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Le 26 janvier, les murs de la Maison centrale de l’Armée russe, à Moscou, ont été le théâtre d’une scène étrange : plus de cinq cents prêtres venus de l’ensemble du pays — y compris un bon nombre, assurent les autorités, depuis le front ukrainien — ont entonné d’une seule voix l’hymne russe 1. Ils inauguraient avec faste et solennité une conférence intitulée « La défense de l’orthodoxie et du monde russe : une condition pour transformer la Russie », dans le cadre des Lectures internationales de Noël.

Les orateurs qui se sont succédé à la tribune semblent avoir voulu rivaliser d’extravagance. 

Le patriarche Kirill a ouvert l’événement en déclarant que la Russie était perçue « dans le monde comme la défenseuse des valeurs traditionnelles, comme une arche de salut » — raison pour laquelle de nombreux citoyens étrangers, menacés d’emprisonnement ou de discrimination pour leur foi, venaient y trouver refuge. À cette déclaration, aucun fait empirique ne correspond.

La représentante du ministre des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a ajouté que l’armée russe ne défendait pas seulement les frontières nationales sur le front ukrainien, mais bien les fondements spirituels de la Russie. Lors de cet événement, elle s’est vue remettre l’ordre de l’Archange Michel de première classe par le métropolite de Stavropol Kirill, président du Département synodal pour les relations avec les forces armées et les organes de maintien de l’ordre — en d’autres termes, l’organe de l’Église chargé des relations avec l’armée et la police.

Comme s’il tenait à ne pas être en reste, le même métropolite s’est lancé dans une tirade rappelant le style de certains télévangélistes américains : « Que peut-on faire contre le sataniste Zelensky, le sataniste-terroriste Boudanov, le sataniste Porochenko ? Tous les présidents ukrainiens ou presque [il faut comprendre ici que Kirill exclut Ianoukovitch] sont des satanistes. Que faire contre eux ? Bien sûr, un obus pourrait toujours atteindre Zelensky… Mais il est impossible d’éradiquer totalement pareil satanisme. Il y faudra des prières et la force de Dieu. »

Dans la Fédération de Russie, l’Église est formellement séparée de l’État.

Pourtant, cette scène du mois de janvier suffit à elle seule à montrer que cette séparation est aujourd’hui caduque. Depuis deux décennies, l’Église russe s’est entièrement fondue dans l’État, qui l’a remodelée à son image — la métamorphosant en une gigantesque machine de corruption, d’influence diplomatique et d’endoctrinement nationaliste.

Une telle transformation s’enracine dans une histoire longue, faite d’alliances fluctuantes entre le trône et l’autel. Celle-ci s’accélère brutalement dans la Russie post-soviétique, au fil de la consolidation autoritaire du régime de Vladimir Poutine.

Aujourd’hui, la guerre contre l’Ukraine a porté ce processus à un point de cristallisation inédit. En réinvestissant des catégories théologiques telles que le sacrifice, la guerre sainte ou le salut par la mort au combat, l’institution ecclésiastique a franchi un seuil supplémentaire dans la confusion du politique, du militaire et du religieux. Cette radicalisation doctrinale — indissociable de la promotion de la notion de « monde russe » — ne se contente pas de légitimer la violence : elle la naturalise, l’inscrit dans un horizon eschatologique et en fait un marqueur d’appartenance civilisationnelle.

Les discours du Patriarcat de Moscou contrastent cependant fortement avec la réalité sociale de la Russie contemporaine. Derrière l’affichage d’une orthodoxie triomphante se profile une société marquée par une faible religiosité. Ce paradoxe éclaire la véritable raison du regain de popularité que peut connaître aujourd’hui l’Église orthodoxe russe : par une forme de retournement, parachevant la fusion entre l’État et le religieux, le ralliement  se fait aujourd’hui purement pour des raisons de loyauté politique.

Un soldat russe appartenant à une unité d’assaut du groupe de forces Vostok (Est) assiste à un office religieux dans une église de campagne avant son départ pour le secteur de Pokrovsk, sur la ligne de front. © Konstantin Mihalchevskiy

Les retrouvailles de l’Église et de l’État en Russie 

Le rapprochement entre les deux institutions pourrait signer une forme de retour à une tradition historique longue. La formalisation de certaines des grandes spécificités de l’orthodoxie russe, à commencer par l’accent placé sur la Sainte Trinité au XIVe siècle, conformément aux enseignements de Serge de Radonège, est en effet contemporaine de la politique de rassemblement des terres russes et d’édification de l’État.

L’État moscovite des XVIe-XVIIe siècles n’a fait que démultiplier les efforts d’incorporation de l’Église à l’appareil étatique. De même, deux siècles plus tard, le règne de Nikolaï Ier n’a pas peu contribué à renforcer cette tendance, avec l’adoption de l’hymne national « Dieu, protège le Tsar ! » en 1833 et le développement du thème de la « Sainte Russie » couplé à celui du « génie national ». Le symbole de ce tournant conservateur demeure d’ailleurs la nouvelle devise officieuse du tsarisme formulée par le comte Sergueï Ouvarov : « Orthodoxie, Autocratie, Génie national » (Pravoslavie, Samoderžavie, Narodnost’).

Le Kremlin voit dans l’Église orthodoxe un puissant levier diplomatique et idéologique au service de son influence dans l’ancien espace soviétique.

Guillaume Lancereau

Il serait tentant de ne voir dans la politique anticléricale de l’État soviétique qu’une sorte de parenthèse historique. Les dirigeants soviétiques se sont pourtant bien gardés de supprimer totalement du discours officiel toute référence aux notions mobilisatrices du christianisme : si Staline a ainsi pu commencer ses discours par « Mes frères et mes sœurs » à l’acmé de la Seconde Guerre mondiale, en lieu et place d’un « Camarades », l’État soviétique d’après-guerre, loin de rayer l’ensemble des églises de la carte, s’est surtout appliqué à les maintenir sous une pression et une surveillance constante, tout en recrutant certains cadres ecclésiastiques pour leur faire réaliser des missions au profit du KGB, sur le territoire et particulièrement à l’étranger.

L’un de ces agents en soutane n’était autre que Vladimir Mikhaïlovitch Goundiaïev, alors connu comme « l’agent Mikhaïlov ». Aujourd’hui, le monde le connaît par son titre : « Patriarche Kirill ».

L’effondrement de l’URSS a entraîné une vaste réorganisation de l’Église orthodoxe.

Celle-ci s’est à la fois recentralisée — en expulsant tous les groupes et tendances qu’elle percevait comme des dissidences spirituelles et politiques — et imposée en Russie comme une institution quasi monopolistique dans la sphère du christianisme, s’appuyant sur le nouvel État russe pour faire interdire divers mouvements concurrents, en particulier les mouvements protestants. 

La consolidation de cette Église orthodoxe « nouveau régime » a cependant surtout reposé sur son soutien sans faille à l’ascension dictatoriale de Vladimir Poutine.

Poutine et la célébration des noces du temporel et du spirituel

Dès 1990, le Saint-Synode demandait au gouvernement russe de rebâtir la cathédrale du Christ Saint-Sauveur, démolie par les autorités soviétiques. Dix ans plus tard, l’inauguration de ce bâtiment imposant, d’un luxe souvent jugé excessif, signalait l’entrée dans une nouvelle ère : celle d’une restauration de l’Église orthodoxe russe comme un organe essentiel de pouvoir dans la Russie post-soviétique. 

L’un des grands symboles de ces retrouvailles du trône et de l’autel a été le film La chute d’un empire : la leçon de Byzance réalisé en 2008 par l’archimandrite Tikhon Chevkounov, notoirement proche de Vladimir Poutine. Formé à l’écriture de scénarios à l’Institut fédéral du cinéma, Tikhon était alors supérieur du monastère de la Sainte-Rencontre à Moscou. Son film, qui lui valut d’être nommé conseiller auprès du président pour la culture et l’art deux ans plus tard, esquissait un parallèle explicite entre la chute de l’Empire byzantin et la Russie du début du XXIe siècle. Byzance, selon l’archimandrite, s’était effondrée sous l’influence de producteurs étrangers qui inondaient son marché et entravaient son économie, minée également par une oligarchie locale antipatriote, des séparatismes ethniques ou nationaux et l’incapacité de l’État à reprendre en main, d’une façon autoritaire, la vie culturelle et éducative de l’Empire. D’un tel diagnostic historique, Tikhon tirait une conclusion : il importerait à la Russie d’éviter de reproduire les erreurs de Byzance — sans quoi les rapaces d’Occident ne manqueraient pas de la démembrer. 

Dans la droite ligne de ces flagorneries ecclésiastiques, il se passe désormais difficilement un mois sans que le Patriarche Kirill ne trouve une occasion d’encenser le président Vladimir Poutine pour son action en faveur de l’Église et le féliciter du rapprochement — voire de la fusion — opéré entre ces deux institutions. Le 1er février 2026, Kirill déclarait ainsi : « Le modèle d’interaction entre l’Église et l’État que vous avez directement contribué à forger en tant que président de notre pays représente, à mon sens, un cas assez unique dans l’histoire du christianisme et, à plus forte raison encore, du christianisme russe » 2.

Le bras séculier de l’Église orthodoxe : le tournant Pussy Riot

L’une des clefs de cette nouvelle union de l’Église et de l’État réside dans le pouvoir répressif que le second a bien voulu déployer à l’avantage de la première.

L’affaire Pussy Riot de 2012 peut à plusieurs égards être considérée comme le véritable tournant de cette alliance 3. Depuis cet événement, l’État russe s’est posé en arbitre, aux côtés de l’Église orthodoxe russe, entre les « sacrilèges » occidentalisés prêts à piétiner les croyances des fidèles et les orthodoxes maximalistes et réactionnaires, qui rêveraient d’une répression systématique des hérésies.

L’une des principales conséquences de la condamnation des Pussy Riot — et l’une des plus controversées dans la Russie de l’époque — a été l’adoption, dès 2013, de la « loi sur la protection des sentiments des croyants » prévue par l’article 148 du Code pénal de la Fédération de Russie. Beaucoup se sont scandalisés de cette loi aux contours flous, redondante de surcroît avec l’appareil pénal existant : si plusieurs membres de Pussy Riot avaient pu être envoyées en colonie pénitentiaire au titre d’une loi sur le « hooliganisme », était-il vraiment nécessaire d’introduire un nouveau délit ? Malgré ce dédoublement, au cours des années suivantes, la presse a recensé une dizaine de poursuites par an engagées au nom de cet article, allant de la publication de contenus violemment athées ou antireligieux sur les réseaux sociaux au fait de jouer à Pokémon Go dans un lieu de culte.

L’obstination de l’État face aux membres de Pussy Riot a contribué à les installer fermement dans l’opposition russe en exil. En janvier 2026, Nadya Tolokonnikova a pris part à la nouvelle plateforme de dialogue avec les responsables de l’opposition russe réunie par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe aux côtés de figures telles que le joueur d’échecs Garry Kasparov, l’homme d’affaires Mikhaïl Khodorkovsky, le journaliste et cinéaste Vladimir Kara-Mourza ou l’avocate Lioubov Sobol 4.

Depuis deux décennies, l’Église russe s’est entièrement fondue dans l’État qui l’a remodelée à son image — la métamorphosant en une gigantesque machine de corruption.

Guillaume Lancereau

L’arsenalisation de l’Église orthodoxe russe

La nouvelle alliance entre l’Église et l’État russes repose sur deux notions fondamentales.

La première d’entre elles touche aux « valeurs traditionnelles » et aux « liens spirituels », que Vladimir Poutine a désignés dans son allocution de 2012 comme les piliers de la Russie nouvelle qu’il entendait façonner dès son retour au pouvoir après la parenthèse présidentielle de Dmitri Medvedev 5. Sous couvert de cette nouvelle politique d’ordre moral — laquelle n’a en réalité d’autre fonction que de favoriser le recentrement des individus sur la sphère privée au détriment de toute forme d’engagement civique et politique — le Kremlin s’est doté de moyens de répression toujours plus systématiques.

L’autre notion essentielle de cette alliance est celle de « monde russe ». Ce concept est directement emprunté à l’univers mental des slavophiles du XIXe siècle et des théoriciens de l’Eurasie, notamment au sein de l’émigration blanche du XXe siècle. L’Église orthodoxe russe en est désormais l’une des principales institutions de promotion et de diffusion, contribuant ainsi à la placer au cœur de l’idéologie officielle du régime poutinien.

La logique du concept de « monde russe » est simple, pour ne pas dire simpliste : la Russie serait un « pays-civilisation » à l’instar de la Chine, de l’Inde ou de « l’Occident ». Tous les Slaves de l’Est et les pays de l’ancien espace soviétique sans construction nationale forte devraient être intégrés à ce « monde russe ». L’Occident, pour sa part, ne pourrait jamais comprendre le monde russe, qu’il s’appliquerait à miner sans bien évidemment y parvenir. Enfin, tous les adversaires de ce monde devraient finalement s’incliner devant lui pour le bien de l’humanité tout entière.

Le patriarche Kirill a été l’un des principaux défenseurs de cette doctrine, notamment par le truchement du Conseil populaire mondial de Russie — lieu de rencontre des élites spirituelles, politiques et intellectuelles les plus conservatrices. En 2015, il a également publié un recueil de sermons sous le titre Sept mots à propos du monde russe, qui mettait particulièrement en avant la fonction décisive du peuple russe et l’importance, pour préserver l’unité du pays, de préserver « les valeurs fondamentales et fédératrices de la culture russe classique » et de renforcer sa principale « source spirituelle : la foi orthodoxe ».

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que Kirill se soit illustré comme le principal porte-parole, dans le monde spirituel russe, des ambitions expansionnistes de la Russie, poussant la confusion du politique et du religieux au point d’inaugurer, en 2020, la Cathédrale principale des Forces armées russes dans l’oblast de Moscou. 

Depuis 2022, le patriarche s’est fait le chantre de la guerre prétendument civilisationnelle menée par Vladimir Poutine en Ukraine.

Le primat de l’Église orthodoxe russe y voit rien moins qu’une « guerre sainte », promettant « le rachat de tous les péchés sur le champ de bataille ». Cette même année, Kirill a naturellement assisté à la cérémonie d’annexion des nouvelles régions dans la Fédération de Russie. En avril dernier, il amalgamait le politique, le religieux et le militaire au point de parler du dimanche de Pâques comme d’un « jour de la victoire », expression d’ordinaire réservée aux commémorations de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis le début de la guerre d’Ukraine, les autorités ecclésiastiques ont dépêché leurs clercs sur le front ukrainien, assistés par les services de propagande du ministère de la Défense, qui ne manque pas de mettre en scène la dévotion de ces ministres du culte et les bénéfices qu’en retirent les soldats.

Le 15 août 2023, la chaîne Telegram du ministère a ainsi présenté au public l’un des « héros de l’opération militaire spéciale » : le prêtre Oleg. Dans une vidéo ahurissante, il expliquait doctement au public russe que, si une sous-division pratiquant la prière se mettait en mouvement, elle était assurée de ne subir aucune perte. Selon un principe analogue, si une mine explosait à proximité d’un soldat pieux et pratiquant, il en ressortait forcément indemne, sans même la remarquer. Le prêtre Oleg rapportait même un cas de miracle : deux roquettes ennemies s’étaient abattues sur un centre médical de terrain, mais, comme l’ensemble des blessés venait tout juste de communier et se confesser, ce bombardement qui aurait dû réduire l’installation en cendres n’avait pas même causé de blessure parmi les soldats russes 6.

Il faut bien comprendre la croyance miraculeuse derrière un tel discours : le prêtre Oleg parle bien d’une simple tente, sur laquelle se seraient — supposément — abattus deux missiles. 

La guerre que mène l’armée russe nous plonge quotidiennement dans les Derniers jours de l’humanité de Karl Kraus 7.

Les divagations politico-religieuses des responsables ecclésiastiques russes ne sauraient masquer leurs intérêts réels, au premier rang desquels figure l’enrichissement personnel.

Guillaume Lancereau

La diplomatie des patriarches

Plus largement, le Kremlin voit dans l’Église orthodoxe un puissant levier diplomatique et idéologique au service de ses jeux d’influence dans l’ancien espace soviétique.

Le 22 avril 2025, à quelques jours de l’arrivée à Moscou du président serbe Aleksandar Vučić, dont le règne de plus en plus autoritaire et corrompu a été dénoncé par des manifestations de masse depuis novembre 2024, la rencontre organisée en Serbie entre Vladimir Poutine, le patriarche Kirill et le patriarche Porfirije (Porphyre) de Serbie n’avait ainsi d’autre but que de célébrer l’unité d’objectifs idéologiques et politiques des deux États et des Églises associées.

La Serbie est loin d’être le seul territoire où l’Église orthodoxe est mise à profit par le pouvoir russe.

Au Monténégro, les Églises orthodoxes russe et serbe ont été activement mises à contribution pour déstabiliser le pouvoir, en soutenant la tentative de coup d’État de 2016 à Podgorica, en poussant à l’élection d’un Premier ministre pro-russe au sortir des législatives de 2023 et, plus largement, en diffusant les mots d’ordre anti-OTAN, pro-Kremlin et pro-serbes, niant la réalité de l’identité monténégrine pour mieux faire des Monténégrins et des Serbes un seul et même peuple 8. Cette stratégie d’identification rappelle à de nombreux égards celle adoptée par le Kremlin à l’égard des Ukrainiens.

De l’Ukraine à la Lituanie : sortir les Églises orthodoxes de l’orbite russe

Si certaines Églises, comme celle de Serbie, demeurent aujourd’hui affiliées à Moscou — et donc au Kremlin — d’autres tâchent au contraire de s’émanciper de cette influence idéologique perçue comme une source d’ingérence, voire un véritable risque de sujétion géopolitique. 

L’invasion de l’Ukraine a reconfiguré à cet égard les rapports entre le Patriarcat de Moscou et les Églises orthodoxes des anciennes républiques soviétiques.

En Ukraine, l’Église orthodoxe comprend désormais trois branches : l’Église orthodoxe d’Ukraine, fondée comme une juridiction autocéphale (indépendante) en 2018 à la demande du président ukrainien Petro Porochenko pour l’arracher à une deuxième branche, l’Église orthodoxe ukrainienne relevant du Patriarcat de Moscou, et la fusionner avec une troisième, l’Église orthodoxe ukrainienne relevant du Patriarcat de Kiev 9 — dont un synode a annulé en 2019 ce rattachement.

Le Père Makary après avoir célébré une messe pour les militaires russes d’une brigade du génie d’assaut qui se préparent à une mission de combat sur le front ukrainien. © Vladimir Gerdo

Avec l’invasion de 2022, il est devenu évident qu’il ne pouvait plus exister en Ukraine d’Église subordonnée au Patriarcat de Moscou. Au mois de juillet 2022 — et conformément à la décision d’un Concile archiépiscopal du 24 mai — le métropolite Épiphane, primat de l’Église orthodoxe d’Ukraine, a adressé une lettre à Bartholomée Ier, l’archevêque de Constantinople et patriarche œcuménique, lui demandant de reconnaître le métropolite Kirill comme coupable d’hérésie pour son soutien actif apporté à la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine. 

Il y écrivait notamment : 

« Chaque enfant tué, chaque femme violée, chaque maison et chaque temple détruits constituent non seulement un crime de guerre, mais un acte de reniement du Christ, qui place son auteur hors du cercle de la grâce de l’Église. De surcroît, la responsabilité morale de ces crimes ne repose pas seulement sur leurs auteurs directs, mais également sur leurs inspirateurs idéologiques : le patriarche de Moscou, Kirill, et tous les hiérarques partageant sa vision, qui se sont attachés, des décennies durant, à promouvoir la doctrine ethnophylétique et raciste du ‘monde russe’ et accordent aujourd’hui leur bénédiction à l’agression contre l’Ukraine ». 10

L’année 2023 a été marquée par une autre décision symbolique tendant à émanciper l’Ukraine de l’héritage russe : l’adoption du calendrier julien révisé comme nouveau calendrier liturgique. La fête de Noël, jusqu’alors célébrée le 7 janvier, comme en Russie, tombe désormais en Ukraine le 25 décembre. Cette réforme, votée par la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien, confirme un fait important : l’État n’accorde pas une attention moindre aux affaires ecclésiastiques en Ukraine qu’en Russie. 

Le Patriarcat de Moscou ne s’est pas interrogé sur l’inadéquation de ses propres services religieux poutinisés face à l’angoisse qui gagne la population russe dans un climat de guerre et d’incertitude. 

Guillaume Lancereau

Enfin, la dernière étape de cet arrachement de l’Église ukrainienne à l’influence de Moscou a été la loi n°8371 adoptée en août 2024 par la Verkhovna Rada, permettant d’interdire les activités des institutions religieuses affiliées à un État agresseur. Cette loi visant presque explicitement l’Église orthodoxe ukrainienne relevant du Patriarcat de Moscou, le Kremlin s’est saisi de cette occasion pour décrire l’État ukrainien comme une dictature hostile à la liberté de croyance. La diplomatie russe est allée jusqu’à saisir à trois reprises le Conseil de sécurité de l’ONU sur ces questions ecclésiastiques — conformément à sa manie de transformer les institutions internationales, à commencer par l’ONU, en tribune pour sa vision du monde et en paravent pour les actes barbares commis par l’armée russe. Lors de cette troisième saisie du Conseil, en novembre 2023, à propos de la loi ukrainienne n°8371, les délégations des États-Unis, de la France, de l’Albanie, de Malte et du Royaume-Uni n’ont d’ailleurs pas manqué « d’accuser la Fédération de Russie d’instrumentaliser le Conseil et de l’utiliser comme une ‘scène de désinformation’ pour détourner l’attention de son agression contre l’Ukraine ».

L’Église orthodoxe d’Ukraine et l’État ukrainien ne sont pas les seuls à suivre la voie de l’indépendance. Un autre cas particulièrement notable est celui des Églises de Lettonie et de Lituanie, qui relèvent du Patriarcat de Moscou, contrairement à celle d’Estonie, par exemple, où coexistent deux Églises orthodoxes, respectivement subordonnées à Moscou et à Constantinople.

En Lituanie, l’événement à l’origine de la scission a été la suspension et le défroquage, au printemps 2022, de cinq prêtres ayant refusé de mentionner le nom du patriarche Kirill lors de la liturgie, pour manifester leur opposition à l’invasion de l’Ukraine. Moins d’un an plus tard, le Patriarche œcuménique de Constantinople les a rétablis dans leur ministère avant d’octroyer en 2024 à l’Église orthodoxe de Lituanie le statut d’exarchat — juridiction ecclésiastique du Patriarcat œcuménique de Constantinople, et donc indépendante de Moscou.

En Lettonie, la situation a été quelque peu différente pour aboutir à un résultat similaire : en septembre 2022, la Saeima, Parlement letton, a adopté une loi accordant l’autocéphalie à l’Église orthodoxe de Lettonie —  la rendant elle aussi indépendante du Patriarcat de Moscou. 

« Est hérétique la description de l’invasion de l’Ukraine comme une ‘guerre sainte’ »

Dans les premières années de la guerre d’Ukraine, le Patriarcat de Moscou s’était abstenu de toute intervention concrète — alors même que l’ingérence directe du pouvoir législatif dans la vie ecclésiale de Lettonie et d’Ukraine lui aurait pourtant donné des leviers. De fait, de 2022 à 2025, l’Église orthodoxe russe semble avoir préféré se concentrer sur les espaces dans lesquels elle bénéficie d’un ancrage spirituel et politique certain, comme la Serbie, au lieu de multiplier les terrains d’action idéologique.

En négatif, ce choix témoigne de la relative impuissance de cette institution : habile à mobiliser ses soutiens là où ils existent, elle guère capable de s’imposer lorsqu’elle rencontre une réelle volonté politique.

La dynamique semble toutefois en passe d’évoluer. 

Les dénonciations internationales des activités de l’Église orthodoxe russe se font toujours plus virulentes, tandis que les responsables ecclésiastiques russes y répliquent, quant à eux, par des sorties brutales. 

La première étape marquante de ce bras de fer ecclésiastique a été la « Déclaration de Volos » ou Déclaration sur le « monde russe », parue dès le mois de mars 2022. Signée dans sa première version par 65 théologiens orthodoxes — les signataires sont aujourd’hui plus de 1 500 — de différents pays du monde, cette déclaration condamnait le patriarche de Moscou et son soutien aveugle à l’invasion de l’Ukraine. Le texte dénonçait surtout la notion de « monde russe » comme une doctrine hérétique, confondant les pratiques et les finalités d’une Église autocéphale avec celles d’un État national. Cette confusion, appelée phylétisme, a été condamnée par le Concile de Constantinople de 1872.

Pour les signataires, l’idée de monde russe relevait d’« une forme d’intégrisme religieux ethno-phylétiste orthodoxe, à caractère totalitaire », volontiers « repris par l’extrême-droite ainsi que par des fondamentalistes catholiques et protestants » — autrement dit : une source de perturbation idéologique à grande échelle. Les auteurs en concluaient donc à la nécessité de condamner cette notion « ignoble et indéfendable, en connivence avec l’Église orthodoxe russe, comme profondément non orthodoxe, non chrétienne et tournée contre l’humanité ».

Le patriarche Kirill s’est illustré comme le principal porte-parole, dans le monde spirituel russe, des ambitions expansionnistes de la Russie.

Guillaume Lancereau

Les signataires de ce document, en dépit de leur nombre impressionnant, ne sont cependant intervenus qu’à titre individuel. De ce point de vue, une nouvelle étape a été franchie début décembre 2025, lors de la Conférence des Églises européennes réunie à Helsinki : à cette occasion, 90 des 114 dirigeants religieux représentant les Églises orthodoxes, protestantes et anglicanes ont désigné la notion de « monde russe » comme une idéologie à caractère hérétique. Dans la déclaration issue de la conférence, intitulée « Résister à l’Empire, promouvoir la paix », on lisait également, en réponse à un sermon et une allocution devant le Conseil des peuples russes prononcés par le patriarche Kirill en 2022 et 2024 : 

« Soyons clairs : l’affirmation selon laquelle la mort d’un soldat dans l’exercice de ses fonctions purifie automatiquement ses péchés, la traduisant comme un acte sacrificiel, est hérétique, tout comme est hérétique la description de l’invasion russe d’Ukraine comme étant une ‘guerre sainte’ et de la Russie comme étant un ‘État katechon’ — une force combattant le mal dans le monde ». 11

La Troisième Rome ne croit plus

S’il est assez aisé, au fil des discours et des actes de sa hiérarchie, de démontrer que l’Église orthodoxe russe est devenue un instrument idéologique et politique soumis au Kremlin, il est plus difficile de mesurer les conséquences de cette nouvelle configuration sur la population russe.

Comme souvent avec la société russe, la représenter comme une masse uniforme acquise à tous les mots d’ordre des autorités politiques et spirituelles fait courir le risque de négliger l’une des réalités fondamentales de ce pays post-soviétique : il est l’un des plus incroyants du monde. À cet égard, la collaboration active du Patriarcat avec le pouvoir poutinien présente tous les aspects d’un paradoxe — ou plutôt d’un jeu symbolique et stratégique en vase clos dans des sphères d’influence qui ne semblent inspirer à la population que de l’indifférence. 

La population russe est en effet l’une des moins religieuses de la planète. Certes, les données disponibles, notamment grâce au centre Levada, confirment que dix ans de matraquage ont porté leurs fruits : l’affichage constant de l’élite politique aux côtés des responsables religieux et leur participation ostentatoire à des cérémonies et festivités orthodoxes, des offices aux pèlerinages ont renforcé à la fois la respectabilité de l’Église, son image d’institution influente dans la politique russe et sa dimension identitaire : en somme, pour être un Russe « qui réussit », il faudrait « en être ». 

Ces dernières décennies, la proportion de Russes s’identifiant comme orthodoxes est restée stable, autour de 60 % — ce chiffre augmentant chez les retraités qui se déclarent orthodoxes en grande majorité. En parallèle, la part de la population affirmant que la religion joue un rôle très important ou assez important dans sa vie est passée de 30 % en 2007 à 40 % en 2020 et jusqu’à 53 % en 2024 — une augmentation telle en un laps de temps si court semble d’ailleurs être l’effet conjoncturel de la guerre.

De même, la part des personnes pratiquantes a fortement augmenté au cours de cette dernière décennie. En définissant une « personne pratiquante » comme quelqu’un qui s’adonne de manière régulière à au moins l’une des cinq pratiques de l’orthodoxie — fréquentation de l’église, communion, lecture des Évangiles, prière et jeûne —, une étude de la Fondation « Opinion publique » (FOM) a établi que la part d’orthodoxes pratiquants en Russie était passée de 12 % en 2013 à 24 % il y a un an.

Analysées dans le détail, ces données montrent une désaffection pour certaines formes de pratique religieuse.

Seuls 10 % des Russes orthodoxes affirment pratiquer le jeûne — 6 % pendant le Carême, 4 % à d’autres moments de l’année. Un Russe orthodoxe sur cinq se confesse une fois par an ou davantage. La seule donnée marquante du sondage est le fait que 47 % des sondés déclarent aller à l’église au moins une fois par an. Un tel chiffre doit toutefois être pris avec précautions dans un pays vieillissant, où le solde naturel négatif autorise même à parler d’un véritable dépeuplement — un critère du reste insuffisamment pris en compte dans l’analyse des motifs qui poussent Vladimir Poutine à vouloir à tout prix annexer le Donbass et la Crimée, qui représentent 8 millions d’habitants. Dans l’ensemble, la croissance de l’auto-identification déclarative semble s’expliquer davantage par les fonctions politiques et identitaires qu’incarne l’Église orthodoxe depuis une décennie que par un « retour du religieux » dans la société russe.

Les niveaux de religiosité de la Russie doivent aussi être rapportés à ceux du reste du monde et de l’ensemble des pays orthodoxes 12.

De ce point de vue, la Russie apparaît bel et bien comme l’un des espaces les moins religieux de la planète, dans le troisième groupe sur les quatre identifiés par le World Values Survey 13, le premier étant les pays où l’immense majorité de la population, entre 88 et 99 %, déclare que la religion est très ou assez importante dans leur vie 14 et le dernier regroupant les nations les plus séculières, comme le Japon, la Chine, la République tchèque ou l’Australie. Plus encore, une comparaison effectuée par le centre d’analyses Re-Russia permet de saisir que la Russie est le pays le moins religieux des pays orthodoxes.

Pour ce qui concerne la part de la population pour laquelle la religion est d’une importance certaine, la Russie est devancée non seulement par des pays nettement religieux comme la Géorgie, l’Arménie, le Monténégro, la Grèce, la Roumanie et Chypre — où cette proportion oscille entre 80 et 95 % — mais aussi par des pays orthodoxes plus laïques comme le Bélarus, la Bulgarie et l’Ukraine. Les auteurs du rapport soulignent ainsi que seuls 11 % des Russes interrogés considèrent la foi religieuse comme une qualité importante chez un enfant, contre la moitié des sondés en Géorgie et en Roumanie.

La consolidation d’une Église orthodoxe « nouveau régime » a surtout reposé sur son soutien sans faille à l’ascension dictatoriale de Vladimir Poutine.

Guillaume Lancereau

La Russie est également en tête concernant le niveau du nombre d’athées déclarés. L’écart le plus remarquable se situe cependant au niveau de la fréquentation des églises. Les Russes sont 1,5 fois plus nombreux que les Biélorusses, en seconde position, à ne jamais aller à l’église, alors même que la Russie est située dans le haut du classement des pays où s’exprime la plus forte confiance envers l’Église comme institution. Le même décalage s’observe à l’échelle globale dans l’étude du World Values Survey : la Russie occupe la 44e place au niveau de la confiance en l’Église, mais seulement la 69e pour la fréquentation des offices religieux. De ce fait, les auteurs du rapport concluent : « La confiance envers l’Église reste dissociée du niveau de religiosité réelle. Dans son versant institutionnel, l’Église orthodoxe russe est visiblement perçue comme faisant partie d’un culte d’État, plutôt que d’un culte spirituel. »

Une nouvelle étude récemment publiée par l’agence gouvernementale TASS semble confirmer cette tendance par une voie détournée. Elle montre qu’au cours de l’année 2025, la consommation russe « d’objets magico-religieux » a explosé, la proportion de personnes utilisant certains objets — des amulettes aux pieux en bois de tremble, en passant par les runes, boules de cristal, poupées vaudou et autres pendules 15 — ayant parfois doublé ou même quadruplé.

Si le Patriarcat de Moscou s’est offusqué de ces pratiques, appelant l’État à lutter de toutes ses forces contre ce regain de l’occultisme, il ne s’est pas pour autant interrogé sur l’inadéquation de ses propres services religieux poutinisés face à l’angoisse qui gagne la population russe dans un climat de guerre et d’incertitude. 

Des religieux peu religieux : les Russes et une « église faillie » 

L’ancien rédacteur en chef de la revue Le Patriarcat de Moscou, Sergueï Tchapnine, a déclaré dans un entretien du 15 janvier dernier, que l’Église orthodoxe russe était une « Église faillie ». Selon lui, cette institution avait perdu tout lien avec le message évangélique, et même son caractère d’Église chrétienne, au gré de ses compromissions avec le régime de Vladimir Poutine.

« L’Église » n’est toutefois pas un sujet à soi seul. Elle n’est qu’un conglomérat d’individus en chair et en os. Par ailleurs, les divagations politico-religieuses des responsables ecclésiastiques, aussi hypocrites que celles des hauts fonctionnaires du Kremlin, ne sauraient masquer leurs intérêts réels, au premier rang desquels figure l’enrichissement personnel : en la matière, l’exemple le plus criant reste celui du patriarche Kirill, né Vladimir Goundiaïev.

Vladimir Goundiaïev a commencé sa carrière comme gestionnaire des affaires financières de l’Église orthodoxe russe, à une époque où celle-ci, aux termes du nouveau contrat économique passé avec l’État, touchait les revenus de l’importation de certains biens exemptés de droits de douane, dont les cigarettes et l’alcool. Depuis sa nomination en 2009, le patriarche passe autant de temps à louer Vladimir Poutine qu’à dissimuler au public russe la réalité de sa vie privée — à commencer par son concubinage avec Lidia Leonova, pourtant interdit par le droit canon 16.

Ce silence a pris un tour burlesque en 2012, lorsque les propagandistes du Patriarcat ont effacé la montre de luxe portée au poignet par le patriarche en oubliant d’en supprimer aussi le reflet à la surface de la table sur laquelle il était accoudé 17. La même année, un autre scandale a éclaté en Russie, cette fois-ci lié à la découverte de l’appartement de luxe du patriarche situé sur un quai de Moscou, avec vue sur la cathédrale du Christ Saint-Sauveur. Cet appartement est cependant peu de choses par rapport au véritable palais dont s’est doté Kirill dans le plus grand secret, sur la côte de la mer Noire. Il est difficile pour le primat de l’Église orthodoxe russe de projeter une image d’ascèse et de rigueur théologique dès lors que le patriarche vole en jet privé, vogue sur son propre yacht et s’est fait représenter personnellement sur une icône aux côtés de la Trinité.

Les deux Églises orthodoxes russes

Les hommes de la trempe de Kirill ne sont cependant pas les seuls à peupler les rangs de l’Église.

Dans un récent ouvrage (en russe) sur L’Église orthodoxe et le pouvoir, de Gorbatchev à Poutine, Ksenia Luchenko a même avancé une hypothèse remarquable. Selon cette autrice, il n’y aurait plus une, mais deux Églises orthodoxes : celle des fonctionnaires ecclésiastiques travaillant main dans la main avec le Kremlin pour le seul profit de ses membres et au détriment du service religieux, et l’autre Église, vivante et croyante, constituée de prêtres dévoués à leurs ouailles. La frontière entre ces deux Églises distingue, de la même manière, ceux qui célèbrent les combats en Ukraine comme une « guerre sainte », et ceux qui, plus conformément à leur mission évangélique, ne prient que pour la paix.

Dans son livre, Luchenko passe en revue un certain nombre de figures ecclésiastiques du second type, montrant que les près de 300 signataires d’un « appel à la paix » 18 publié dès le mois de mars 2022 étaient des prêtres déjà engagés dans la défense des prisonniers politiques russes — leur rendant visite en prison ou célébrant l’office sur la tombe d’Alekseï Navalny. Ces actions leur ont valu de lourdes sanctions de la part de leur hiérarchie. 

L’une de ces figures est celle du père Alekseï Ouminski, recteur de l’église de la Trinité Source de vie à Khokhli (Moscou). Interdit de célébration des offices religieux, il a ensuite été privé de son sacerdoce pour avoir refusé de lire la prière dictée par le Patriarcat. Interrogé à ce propos, rapporte Luchenko, « il répondit qu’il considérait cette prière comme dénuée de sens et de vérité : aucun ‘élément allogène’ ne s’était dressé contre la Russie ; quant à la ‘Sainte Rus’, il s’agit d’une notion entièrement étrangère à la théologie et à la liturgie ».

Aujourd’hui, Ouminski a été contraint de quitter la Russie sous la menace d’arrestations. Il poursuit désormais son office à Paris, dans une église du Patriarcat de Constantinople — celui-là même que Kirill accuse d’être dirigé par un « antéchrist en soutane »

Sources
  1. Военный отдел Московского Патриархата, Telegram, 26 janvier 2025.
  2. Президент России В.В. Путин поздравил Святейшего Патриарха Кирилла с 17-й годовщиной интронизации, Patriarchia.Ru, 1er février 2026.
  3. Pour avoir exécuté dans la cathédrale moscovite du Christ-Sauveur un « Te Deum punk » critiquant la politique de Vladimir Poutine, trois des membres de Pusy Riot sont condamnés en août 2012 à deux ans de d’emprisonnement pour vandalisme et incitation à la haine religieuse.
  4. L’Assemblée parlementaire organise des échanges avec les forces démocratiques russes, Conseil de l’Europe, 29 janvier 2026.
  5. Послание Президента Федеральному Собранию, 12 décembre 2012.
  6. Voir le message du prêtre Oleg sur Telegram.
  7. Devant l’exemple du prêtre Oleg, difficile de ne pas penser à ce passage :

    « Un régiment d’infanterie à trois cents pas de l’ennemi. Violent duel d’artillerie.

    Un officier d’infanterie : Regardez là derrière, notre bon aumônier vient se joindre à nous. C’est beau de sa part.

    L’aumônier militaire Anton Allmer : Dieu soit avec vous, mes braves ! Dieu bénisse vos armes ! Alors, cet ennemi, vous lui chauffez les fesses ?

    L’officier : Mes respects, mon père – nous sommes fiers d’avoir un aumônier aussi intrépide qui, en dépit du tir ennemi, bravant le danger qui menace, vient rejoindre notre ligne de feu. 

    L’aumônier : Allons, laissez-moi tirer aussi un coup ou deux.

    L’officier : Nous nous réjouissons tous d’avoir un aumônier aussi vaillant ! (Il lui tend un fusil. L’aumônier tire à plusieurs reprises.)

    L’aumônier : Badaboum !
    Clameurs : Bravo ! Quel noble prêtre ! Vive notre cher aumônier ! »in Karl Kraus, Les Derniers jours de l’humanité (version intégrale), trad. Jean-Louis Besson et Henri Christophe, Agone, 2015.

  8. Au Kosovo, de même, l’Église orthodoxe russe alimente les tensions avec la Serbie qui ne reconnaît toujours pas l’indépendance du pays depuis 2008 — notamment en instrumentalisant l’enjeu des lieux saints orthodoxes inscrits au patrimoine mondial de la Serbie qui se trouvent actuellement sur le territoire kosovar.
  9. En 2019, l’Église orthodoxe ukrainienne relevant du Patriarcat de Kiev a tenu un synode annulant cette fusion.
  10. Лист щодо притягнення Російського патріарха Кирила до канонічної відповідальності і позбавлення його Патріаршого престолу, 27 juillet 2022.
  11. « Résister à l’Empire, promouvoir la paix. Les Églises s’opposent à l’idéologie du ‘Monde russe’ », Conference of European Churches, 3 décembre 2025.
  12. « Декларативное православие : после десяти лет православной пропаганды Россия остается страной с низким уровнем религиозности и самой нерелигиозной среди всех православных стран », Re-Russia, 23 avril 2025.
  13. Voir par exemple Ronald F. Inglehart, « Giving Up on God. The Global Decline of Religion », Foreign Affairs, septembre-octobre 2020.
  14. Ainsi du Pakistan, de la Turquie ou de la Géorgie.
  15. « АТОЛ : спрос россиян на обереги и осиновые колья в 2025 году вырос в 2-4 раза », TASS, 28 janvier 2026.
  16. « Спутница патриарха : более 50 лет Кирилла сопровождает тайная гражданская жена », Agentstvo, 22 décembre 2025.
  17. « $30,000 Watch Vanishes Up Church Leader’s Sleeve », New York Times, 5 avril 2012
  18. Обращение священнослужителей Русской Православной Церкви с призывом к примирению, Pravmir, 1er mars 2022.