Si son nom demeure encore relativement méconnu du grand public, Julien Freund constitue un rouage essentiel et complexe de l’histoire intellectuelle française contemporaine. Élève direct de Raymond Aron, traducteur de Max Weber, Vilfredo Pareto et Georg Simmel qu’il contribua largement à introduire en France, l’auteur de L’Essence du politique a développé une théorie réaliste nourrie par la pensée du juriste nazi Carl Schmitt, dont il fut un lecteur précoce et un correspondant régulier. 

Résistant de la première heure, adhérant dès janvier 1941 au mouvement « Libération » dirigé par son maître le philosophe Cavaillès fusillé en 1944, combattant entre le Puy-de-Dôme, la Drôme et la Moselle dont il devient membre du Comité départemental de Libération en 1945, universitaire attaché sa vie durant à son Alsace natale 1, Freund devint aussi à partir des années 1970 un compagnon de route de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist 2

Pessimiste radical, il était hanté par la « décadence » de l’Europe 3, une préoccupation qui contribua à en faire une référence de premier plan des extrêmes droites avec lesquelles il n’eut pas peur de se compromettre. Il aurait ainsi accepté de participer à au moins un dîner avec Jean-Marie Le Pen et d’autres cadres du Front national au début des années 1980 4 et exprima, de retour d’un voyage au Chili, son enthousiasme pour le régime de Pinochet 5

Si « le cas Julien Freund » a précisément été analysé par Sylvain Laurens et Alain Bihr comme « inaugurant une tradition de sociologie ultra conservatrice affichant de façon constante une critique des ‘utopies de 68’ [et réinventant] tout au long des années 1980 un lexique réactionnaire » 6, c’est un autre versant de sa pensée qui nous retiendra ici : la manière dont il fit, entre les années 1950 et 1960, entrer avec fracas l’encombrante notion d’ennemi dans un monde des idées qui, traumatisé par les deux guerres mondiales, l’avait largement refoulée.

Une trajectoire intellectuelle 

Comme Raymond Aron, qui déclarait être sorti de « la formation intellectuelle française en bon idéaliste, en bon naïf, inconscient de la politique, de ses rudes nécessités [ne l’ayant découverte qu’]en voyant la montée de l’hitlérisme, ce qui m’a donné ce que d’aucuns appellent mon scepticisme, d’autres mon cynisme, d’autres mon réalisme… », Julien Freund n’a pas toujours été un réaliste. Cette conception du politique ne se serait imposée à lui qu’après une longue maturation : « c’est une expérience d’homme avec des scènes dramatiques qui est à la base de ma recherche intellectuelle » 7

Surmonter la déception résistante

Né le 9 janvier 1921 à Henridorff, en Moselle, Freund grandit dans une famille ouvrière modeste qui l’initie très tôt à la politique. Son père, mineur de fond, est un militant socialiste qui transmet à son fils ses idéaux progressistes. Dès 1940, à tout juste dix-neuf ans, Julien Freund s’engage dans les rangs de la Résistance. Il en ressortira profondément transformé, mais aussi et surtout « déçu » et « écœuré » par les turpitudes de cette expérience formatrice.

Découvrant le cynisme et la cruauté dont étaient capables de faire preuve certains de ses plus proches compagnons d’armes, qui se réclamaient pourtant comme lui de nobles idéaux, le jeune Freund aurait été ébranlé au plus profond de ses convictions. Dans ses écrits, il revient souvent sur l’un des épisodes de la vie résistante qui l’avait heurté de manière irrémédiable : « le chef de notre groupe F.T.P. avait comme maîtresse l’institutrice d’un village proche de notre camp, à côté de Lurs. Cette institutrice, une jolie fille de 23-24 ans, a rompu et notre responsable a voulu se venger en l’accusant d’être passée du côté de la Gestapo. Il a fait croire à la plupart des camarades du groupe que la jeune fille était allée à la Gestapo de Digne pour le dénoncer. On est allé arrêter cette jeune femme à six heures du soir et, aussitôt, on a institué ‘un tribunal du peuple’ pour la juger (…). Elle était innocente et le tribunal la condamna à mort. Il y eut cette nuit d’épouvante où les partisans la violèrent dans une grange à foin. Et, à l’aube, elle fut exécutée sur une petite montagne appelée Stalingrad » 8.

« Le travail que j’ai l’honneur de présenter à votre approbation est né d’une déception surmontée. La déception, dont je ne rends nullement responsable les autres, mais seulement ma capacité d’illusion, a trouvé son aliment dans les expériences de la Résistance. »

Julien Freund

Cette expérience le conduit à abandonner cette « conception ingénue de la politique » qui était la sienne jusqu’alors et qui ne lui « avait apporté que déboires et déceptions ». En lieu et place, il entame un travail réflexif sur son expérience, qui le conduit à développer « une analyse qui peut irriter, mais qui m’a permis de (…) surmonter ma déception » 9

Comme arrière-plan philosophique dans lequel se développera une théorie bâtie sur la figure de l’ennemi, le réalisme freundien est donc d’abord le fruit d’une désillusion, du choc entre des idéaux de jeunesse et une réalité qui vient les contredire. Comme il le déclare durant de sa désormais fameuse soutenance de thèse, l’écriture philosophique sera pour lui une sorte de remède cathartique qui, en permettant un retour réflexif sur son expérience concrète de la politique, lui offre l’opportunité de mettre des mots sur ses incompréhensions et son désenchantement : « le travail que j’ai l’honneur de présenter à votre approbation est né d’une déception surmontée. La déception, dont je ne rends nullement responsable les autres, mais seulement ma capacité d’illusion, a trouvé son aliment dans les expériences de la Résistance » 10.

« Cultiver son jardin » : Freund, Hyppolite et Aron à la Sorbonne

Au début des années 1950, lorsqu’il choisit de se lancer dans un travail de thèse consacré à « l’essence et la signification de la politique », le jeune agrégé de philosophie Julien Freund se tourne naturellement vers son ancien professeur de l’université de Strasbourg, Jean Hyppolite, désormais en poste à la Sorbonne. Mais la relation intellectuelle entre les deux hommes se grippe rapidement. 

Après avoir lu la première centaine de pages rédigée par son doctorant, dans lesquelles était notamment affirmé qu’« il n’y a de politique que là où il y a un ennemi », Hyppolite le convoque pour lui exprimer son effarement : « il ne comprenait pas l’importance que j’attribuais à la violence dans le jeu politique ni surtout le rôle que je donnais à l’ennemi » et « essayait de me persuader de la possibilité d’une politique plus généreuse, qui serait de plus en plus démocratique et confiante, à cause du recul progressif de la violence sous toutes ses formes, sous les effets d’une raison toujours plus puissante » 11

Jean Hyppolite ayant décrété qu’en tant que « socialiste et pacifiste », il ne pouvait « diriger en Sorbonne une thèse dans laquelle on déclare qu’il n’y a de politique que là où il y a un ennemi » 12, Freund doit donc se trouver un nouveau directeur de thèse. C’est alors qu’il entre en relation avec Raymond Aron, qui accepte de prendre le relais.

« Votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous préférez vous anéantir plutôt que de reconnaître que la politique réelle obéit à des règles qui ne correspondent pas à vos normes idéales »

Raymond Aron

Ce n’est que quinze ans plus tard, le 26 juin 1965, que la thèse de Freund est finalement soutenue en Sorbonne. Jean Hyppolite, désormais professeur au Collège de France, accepte malgré la persistance de ses désaccords avec l’impétrant de faire partie du jury, dans lequel siègent également Raymond Aron, Paul Ricoeur, Raymond Polin et Pierre Grappin. Le jour de la soutenance, il ne se prive pas de réitérer publiquement ses objections contre la vision freundienne du politique. Réaffirmant son désaccord philosophique quant à la place centrale accordée par Freund à l’antagonisme dans la définition du politique, Hyppolite s’emporte et lâche à l’intention de son ancien doctorant : « si vous avez vraiment raison, il ne me reste plus qu’à aller cultiver mon jardin ». 

Sans se laisser impressionner, l’élève d’Aron lui aurait alors répondu : « Je crois que vous êtes en train de commettre une (…) erreur, car vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. ‘Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas’, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitiés. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin. » 

Pour Freund, il n’y a aucune échappatoire possible lorsque l’on est désigné comme ennemi. Il n’existe pas de forteresse ou d’espace protégé dans lequel se replier, car une forteresse n’est imprenable et un espace n’est protégé qu’aussi longtemps que ses occupants se donnent les moyens de le défendre contre les assauts de l’ennemi. Ils n’ont donc d’autre alternative que de faire face ou de se soumettre.

Jean Hyppolite aurait conclu l’échange en s’exclamant : « dans ce cas, il ne me reste plus qu’à me suicider » 13. Réagissant au dépit exprimé par son collègue, Raymond Aron lui aurait alors fait part de son étonnement : « votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous préférez vous anéantir plutôt que de reconnaître que la politique réelle obéit à des règles qui ne correspondent pas à vos normes idéales » 14.

De l’ennemi à l’adversaire

Puisque le conflit est la réalité sociale qu’il tient pour la plus fondamentale, Julien Freund aime à se présenter comme un polémologue : « j’entend par polémologie, non point la science de la guerre et de la paix, mais la science générale du conflit, au sens du polemos héraclitéen » 15.

Tout commence avec la guerre

La conflictualité n’est pas pour lui une anomalie mais la caractéristique inhérente à toute société et même son état normal. Cette conviction lui vient de la lecture de Max Weber, à la traduction duquel était consacrée sa thèse complémentaire. Comme il l’écrit dans le petit opuscule qu’il lui consacre en 1969, toute la pensée de Weber « est centrée sur l’existence d’antagonismes, de tensions ou, comme il dit encore, de collisions dans la vie et dans la société » 16. L’irréductible « polythéisme des valeurs » (Polytheismus der Werte) diagnostiqué par Max Weber permet ainsi à Freund de « comprendre que les remous de la société n’étaient pas des contradictions qu’on pouvait résoudre dans une synthèse intellectuelle ou une société sans classe, mais qu’il s’agissait souvent de contraires inconciliables et d’antagonismes irréductibles » 17

Comme il l’explique dans sa Sociologie du conflit (1983), il ne peut y avoir de conflit qu’en société et il ne peut y avoir de société que conflictuelle. Ce n’est qu’à partir du moment où l’on entre en contact avec autrui que l’on peut se trouver entraîné dans une situation conflictuelle : le conflit est une relation, qui suppose donc la mise en coprésence de deux individus. Par symétrie, c’est parce que toute société se définit précisément comme une situation de mise en relation entre individus aux intérêts divergents qu’elle est par nature conflictuelle : « la conflictualité ne constitue donc pas un phénomène anormal ou pathologique, que l’on pourrait éliminer définitivement des relations sociales » 18 ou internationales, mais une caractéristique fondamentale de ces dernières. Dès lors, il serait vain pour Freund de prétendre éliminer les conflits et « tout l’effort devrait porter sur les meilleures méthodes de les prévenir et, lorsqu’ils éclatent, de les résoudre » 19.

La conflictualité n’est pas pour Julien Freund une anomalie mais la caractéristique inhérente à toute société et même son état normal.

Florian Louis

Par conséquent, Freund ne considère pas le conflit comme nécessairement néfaste. Au contraire, la conflictualité sociale — dont l’une des variantes possibles est la lutte des classes marxiste — est selon lui le moteur de l’histoire et son principe dynamique. Sans conflit, comment imaginer une révolution ou un progrès ? Pour lui, c’est parce qu’il a toujours existé et qu’il existera toujours de la conflictualité que les sociétés changent et donc, dans le meilleur des cas, progressent. Le conflit est donc une opportunité. 

On décèle ici l’influence de Georg Simmel, dont la lecture fait prendre conscience à Freund que l’inéluctabilité de la conflictualité n’est pas nécessairement délétère mais bien plutôt nécessaire : « Simmel inverse (…) nos habitudes de pensée : en général, nous estimons que pour structurer solidement une société, il faut exclure les conflits ou du moins les amortir autant que possible ; au contraire, à son avis, ils contribuent à l’unité de la vie sociale » 20.

Mais entre Weber et Simmel, c’est la lecture et la fréquentation de Carl Schmitt qui joueront un rôle central dans sa vision du monde. La dialectique ami/ennemi est au coeur de l’essai sur La notion de politique qu’il publie en 1927, mais dont la traduction française ne paraît qu’en 1972 dans la collection dirigée par Raymond Aron aux éditions Calmann-Lévy, avec une préface de Julien Freund 21. Ce dernier a d’ailleurs parfois joué le rôle d’intermédiaire entre Schmitt, qu’il rencontre en 1959, et Raymond Aron, qui tout en trouvant une valeur théorique aux travaux du Kronjurist du IIIe Reich, s’en tiendra toujours à distance. Comme nous a pu le découvrir en consultant ses archives à la BNF, Aron décline en 1967 l’invitation lancée par Freund à contribuer à un ouvrage collectif destiné à célébrer les 80 ans de Schmitt : « Je ne juge personne et je laisse à d’autres le soin de prononcer des condamnations catégoriques. Tout de même, j’ai vécu la période des années 30 et je ne puis pas oublier le rôle que Carl Schmitt a joué, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment » 22.

« L’ennemi est la condition de possibilité de la paix »

Dans cette conception du politique informée par la figure de l’ennemi, la paix n’est pas impossible, mais elle n’est jamais l’absence de conflit : « pas plus que la paix intérieure ne supprime les adversaires, la paix extérieure ne supprime pas les ennemis. L’ennemi est la condition de possibilité de la paix ; aussi la disparition de toute inimitié impliquerait-elle l’abolition de toute paix. Autrement dit, la paix est liée à la présence d’ennemis, mais à la différence de la guerre elle consiste en l’état politique qui a pour base leur reconnaissance. Supprimer l’ennemi, c’est donc supprimer la paix. » 23 

Pour Freund, la paix n’est rien d’autre que la maîtrise des conflits par l’établissement d’un modus vivendi avec ses ennemis. Elle est une sorte de conciliation dissuasive, un état d’équilibre qui ne dissout en rien les inimitiés : « établir la paix, c’est reconnaître aux opinions et aux intérêts qui ne sont pas les nôtres le droit d’exister et de s’exprimer. Si nous le leur refusons, c’est la guerre. La paix n’est donc pas l’abolition de l’ennemi, mais un accommodement avec lui (…). La paix qui exclut l’ennemi s’appelle la guerre » 24

Sauf à ouvrir la voie à la tyrannie, dans la conception freundienne, on ne fait pas la paix en éradiquant son ennemi encore moins en refusant de le voir, mais en le transformant en adversaire. C’est un autre avec lequel on apprend à cohabiter, en le tenant en respect et à bonne distance. Pour vivre tout à la fois en paix et en liberté, il faut en conséquence accepter la conflictualité et non chercher à l’éradiquer en niant l’existence même de l’ennemi à la manière d’un Jean Hyppolite : « la recherche de l’unanimité est suspecte si l’on considère qu’elle a conduit en général, par la suite, à un despotisme totalitaire » 25.

« La paix n’est donc pas l’abolition de l’ennemi, mais un accommodement avec lui… La paix qui exclut l’ennemi s’appelle la guerre ».

Julien Freund

On ne trouve donc pas d’éloge du conflit chez Freund mais la conviction qu’il est à la fois le symptôme et la condition du bon fonctionnement d’une société, un élément même de sa respiration car « seule une société où le conflit est possible est une société libre » 26

Dans ce contexte, le rôle du politique devient précisément d’encadrer ces conflits : c’est « l’activité sociale qui se propose d’assurer par la force, généralement fondée sur le droit, la sécurité extérieure et la concorde intérieure (…) en garantissant l’ordre au milieu de luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions et des intérêts » 27

Cette version pacificatrice de la dialectique ami/ennemi ne doit cependant pas faire oublier son ambivalence. La catégorie schmittienne de l’ennemi, dont Freund hérite, naturalise l’antagonisme et fonde le refus de l’universalisme : c’est aussi ce qui la rend disponible pour des usages tout autres que la cohabitation pacifique, comme la désignation d’un ennemi intérieur au premier chef. Si Freund en retient le versant régulateur, le même cadre conceptuel a nourri, chez Schmitt comme dans la Nouvelle Droite qu’il fréquente, une politique de l’exclusion.

L’impasse impolitique et le problème de la paix

En écho à sa querelle avec Jean Hyppolite, Freund s’en prendra régulièrement aux pacifistes en considérant d’une manière paradoxale que la paix est le plus souvent menacée par ceux-là même qui prétendent la défendre. 

Deux ans avant sa soutenance de thèse, il exprimait déjà son opposition au pacifisme de certains de ses contemporains, ces « grands enfants qui s’imaginent que la paix est indépendante de la politique et qu’il suffit de prêcher la fraternité universelle pour faire tomber les dissensions des frères ennemis (États, nations, classes ou races) ». Ce qu’il reprochait aux pacifistes n’était en effet pas leur volonté d’instaurer la paix, mais la naïveté et l’inefficacité des moyens qu’ils mettaient en œuvre pour y parvenir. 

Pour Freund, vouloir la paix est toujours louable mais à la condition de faire preuve de cohérence et donc de désirer aussi les moyens de la faire advenir. Or « est-ce vraiment travailler pour la paix que de s’inscrire au Mouvement de la Paix, participer à ses congrès nationaux et internationaux, signer des pétitions et motions ou encore participer à une marche de protestation contre l’armement nucléaire ? » Il répondait par la négative pour la simple raison que « les hommes veulent en général la paix de la même manière qu’ils désirent être riches, heureux ou célèbres ». Mais « qui donc penserait devenir riche, heureux ou célèbre en donnant son adhésion à un Mouvement pour la Richesse, le Bonheur ou la Célébrité ? » 28

« Un but ne se réalise pas de lui-même simplement parce qu’il est conçu et désiré, mais il exige un effort, une exécution, ce qui suppose toute une série d’intermédiaires : les moyens. »

Julien Freund

Autrement dit, les pacifistes échoueraient généralement à transformer leur désir de paix en une capacité à la faire advenir faute d’en avoir élaboré un savoir adéquat. Ils incarneraient ce que Freund appelait l’« impolitique », à savoir l’illusion de faire de la politique alors même qu’on n’en fait pas réellement et donc efficacement, faute d’avoir préalablement compris ce qu’elle était 29. Cette critique de la propension à vouloir atteindre une fin politique en mobilisant des moyens qui ne le sont pas explique, par exemple, l’opposition de Freund au boycott occidental des Jeux olympiques de Moscou en 1980, au motif qu’« en politique il faut d’abord utiliser les moyens politiques » 30.

Pour avoir la paix et cultiver tranquillement son jardin, il faudrait donc d’abord et avant tout se donner les moyens de tenir ses ennemis en respect : « un but ne se réalise pas de lui-même simplement parce qu’il est conçu et désiré, mais il exige un effort, une exécution, ce qui suppose toute une série d’intermédiaires : les moyens » 31. Or les pacifistes antimilitaristes, parce qu’ils sont aveugles au rôle crucial de la force en politique internationale, se privent des moyens d’atteindre la fin qu’ils prétendent défendre : « il n’a servi à rien au petit pays qu’est le Luxembourg, livré à lui-même et sans forces armées, de manifester la volonté la plus pacifique : Hitler ne s’est pas laissé attendrir par sa faiblesse. De ce point de vue, l’antimilitarisme est politiquement un non-sens » 32

Selon Freund, l’erreur des pacifistes antimilitaristes est double. Elle tient d’abord à ce qu’ils croient que la paix adviendra du simple fait qu’ils se refusent à considérer quiconque comme leur ennemi, ignorant par là même que d’autres ne se privent pas de les considérer comme tels et n’attendent pas leur permission pour les traiter en conséquence. Surtout, ils méconnaissent le fait que la paix n’est pas l’absence d’ennemi mais bien sa reconnaissance, préalable indispensable à l’établissement d’un modus vivendi avec lui. 

Il ne s’agit pour Freund ni de souhaiter la guerre, ni de la considérer comme inéluctable, mais d’être conscient qu’elle n’est évitable qu’à la condition de se donner les moyens de la faire. C’est la raison pour laquelle il ironise sur ces « politologues américains qui croient que la relation d’ami et d’ennemi est dépassée » et feint de s’interroger : « pourquoi les Américains continuent-ils, dans ces conditions, à fabriquer des bombes thermonucléaires ou même pourquoi les conservent-ils ? » 33

En 1967, en pleine guerre des Six jours, il renchérit en notant que si « on peut croire en période de relative sécurité que la notion d’ennemi est en train de mourir », force est de constater que « chaque crise internationale sérieuse lui redonne une nouvelle vigueur » 34.

Contre la guerre juste

À la suite des philosophies réactionnaires de Joseph de Maistre et Carl Schmitt, Freund élabore une théorie de la guerre qui condamne toute justification au nom d’une cause juste et universelle : « il arrive que les hommes se battent au nom de la paix, chaque camp voulant imposer par la guerre son idée exclusive de la paix.

Le but recherché dans ce cas n’est pas la paix, malgré les apparences, mais une paix purement idéologique et guerrière » 35. Cette position conduit Freund à critiquer tout projet cosmopolitique et toute prétendue « guerre juste », menée au nom des « droits de l’homme », convaincu qu’il est que « rien n’est plus polémogène que les idées divergentes sur la perfection » 36

Ces positions anti-modernes, qui consistent à critiquer le pacifisme libéral et à se focaliser sur la figure de l’ennemi, ne font pas non plus de Freund un belliciste. Plutôt que de promouvoir le conflit, Freund invite à accepter son inéluctabilité et à le dédramatiser en apprenant à le réguler et à en faire bon usage.

« Rien n’est plus polémogène que les idées divergentes sur la perfection »

Julien Freund

Ce n’est qu’à la condition d’accepter qu’on ne choisit pas toujours ses ennemis ni les combats qu’ils nous imposent qu’il nous est possible d’apprendre à les affronter — et à leur résister.

On peut toutefois distinguer deux niveaux dans cette critique radicale chez Freund. L’une, réaliste, vise l’illusion d’une guerre menée sans tenir compte des moyens et des fins. L’autre, qui récuse les droits de l’homme en en faisant un principe « polémogène », touche aux conditions de possibilité de tout universalisme et répond à une stratégie politique dont on gomme la portée idéologique réactionnaire en la présentant comme pure lucidité.

Penser la « politique réelle » avec Aristote et Machiavel

La « politique réelle » évoquée par Raymond Aron lors de la soutenance de thèse de Freund, pour mieux l’opposer aux « normes idéales » dont il déplore qu’elles soient privilégiées par Jean Hyppolite, constitue en fait le cœur du projet philosophique de Julien Freund. 

Tout au long de son œuvre, il s’est en effet proposé d’étudier la politique telle qu’elle était réellement et non telle qu’elle devrait ou pourrait être idéalement. Il se réclamait ainsi d’une lignée de penseurs réalistes du politique dont les figures de proue seraient Aristote, Machiavel et Carl Schmitt.

« La lecture attentive, crayon en main, de la Politique, fut pour moi un émerveillement tel que je finis par lire et relire entièrement l’œuvre du Stagirite. (…) J’étais devenu aristotélicien et par conséquent méfiant à l’égard de la construction utopique de Platon » 37. Avec Aristote, Freund partage d’abord une conception de l’homme comme « animal politique » : la politique constitue selon lui une essence, une donnée anthropologique fondamentale consubstantielle à toute vie en société et non une simple institution contingente, une convention, comme le veulent les théoriciens du contrat social. Surtout, Aristote permet à Freund de penser une dialectique « ouverte », c’est-à-dire sans dépassement final des contradictions par une Aufhebung hégélienne : « chez Aristote, la dialectique c’est un raisonnement de vraisemblance parce qu’il y a des contraires. Il n’est point de troisième terme qui va les coiffer » 38.

Tout au long de son œuvre, il s’est en effet proposé d’étudier la politique telle qu’elle était réellement et non telle qu’elle devrait ou pourrait être idéalement.

Florian Louis

Chez Machiavel, que Freund lit en divergence avec Claude Lefort et l’interprétation républicaine de Quentin Skinner ou de Philip Pettit, il loue la franchise et l’audace d’« un homme qui a le courage de dire ce qui se passe en politique. La politique telle qu’elle est et non pas telle qu’on se l’imagine » 39. Loin de cacher son jeu, de tromper son monde et de recourir au cynisme pour arriver à ses fins, Machiavel ne dissimule pas mais dévoile au contraire la vérité du politique. Pour Freund, il est donc tout le contraire de ce qu’on qualifie de machiavélique, raison pour laquelle l’auteur de L’Essence du politique se définit pour sa part comme un machiavélien 40 : « si Machiavel avait été machiavélique, il aurait écrit un traité de morale politique, pour mieux duper son monde, et non point Le Prince qui met à nu les supercheries utilisées par divers hommes politiques » pour parvenir à leurs fins 41. Comme le secrétaire de la République de Florence, Freund se veut un démystificateur adepte d’un « style théorique de pensée sans concessions aux comédies moralisatrices d’un quelconque pouvoir ». Il ne fait pas l’éloge du machiavélisme en politique mais prétend décrire de façon machiavélienne, c’est-à-dire sans fard, la réalité machiavélique du monde : « Il appartient au machiavélien de dévoiler les obliquités machiavéliques » du politique 42.

Freund tient donc pour crucial de faire le départ entre le souhaitable et le possible et, ce faisant, d’éviter de sombrer dans les travers de ce qu’il appelle l’utopisme, conçu comme un avatar dévoyé de l’utopie 43

Chez Freund, l’utopisme relève d’une entreprise démiurgique de transformation du réel qui en efface les rigidités et aboutit en conséquence à des catastrophes : c’est un projet dont les concepteurs sont convaincus de détenir une légitimité incontestable et n’hésitent en conséquence pas à recourir à la violence au prétexte de faire le bien de ceux-là mêmes qu’ils répriment. 

Si cette dénonciation de l’utopisme participe d’un plaidoyer anti-totalitaire, elle opère également un amalgame caractéristique de la pensée réactionnaire, rangeant sous un même chef l’aspiration égalitaire, le projet révolutionnaire et la violence ou les crimes de masse 44

C’est dans ce pessimisme anti-moderne, dans cette vision radicalement opposée à toute forme de progressisme libéral et à toute possibilité d’universalité face à l’inexorable émergence de l’ennemi, que l’on trouve sans doute la justification première de la circulation de ses idées et de ses écrits au sein des réseaux d’extrême droite européens, auxquels il contribue proactivement 45. Pour reprendre la formule d’Aron à propos de Carl Schmitt, Julien Freund a joué « volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment » ce rôle paradoxal d’ancien résistant devenu compagnon de route d’Alain de Benoist et de la Nouvelle Droite. 

Rien n’interdit toutefois de lire Freund « à rebrousse-poil » pour mieux donner tort à ses déplorations décadentistes de « l’agonie » d’une Europe dont il doutait de la capacité à peser encore sur les affaires du monde, estimant qu’elle « ne [serait] même plus décidée à se défendre » 46. Parce qu’ils sont aujourd’hui, confrontés à des ennemis qui les désignent, les Européens sont soumis à une inquiétante question que Julien Freund a fait résonner et à laquelle ils devront répondre.

Pour cultiver la paix ou leur jardin, peuvent-ils se permettre d’être candides ?

Sources
  1. Léon Strauss, « FREUND Julien », Le Maitron. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, 2009.
  2. Freund intervient à au moins deux reprises aux congrès ou colloques du GRECE aux côtés d’Alain de Benoist, en 1975 et en 1984 quand sa conférence « Plaidoyer pour l’aristocratie » fut particulièrement remarquée. Il figura par ailleurs au comité scientifique de Nouvelle École, organe du GRECE et contribua aux publications du réseau d’extrême droite allemand Thule-Seminar de Pierre Krebs, intervenant notamment dans le premier numéro de la revue allemande Elemente avec un texte consacré à Carl Schmitt.
  3. Julien Freund, La Décadence. Histoire sociologique et philosophique d’une catégorie de l’expérience humaine, Paris, Syrey, 1984 ; Hervé Coutau-Bégarie, « La déploration de la décadence : Pierre Chaunu et Julien Freund », in Jean-Pierre Bardet et Madeleine Foisil (dir.), La vie, la mort, la foi, le temps. Mélanges offerts à Pierre Chaunu, Paris, Puf, 1993, pp. 3-14.
  4. Pierre-André Taguieff rapporte que Julien Freund avait accepté au début des années 1980 de participer à un dîner avec des cadres du Front National, dont Jean-Marie Le Pen, qu’il aurait déçu en se fendant d’une analyse provocatrice : « Il faut dix ans au moins pour construire un part comme l’a dit Lénine. Or, dans dix ans, vous serez trop vieux pour avoir une chance d’accéder au pouvoir dans les années qui suivront. Votre carrière de dictateur est mal partie » (in Pierre-André Taguieff, Julien Freund. Au cœur du politique, op. cit., p. 148). Voir également l’hommage que lui rendit Bruno Mégret dans La lettre de Jean-Marie Le Pen en septembre 1993.
  5. Léon Strauss, « FREUND Julien », Le Maitron. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, 2009.
  6. Sylvain Laurens et Alain Bihr, « L’extrême droite à l’université : le cas Julien Freund », in Agone 54/2 (2014), pp. 13–18
  7. Julien Freund, L’Aventure du politique. Entretiens avec Charles Blanchet, op. cit., 1991, p. 33.
  8. Ibid., p. 32).
  9. Julien Freund, « Ébauche d’une autobiographie intellectuelle », in Revue européenne des sciences sociales, tome 19, n° 54-55, 1981, p. 16. Sur l’importance des déceptions dans le parcours et l’œuvre de Julien Freund, voir Piet Tommissen, « Julien Freund vu sous l’angle de quatre déceptions », in Histoire et théorie des sciences sociales, Paris, Droz, 2003, pp. 107-121.
  10. Julien Freund, L’Aventure du politique. Entretiens avec Charles Blanchet, op. cit., p. 45.
  11. Julien Freund, « Préface à la réédition de 1978 » de l’Essence du politique, Paris, Dalloz, 1978, p. VIII.
  12. Julien Freund, L’Aventure du politique. Entretiens avec Charles Blanchet, Paris, Critérion, 1991, p. 43.
  13. Julien Freund, L’Aventure du politique. Entretiens avec Charles Blanchet, op. cit., 1991, p.. 45.
  14. Julien Freund, « Raymond Aron directeur de thèse », Commentaires, 1985, 1, p. 57. Raymond Aron évoque brièvement cet épisode dans le chapitre intitulé « Le chemin de la catastrophe » de ses Mémoires (Paris, Julliard, 1983).
  15. Julien Freund, « Observations sur deux catégories de la dynamique polémogène. De la crise au conflit », in Communications, n° 25, 1976, p. 112). Sur la conception freundienne de la polémologie, voir Georges-Elia Sarfati, « De la sociologie des guerres (Bouthoul) à la sociologie du conflit (Freund) », in Gil Delannoi et alii (dir.), Julien Freund. La dynamique des conflits, Paris, Berg international, 2011, pp. 37-45.
  16. Julien Freund, Max Weber, Paris, Puf, 1969, p. 18.
  17. Julien Freund, « Préface » à Georg Simmel, Le conflit, Saulxures, Circé, 1992, p. 8
  18. Julien Freund, Sociologie du conflit, Paris, Puf, 1983, p. 23.
  19. Ibid., p. 34.
  20. Ibid., p. 9. Pour de plus amples développements sur la lecture freundienne de la pensée simmelienne du conflit comme « forme de la socialisation qui par sa négativité même prend une signification positive », on peut se référer aux pages 67 à 75 de la plantureuse introduction donnée par Freund à Georg Simmel, Sociologie et épistémologie, Paris, Puf, 1981. Sur le rapport de Freund à la pensée simmelienne, centré sur la sociologie du conflit, voire l’étude critique de Sylvain Laurens, « Le Simmel de Julien Freund. Sociologie d’une importation sélective », in Denis Thouard et Bénédicte Zimmermann (dir.), Simmel, le parti-pris du tiers, Paris, CNRS Éditions, 2017, pp. 33-55.
  21. La majeure partie de la correspondance entre Julien Freund et Carl Schmitt a été publiée dans les numéros II et IV de la revue Schmittiana : Beiträge zu Leben und Werk Carl Schmitts (1990 et 1994). Sur le rôle de Freund dans la réception française de Schmitt, voir Pierre Muller, Carl Schmitt et les intellectuels français, Mulhouse, Éditions de la FAEHC, 2003, notamment les pages 55 à 96.
  22. Lettre de Raymond Aron à Julien Freund Aron du 10 avril 1967, Paris, BNF, Fonds Raymond Aron, NAG 28060 (206).
  23. Julien Freund, « Postface », in Le nouvel âge. Éléments pour la théorie de la démocratie et de la paix, Paris, Marcel Rivière et Cie, 1970, pp. 246-247.
  24.  Ibid., p. 224.
  25. Julien Freund, Sociologie du conflit, op. cit., p. 32.
  26. Julien Freund, « Appendice à l’édition de 1985 », in L’Essence du politique, op. cit., p. 828.
  27. Julien Freund, L’Essence du politique, op. cit., p. 751.
  28. Julien Freund, « La paix introuvable », in Revista de Politica internacional,1963, repris dans Le Nouvel Âge. Éléments pour la théorie de la démocratie et de la paix, op. cit., p. 145.
  29. Julien Freund, Politique et impolitique, Paris, Sirey, 1987.
  30. Lettre de Julien Freund à Raymond Aron du 6 février 1980, Paris, BNF, Fonds Raymond Aron, NAG 28060 (206).
  31. Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 669.
  32. Ibid., p. 715.
  33. Lettre de Julien à Raymond Aron du 18 janvier 1966, Paris, BNF, Fonds Raymond Aron, NAG 28060 (206). Freund fait ici référence à un article de Raymond Aron paru dans Le Figaro des 3 et 4 juillet 1965 sous le titre « Les hostilités ambiguës » dans lequel étaient évoqués, sans les nommer, « les analystes américains » pour qui « il n’y a plus d’inimitié absolue » dans les relations internationales.
  34. Lettre de Julien Freund à Raymond Aron du 28 mai 1967, Paris, BNF, Fonds Raymond Aron, NAG 28060 (206).
  35. Julien Freund, Le Nouvel Âge. Éléments pour la théorie de la démocratie et de la paix, op. cit., p. 225.
  36. Julien Freund, Politique et impolitique, op. cit., p. 207. Sur le rôle de Freund dans l’élaboration d’un discours critique à l’égard de la notion de « droits de l’homme » considérée comme incarnation de l’« impolitique », voir Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère, Le procès des droits de l’homme. Généalogie du scepticisme démocratique, Paris, Seuil, 2016, pp. 57-60.
  37. Julien Freund, « Ébauche d’une autobiographie intellectuelle », op. cit. , p. 29.
  38. Julien Freund, L’aventure du politique, op. cit., p. 36.
  39. Julien Freund, L’aventure du politique, op. cit., p. 35.
  40. Sur le « machiavélianisme » et la réhabilitation contemporaine du penseur florentin, on se reportera à l’ouvrage fondateur du politologue étasunien James Burnham, The Machiavellians : Defenders of Freedom, New-York, John Day Company, 1943.
  41. Julien Freund, L’Essence du politique, op. cit., p. 818. Une analyse directement inspirée de la lecture schmittien de Machiavel (voir Carl Schmitt, « Macchiavelli. Zum 22 Juni 1927 », in Kölnische Volkszeitung, LXVIII, 448, Cologne, 21 juin 1927, p. 1. Repris dans Car Schmitt, Staat, Grossraum, Nomos. Arbeiten aus den Jahren 1916-1969, Duncker und Humblot, Berlin, 1995, pp. 102-107 ; Schmitt écrit notamment que l’honnêteté de Machiavel réside dans le fait qu’« il ne songe pas à embrouiller les discussions politiques par des exigences idéalistes pour ensuite mieux tirer profit de cette confusion sur le plan politique »).
  42. Julien Freund, Politique et impolitique, op. cit.., p. 243.
  43. Julien Freund, Utopie et violence, Paris, Éditions Marcel Rivière et Cie, 1978.
  44. Miguel Abensour, Utopiques, Tome 4, L’histoire ce l’utopie et le destin de se critique, Paris, Sens et Tonka, 2016.
  45. Sylvain Laurens et Alain Bihr, « L’extrême droite à l’université : le cas Julien Freund » , op. cit..
  46. Julien Freund, La fin de la Renaissance, Paris, Puf, 1980, p. 22.