Selon les derniers chiffres publiés par Rosstat, la concentration de richesse à Moscou a atteint en 2024 son niveau le plus élevé depuis au moins une décennie. La capitale russe concentre désormais 42 % des plus fortunés, qui disposent d’un revenu familial mensuel par habitant supérieur à 276 000 roubles, mais seulement 9 % de la population du pays.

L’analyse de la répartition géographique des 10 % les plus riches suit une logique similaire.

  • S’ils sont moins concentrés à Moscou (où vivent 23 % de ces hauts revenus), la répartition des 10 % les plus riches est encore plus inégale que celle des 1 %.
  • En effet, près d’un tiers de la population russe vit dans les 50 régions où la proportion de personnes aisées est la plus faible (environ 15 % seulement des habitants du top 10 % en matière de revenus).
  • La sociologue russe Tatyana Cherkashina en conclut que « même à efforts égaux, le niveau de revenu est largement déterminé par la situation économique de la région où l’on vit et travaille » 1.

Cette dynamique pourrait être profondément modifiée par la guerre.

  • En raison des pertes élevées subies sur le front en Ukraine et de la difficulté croissante à recruter, l’armée russe offre des bonus à la signature qui peuvent atteindre jusqu’à 10 millions de roubles au cours de la première année.
  • Comme le montre l’économiste allemand Janis Kluge, le montant des bonus à la signature à Saint-Pétersbourg a été multiplié par 10 depuis l’automne 2022, et atteint désormais 4,5 millions de roubles (près de 50 000 euros) 2.

Dans certaines régions, la signature d’un contrat avec l’armée permet d’être propulsé dans les 10 % des revenus les plus élevés. Malgré les risques — entre 30 000 et 35 000 soldats russes sont tués ou blessés par mois en Ukraine —, le Kremlin continue de recruter chaque mois plusieurs dizaines de milliers de combattants.

  • Pour la majeure partie du pays, la guerre représente une opportunité économique considérable pour les combattants, et également pour leurs familles, qui perçoivent une indemnité en cas de décès.
  • La guerre est d’autant plus susceptible de bouleverser la répartition des richesses en raison de la surreprésentation parmi les morts sur le front d’hommes recrutés dans les régions les plus pauvres du pays.
  • Les données compilées par Mediazona, le service russe de la BBC et Meduza montrent que les pertes de l’armée russe sont les plus nombreuses dans les républiques de l’Idel-Oural et dans les régions de Sibérie 3.

Les montants élevés des bonus versés aux combattants volontaires exercent une pression fiscale considérable sur les régions.

  • En moyenne, 3 à 4 % des budgets régionaux sont consacrés au recrutement, et jusqu’à 10 % dans la république des Maris, selon Kluge 4.
  • Moscou pourrait dépenser jusqu’à 5 100 milliards de roubles (56 milliards d’euros) cette année juste pour payer ses forces déployées en Ukraine, les indemnités en cas de décès ou de blessures et recruter de nouveaux combattants pour remplacer les pertes 5.
  • Ce montant correspond à 90 % du déficit fédéral enregistré par la Russie l’an dernier (5 650 milliards de roubles).