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Enzo Ciconte, Storia dell’ altra Italia. Dai bravi ottocenteschi alla strage di via D’Amelio, Roma-Bari, Laterza

« Il existe un fil rouge, fait de sang et de fausses pistes, qui traverse toute l’histoire de l’Italie unifiée : l’histoire de l’utilisation systématique de criminels, de mafieux et de néofascistes comme instruments de pouvoir. Dans cet essai, Enzo Ciconte propose une thèse historique audacieuse et documentée : entre les massacres néofascistes et ceux de la mafia, il existe une continuité d’intentions et d’acteurs.

Pendant des décennies, des secteurs de l’État, des services secrets dévoyés et des loges maçonniques comme la P2 ont mené une ‘guerre non orthodoxe’ contre la démocratie née de la Résistance. Du massacre de Portella della Ginestra à celui de la gare de Bologne, jusqu’aux attentats de Capaci et de la via D’Amelio, se dessine le portrait d’une Italie à la ‘souveraineté limitée’, conditionnée par la guerre froide et par une bourgeoisie traditionnellement violente.

Enzo Ciconte nous aide à comprendre non seulement le passé, mais aussi la nature du pouvoir en Italie et la résilience d’une démocratie qui, malgré les trahisons internes, a su éviter le gouffre. »

Parution le 1er mai

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Moying Li, Hu Shi. A Biography, Oxford, Oxford University Press

« La première biographie exhaustive de l’une des figures chinoises les plus influentes du XXe siècle, dont les efforts pour jeter des ponts entre l’Orient et l’Occident à un moment charnière de l’histoire mondiale restent à la fois historiques et controversés. 

Né à Shanghai, Hu Shi devint professeur à l’université de Pékin en 1917 après avoir étudié aux universités Cornell et Columbia aux États-Unis. Presque à lui seul, il tenta de réformer le système éducatif chinois, rigide et ancré dans la tradition, en y appliquant des idées progressistes venues d’Amérique. Il fut également le fer de lance de la mixité scolaire, des droits des femmes et, plus spectaculairement encore, du remplacement des caractères chinois classiques par des versions simplifiées. Ce changement capital fit grimper les taux d’alphabétisation et rendit l’éducation plus accessible. Le New York Times l’a salué comme ‘le meilleur de la nouvelle et de l’ancienne Chine’, et ses contemporains chinois l’ont surnommé le ‘Père de la Renaissance chinoise’.

Après l’invasion de la Chine par le Japon en 1937, Hu Shi fut nommé ambassadeur de Chine aux États-Unis. Alors qu’il y avait déjà vécu pendant plusieurs années, il trouva le pays enlisé dans l’isolationnisme. Hu Shi lança ainsi une campagne de conférences à travers les États-Unis, travaillant avec le président Roosevelt et son cabinet pour obtenir des prêts pour la Chine.

Connu pour ses manières douces, Hu Shi perdit néanmoins son sang-froid lorsqu’il sentit que Roosevelt risquait de céder aux demandes de non-intervention américaine des Japonais. Il rappela au président ses promesses d’aider la Chine. Cette séquence culmina le matin du 7 décembre 1941, lorsque Roosevelt convoqua Hu Shi en audience spéciale pour l’informer qu’il avait fermement rejeté la proposition japonaise. Dernier diplomate étranger rencontré par le président en cette matinée fatidique, il fut aussi l’un des premiers à apprendre de sa bouche, quelques heures plus tard, que les Japonais avaient attaqué Pearl Harbor. « Maintenant, mon pays peut respirer », déclara-t-il. L’ambassadeur chinois avait contribué à maintenir l’alliance entre la Chine et les États-Unis et remporta ainsi le plus grand triomphe de sa carrière diplomatique.

Après la Seconde Guerre mondiale, Hu Shi retourna dans une Chine déchirée par la guerre civile et continua à réclamer les réformes qu’il avait initiées. Lorsque les communistes vainquirent Tchang Kaï-chek et son armée nationaliste, l’ancien élève de Hu Shi, Mao Zedong, le dénonça pour ses idées libérales à l’occidentale. Aux États-Unis, ses anciens collègues le qualifièrent de ‘maccarthyste’ pour s’être exprimé avec tant de force contre le communisme. Ce n’était ni la première ni la dernière fois de sa vie qu’il se trouvait pris entre deux mondes, mais cette fois-ci, il fut incapable de les rapprocher.

Ce qui perdura, ce fut son héritage : avoir contribué à moderniser la Chine, et sa conviction que le dialogue continu entre la Chine et les États-Unis était vital pour la sécurité mondiale. »

Parution le 4 mai

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Emanuela Scarpellini, Il fascismo delle cose. Oggetti e consumi nel Ventennio, Turin, Einaudi

« Depuis quelques années, l’histoire du fascisme fait à nouveau l’objet d’une grande attention. Cet ouvrage aborde le rôle joué en son sein par la culture matérielle. Le point de vue adopté par Emanuela Scarpellini ne se concentre toutefois pas sur les grands monuments ou les œuvres d’art, mais sur les petits objets du quotidien, ceux qui marquent l’horizon de chaque jour, simples et familiers, tels que les biens de consommation, les médicaments, les pièces de monnaie, les timbres.

Les produits coloniaux en sont un exemple, les premiers qui viennent à l’esprit lorsqu’on évoque les objets matériels liés au fascisme : parmi ceux-ci, le café, qui a commencé en ce temps-là devenir un produit ‘italien’, et le tabac, qui a connu une diffusion énorme grâce aux cigarettes, sans oublier le chocolat, le thé et d’autres produits, tous considérés dans leur dimension sensorielle. Un univers varié qui raconte une histoire qui ne coïncide pas toujours avec celle, « haute », des choses importantes, réservant tantôt des confirmations, tantôt des surprises.

La thèse de ce livre est qu’il faut considérer, d’un point de vue historiographique, les choses insignifiantes du quotidien, les petits objets sans valeur qui nous entourent, car c’est aussi à travers eux qu’une construction sociale sophistiquée a pris vie : en effet, des discours politiques se sont insinués jusque dans les replis de la vie quotidienne. De manière presque imperceptible, cependant, en créant une habitude, capable de perdurer dans le temps sans examen critique explicite. Par rapport à la propagande fasciste explicite que nous connaissons bien, nous pourrions parler d’une forme de ‘propagande faible’, de faible intensité, mais diffuse, constante, capable de faire circuler des symboles et des formes, en passant par la dimension sensorielle. »

Parution le 5 mai

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Anke Hoeffler et James D. Fearon, Worse than War : The Global Costs of Violence, Princeton, Princeton University Press.

« Les guerres civiles, les conflits entre États et le terrorisme font l’objet d’une grande attention de la part des médias et des décideurs politiques, et ce pour de bonnes raisons. En revanche, les principales formes de violence interpersonnelle — les homicides, la violence conjugale et les châtiments corporels sévères infligés aux enfants — sont généralement beaucoup moins médiatisées.

Dans Worse than War, Anke Hoeffler et James Fearon rassemblent et analysent les données relatives à la prévalence mondiale et aux coûts de la violence collective et interpersonnelle. Ils montrent que la violence interpersonnelle est bien plus répandue et impose des coûts sociétaux bien plus élevés que la violence collective. Les guerres ont tendance à se concentrer dans un petit nombre de pays, et souvent dans des zones relativement restreintes au sein de ceux-ci. En revanche, presque tous les pays affichent des taux d’homicides et d’agressions non mortelles, en particulier à l’encontre des femmes et des enfants, qui dépassent de loin les taux mondiaux moyens de décès et de blessures liés aux guerres et au terrorisme.

Anke Hoeffler et James Fearon soutiennent que les taux élevés de violence interpersonnelle ne sont pas simplement déterminés par la culture ou d’autres facteurs structurels. Les données issues d’une multitude d’évaluations de programmes, d’expériences naturelles et de mouvements sociaux à long terme montrent clairement que les taux d’homicides, de violence conjugale et de châtiments corporels sévères infligés aux enfants peuvent être réduits s’ils font l’objet d’interventions ciblées efficaces. Des interventions visant à promouvoir la paix dans les pays déchirés par la guerre civile sont également possibles, mais les opportunités sont rares et de plus en plus espacées.

S’appuyant sur des idées et des méthodes issues de nombreux domaines — économie, sciences politiques, santé publique, psychologie, sociologie et autres —, les auteurs montrent que les efforts financiers et politiques visant à réduire la violence interpersonnelle méritent donc une priorité plus élevée tant au sein des pays qu’auprès des bailleurs de fonds internationaux. »

Parution le 5 mai

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Lucia Ceci, La fe armada. Católicos y violencia política en el siglo XX, Madrid, Marcial Pons.

« Comment, tout au long du XXe siècle, les catholiques ont-ils interprété, justifié et, parfois, sacralisé le recours à la violence politique ? Quelle a été leur contribution aux initiatives insurrectionnelles au cours d’un siècle marqué par les guerres mondiales, les nationalismes, les processus de décolonisation, les conflits idéologiques et les génocides ?

Les mécanismes de légitimation s’avèrent particulièrement complexes lorsque la violence n’est pas exercée par l’État, mais dirigée contre lui, plaçant les protagonistes de ces actions dans une zone grise entre les catégories de ‘terrorisme’ et de ‘lutte de libération’.

Écrit par une historienne reconnue du catholicisme contemporain, La fe armada analyse des études de cas issues de différents contextes géographiques, qui ont toutes un dénominateur commun : le rôle central joué par la religion catholique, de l’Irlande du Nord à l’Espagne, en passant par le Mexique, les Philippines, la Colombie et le Rwanda. L’auteure montre comment les sources théologiques, les modèles de martyre et les symboles de la tradition chrétienne ont contribué à donner un sens moral à la violence et à la présenter comme une action menée au nom de Dieu. Adoptant une perspective globale et transnationale, l’ouvrage offre de nouveaux outils pour comprendre la relation entre religion et violence politique. »

Parution le 6 mai

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Javier Rodrigo, David Alegre et Miguel Alonso (dir.), La guerra civil española. Una historia global, Barcelone, Galaxia Gutenberg.

« Sans la guerre civile espagnole, l’histoire européenne du XXe siècle est incompréhensible : s’il y a un moment où l’histoire contemporaine se joue en Espagne, c’est bien en 1936. Partant de cette thèse centrale, cet ouvrage collectif dissèque le conflit qui a divisé l’Espagne et le monde. 

La guerre d’Espagne n’était pas seulement une guerre civile, mais aussi une guerre transnationale, mondiale ; elle a impliqué des acteurs étrangers et on y identifie diverses caractéristiques qui allaient devenir paradigmatiques dans l’histoire de l’Europe : la prise du pouvoir par le fascisme par la guerre, le recours à la violence contre les civils à des fins de purification de la société, la mise en place de camps de concentration, la superposition de la guerre d’occupation et de la guerre irrégulière. En d’autres termes : l’Espagne est devenue une caisse de résonance et un laboratoire de processus qui se sont ensuite étendus à l’ensemble du continent. 

Javier Rodrigo, Miguel Alonso et David Alegre ont réuni dans cet ouvrage une cinquantaine d’historiens et d’historiennes, pour la plupart âgés de moins de cinquante ans, afin d’offrir une vision totalement nouvelle et actualisée du conflit, qui est analysé sous ses diverses facettes, dont certaines sont presque inexplorées. Ces pages vont au-delà du coup d’État de 1936 et de la guerre elle-même. En effet, l’ouvrage soutient que celle-ci ne s’est pas terminée en 1939, mais qu’elle s’est prolongée, sous une forme irrégulière ou ‘sale’, jusqu’aux années 1950. La militarisation, l’internationalisation et la radicalisation du conflit, l’arrière-front, les questions d’identité, l’exil, la santé, le paysage et l’environnement ou encore la nécropolitique sont quelques-uns des thèmes abordés. En définitive, l’ouvrage démontre que la guerre civile espagnole fut la grande guerre civile européenne du XXe siècle. »

Parution le 6 mai

Jan-Werner Müller, Street, Palace, Square. The Architecture of Democratic Spaces, Londres, Allen Lane.

« La construction nécessite de l’énergie et des ressources ; une fois créé, notre environnement façonne nos relations les uns avec les autres. Mais à quoi ressemblerait un environnement bâti véritablement démocratique ? Devrions-nous privilégier un processus inclusif permettant au plus grand nombre possible de citoyens de décider de la conception d’un bâtiment ? Ou s’agit-il plutôt de déterminer comment l’architecture et les espaces urbains peuvent le mieux représenter la démocratie pour les citoyens — et comment la construction et l’urbanisme peuvent concrètement faciliter l’action démocratique par les citoyens ?

Dans Street, Palace, Square, Jan-Werner Müller propose une nouvelle analyse élégante de l’architecture et de la démocratie, s’appuyant sur des exemples allant de Washington DC à Dacca, du Caire à Berlin. Couvrant un large éventail de domaines allant de la philosophie politique à l’histoire en passant par le design, il montre que la rencontre entre architecture et démocratie présente un avantage inattendu. En réfléchissant d’une part aux espaces et aux symboles, et d’autre part à notre conception de la démocratie, nous pourrions entrevoir des possibilités qui nous échappaient auparavant : comment créer des espaces permettant aux citoyens de s’approprier la politique. »

Parution le 7 mai

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Denis Leroux, Une armée « révolutionnaire ». Contre-insurrection et subversion militaire pendant la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte.

« Face à l’insurrection lancée fin 1954 par le Front de libération nationale (FLN), une partie de l’armée française a voulu jouer une ‘révolution contre une révolution’. Au sein des fameux Cinquièmes bureaux, des officiers mettent en œuvre la contre-insurrection. Leur arme : la guerre psychologique. Leur objectif : conquérir la population algérienne et garder l’Algérie française.

Ces hommes ne se considèrent pas comme des contre-révolutionnaires, constate l’historien Denis Leroux, qui ausculte leur radicalisation progressive en s’appuyant sur une riche documentation d’archives. Ils estiment au contraire être au cœur d’une authentique révolution. Aux yeux de ces soldats d’élite, l’armée doit — comme ses adversaires — mener une action politique et être à l’avant-garde d’une révolution socio-politique : la construction d’une ‘Algérie nouvelle’, intégrant les Algériens dans le corps politique français en les mobilisant contre le FLN. Pour ce faire, elle ne doit pas craindre d’employer des moyens dictatoriaux ni de s’opposer aux institutions légales si celles-ci mettent en péril la nation française.

Anticommunistes virulents, ces officiers justifient les méthodes de l’armée par une vision apocalyptique : la France est, selon eux, impliquée en Algérie dans un conflit existentiel opposant l’Occident au bloc soviétique. Promoteurs de la ‘révolution du 13 mai’, ils jouent un rôle déterminant dans le coup d’État qui permet au général de Gaulle de revenir au pouvoir en 1958. Mais, s’opposant bientôt à la politique du nouveau chef de l’État, les Cinquièmes bureaux sont dissous en février 1960, après la semaine des barricades, laissant une marque aussi profonde que sous-estimée dans la vie politique française. »

Parution le 7 mai

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Katja Hoyer, Weimar. Life on the Edge of Catastrophe, Londres, Allen Lane.

« Weimar occupe une place prépondérante dans l’histoire allemande : un creuset où se sont côtoyées démocratie et dictature. Cette ville ancienne, nichée au cœur du pays, a vu naître certains des plus grands penseurs européens, parmi lesquels Goethe et Schiller, Liszt et Nietzsche. Elle a donné son nom à l’ambitieuse République de Weimar, fondée au lendemain de la Première Guerre mondiale. Mais c’est aussi là que le fascisme a pris racine. Là où les architectes du Bauhaus ont pour la première fois expérimenté de nouveaux modes de vie, Buchenwald a été creusé dans une forêt de hêtres.

Weimar nous montre une ville et ses habitants au bord de la catastrophe. S’appuyant sur de nombreuses recherches d’archives inédites, Katja Hoyer nous emmène de 1919 à 1939 en racontant les histoires des hommes et des femmes qui ont vécu la nouvelle république et le régime hitlérien. Nous faisons la connaissance d’une galerie de personnages vivants, du relieur Carl Weirich aux hôteliers Rosa et Arthur Schmidt, en passant par Elisabeth, la sœur de Friedrich Nietzsche. Voici des fascistes et des socialistes, des artistes et des ouvriers, des politiciens et des citoyens qui, emportés par le tourbillon de l’histoire, sont devenus témoins, auteurs, victimes et spectateurs… »

Parution le 7 mai 

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Giulio Boccaletti, The Environmental Republic : Why Citizens Will Save the World, Princeton, Princeton University Press.

« Le républicanisme est sans doute l’idée politique la plus puissante de l’histoire, un exploit extraordinaire de l’imagination humaine qui concilie liberté individuelle et responsabilité collective. La République environnementale revendique cette idée comme la voie à suivre pour préserver notre vie en commun sur une planète en mutation, en redéfinissant notre rapport à l’environnement non pas comme une contrainte à la liberté, mais comme son fondement républicain.

Giulio Boccaletti soutient que nous devons renouveler notre engagement envers la liberté et la responsabilité civique par le biais de la souveraineté populaire. Il présente la République environnementale comme une alternative nécessaire à la foi aveugle dans la gestion technocratique, à la moralisation superficielle et à la rhétorique apocalyptique de certains militants, ainsi qu’au scepticisme hypocrite des intérêts particuliers. Nos défis environnementaux ne se résument pas simplement à ‘s’accorder sur les faits’ ou à vivre dans le cadre de contraintes techniques : ils reflètent un échec plus profond des institutions politiques. S’appuyant sur l’histoire des idées et des exemples concrets, Giulio Boccaletti présente un cadre politique qui place notre relation à notre environnement au cœur de la manière dont nous exerçons notre voix, coordonnons l’action collective et définissons le développement lui-même.

Offrant un espoir à une époque anxieuse marquée par la montée de l’autoritarisme et un pessimisme généralisé, The Environmental Republic remet en cause le faux choix entre protection de l’environnement et liberté humaine en montrant comment des institutions ancrées localement peuvent assurer à la fois la durabilité et le développement humain grâce à une véritable autogouvernance. »

Parution le 12 mai

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Federico Zuolo, Il quotidiano è politico. L’attivismo individuale oggi, Turin, Einaudi.

« Depuis la fin du siècle dernier, la politique traditionnelle s’est révélée incapable de relever les nouveaux défis, qu’il s’agisse de la crise environnementale, des rôles de genre ou des inégalités croissantes. Face à cet échec, beaucoup ont commencé à se sentir personnellement responsables et ont cherché à modifier leur comportement dans leur vie privée. Cette moralisation du quotidien semble se démultiplier en mille ruisseaux, comme si la vie de tous les jours était aujourd’hui plus chargée de sens qu’autrefois. Les objections à ces comportements pourraient être nombreuses, à commencer par leur fatale insignifiance. Et pourtant, l’engagement moral nous caractérise en tant qu’êtres humains. Et puis, quelle serait l’alternative : le cynisme et l’indifférence ? 

Cet essai analyse les fondements philosophiques, politiques et moraux qui sous-tendent les formes les plus répandues d’engagement individuel (défense des animaux, altruisme efficace, activisme linguistique, consommation critique et écologie) du point de vue de la vie quotidienne des personnes. Deux aspects fondamentaux en ressortent : l’idée que la condition collective dépend de la contribution de l’individu et le besoin des individus d’être des acteurs du changement. Entre l’envie de participer et le faible impact de chacun, l’activisme du quotidien manifeste un besoin de contrôle sur les dimensions les plus ordinaires de nos vies, sans qu’il soit clair si, par là, nous promouvons aussi politiquement ces causes ou si nous essayons simplement de sauver notre conscience individuelle. 

Mêlant philosophie morale et sociologie de la consommation, écologie et philosophie politique, linguistique et éthique animale, l’ouvrage entend fournir un guide à ceux qui sont perplexes face aux défis moraux de nos vies, dans tous les domaines où le comportement privé a un impact sur la dimension collective. »

Parution le 12 mai

Stéphane Beaud, Zinedine Zidane, Paris, La Découverte.

« Norbert Elias a écrit une sociologie de Mozart, montrant ainsi tout ce que la vie d’un être d’exception peut nous apprendre sur la réalité sociale. 

C’est ce qui justifie une sociologie de Zinedine Zidane. 

Le talent du footballeur est connu, mais l’enquête sur sa trajectoire biographique révèle de nombreux traits caractéristiques de la société française contemporaine. »

Parution le 13 mai

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Leyla Dakhli et Laurence Dufresne-Aubertin (dir.), Les Révoltes de la dignité. Résister dans les mondes arabes méditerranéens, Paris, Seuil.

« La question de la dignité traverse les révoltes et révolutions dans les mondes arabes comme une évidence. Saisie comme émotion politique, elle anime les luttes sociales et les contestations depuis la fin des années 1970, et de manière encore plus saillante les révolutions à partir de 2011. Loin de se limiter à la question de l’accès au minimum vital (se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner), elle détermine un espace de la vie digne qui excède ces revendications.

Tout au long de la Méditerranée méridionale et orientale, des moments, des trajectoires, des situations collectives sont les lieux d’une enquête pour saisir les sens de la dignité, au plus près des vies individuelles et des communautés, des aspirations et des revendications. Cette enquête collective est restituée par la mise en dialogue de cartes sensibles et de textes. Elle contribue à écrire l’histoire des révoltes postcoloniales dans la région, à partir de celles et ceux qui les ont espérées, vécues, et qui y ont perdu la vie. Elle donne des clefs de compréhension de ce qui continue à susciter la colère, la mobilisation et la solidarité au présent. »

Parution le 15 mai.

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Dan Altman, Taking Territory. The Persistence of Conquest Since 1945, Ithaca, Cornell University Press.

« La fin de la Seconde Guerre mondiale a apparemment entraîné un recul des conquêtes territoriales. Nombreux sont ceux qui ont avancé que cette tendance s’expliquait par la sacralisation de l’intégrité territoriale qui a prévalu dans l’après-guerre. Pourtant, comme le montre Dan Altman, les États se sont emparés de territoires à de nombreuses reprises depuis 1945. Les conquêtes à grande échelle ont diminué, mais les saisies ciblées à petite échelle ont persisté. La relation entre conquête et guerre a également évolué.

Alors qu’avant 1945, les États qui tentaient une conquête déclenchaient souvent une guerre, puis cherchaient à occuper de vastes territoires, les challengers d’aujourd’hui s’emparent plus souvent de petites régions, puis tentent d’éviter la guerre. Cette stratégie, le fait accompli, est devenue le mode de conquête prédominant.

S’appuyant sur ses propres données originales, qui recensent 175 tentatives de conquête entre 1918 et 2024, Dan Altman explique pourquoi la conquête persiste, ce qui la motive et dans quels cas elle vire à la violence. Il montre comment des faits accomplis mal calculés ont déclenché de nombreuses guerres après 1945. Incisif et éclairant, Taking Territory va à l’encontre de ce que nous pensons savoir sur la conquête après 1945 pour en révéler les véritables causes et conséquences. »

Parution le 15 mai

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Philip Manow, Spaltungslinien. Europas Parteiensysteme und die Dekonsolidierung des Nationalstaats, Munich, C.H. Beck.

« Selon quels axes s’articulent les conflits politiques de notre époque ?

Nos concepts traditionnels d’organisation ne semblent plus offrir aujourd’hui de repères sûrs. En effet, on oppose souvent aujourd’hui une bourgeoisie de gauche à une classe ouvrière de droite — et le ‘néolibéralisme progressiste’ ainsi que les partis populistes de droite sur le plan culturel, mais de plus en plus de gauche en matière de politique de redistribution, marquent les pôles d’un nouvel axe principal du conflit politique. 

Dans Spaltungslinien, le politologue Philip Manow interprète cette nouvelle situation comme le résultat de la transformation des systèmes de partis européens. Cette transformation elle-même, selon la thèse centrale de l’essai, est une réaction à la remise en cause de l’État-nation en tant que niveau autour duquel s’organisaient jusqu’à présent les intérêts sociaux. La crise actuelle ne s’explique pas par l’émergence d’une nouvelle ligne de fracture culturelle — par exemple sous la forme d’une opposition entre cosmopolites et communautaristes, entre Anywheres et Somewheres. Elle conduit plutôt à l’érosion des formes existantes de médiation des intérêts politiques, de sorte que l’attention que nous portons habituellement aux partis et à leur force relative ne suffit plus à nous éclairer suffisamment sur l’évolution politique. Elle conduit en outre à l’émergence d’un nouvel axe de conflit principal entre le libéralisme social et redistributif d’une part et l’illibéralisme social et redistributif d’autre part. »

Parution le 18 mai.

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Florian Galleri, Benoît Grémare et Yannick Pincé, Histoire de la dissuasion nucléaire française, Paris, Armand Colin.

« Le retour au pouvoir de Donald Trump accentue le focus sur ces enjeux en raison des craintes évidentes d’une transformation majeure de la relation transatlantique qui pose la question d’une défense européenne autonome et donc de sa dimension nucléaire. Cette réflexion s’accélère considérablement mais ces problèmes existaient déjà sous la présidence de Barack Obama, qui avait entamé un basculement de la stratégie des États-Unis vers l’Asie-Pacifique en raison d’une rivalité future dans les années 2030 avec deux puissances ‘paires’ : la Russie et la Chine.

Les risques de prolifération que représentent la Corée du Nord et peut-être bientôt l’Iran risquent d’entraîner l’effondrement du régime de sécurité nucléaire mondial dont la France est l’un des garants en tant que puissance nucléaire et membre du conseil de sécurité de l’ONU.

Dans le contexte de ces nouveaux enjeux, les auteurs posent la question des essais nucléaires, du « consensus » nucléaire français ainsi que de la dimension européenne de la dissuasion française. Ces recherches incluent de nouvelles sources, mais aussi et surtout de nouvelles problématiques qui rendent nécessaire un manuel d’histoire accessible à un public étudiant de plus en plus nombreux dans les filières de relations internationales et en lien avec les études stratégiques.

En outre, travailler sur des questions de défense implique une maîtrise du droit public et du droit international en raison des différentes codifications et réglementations mises en place et qui suscitent encore des débats avec des propositions politiques de constitutionnalisation de la dissuasion nucléaire française. »

Parution le 20 mai

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Emmanuelle Saada, Histoires et colonisations. Des récits de la conquête aux héritages postcoloniaux, Paris, Gallimard.

« Depuis les années 1990, à mesure que les questions liées aux héritages coloniaux ont pris de l’ampleur dans l’espace public et les débats politiques, l’histoire des colonisations est devenue l’un des domaines les plus dynamiques et les plus discutés de la recherche en sciences humaines — et ce en France comme dans d’autres pays, qu’ils aient été colonisateurs ou colonisés. De cet important tournant, Emmanuelle Saada dresse un premier bilan raisonné.

Traitant conjointement histoire et historiographie, elle s’attache à faire ressortir les très riches enseignements de ces travaux pour comprendre les situations coloniales dans leur hétérogénéité, sur tous les continents et depuis cinq siècles. Attentive à l’asymétrie des sources, aux pratiques des individus et des groupes et aux limites du pouvoir colonial, elle met aussi en relief ce qui constitue le « noyau dur » des phénomènes coloniaux : l’appropriation des ressources, le déploiement de la violence, le gouvernement des populations.

Cet itinéraire pondéré révèle à quel point l’analyse des colonisations a transformé la manière même de faire et d’écrire l’histoire. Il renouvelle les façons d’envisager les controverses postcoloniales, en ouvrant la voie à une histoire équitable. »


Parution le 21 mai

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Jeffrey Winters, The Blind Spot. How Oligarchs Dominate Our Democracies, Londres, Allen Lane.

« Une poignée de riches et de puissants a dominé la majorité tout au long de la majeure partie de l’histoire humaine. C’est aujourd’hui plus flagrant que jamais : le fossé entre les oligarques et le citoyen lambda est bien plus grand que n’importe quel écart qui existait à l’époque du servage en Europe ou de la société esclavagiste de la Rome impériale. Ce qui est étrange, c’est que, pour la première fois dans l’histoire, cette domination s’exerce par le biais de la démocratie. Pourtant, nous ne nous révoltons pas ouvertement contre le système. En fait, nous continuons à voter pour le soutenir. Pourquoi ?

Dans The Blind Spot, le politologue Jeffrey Winters livre un récit urgent et incisif sur la manière dont nous sommes parvenus à cette ère d’oligarchie flagrante, en dévoilant comment la démocratie moderne a été conçue pour protéger les intérêts des ultra-riches. En retraçant l’évolution de l’oligarchie à travers l’ère démocratique, il démontre que le pouvoir des riches n’est pas seulement une faille de notre démocratie, mais qu’il est ancré dans ses fondements mêmes. Aujourd’hui, dans un paradoxe extraordinaire, nous vivons dans un état d’‘inégalité participative’ : un monde où 99,99 % d’entre nous participons ouvertement et librement — voire démocratiquement — à notre propre exclusion économique permanente.

Mais un changement profond peut s’amorcer lorsque nous comprenons clairement où nous en sommes et où nous méritons d’être. Tout en mettant en lumière à quel point notre réalité politique s’est dégradée, The Blind Spot propose des idées audacieuses sur la manière dont nous pourrions rétablir l’équilibre. Même si les oligarques ne céderont peut-être pas le pouvoir de leur plein gré, cette période d’inégalité choquante est, comme le montre Winters, une opportunité de transformation durable. »

Parution le 21 mai

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Peter Schöttler, Marc Bloch, une biographie intellectuelle, Paris, Gallimard.

« Spécialiste du Moyen Âge européen, fondateur des Annales d’histoire économique et sociale — une revue devenue le porte-étendard du renouveau de la pratique historienne au XXe siècle —, combattant de la Première Guerre mondiale, engagé volontaire dans l’armée en 1939, figure de la Résistance, mort en martyr sous les balles de la Gestapo en juin 1944 : Marc Bloch, l’un des historiens les plus connus et les plus cités au monde, est un symbole d’intelligence et de probité autant que d’engagement. Un ‘grand homme’, dans toute la plénitude de l’expression.

Celui dont le propre fils, Étienne Bloch, disait la biographie ‘impossible’ demeure néanmoins, à bien des égards, un mystère. À distance de toutes les tentatives visant à l’accaparer ou à le mettre au goût du jour, ce portrait intellectuel complet, riche et nuancé, s’attache à reconstituer et à replacer dans leur contexte le parcours, le style et la pensée d’un savant chez lequel théorie et pratique ont été, jusqu’à la dernière heure, étroitement unies. »

Parution le 28 mai

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Juan Francisco Fuentes, Adolfo Suárez. La opción más difícil, Londres, Taurus.

« Le nom d’Adolfo Suárez est à jamais associé à une période cruciale de l’histoire de l’Espagne. Mais dans quelle mesure connaissons-nous le parcours politique et la personnalité complexe de cette figure clef de la Transition ? 

Cette biographie politique est le récit d’une époque, celle des années 1970 et 1980, racontée à travers une vie. Cet ouvrage retrace avec rigueur et précision la biographie de celui qui fut l’un des principaux artisans de la Transition espagnole, à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa nomination au poste de président du gouvernement. L’auteur revient sur l’avènement de la démocratie en Espagne après quarante ans de dictature. Grâce à l’accès à des documents privés de l’entourage de Suárez, il met en lumière des épisodes peu connus de cette époque décisive, depuis les raisons de son ascension en 1976 jusqu’à celles de sa démission à la veille du coup d’État du 23 février.

Il en résulte un portrait humain et politique passionnant d’un personnage énigmatique, presque indéchiffrable, dont la vie mouvementée démontre que l’histoire, tout comme la biographie d’une personne, n’est jamais écrite d’avance. »

Parution le 28 mai

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