Giorgia Meloni a pris la parole aujourd’hui, 11 mars, pour la première fois d’une manière nettement critique sur la guerre en Iran. 

  • Devant les Sénateurs, la présidente du Conseil a déclaré que l’attaque des États-Unis et d’Israël intervient dans une « crise du système international, où les menaces deviennent de plus en plus effrayantes et où se multiplient les interventions unilatérales menées en dehors du cadre du droit international » 1
  • Meloni a ajouté que l’Italie ne participait pas et n’avait pas l’intention de participer à l’intervention américaine et israélienne. 
  • Elle a également condamné le bombardement de l’école primaire Shajareh Tayyibeh à Minab, sans désigner le responsable, et a appelé à une enquête.

Depuis le 27 février, la présidente du Conseil italien s’est montrée particulièrement prudente dans ses déclarations. 

  • Lors d’une intervention dans une émission télévisée le 8 mars elle avait cherché à se positionner dans une forme d’équilibrisme parfait en déclarant : « non condivido e non condanno, non ho elementi (je ne soutiens pas, je ne condamne pas, je n’ai pas les éléments pour le faire) ».
  • Son gouvernement, impliqué dans un scandale — le ministre de la Défense italien avait été surpris à Dubaï lors d’un voyage initialement présenté comme étant personnel, au début des frappes —, avait également adopté une position attentiste, par la voix du ministre des Affaires étrangères.

Pour comprendre comment le gouvernement le plus proche politiquement du trumpisme marque aujourd’hui ses distances, il faut étudier l’évolution de l’opinion publique face à l’ingérence et à l’interventionnisme de Donald Trump.

  • Comme le montre Jean-Yves Dormagen, Donald Trump a divisé l’extrême droite européenne, mais a rassemblé le reste des électorats. 
  • Les données de notre dernier Eurobazooka réalisé avant la guerre en Iran, montrent que 52 % des Italiens perçoivent Trump comme « un ennemi » et que seuls 18 % d’entre eux déclarent lui faire confiance — des résultats qui tranchent avec l’attachement traditionnel de l’opinion publique italienne à l’alliance atlantique.
  • Selon un sondage SWG publié hier, 10 mars, 59 % des Italiens sont opposés à l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, tandis que 24 % y sont favorables. Par ailleurs, 41 % des personnes interrogées estiment que le gouvernement devrait condamner les attaques contre l’Iran, 25 % qu’il devrait condamner la contre-attaque iranienne et 29 % qu’il devrait se tenir à l’écart.
  • Le clivage interne est évident : 52 % des électeurs de la Ligue considèrent Trump comme un ami de l’Italie et 65 % d’entre eux estiment qu’il rend le monde plus sûr, à l’opposé des électeurs du Parti démocrate et d’AVS qui le rejettent massivement et le qualifient d’ennemi de l’Europe, voire de dictateur. 

L’opposition italienne fait campagne en s’appuyant sur cette dynamique. 

  • Dans une brève conversation téléphonique avec le Corriere della Sera, Trump a été interrogé sur le rôle possible de l’Italie dans le conflit et sur l’envoi d’unités navales pour la défense de Chypre. Il a déclaré : « J’aime l’Italie, je pense que Giorgia est une grande dirigeante. Elle cherche toujours à aider ; c’est une excellente dirigeante et c’est mon amie. » 2
  • L’opposition a interpellé le gouvernement, exigeant qu’il démente clairement ces déclarations, qualifiant le conflit de « guerre illégale, contraire à nos principes et à nos intérêts ». 
  • Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a minimisé ces propos en expliquant qu’il s’agissait d’une « déclaration plus politique » et en assurant que « tout ce qui a été fait, est en train d’être fait et sera fait a été dit au Parlement, donc il n’y a rien d’autre à ajouter. » 

Ces déclarations interviennent dans un contexte politique intérieur particulièrement tendu, marqué par le référendum sur la réforme de la justice qui aura lieu les 22 et 23 mars 2026.

  • Porté par la coalition au gouvernement, ce référendum vise à séparer les carrières des magistrats du parquet et du siège, réduisant ainsi le pouvoir des juges d’instruction.
  • Les sondages prévoyaient initialement une large victoire du « oui », avec un résultat estimé à 55 % — mais cette avance semble se réduire : selon le dernier sondage réalisé par Alessandra Ghisleri auprès des électeurs décidés à voter, 47,9 % d’entre eux voteraient « oui » et 47 % « non ». En ne prenant en compte que les électeurs certains de leur choix, le « Oui » atteint 50,5 % et le « Non » 49,5 %, avec 4,8 % d’indécis. 
  • Le risque pour le gouvernement est de revivre le précédent du référendum perdu par Matteo Renzi en décembre 2016 : les Italiens avaient alors rejeté à plus de 59 % la réforme constitutionnelle du Premier ministre, ce qui avait conduit à la paralysie de son action gouvernementale, puis à sa démission.
  • Même si 71 % des Italiens estiment que leur pays va dans la mauvaise direction, le parti de Meloni, Fratelli d’Italia (FdI), se maintient à 29,7 % des intentions de vote — un chiffre supérieur à celui des élections législatives de 2022. 
  • Toutefois, la guerre en Iran pourrait changer la donne, alors que le gouvernement accuse un déficit de 25 points dans sa gestion de la crise, selon YouTrend.