L’accélérationnisme est-il une philosophie ou une imposture ? Dans son livre récent Les Lumières sombres 1, Arnaud Miranda retrace l’émergence, à partir des années 2010, de la pensée néoréactionnaire, dont il décrypte de manière fort utile les tenants et aboutissants. Cette nébuleuse, que le deuxième mandat de Donald Trump a rendu de plus en plus visible, s’est agrégée dans un milieu intellectuel structuré autour d’une contestation radicale des principes de la démocratie libérale, dont les figures les plus connues, étudiées par Arnaud Miranda, sont le « pamphlétaire » Curtis Yarvin, le « philosophe » Nick Land, ou des entrepreneurs de la Silicon Valley comme Peter Thiel et Marc Andreessen. Adeptes des blogs et des manifestes en ligne, ils se disent en rupture avec le monde académique. 

Dans son étude, l’auteur met en évidence les principaux traits de leurs discours — la valorisation élitiste des hiérarchies, la critique de l’égalitarisme et l’affinité avec certaines formes de techno-capitalisme — tout en soulignant le caractère composite de ce courant, à la croisée d’héritages réactionnaires anciens et de dynamiques propres à l’espace numérique contemporain. Il adopte une approche principalement explicative, visant à éclairer les logiques internes de ce mouvement et à en mesurer les enjeux dans le contexte politique actuel. 

À propos de Nick Land, auteur de l’expression reprise dans le titre du livre — les « Lumières sombres » (Dark Enlightenment) — il souligne également qu’« il faut prendre au sérieux l’origine philosophique du concept d’accélérationnisme » 2. C’est sur ce point précis qu’il paraît utile d’apporter à ce travail un complément d’enquête : d’où vient, au juste, le concept d’accélérationnisme  ? Et comment comprendre les filiations philosophiques qu’il revendique 3 ?

À l’origine du terme « accélérationnisme »

Les concepts sont d’abord des créations verbales : le néologisme « accelerationism » vient en fait de la science-fiction. Il a été inventé par Roger Zelazny dans son livre intitulé Lord of Light (1967). Ce roman raconte comment une partie de l’humanité a quitté la Terre dans un vaisseau spatial pour s’installer sur une nouvelle planète, « L’Étoile de l’Inde ». Une élite, les « Premiers » qui vivent dans une zone protégée, le « Paradis », a accaparé le pouvoir et la technologie et empêche le reste de la population d’y accéder. La technologie la plus convoitée est le transfert de la conscience dans un nouveau corps, qui permet une forme d’immortalité. Un groupe de révolutionnaires, dirigé par Sam, un ancien Premier qui s’est rebellé, tente de renverser les élites, qui se prennent pour des dieux, afin de diffuser les technologies à toute la population. Ce sont eux qui sont appelés les « accélérationnistes »  :

À présent, parlons un peu de l’accélérationnisme. C’est une doctrine très simple qui veut le partage. Elle propose que nous, habitants du Paradis, donnions à ceux qui habitent en bas notre savoir, nos pouvoirs et nos biens. Cet acte de charité aurait pour but d’élever à un plus haut niveau leurs conditions d’existence, pour qu’il soit à peu près le même que le nôtre. Alors, voyez-vous, chaque homme serait un Dieu. Le résultat de tout cela serait bien entendu la fin des dieux. 4

On peut retenir de cette première référence que l’accélérationnisme est au départ une terme connoté positivement, qui désigne l’idée d’une libération par la technologie  : il faudrait accélérer les découvertes scientifiques et technologiques, et accélérer leur diffusion afin d’améliorer le mode de vie des populations. Dans le champ académique, le terme a été repris quatre décennies plus tard par l’universitaire britannique Benjamin Noys, professeur de théorie critique à l’université de Chichester. Il l’utilise dans son livre de 2010 The Persistence of the Negative : a Critique of Contemporary Continental Theory, avec cette fois-ci un sens péjoratif et une visée critique. Il s’agit pour lui de dénoncer un courant philosophique qu’il considère comme incohérent, représenté par certains penseurs français de « l’ultra-gauche » comme Deleuze et Guattari, Lyotard ou Baudrillard, qui selon lui prônaient dans les années 1970 l’intensification du capitalisme pour mieux le combattre  :

Ils constituent une variante exotique de la politique du pire : si le capitalisme génère ses propres forces de dissolution, alors il est nécessaire de radicaliser le capitalisme lui-même  : plus c’est pire, mieux c’est. Nous pouvons appeler cette tendance l’accélérationnisme. 5

Noys ne cite pas le roman de Zelazny dans son ouvrage de 2010, mais il le fait dans le suivant paru quatre ans plus tard, Malign Velocities, confiant qu’il avait lu ce roman et que le terme « accélérationnisme » était donc un emprunt inconscient 6.

La science-fiction a pris pied dans le réel.

Christophe Bouton

L’accélérationnisme de gauche

Si le concept d’accélérationnisme a été introduit par Noys, c’est le « Manifeste pour une politique accélérationniste » de Nick Srnicek et Alex Williams, paru en ligne le 14 mai 2013, qui l’a popularisé 7

Doctorants en Angleterre à l’époque de la publication de leur « Manifeste », ces deux auteurs ont récupéré à leur compte le terme de Noys — sans le citer cependant — en un sens positif. L’idée centrale de leur politique accélérationniste est qu’il faut utiliser l’accélération technologique propre au capitalisme comme un « tremplin » vers une société post-capitaliste globalisée  :

Une politique accélérationniste cherche à préserver les gains du capitalisme tardif, tout en les poussant bien au-delà de ce que peuvent permettre son système de valeurs, ses structures de gouvernance et ses pathologies de masse.
[…]
Nous déclarons que seule une politique prométhéenne de maîtrise maximale sur la société et son environnement peut permettre de faire face aux problèmes globaux et d’atteindre une victoire sur le capital. 8

Srnicek et Williams se positionnent explicitement sous le patronage de Nick Land, qui serait selon eux, à côté de Marx, le « penseur paradigmatique de l’accélérationnisme ». Pourtant, Noys ne mentionne pas Land dans son livre de 2010, et Land n’a pas encore revendiqué ce terme à cette époque. Où donc ont-ils  trouvé cette filiation  ? La source est très probablement le symposium relativement confidentiel intitulé « Accelerationism » qui s’est tenu à l’université de Londres l’après-midi du 24 septembre 2010, au « Centre for Cultural Studies ». Il était annoncé en ligne avec une image du film « Terminator » et le texte de présentation suivant  : « ce symposium d’une journée examinera les implications de l’accélérationnisme à la lumière de la publication prochaine de Fanged Noumena : Collected Writings 1987-2007 de Nick Land et de The Persistence of the Negative de Benjamin Noys » 9.

Les intervenants étaient Ray Brassier et Robin Mackay (les éditeurs de Fanged Noumena), Mark Fisher, ancien collègue de Nick Land au « Cybernetic Culture Research Unit » de l’université de Warwick 10, Benjamin Noys, Nick Srnicek et Alex Williams (présenté comme travaillant à un livre sur l’accélérationnisme). Ce sont ensuite Mackay et Brassier qui ont accolé à Land le vocable d’accélérationnisme dans l’introduction à Fanged Noumena paru un an après le symposium, en 2011 11. On comprend que dans leur « Manifeste » de 2013, Srnicek et Williams aient repris le terme à leur compte en l’attribuant à Land. Dans certains textes du recueil Fanged Noumena, ce dernier avait en effet exposé un accélérationnisme avant la lettre : « Machinic desire », paru en 1993, s’inspire de L’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari pour penser l’histoire du capitalisme. Dans ce texte, Land postule que le capitalisme ne serait pas une invention humaine mais relèverait d’une intelligence non-humaine (voire post-humaine) hors de contrôle 12. De ce point de vue, l’IA est pour Land l’incarnation même de ce qui fait l’essence de la technologie capitaliste : un « envahisseur » qui va coloniser la planète 13. L’ennemi du capitalisme, c’est l’humanité elle-même : ses traditions, ses cultures, ses résistances, sa volonté de contrôle. L’une des caractéristiques de l’accélérationnisme, c’est son refus de toute régulation des progrès technologiques :

La révolution machinique doit donc aller dans le sens opposé à la régulation socialiste ; elle doit pousser vers une marchandisation toujours plus débridée des processus qui démantèlent le champ social, « encore plus loin dans le mouvement du marché, du décodage et de la déterritorialisation » et « on n’ira jamais assez loin dans le sens de la déterritorialisation : vous n’avez encore rien vu » 14.

Plutôt que d’essayer de lutter, il faudrait accélérer le mouvement censé mener à la fin du capitalisme. Dans « Meltdown », paru initialement en 1997, Land cite de nouveau ce passage de L’Anti-Œdipe, où Deleuze et Guattari affirment qu’il faut  : « Non pas se retirer du procès, mais aller plus loin, ‘accélérer le procès’, comme disait Nietzsche : en vérité, dans cette matière, nous n’avons encore rien vu » 15. Nous reviendrons sur cet extrait souvent cité, clef pour comprendre la généalogie de l’accélérationnisme. On le trouve par exemple dans le livre de Noys de 2010 16 et en exergue du symposium londonien de 2010. 

En définitive, Land prône une accélération technologique non régulée qui devrait aboutir à une « singularité », c’est-à-dire un point de non-retour au-delà duquel l’humanité perd le contrôle de la technologie. Ce thème n’est pas nouveau : en 1958, le mathématicien Stanislaw Ulam l’évoquait dans la nécrologie de son collègue John von Neumann : « Une conversation a porté sur les progrès technologiques toujours plus rapides et les changements dans le mode de vie des hommes, ce qui donne l’impression que nous approchons d’une sorte de singularité fondamentale dans l’histoire de l’humanité, au-delà de laquelle les affaires humaines, telles que nous les connaissons, ne pourraient plus perdurer » 17. Ce topos a été ensuite repris et développé par Ray Kurzweil, chercheur au MIT qui a travaillé chez Google 18. La singularité technologique, qu’il annonce pour 2045, est un seuil au-delà duquel les progrès exponentiels des machines (ordinateurs, IA) deviennent tellement rapides qu’ils ne peuvent plus être anticipés et maîtrisés par les humains. Chez Land, la singularité est comprise comme une fusion de l’humain avec la technologie qui lui semble inéluctable — sans toutefois qu’on sache très bien s’il s’agit d’une hybridation de l’homme avec la machine (le règne des cyborgs) ou d’une disparition pure et simple de l’humain.

Dans leur « Manifeste » de 2013, Srnicek et Williams pensent sans doute au premier Land de Fanged Noumena, qui n’est pas encore devenu le défenseur des Lumières sombres et de leurs composantes raciste et eugéniste 19. Ils reprochent néanmoins à Land sa « croyance myope mais hypnotique qu’aurait la vitesse capitaliste de conduire par elle-même à une transition globale vers une singularité technologique sans précédent » 20. De ce point de vue, Land reste selon eux enfermé dans le néolibéralisme, il confond la rapidité (la vitesse croissante des processus capitalistes sans changement global) avec l’accélération « véritable » qu’ils appellent de leur vœu (une accélération techno-capitaliste qui modifie en profondeur la société et découvre un nouvel espace de possibles). Srnicek et Williams rappellent à juste titre que Deleuze et Guattari étaient critiques du capitalisme, tout comme Marx auquel ils se réfèrent également. On note également une tentation antidémocratique à la fin de leur manifeste, dans la référence à Lénine, avec l’idée que la démocratie comme processus horizontal est vouée à l’inefficacité, et doit être renforcée par « le secret, la verticalité et l’exclusion » 21. Dans Inventing the Future (2015), un ouvrage qui prolonge leur « Manifeste », ils sont plus nuancés dans leur critique de la démocratie, qui doit combiner horizontalité (« Occupy Wall Street », démocratie directe) et verticalité 22. Ils soutiennent que l’automatisation ainsi qu’un revenu de base universel devraient permettre de diminuer considérablement la durée légale du travail salarié, et donc de dépasser le capitalisme. Leur position n’a alors plus grand chose à voir avec l’accélérationnisme de Land, auquel ils ne font d’ailleurs plus référence. Pour éviter toute confusion, Srnicek et Williams renoncent même à utiliser le terme « accélérationnisme », « en raison du fatras d’interprétations divergentes qui s’est formé autour de ce concept, plutôt que par renoncement à ses principes tels que nous les comprenons » 23.

La prochaine étape de cette enquête nous conduit en 2014, avec deux publications diamétralement opposées.

La première est due à Robin Mackay et Armen Avanessian qui publient un ouvrage collectif, #Accelerate. The Accelerationist Reader 24, dans lequel ils font « l’utilisation la plus enthousiaste du terme accélérationnisme, brandi comme l’étendard d’un nouveau front philosophique » 25. Parmi les « anticipations », ils republient notamment le « fragment sur les machines » de Marx, issu des Grundrisse et, au sein d’une partie intitulée « Ferment », le texte de Deleuze et Guattari de L’Anti-Œdipe, où ils parlent d’« accélérer le procès » (du capitalisme). Suivent des contributions d’auteurs comme Nick Land, Sadie Plant, lain Hamilton Grant, Mark Fisher, Ray Brassier, etc. Le volume reprend le « Manifeste » de Srnicek et Williams assorti d’un commentaire élogieux signé Toni Negri, grand représentant du marxisme italien qui avait fréquenté Deleuze et Guattari dans les années 1970. 

Aux antipodes de cet ouvrage collectif, une seconde publication, parue également en 2014, combat l’accélérationnisme. C’est le livre de Noys déjà évoqué plus haut, au titre qui annonce la couleur  : Malign Velocities. Dans la préface, il précise le sens de sa critique de l’accélérationnisme  :

La vitesse est un problème. Nos vies vont trop vite : nous sommes soumis à une exigence accélérée d’innover davantage, de travailler davantage, de jouir davantage, de produire davantage et de consommer davantage. Hartmut Rosa affirme qu’aujourd’hui nous faisons face à une forme « totalitaire » d’accélération sociale. Voilà un récit bien connu. Je voudrais en raconter un autre ici, plus étrange : celui de ceux qui pensent que nous ne sommes pas allés assez vite. Au lieu de rejeter l’accélération du rythme de la production capitaliste, ils soutiennent qu’il faut l’assumer — et l’accélérer encore. 26

Noys mobilise son concept d’accélérationnisme de 2010 pour analyser d’autres courants de pensée que la French Theory des années 1970, comme le futurisme fascisant de Marinetti du début du XXe siècle, le taylorisme prolétarien de Lénine ou le futurisme Cyberpunk. Apparue dans les années 1980, la culture Cyberpunk était au départ un genre de science-fiction mettant en scène des dystopies dans lesquelles les technologies de l’information et la cybernétique prennent le contrôle de l’humanité 27. On songe à des films comme « Blade Runner » (1982), « Terminator » (1984) ou « Matrix » (1999). Dans son ouvrage (chap. 4), Noys étudie le « Cybernetic Culture Research Unit », un centre de recherches qui a été actif de 1995 à 2003 à l’université de Warwick. C’est dans ce contexte qu’il mentionne Nick Land, fondateur de ce centre avec quelques collègues avant de démissionner de l’université en 1998. Noys pointe sa dérive vers la théorie néoréactionnaire de Mencius Moldbug alias Curtis Yarvin. Il lui préfère le « Manifeste » tout récent à l’époque de Srnicek  et Williams, dans lequel il voit « un correctif utile aux excès de Land » 28.

Deleuze et Guattari ne font pratiquement pas usage du vocabulaire de l’accélération.

Christophe Bouton

Trois hapax : les « sources philosophiques » de l’accélérationnisme selon Nick Land

Sous réserve d’un inventaire plus poussé, d’autant plus difficile à mener que les textes de la nébuleuse accélérationniste sont pour la plupart issus de blogs qui ne sont pas forcément publiés ni même conservés en ligne, Land n’a adopté la notion d’accélérationnisme qu’après le livre de Noys (2010) et le « Manifeste » de Srnicek  et Williams (2013). Il l’a utilisé en 2014, dans un article intitulé « Teleoplexy. Notes on Acceleration » 29, traduit dans un recueil en France en 2016, sous le titre « Accélérer le capitalisme » 30. Par une sorte de renversement dialectique, le mot « accélérationnisme » est devenu un étendard, alors qu’il était initialement destiné à critiquer ce type de pensée. Land en précise les significations dans un autre texte posté sur son blog le 25 mai 2017, « A Quick-and-Dirty Introduction to Accelerationism » :

L’autodestruction du capitalisme, c’est le capitalisme lui-même. La « destruction créatrice » en constitue la totalité, à l’exception seulement de ses ralentissements, de ses compensations partielles ou de ses inhibitions. Le capital se révolutionne lui-même plus radicalement que ne pourrait le faire n’importe quelle « révolution » extrinsèque. 31

On retrouve l’idée centrale de l’accélérationnisme  : il ne faut pas stopper mais accélérer les processus technologiques qui sous-tendent le capitalisme, afin de le pousser à son autodépassement. La création destructrice ne vise pas, comme chez Schumpeter, à renforcer le capitalisme, mais à le miner de l’intérieur. L’intensification des processus capitalistes et technologiques conduit selon Land à une fusion inévitable du capitalisme et de la technologie, dans ce qu’il appelle le « techno-capital ». Le « Manifeste » de Srnicek et Williams est épinglé au passage. Leur tentative d’instaurer un « ’accélérationnisme de gauche’, spécifiquement anticapitaliste clairement démarqué de son ombre ‘accélérationniste de droite’ abominablement procapitaliste […] a davantage réussi à relancer la question accélérationniste qu’à la purifier idéologiquement de façon durable » 32. Pourtant, on sent bien une différence entre les deux approches, puisque contrairement à l’accélérationnisme de Srnicek et Williams, celui de Land semble ne jamais sortir du capitalisme, dont l’autodestruction annoncée est plus une transformation incessante qu’un réel dépassement.

Marx

Quelles sont les sources philosophiques revendiquées par Land  pour son accélérationnisme ? Dans « A Quick-and-Dirty Introduction to Accelerationism », il en mentionne trois principales  : Marx, Deleuze et Guattari, et Nietzsche. Examinons tout d’abord le cas de Marx. 

Land cite un texte peu connu. Dans son « Discours sur la question du libre-échange » du 7 janvier 1848 à l’Association démocratique de Bruxelles, Marx  s’était dit favorable au libre-échange, bien qu’il soit plus néfaste pour les travailleurs que le système protectionniste, pour la raison que la liberté de commerce allait exacerber à l’extrême l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat, et hâter la venue de la révolution sociale  :

Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l’extrême l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C’est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange. 33

Cette idée d’accélérer délibérément la révolution par des mesures a priori opposées est un hapax dans le corpus de Marx, une idée exposée dans un contexte très spécifique : le débat sur l’abolition des taxes douanières des importations de céréales en Angleterre. Et il ne s’agit même pas d’accélérer le progrès technologique, simplement d’accepter une loi sur le libre-échange. En ce qui concerne la technologie, Marx pensait que le développement des machines allait au contraire permettre de travailler moins et de réaliser ce que j’ai appelé une utopie du temps libre 34. C’est le sens le plus évident du « fragment sur les machines » qu’on trouve dans les Grundrisse. En ce sens, l’accélération technologique, comprise comme l’augmentation de la vitesse de production des machines et de l’automatisation, devait faciliter le passage du « règne de la nécessité » au « règne de la liberté » de la société post-capitaliste. Aucune fusion de l’homme avec les machines n’était envisagée, encore moins un règne des machines. On voit du même coup que la référence à Marx, coupée de son contexte, est discutable, car la société post-capitaliste du temps libre n’a précisément rien à voir avec la dystopie technophile décrite par Land, qui est au fond une forme de posthumanisme dans lequel l’accélération (technologique) ne cesse jamais. 

Autrement dit, là où, pour Marx, le but était d’accélérer pour décélérer, il s’agit chez Land d’accélérer pour accélérer.

Deleuze et Guattari

Land mentionne également un passage de L’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari, qui revient souvent dans la littérature accélérationniste  : 

« Accélérez le procès », recommandaient Deleuze et Guattari dans L’Anti-Œdipe (1972), citant Nietzsche afin de réactiver Marx. Bien qu’il ait fallu encore quatre décennies avant que ‘l’accélérationnisme’ ne soit nommé comme tel — de manière critique — par Benjamin Noys, il était déjà là, dans sa totalité. 35

Dans cet ouvrage, Deleuze et Guattari partent de la thèse que le désir n’est pas un manque mais un producteur de réalité, une machine créatrice qui a été captée par le capitalisme au service d’une course à la production et à la consommation. Dans le sillage de Marx qu’ils citent régulièrement, ils développent une critique du capitalisme qui « a hanté toutes les formes de société, mais il les hante comme leur cauchemar terrifiant, la peur panique qu’elles ont d’un flux qui se déroberait à leurs codes » 36. Le propre du capital est la « déterritorialisation » de tous les codes, c’est-à-dire la destruction des normes et des traditions sociales :

pour le travailleur libre, déterritorialisation du sol par privatisation ; décodage des instruments de production par appropriation ; privation des moyens de consommation par dissolution de la famille et de la corporation ; décodage enfin du travailleur au profit du travail lui-même ou de la machine — et, pour le capital, déterritorialisation de la richesse par abstraction monétaire ; décodage des flux de production par capital marchand ; décodage des États par le capital financier et les dettes publiques ; décodage des moyens de production par la formation du capital industriel, etc. 37

D’un côté, le capitalisme a tendance à déterritorialiser, avec la mondialisation du commerce, les délocalisations, les flux de populations, etc. De l’autre, il institue sans cesse de nouvelles normes comme la famille bourgeoise ou les frontières — norme qui trouve aujourd’hui sa forme la plus aboutie dans les tarifs douaniers. La question est de savoir comment sortir de ce processus infernal. C’est dans ce contexte qu’apparaît le passage stratégique cité par Land  :

Mais quelle voie révolutionnaire, y en a-t-il une ? — Se retirer du marché mondial, comme Samir Amin le conseille aux pays du tiers-monde, dans un curieux renouvellement de la « solution économique » fasciste ? Ou bien aller dans le sens contraire ? C’est-à-dire aller encore plus loin dans le mouvement du marché, du décodage et de la déterritorialisation ? Car peut-être les flux ne sont pas encore assez déterritorialisés, pas assez décodés, du point de vue d’une théorie et d’une pratique des flux à haute teneur schizophrénique. Non pas se retirer du procès, mais aller plus loin,
« accélérer le procès », comme disait Nietzsche : en vérité, dans cette matière, nous n’avons encore rien vu. 38

Là encore, il ne faut pas surestimer cette idée d’accélérer le mouvement irrésistible du capitalisme, évoquée rapidement en passant, comme une option possible. Car la notion d’accélération, sous la forme d’un impératif, n’apparaît que dans ce passage parmi les quatre-cent pages de L’Anti-Œdipe. Comme pour Marx, on a bien là affaire à un hapax. Deleuze et Guattari ne font pratiquement pas usage du vocabulaire de l’accélération. Faire de L’Anti-Œdipe un proto-manifeste accélérationniste, un texte où l’accélérationnisme « était déjà là, dans sa totalité », est pour le moins alambiqué. D’autant plus que Deleuze et Guattari ne sont pas des thuriféraires de la technologie et condamnent le capitalisme comme une force mortifère 39, dont ils pensent le dépassement souhaitable et possible, contrairement à Land.

Nietzsche

Dans le passage cité précédemment, la référence de Deleuze et Guattari à Nietzsche peut surprendre. Ce dernier a critiqué toutes les formes d’accélération de la modernité. Dans Humain, trop humain, il dénonce « l’accélération monstrueuse de la vie » (§ 282). Il a dans son collimateur en particulier l’accélération technologique  : « la presse, la machine, le chemin de fer, le télégraphe », qui sont selon les « prémisses du siècle des machines » 40. L’idéal de Nietzsche est une société qui laisse une place au loisir, comme chez Marx, avec deux différences. Le loisir nietzschéen est aristocratique et élitiste, alors que celui de Marx se veut démocratique et partagé par tous. En outre, Nietzsche ne croit pas que l’accélération technologique va nécessairement mener à une société meilleure. Autrement dit, attribuer à Nietzsche une forme d’accélérationnisme est donc paradoxal, et relève même du contresens. La base textuelle de Deleuze et Guattari — qui ne donnent aucune référence — existe mais elle est ténue. Il s’agit là encore d’un hapax, le troisième de cette généalogie, tiré du fragment posthume 9[153] d’automne 1887, intitulé « Les forts de l’avenir ». Le fragment porte sur la nécessité d’élever une nouvelle « race » d’hommes plus forte : 

L’égalisation de l’homme européen est aujourd’hui le grand procès irréversible  : on devrait encore l’accélérer (man sollte ihn noch beschleunigen).

De ce fait, la nécessité de creuser un fossé, la nécessité d’une distance, d’une hiérarchie sont données  ; non point la nécessité de ralentir ce processus.

Cette espèce égalisée, dès qu’elle sera réalisée, exige une justification  ; elle réside dans le fait de servir à une espèce souveraine, laquelle repose sur la précédente et ce n’est que basée sur elle qu’elle peut s’élever à sa propre tâche 41.

Dans ce passage, Nietzsche parle d’accélérer la décadence du nihilisme européen afin d’accélérer sa destruction, pour laisser la place au surhomme. Mais cela n’a rien à voir avec l’accélérationnisme techno-capitaliste. Le seul point commun de l’accélérationnisme avec Nietzsche serait l’élitisme et la critique de la démocratie qui l’accompagne. Le pessimisme anthropologique radical de Land n’a en revanche rien de nietzschéen. N’est-il pas plutôt ce que Deleuze, dans sa lecture de Nietzsche, avait appelé un « nihilisme réactif », qui oscille entre une volonté de néant — la fascination pour la destruction, l’effondrement — et un néant de volonté — le fatalisme qui prétend qu’on ne peut pas lutter contre l’invasion de la planète par la technologie capitaliste 42 ?

Si l’on cherche à prendre au sérieux l’origine philosophique du concept d’accélérationnisme par Nick Land, on voit donc qu’il s’agit de trois hapax doublés de trois contresens — peut-être délibérés — dont le but est probablement de donner l’onction de « grands auteurs » issus de la « Cathédrale » 43 à une « théorie » qui, tout en se voulant anti-institution, se cherche des références du côté de l’institution.

Attribuer à Nietzsche une forme d’accélérationnisme est paradoxal — et relève même du contresens.

Christophe Bouton

L’accélérationnisme de droite

Nick Land est passé de la gauche radicale des années 1990 à la droite néoréactionnaire à partir des années 2010 44, et c’est dans ce camp qu’il fait aujourd’hui des émules, par exemple chez Marc Andreessen 45. Dans son Techno-Optimist Manifesto, mis en ligne le 16 octobre 2023, cet entrepreneur pro-Trump de la Silicon Valley exprime sa profession de foi accélérationniste : 

Ray Kurzweil définit ainsi sa Loi du retour accéléré  : les progrès technologiques ayant tendance à se nourrir d’eux-mêmes, la vitesse du progrès augmente de manière exponentielle.

Nous croyons en l’accélérationnisme — la propulsion consciente et délibérée du développement technologique — pour garantir la réalisation de la Loi du retour accéléré. Pour que la spirale ascendante du techno-capitalisme se poursuive à jamais 46.

Andreessen se place sous le patronage de Land : « combinez la technologie et les marchés et vous obtenez ce que Nick Land a appelé la machine techno-capitaliste  ; le moteur de la création matérielle perpétuelle, de la croissance et de l’abondance ». 

Contrairement à Land, pour Andreessen, l’autodestruction du capitalisme n’est ni souhaitable, ni programmée. On retrouve également dans ce manifeste la référence à Nietzsche et à son combat contre « le dernier homme ». En revanche, Marx, Deleuze et Guattari ne font pas partie des précurseurs de cet accélérationnisme, sans doute du fait de leur position par trop anticapitaliste. Cet accélérationnisme techno-capitaliste raisonne de manière binaire en termes d’amis (la « tech » en général) et d’ennemis (la décroissance, la régulation, le principe de précaution, le développement durable, etc.). Il ne s’embarrasse pas du problème de la destruction de la planète et du réchauffement climatique, qui provient pourtant de la combinaison du capitalisme et de la technologie. La réponse à ce problème oscille entre un pari massif sur l’énergie nucléaire et un déni pur et simple : « Nous croyons qu’il n’y a pas de conflit inhérent entre la machine techno-capitaliste et l’environnement naturel. Les émissions de carbone par habitant aux États-Unis sont plus faibles aujourd’hui qu’elles ne l’étaient il y a cent ans, même en l’absence d’énergie nucléaire ». Une autre solution consiste à changer de planète  : « Nous croyons que la population mondiale pourrait facilement atteindre au moins 50 milliards de personnes — et bien plus encore lorsque nous aurons colonisé d’autres planètes ». Ce rêve de la conquête spatiale, qui se nourrit de l’imaginaire américain de la nouvelle frontière, entraîne une course à la fabrication des fusées que l’on observe chez Elon Musk et Jeff Bezos. On retrouve le scénario de Lord of Light, à l’origine du mot « accélérationnisme » : la science-fiction a pris pied dans le réel.

Le Manifeste d’Andreessen semble s’accorder en tous points avec l’« accélérationnisme efficace » (effective accelerationism), dernier avatar en date de l’accélérationnisme qui essaime sur les réseaux sociaux sous l’abréviation « e/acc ». 

Formulé en ligne en mai 2022 par un certain « Beff Jezos », pseudonyme choisi en guise d’hommage par Guillaume Verdon, un ingénieur canadien travaillant chez Google, il se résume à dix principes dont nous donnons les plus représentatifs :

 « L’accélérationnisme est simplement la prise de conscience de lui-même par le capitalisme, qui a à peine commencé. ‘Nous n’avons encore rien vu’.
1 — L’objectif global de l’humanité est de préserver la lumière de la conscience.
[ici est inséré ce message d’Elon Musk sur X]  : ‘C’est pourquoi nous devons préserver la lumière de la conscience en devenant une civilisation spatiale et en étendant la vie à d’autres planètes’.
2 — La technologie et les forces du marché (le techno-capital) accélèrent dans leur puissance et leurs capacités.
3 — Cette force ne peut pas être arrêtée.
4 — Le techno-capital peut inaugurer la prochaine évolution de la conscience, en créant des formes de vie de nouvelle génération inimaginables et une conscience basée sur le silicium. […]
8 — Ceux qui seront les premiers à faire émerger et à contrôler les hyperparamètres de l’IA/du techno-capital disposeront d’un pouvoir immense sur l’avenir de la conscience. […]
10 — L’accélérationnisme efficace, e/acc, est un ensemble d’idées et de pratiques visant à maximiser la probabilité de la singularité du techno-capital et, par la suite, la capacité de la conscience émergente à prospérer. » 47

Contrairement à l’accélérationnisme de Land, l’accélérationnisme efficace est explicitement techno-optimiste, il ne voit pas l’avenir sous les jours sombres et apocalyptiques du courant Cyberpunk. L’expression « nous n’avons encore rien vu », qui est une allusion au passage de Deleuze et Guattari examiné plus haut, trahit à nouveau ce besoin d’une caution philosophique. Elle est interprétée ici comme une promesse de bienfaits allant au-delà des espérances les plus folles. 

S’inspirant très librement de la thermodynamique, Verdon pense même que le développement de la vie sur Terre et au-delà s’inscrit dans une « volonté de l’univers » qui favoriserait les civilisations « intelligentes » en tant qu’elles augmentent l’entropie par l’utilisation toujours plus grande de l’énergie utile 48. La spécificité de l’accélérationnisme efficace est de se concentrer sur l’IA générale, présentée comme la technologie du futur qu’il faut accélérer en priorité et sans la moindre entrave 49. Les dangers existentiels de l’IA sont déclarés nuls ou négligeables. 

L’accélérationnisme efficace s’oppose en cela à « l’altruisme efficace » (effective altruism) dont il parodie le nom. Apparu dans les années 2000, ce mouvement, qui est également en vogue dans la Silicon Valley, souligne les intérêts potentiels de l’IA, mais aussi les risques qu’elle fait courir à l’humanité si elle n’est pas régulée et développée conformément à des valeurs éthiques — risque pouvant aller jusqu’à « l’extinction de l’humanité » 50. Comme son nom l’indique, l’altruisme efficace entend rechercher les moyens les plus efficaces pour promouvoir des «  causes prioritaires  » comme la santé mondiale, la lutte contre les inégalités ou le bien-être animal, sur le court et le long terme. D’où la variante plus récente de ce courant appelée « longtermisme » 51. Il s’agit dans tous les cas d’optimiser la charité privée par des méthodes rationnelles — l’essai randomisé, l’étude du rapport coût-efficacité — sans pour autant changer les structures économiques et politiques qui sont à l’origine de ces problèmes. 

Par-delà ces divergences, l’altruisme efficace  a toutefois beaucoup en commun avec l’accélérationisme efficace  : l’absence de remise en cause du capitalisme, le culte de la croissance, le goût pour la technologie — même si elle n’est admise que sous contrôle — et, last but not least, l’utopie cosmique d’une migration de l’humanité vers d’autres planètes 52.

Un objet marketing idéologique : démystifier le discours accélérationniste

Ne nous laissons pas tromper par les filiations prestigieuses dont se targue l’accélérationnisme : dès lors qu’on examine ce concept et son histoire, on constate que ses prétendues bases philosophiques sont très fragiles puisqu’il s’agit de trois hapax sortis de leur contexte, qui servent de prétextes à des lectures à contresens. 

Les quatre « big names » revendiqués par Nick Land — Marx, Deleuze et Guattari et Nietzsche — sont en effet utilisés à front renversé. Ils n’ont jamais prôné l’accélération technologique débridée et encore moins une défense du capitalisme. Il ne faut donc pas donner un crédit excessif à ce qui se présente comme une « pensée » ayant une dimension philosophique, alors qu’il s’agit le plus souvent d’interventions sur des blogs où chacun est libre de dire tout ce qui lui passe par la tête, reprises dans des volumes autoédités. 

Derrière les mots et les néologismes souvent abscons se dissimule une idéologie déterminée, dont le principal message, invariable, est qu’il faudrait toujours plus déréguler pour donner libre cours au capitalisme : non seulement le capitalisme numérique des GAFAM, mais aussi des formes plus traditionnelles de capitalisme comme l’extractivisme.

Les formes de ce discours sont variées. Elles vont de l’essai en ligne à prétention philosophique à la rhétorique des manifestes, qui se caractérise par une succession de thèses faisant l’économie de toute argumentation et de tout contrôle. 

Quel que soit le cas de figure, l’accélérationnisme fait toujours le jeu du capitalisme dans ses formes actuelles, même lorsqu’il prône son dépassement — et, évidemment, plus encore quand il cherche à le renforcer. 

C’est pourquoi il me semble qu’il peut être qualifié d’idéologie mais au sens de Marx — c’est sur ce point que la référence à l’auteur du Capital ferait sens — c’est-à-dire un système d’idées produit par et destiné à perpétuer un mode de production 53

Alors que la montée des inégalités et l’anthropocène remettent plus que jamais en question le capitalisme, le concept d’accélérationnisme, avec les références philosophiques qu’il charrie, tombe à point nommé : il recommande non seulement de maintenir les modes de production, mais encore de les intensifier dans une course en avant qui trouve de nombreux adeptes du côté de la néoréaction, mais aussi au-delà. Mais ce n’est pas parce que ce discours prétend se donner des filiations philosophiques qu’il faut le prendre pour autre chose que ce qu’il est : un discours marketing au service de la Silicon Valley, une idéologie au sens de Marx — d’autant plus redoutablement efficace et dangereuse qu’elle est relativement simple et pauvre sur le fond.

Sources
  1. Arnaud Miranda, Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire, Paris, Gallimard/Le Grand Continent, « Bibliothèque de géopolitique », 2026.
  2. Ibid., p. 80.
  3. Une première version de ce texte, intitulée « From the acceleration of history to accelerationism », a été présentée au colloque “Aceleración de la historia : Historicidad, Presentismo, Deconstrucción” organisé par Francisca Gómez Germain le 9-10 octobre 2025 à l’Université Adolfo Ibáñez de Viña del Mar, et à l’Université Diego Portales de Santiago au Chili.
  4. Roger Zelazny, Seigneur de lumière, trad. de Claude Saunier revue par Thomas Day, Paris, Gallimard, « Folio SF », 2012 p. 251.
  5. Benjamin Noys, The Persistence of the Negative : a Critique of Contemporary Continental Theory, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2010, p. 5.
  6. Benjamin Noys, Malign Velocities : Accelerationism and Capitalism, Winchester, Washington, Zero Books, 2014, p. XI.
  7. Voir le texte du manifeste.
  8. Nick Srnicek et Alex Williams, « # Accelerate. Manifeste pour une politique accélérationniste », trad. d’Yves Citton, in Laurent de Sutter (dir.), Accélération  !, Paris, PUF, 2016, p. 35 et p. 44.
  9. Voir la page du colloque.
  10. Auteur de Capitalist Realism : Is There No Alternative ?, Winchester, Zero Books, 2009. Le titre de son intervention était : « Terminator vs Avatar ».
  11. Robin Mackay et Ray Brassier, introduction à Nick Land, Fanged Noumena : Collected Writings 1987—2007, Urbanomic/Sequence Press, 2011, p. 51.
  12. Nick Land, « Machinic desire », in Fanged Noumena, p. 338.
  13. Ibid., p. 326.
  14. Ibid., p. 340-341. Land cite L’Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari, Paris, Minuit, 1973, p. 384 et p. 285.
  15. Nick Land, « Meltdown », in Fanged Noumena, p. 449, et G. Deleuze et F. Guattari, L’Anti-Œdipe, p. 285.
  16. Benjamin Noys, The Persistence of the Negative, p. 5.
  17. Stanislaw Ulam, « Tribute to John von Neumann », Bulletin of the American Mathematical Society, 64, n°3, part 2, Mai 1958, p. 5.
  18. Ray Kurzweil, The Age of Intelligent Machines, Cambridge, MA : MIT Press, 1990, The Singularity is Near : When Humans Transcend Biology, New York, Penguin, 2005, The Singularity Is Nearer : When We Merge With AI, New York, Penguin, 2024. Je remercie Philippe Huneman d’avoir attiré mon attention sur ce point.
  19. Nick Land, The Dark Enlightenment, Imperium Press, 2022.
  20. Nick Srnicek et Alex Williams, « # Accelerate », p. 32.
  21. Ibid., p. 41.
  22. Nick Srnicek et Alex Williams, Inventing the Future. Postcapitalism and a World without Work, Londres/New York, Verso, 2015.
  23. Ibid., note 55, p. 189.
  24. Robin Mackay et Armen Avanessian (éd.), #Accelerate. The Accelerationist Reader, Falmouth, Urbanomic, 2014.
  25. David Henkin, « Accélérationnismes et accélération », Écrire l’histoire, 16, 2016, p. 216.
  26. Benjamin Noys, Malign velocities, Preface, p. X.
  27. Voir Asma Mhalla, Cyberpunk. Le nouveau système totalitaire, Paris, Seuil, 2025.
  28. Benjamin Noys, Malign velocities, conclusion.
  29. Paru dans le volume collectif de 2014 de Mackay et Avanessian, #Accelerate, p. 509-520.
  30. Dans Laurent de Sutter (dir.), Accélération  !, p. 69-82.
  31. Nick Land, « A Quick-and-Dirty Introduction to Accelerationism » (le texte se trouve en ligne, par exemple sur le site « Scribd »).
  32. Ibid.
  33. Je cite la traduction du site marxists.org.
  34. Christophe Bouton, L’accélération de l’histoire. Des Lumières à l’Anthropocène, Paris, Seuil, 2022, p. 211-225.
  35. Nick Land, « A Quick-and-Dirty Introduction to Accelerationism ».
  36. Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe, p. 164.
  37. Ibid., p. 267.
  38. Ibid., p. 285.
  39. Comme le rappelle opportunément Arnaud Miranda, Les Lumières sombres, p. 82.
  40. Je me permets de renvoyer à nouveau à mon livre L’accélération de l’histoire, p. 62-65.
  41. Friedrich Nietzsche, Œuvres philosophiques complètes, vol. XIII, Fragments posthumes (Automne 1887 – Mars 1888), trad. de Pierre Klossowski et Henri-Alexis Baatsch, Paris, Gallimard, 1976, p. 86. Deleuze et Guattari ont sans doute trouvé ce fragment dans l’ouvrage controversé  : Friedrich Nietzsche, La volonté de puissance, § 386, trad. de Henri Albert, t. II, Paris, Mercure de France, 1903, p. 192.
  42. Deleuze le décrit en ces termes  : « on reste seul avec cette vie, mais cette vie est encore dépréciée, qui se poursuit maintenant dans un monde sans valeurs, dénué de sens et de but, roulant vers son propre néant » (Nietzsche et la philosophie, Paris, PUF, 1988, p. 170).
  43. Pour reprendre le terme par lequel Yarvin cible le monde académique et médiatique.
  44. Voir sur ce parcours Arnaud Miranda, Les Lumières sombres, chap. 4.
  45. Il existe aussi une version européenne  : le mouvement intitulé « Accelerate Europe » a publié son propre manifeste, dont le titre laisse deviner la filiation avec Donald Trump  : « Make Europe Great Again ».
  46. Je cite la traduction de ce texte dans L’Empire de l’ombre édité par le Grand Continent sous la direction de Giuliano da Empoli, Paris, Gallimard, 2025, p. 127.
  47. Voir ici. Trois autres pseudonymes sont signataires de ce texte.
  48. Cette théorie fumeuse est exposée sur son blog « Beff’s Newsletter ».
  49. L’intelligence artificielle générale (IAG) est une forme d’IA capable d’apprendre et d’accomplir n’importe quelle tâche cognitive au moins aussi bien qu’un être humain, de manière flexible et autonome.
  50. Voir  par exemple le “Machine Intelligence Research Institute” (MIRI), appelé auparavant le « Singularity Institute for Artificial Intelligence », en référence au concept de « singularité » de Kurzweil (mentionné plus haut note 18).
  51. Voir l’ouvrage controversé de William MacAskill, What We Owe to the Future, New York,  Basic Books, 2022 et sa recension par Alexandre Billon, « L’éthique du point de vue de nulle part ».
  52. Comme l’explique Emile P. Torres, dont je suis ici les analyses,  « ‘Effective Accelerationism’ and the Pursuit of Cosmic Utopia », Truthdig, 14 December 2023.
  53. Arnaud Miranda emploie le vocabulaire de l’idéologie à la fin de son livre, mais sans s’en expliquer (Les Lumières sombres, p.139, p. 154 et p. 155). Voir aussi « Qu’est-ce que la pensée néoréactionnaire ? Hypothèses et définition d’une idéologie radicale trumpiste »). Du fait des liens revendiqués du discours accélérationniste avec le (techno-)capitalisme,  je prends ici le concept d’idéologie au sens précis que Marx lui a donné dans L’Idéologie allemande, tout en ayant conscience qu’on peut lui conférer un sens plus large dans d’autres contextes.