comme scolaire » 28. Dès le premier numéro, il y est question de lutter contre « la géographie dominante », accusée d’être « complice de l’ordre social/spatial établi, quand elle le légitime ou quand elle l’aménage ». Pour aider à renverser cet ordre établi, la rédaction d’Hérodote, composée de jeunes inconnus choisis par Lacoste parmi ses étudiants, prétend « mettre à profit nos outils, nos cartes, un certain savoir-faire, nous réapproprier la géographie pour l’utiliser à d’autres fins, à d’autres stratégies, pour l’enseigner autrement ». Et l’éditorial inaugural de conclure sur un ton belliqueux : « Nous ne réformons pas la géographie, nous la retournons contre nos adversaires. C’est d’une guérilla épistémologique qu’il s’agit (…). Cette géographie, en informant la pratique des militants, des syndicalistes et informée par elle, permettrait aux groupes dominés de mieux situer l’ennemi » et, ainsi, « de mieux connaître et de mieux choisir le terrain » sur lequel l’affronter 29.

À partir de 1982, Hérodote adopte un nouveau sous-titre : « revue de géographie et de géopolitique ». Un changement qui fait suite à la parution d’un numéro (25, deuxième trimestre 1982) intitulé « D’autres géopolitiques », qui s’ouvre sur un éditorial dans lequel Yves Lacoste s’explique sur son choix de recourir désormais à un terme qui « évoque automatiquement l’argumentation de l’expansionnisme hitlérien ». S’il ne nie pas que la « géopolitique » a pu servir l’impérialisme, il estime que ce n’est pas là une raison de s’en détourner. Il y voit plutôt une incitation à s’y adonner pour mieux la retourner contre ceux qui en font un mauvais usage : « La géopolitique, ce n’est pas seulement des considérations d’envergure planétaire sur les stratégies des superpuissances, c’est aussi les raisonnements qui peuvent aider à résister à leur hégémonie (…). Certes, il est des discours géopolitiques impérialistes qui justifient l’annexion, la domination, les ambitions territoriales. Mais à ces discours (…) peuvent et doivent être opposés des raisonnements anti-impérialistes qui justifient l’indépendance, l’autonomie, des raisonnements libertaires qui sont tout autant de la géopolitique » 30

Contribuant à diffuser et à populariser la géopolitique, Lacoste s’impose progressivement comme la principale incarnation d’une discipline devenue à la mode, à laquelle il offre une double caution universitaire et de gauche. Enseignant depuis sa création en 1968 à l’université Paris VIII, d’abord sise à Vincennes, ensuite à Saint-Denis, il y crée en 1989 le Centre de recherches et d’analyses géopolitiques (CRAG), ancêtre de l’Institut français de géopolitique (IFG) créé en 2002 par Béatrice Giblin, sa disciple, qui a également repris les rênes de la revue Hérodote

Quelle géopolitique ?

Que recouvre au juste la « géopolitique » remise au goût du jour par Yves Lacoste ? Elle n’a plus grand-chose à voir avec la géopolitique classique qui cherchait à identifier les soubassements géographiques de la puissance étatique pour mieux dégager des schèmes d’action en vue de l’établissement d’une domination planétaire : « Il ne s’agit (…) pas de science, ni d’une recherche de lois, mais d’un savoir penser l’espace terrestre et les luttes qui s’y déroulent, pour essayer de mieux percer les mystères de ce qui est en train de se passer afin d’agir plus efficacement » 31

Pour Lacoste, entre dans le champ de la géopolitique « tout ce qui concerne les rivalités de pouvoirs ou d’influences sur des territoires et des populations qui y vivent » 32. Tout conflit ayant pour objet la maîtrise d’un espace relève selon lui de la géopolitique. Aussi cette dernière, dans la conception qu’il s’en fait, devrait plus rigoureusement être désignée comme une « géo-polémologie » : une étude de la conflictualité sous l’angle de son inscription dans l’espace. 

Alors que la géopolitique classique envisageait l’espace comme une source de puissance dont les États se disputaient la maîtrise, la géopolitique lacostienne le pense d’abord comme l’objet d’une lutte entre de multiples acteurs — pas nécessairement de nature étatique — désireux de s’en rendre maîtres. Les conflits territoriaux ne s’expliquent pas toujours, et en tout cas pas uniquement, par la valeur intrinsèque des espaces disputés, comme le postule la géopolitique classique. Les raisons de leur appropriation peuvent donc être multiples. Souvent, c’est du côté de leur valeur symbolique qu’il convient de regarder pour les comprendre. D’où l’attention accordée par Lacoste aux « représentations » que les acteurs en conflit se font des espaces qu’ils se disputent. Pour comprendre pourquoi ils convoitent un territoire, il ne faut pas seulement s’intéresser à la matérialité intrinsèque de celui-ci, mais aussi à la conception qu’ils s’en font. L’investissement subjectif d’un espace par un groupe d’individus serait bien plus important que sa nature objective pour rendre compte des rivalités dont il fait l’objet et, plus encore, des motivations et des modalités d’actions qui entrent en concurrence en vue de sa maîtrise : « La prise en compte, pour chaque situation géopolitique, des représentations contradictoires qui s’opposent ne relève pas du seul souci d’objectivité ; elle traduit le désir de comprendre des comportements qui peuvent paraître parfois absurdes, suicidaires ou monstrueux » 33

Là où la géopolitique classique partait de la nature de l’espace pour rendre compte de l’action politique des sociétés humaines, la géopolitique lacostienne part, au contraire, des représentations contradictoires dont sont porteuses chacune de ces sociétés pour comprendre les modalités de leur rapport à l’espace en question. Par l’étude des représentations, il s’agit, au nom d’une certaine logique wébérienne, de se mettre dans la tête des belligérants pour parvenir à saisir le sens de leurs conduites. Dans une perspective lacostienne, expliquer un conflit territorial ne nécessite donc pas seulement de connaître objectivement le territoire disputé, mais aussi les raisons subjectives qui font qu’il l’est. Ce faisant, Lacoste parachève la transition d’une géopolitique classique encore ancrée dans les sciences naturelles à une géopolitique moderne pleinement inscrite dans le champ des sciences humaines et sociales, sans négliger pour autant le champ de la géographie physique. La géopolitique lacostienne demeure pleinement géographique par son attention aux différentes échelles dont sont redevables les conflits. Ce que tentent de rendre visibles les « diatopes », ces représentations cartographiques originales superposant différentes couches scalaires, mises au point par Lacoste pour donner à voir l’enchevêtrement de différents niveaux de rivalités au sein d’une unique situation conflictuelle. 

Cette attention aux échelles conduit Yves Lacoste à envisager une géopolitique qui ne soit pas seulement internationale et de petite échelle, mais qui puisse tout aussi bien s’exprimer intranationalement et/ou à l’échelle locale. Il en découle notamment le grand chantier de la Géopolitique des régions françaises, ouvrage collectif en trois tomes totalisant plus de 3 600 pages, publié en 1986 aux éditions Fayard. Non sans malice, Yves Lacoste y reprend à son compte le cadre analytique vidalien par excellence qu’est la région — quoiqu’il s’agisse ici de régions administratives et non « naturelles » —, mais pour lui appliquer une grille d’analyse géopolitique bien différente de celle qu’avait élaborée Vidal de la Blache. 

Piques et polémiques

S’interrogeant à la fin de sa vie sur l’utilité de ses travaux, Yves Lacoste se targuait d’« avoir un peu secoué les géographes » 34. De fait, il est impossible de retracer le parcours de ce savant au caractère bien trempé sans évoquer les nombreuses brouilles et joutes intellectuelles qui l’émaillèrent. Non content de déboulonner les statues de certains des pères fondateurs de la discipline, Lacoste n’a en effet jamais rechigné à polémiquer, parfois avec virulence, avec nombre de ses contemporains, et ce jusque parmi ses proches. Une longue brouille l’éloigna de son premier maître Pierre George, tandis que plusieurs des géographes ayant un temps pris part à l’aventure Hérodote s’en sont éloignés pour diverses raisons, à l’image de Michel Korinman, Stéphane Rosière ou Michel Foucher. 

L’une des querelles les plus vives fut celle qui, dans les années 1990, opposa Yves Lacoste à son collègue Roger Brunet (né en 1931). Par les fonctions de conseiller ministériel qu’il avait occupées dans les années 1980, Brunet illustrait la collusion dénoncée de longue date par Lacoste entre les géographes et le pouvoir — fût-il mitterrandien. Lacoste ne manque ainsi pas de souligner que le centre de recherches dirigé par son collègue au sein du CNRS, le GIP-RECLUS, travaille « en liaison avec l’Institut géographique national et l’INSEE, dispose d’importants moyens financiers, crédits publics et contrats privés » et entretient depuis des années des rapports avec la DATAR » 35. Sur le fond, Lacoste reproche à Brunet son approche modélisante dont témoigne le recours aux « chorèmes », ces représentations graphiques censées schématiser des situations géographiques. Dénonçant « la morgue de plus en plus affirmée des promoteurs de la chorématique à l’égard de tous les autres géographes », Lacoste tire à boulets rouges contre ce qu’il considère comme une « dérive véritablement pernicieuse du raisonnement géographique », qui voit des géographes en arriver « à faire n’importe quoi » 36. Il affirme qu’à force de schématiser, les tenants de la chorématique en arrivent à perdre de vue le réel et à recourir aux « mêmes procédés graphiques que ceux des géopoliticiens allemands de l’entre-deux-guerres » 37.

Une attaque qui a toutes les apparences d’un retour à l’envoyeur, tant les nombreux détracteurs d’Yves Lacoste ont eu beau jeu de le renvoyer aux heures sombres de cette « géopolitique » qu’il a tant contribué à faire sortir de l’oubli. Dès les années 1980, le géographe Claude Raffestin (1936-2025), qui fut un contributeur épisodique d’Hérodote durant les premières années de la revue, élaborait ainsi une « géographie du pouvoir » d’inspiration foucaldienne qui prenait ouvertement ses distances avec la « géopolitique » lacostienne. Dans la préface qu’il donna au livre de Raffestin, Roger Brunet n’y allait pas de main morte. Sans citer nommément Yves Lacoste, il s’en prenait à lui de façon on ne peut plus claire en dénonçant le retour de « la vieille et honteuse Geopolitik (…) recrépie, fardée, parée » et de ses « miasmes d’obscurantisme » 38. Des attaques reprises quelques années plus tard par Claude Raffestin, qui dénonçait l’« inconsistance » de la géopolitique lacostienne et la « logorrhée » à laquelle elle donnerait lieu dans les pages d’Hérodote 39. Ce à quoi Lacoste a répliqué en dénonçant une « entreprise de dénigrement qui, à bien des égards, rappelle les accusations des intellectuels staliniens qui sévissaient en France, ou celle du politically correct qui règne aujourd’hui dans les universités américaines » et qui s’expliquerait par « l’amertume d’un géographe devenu surtout théoricien et qui croyait avoir supérieurement traité il y a quinze ans de la géographie du pouvoir : par fidélité à un système de pensée, il refuse de voir les changements du monde, plutôt que d’admettre que sa théorie ne rendait pas compte de tout, et il s’en prend avec acrimonie à ceux qui observent et cherchent à comprendre ce qui est en train de se passer » 40

Penser la question nationale dans un monde postcolonial

Au cœur des critiques adressées par Claude Raffestin à Yves Lacoste, figure « l’omniprésence de la problématique nationale » dans ses travaux à partir des années 1990, qui l’aurait conduit à « virer progressivement (…) vers le nationalisme », faisant de sa géopolitique « une science nationaliste française » 41. Il est vrai que, circonstances obligent, la fin de la guerre froide coïncide avec l’abandon progressif par Yves Lacoste d’un discours tiers-mondiste qui fut longtemps sa marque de fabrique. Tout à son souci d’une géographie utile à la compréhension et à la résolution des problèmes du temps présent, il resserre ses centres d’intérêt sur l’Europe, alors en proie au retour de ses vieux démons nationalistes. Une évolution dont témoignent les thématiques traitées par Hérodote au fil des années 1990. Loin de se bercer d’illusions sur la supposée fin de l’histoire, la revue ausculte alors en temps réel les fractures du nouvel ordre mondial dont l’Europe est l’un des épicentres : « Les territoires de la nation » (numéro 62) ; « Balkans et balkanisation » (numéro 63) ; « La question serbe » (numéro 67) ; « La question allemande » (numéro 68) ; « Nation, nations, nationalismes » (numéro 72-73) ; « Périls géopolitiques en France » (numéro 80) ; « Italie : la question nationale » (numéro 89) ; « La question de l’Espagne » (numéro 91) ; « Nationalismes régionaux en Europe » (numéro 95). 

Cet intérêt croissant pour la question nationale et ses manifestations parfois violentes, motivé par le réveil des nationalismes un peu partout dans le monde, vaut à Yves Lacoste d’être accusé par certains d’opérer un virage à droite. D’autant qu’il refuse d’abandonner l’idée de nation au prétexte qu’elle donne parfois lieu à des dérives nationalistes. Il n’hésite pas à publier en 1997 un ouvrage au titre provocateur, comme il les affectionne : Vive la nation ! 42 S’il vise explicitement à ne pas « laisser au Front national ce qui est encore — quoi qu’on en dise — une idée-force », cet ouvrage n’en surprend pas moins certains de ses lecteurs, plus habitués à lire sous la plume d’un des piliers de feu des éditions Maspero des plaidoyers internationalistes que des éloges du fait national. 

Dans les années 2000, Yves Lacoste s’intéresse également de plus en plus à cette autre réalité devenue incontournable dans la marche du monde post-guerre froide qu’est l’islamisme. Il s’inquiète ouvertement de son expansion jusqu’en France et des menaces qu’il y ferait peser sur la cohésion nationale d’un pays marqué par une expérience coloniale traumatique et mal digérée 43. Des prises de position qui ne font que renforcer les attaques de ses détracteurs de gauche, qui l’accusent d’être passé d’un tiers-mondisme émancipateur à un nationalisme conservateur 44

Couronné en 2000 du prestigieux prix Vautrin-Lud pour l’ensemble de son œuvre, Yves Lacoste aura incarné durant près de cinq décennies une conception citoyenne et engagée de la géographie. Une discipline à laquelle il est toujours resté fidèle, refusant d’être qualifié de « géopolitologue ». Tout au long de sa vie, il a défendu l’idée que la géographie ne pouvait s’enfermer dans une tour d’ivoire académique, mais avait au contraire le devoir de se mettre au service du public le plus large possible. Selon lui, la géographie doit servir à éclairer le monde pour que ce même public puisse mieux y faire face, en connaissance de cause : « Ce qu’il m’importe de montrer, c’est que la géographie n’est pas un savoir désintéressé, pour le plaisir d’accumuler des connaissances de type plus ou moins encyclopédique, mais que le raisonnement géographique est toujours lié à l’action » 45. Un credo tout aussi exigeant que périlleux, qui l’a conduit à aborder des sujets souvent brûlants face auxquels le géographe de combat qu’il était se faisait fort de ne jamais se dérober. 

Sources
  1. Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, Paris, Plon, 1955, pp. 317-318.
  2. Yves Lacoste, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, Paris, Maspero, 1976, pp. 43-44.
  3. Ibid., p. 45.
  4. Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932.
  5. Yves Lacoste, Aventures d’un géographe, Paris, Éditions des Équateurs, 2018, pp. 27-28.
  6. Yves Lacoste, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, op. cit., pp. 42-43.
  7. Ibid., p. 180.
  8. Lucien Febvre, « L’histoire dans un monde en ruine », Revue de synthèse historique, 30, 1920.
  9. Yves Lacoste, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, op. cit., p. 163.
  10.  Yves Lacoste, La géopolitique et le géographe. Entretiens avec Pascal Lorot, Paris, Choiseul, 2010, p. 54.
  11. Yves Lacoste, La géopolitique et le géographe, op. cit., p. 58.
  12. Yves Lacoste, Ibn Khaldoun. Naissance de l’histoire, passé du Tiers-Monde, Paris, Maspero, 1965.
  13. Yves Lacoste, « Perspectives de la géographie active en pays sous-développé », in Pierre George (dir.), La géographie active, Paris, Puf, 1964, pp. 43-127 ; Yves Lacoste, Les pays sous-développés, Paris, Puf, 1959 ; Yves Lacoste, Géographie du sous-développement, Paris, Puf, 1965 ; Yves Lacoste, Unité et diversité du Tiers Monde, 3 volumes, Paris, Maspero, 1980.
  14. Yves Lacoste, « Pourquoi Nyaogho ? Géopolitique et onchocercose », in Unité et diversité du Tiers Monde, op. cit., t. 2, pp. 61-80 ; Yves Lacoste, Aventures d’un géographe, Paris, Éditions des Équateurs, 2018, pp. 137-150.
  15. Pierre George (dir.), La géographie active, op. cit., pp. VII-VIII ; Pierre George, « La « géographie active », réflexions sur les responsabilités des géographes », Hérodote 33-34, avril-septembre 1984, pp. 213-221.
  16. Michel Philipponneau, La géographie appliquée. Du géographe universitaire au géographe professionnel, Paris, Armand Colin, 1999.
  17. Yves Lacoste, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, op. cit., pp. 141-142.
  18. Yves Lacoste, « Les bombardements des digues sont délibérés », Le Monde, 16 août 1972 ; Yves Lacoste, « Enquête sur le bombardement des digues du fleuve Rouge (Vietnam, été 1972). Méthode d’analyse et réflexions d’ensemble », Hérodote, 1, janvier-mars, 1976, pp. 86-117 ; Yves Lacoste, « Stratégies dans le delta du fleuve rouge », in Unité et diversité du Tiers Monde, op. cit., t. 2, pp. 116-181.
  19. Pierre Gourou, Les paysans du delta tonkinois. Étude de géographie humaine, Paris, Les éditions d’art et d’histoire, 1936.
  20. Yves Lacoste, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, op. cit., p . 50.
  21. Yves Lacoste, « Présentation de la France de l’Est », in Paul Vidal de La Blache, La France de l’Est (Lorraine-Alsace) 1917, Paris, La Découverte, 1994, p. IX.
  22. Yves Lacoste, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, op. cit., p . 85.
  23. Ibid., p IX.
  24. Yves Lacoste, « À bas Vidal, Viva Vidal », Hérodote, 16, octobre-décembre 1979, p. 80.
  25. Yves Lacoste, « Éditorial », Hérodote, 22, juillet-septembre 1981, pp. 4-5.
  26. Yves Lacoste, « Présentation de la France de l’Est », op. cit., p. IX.
  27. Ibid., p. XXXIV.
  28. Yves Lacoste, La géopolitique et le géographe, op. cit., p. 148.
  29. « Attention : Géographie ! », Hérodote, 1, janvier-mars, 1976, pp. 6-7.
  30. Yves Lacoste, « D’autres géopolitique », Hérodote, 25, mai – juillet 1982, pp. 4-5.
  31. Yves Lacoste, Questions de géopolitique. L’Islam, la mer, l’Afrique, Paris, LGF, 1988, pp. 8-9.
  32. Yves Lacoste, Géopolitique. La longue histoire d’aujourd’hui, Paris, Larousse, 2006.
  33. Yves Lacoste, « Représentations géopolitiques », in Yves Lacoste (dir.), Dictionnaire de géopolitique, Paris, Flammarion, 1993, p. 1275.
  34. Yves Lacoste, Aventures d’un géographe, op. cit., p. 323.
  35. Yves Lacoste, « Les géographes, la Science et l’illusion », Hérodote, 76, janvier-mars 1995, pp. 7-8.
  36. Ibid., p. 13.
  37. Ibid., p. 14.
  38. Roger Brunet, « Préface », in Claude Raffestin, Pour une géographie du pouvoir, Paris, Litec, 1980, p. V.
  39. Claude Raffestin, Dario Lopreno et Yvan Pasteur, Géopolitique et histoire, Lausanne, Payot, 1995, pp. 292-295.
  40. Yves Lacoste, recension de Claude Raffestin, Dario Lopreno et Yvan Pasteur, Géopolitique et histoire, in Hérodote, pp. 204-208.
  41. Claude Raffestin, Dario Lopreno et Yvan Pasteur, Géopolitique et histoire, op. cit., pp. 292-294.
  42. Yves Lacoste, Vive la nation !, Destin d’une idée géopolitique, Paris, Fayard, 1997, p. 8.
  43. Yves Lacoste La question postcoloniale. Une analyste géopolitique, Paris, Fayard, 2010.
  44. Cécile Gintrac, « Yves Lacoste, ex-héros de la géographie, est devenu islamo-paranoïaque », Biblios, 8 novembre 2016.
  45.  Entretien d’Yves Lacoste avec François Maspero, Les chemins de la connaissance, “Le géographe et le paysage”, épisode 5, France Culture, 26 octobre 1984.