Reza Pahlavi appelle à « reprendre le contrôle de l’Iran » : discours intégral

Le fils du shah veut être l’homme du regime change.

Dans une adresse en persan au peuple iranien, il a appelé les forces armées régulières à la loyauté envers la Nation.

Après le lancement de l’opération d’Israël et des États-Unis pour faire tomber la République islamique, il se tient à la disposition de Donald Trump.

Nous le traduisons.

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Le Grand Continent
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Reza Pahlavi lors de son adresse du 28 février 2026

Reza Pahlavi est une figure spectrale. Fils du dernier shah renversé en 1979, il est l’héritier d’un ordre disparu, dépourvu d’assise politique réelle dans l’Iran contemporain. Mais sa réapparition dans le débat révèle moins la demande populaire d’un retour de la monarchie que la profondeur de la crise politique iranienne et son arsenalisation par Israël et les États-Unis. Comme le montre le chercheur Alex Shams, sa visibilité récente dans le contexte des manifestations ne procède pas d’une dynamique interne iranienne structurée.

Depuis des décennies, Pahlavi occupe une position singulière : omniprésent dans certains cercles médiatiques et diasporiques, il était presque absent du champ politique réel iranien. 

Depuis le mois de décembre et l’intensification des manifestations, cette donne semble être en train de changer.

Alors qu’il ne dispose ni d’organisation militante, ni de coalition sociale identifiable, ni de véritables relais institutionnels à l’intérieur du pays, il est de plus en plus cité comme une alternative crédible en cas de décapitation du régime par Israël et les États-Unis.

Selon Alex Shams, sa centralité actuelle reposerait donc moins sur une capacité de mobilisation que sur une fonction symbolique : celle d’un point de fixation pour des oppositions fragmentées.

L’appui que lui portent — de loin — les services saoudiens et israéliens ainsi que certains responsables américains s’inscrit dans une logique stratégique plus large, confirmée par le discours de Donald Trump : imaginer un regime change politique rapide reposant sur une figure incarnée, capable de donner un visage à un nouvel Iran.

En adoptant une rhétorique alignée sur celle des partisans d’une pression maximale contre Téhéran, Pahlavi a cherché ces derniers mois à se présenter comme l’option « prête à l’emploi » d’un Iran post-ayatollah.

Dans la prochaine phase, cette proximité pourrait aussi constituer sa principale faiblesse : dans une société profondément marquée par la mémoire des ingérences étrangères, toute association trop étroite avec Washington risque aussi d’éroder la légitimité nationale qu’il prétend incarner.

Comme le suggère l’analyse d’Alex Shams, Pahlavi fonctionne moins comme un acteur politique de la transformation iranienne que comme un dispositif narratif : la projection d’un futur possible qui permet, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran, de penser la chute du régime — sans encore savoir par quoi il pourrait réellement être remplacé.

Dans son discours adressé ce matin aux Iraniens, il s’adresse à Trump et aux Iraniens, semblant acter le passage dans une nouvelle ère, en appelant les forces de l’armée régulière à désobéir aux ordres du Guide Suprême.

Mes chers compatriotes,

Des moments cruciaux sont devant nous.

L’aide promise par le président des États-Unis au courageux peuple iranien est enfin arrivée. 

Mardi 13 janvier, Donald Trump avait posté sur Truth Social le message « L’AIDE EST EN CHEMIN » à destination des manifestants iraniens. Celui-ci avait été considéré comme dangereux par plusieurs observateurs puisqu’il incitait les manifestants à prendre des risques face à la répression sanglante du régime, dans un contexte où les Iraniens avaient accès aux réseaux sociaux étrangers mais ne pouvaient pas communiquer entre eux en raison de coupures d’internet par les autorités. 

Il s’agit d’une intervention humanitaire, dont la cible est la République islamique, son appareil répressif et sa machine à tuer, et non la grande nation iranienne.

Le registre employé par Pahlavi est clairement celui du regime change : dans son discours ce matin, Trump n’a pas employé « d’intervention humanitaire » mais a affirmé que l’objectif des États-Unis d’Amérique était de « défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien ». Le département de la Guerre dirigé par Pete Hegseth a nommé cette opération — libellée « Lion’s Roar » du côté des forces israéliennes — « Epic Fury ».

Mais malgré cette aide, la victoire finale nous appartiendra. C’est nous, le peuple iranien, qui mènerons à bien cette ultime bataille. L’heure de retourner dans les rues approche.

Maintenant que la République islamique s’effondre, mon message aux forces militaires, aux forces de l’ordre et aux forces de sécurité du pays est clair :

Vous avez juré de protéger l’Iran et la nation iranienne, et non la République islamique et ses dirigeants. Votre devoir est de défendre le peuple, non un régime qui a pris notre patrie en otage par la répression et le crime. Rejoignez la nation et contribuez à une transition stable et sûre. Sinon, vous sombrerez avec le navire en ruine de Khamenei et de son régime.

Pahlavi en appelle ici à la loyauté des « forces militaires » et « de sécurité » sans autre précision. En vérité, il fait allusion à l’armée régulière du pays — ou « Artesh » — qui partage la défense du pays avec le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, fidèles au Guide Suprême et au régime.

Les membres de l’Artesh prêtent toutefois serment en défense du régime, l’article 144 de la Constitution iranienne prévoyant que l’armée iranienne est islamique et loyale à la République islamique. Mais la culture stratégique des forces régulières iraniennes est l’un des éléments de continuité de l’État pré et post-1979. En jouant sur la structure duale des forces iraniennes, le fils du shah espère l’exploiter en rappelant aux membres de l’Artesh que leur loyauté devrait aller d’abord à la Nation et non à la seule République islamique.

En réalité, la coexistence de forces armées puissantes attachant une fidélité systémique au régime et jouissant d’une grande indépendance — comme les Gardiens de la Révolution et la milice Bassij — avec une armée régulière pourrait créer les conditions d’un chaos post-intervention. 

Et voici mon message au président des États-Unis, le président Trump :

La noble nation iranienne, malgré la répression brutale et les massacres perpétrés par ce régime, a fait preuve d’un courage exemplaire pendant près de deux mois. Je vous demande aujourd’hui de faire preuve de la plus grande prudence afin de protéger la vie des civils et de mes compatriotes. Le peuple iranien est votre allié naturel, tout comme le monde libre, et il n’oubliera pas votre soutien durant la période la plus sombre de l’histoire contemporaine de l’Iran.

Si Pahlavi prend soin de ménager dans son discours le président des États-Unis, on note qu’il fait preuve d’une certaine prudence en ne mentionnant pas Israël.

Et à vous, mes chers compatriotes iraniens :

En ces heures et ces jours critiques, plus que jamais, nous devons rester concentrés sur notre objectif ultime : reprendre le contrôle de l’Iran.

Je vous demande de rester chez vous pour le moment et de préserver votre tranquillité et votre sécurité. Soyez vigilants et prêts à retourner dans les rues pour l’action finale au moment opportun, dont je vous informerai en détail.

Suivez mes messages sur les réseaux sociaux et par satellite. En cas de coupure d’Internet ou de transmission par satellite, je vous contacterai par ondes radio.

Internet a d’ores et déjà été coupé en Iran à la suite de l’opération israélo-états-unienne dont les frappes touchent l’ensemble du territoire du pays.

En Iran, plusieurs médias accessibles et très largement diffusés (à l’instar de Manoto ou d’Iran International) ont été financés par les partisans de la monarchie et diffusent régulièrement des messages pro-Pahlavi ou des documentaires louant l’époque des shah. Ce dispositif vise à consolider une assise politique pour le descendant des Pahlavi.

Nous sommes très proches de la victoire finale. 

Je souhaite vous rejoindre au plus vite afin que nous puissions ensemble reprendre le contrôle de l’Iran et le reconstruire.

Reza Pahlavi n’est plus retourné en Iran depuis 1978.

Longue vie à l’Iran.

Reza Pahlavi

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