1 — Une nouvelle année électorale clef
L’année 2026 sera marquée par plusieurs scrutins majeurs.
- En Hongrie, des élections générales auront lieu en avril et un nouveau parti, Tisza (droite, pro-européen), dirigé par Péter Magyar, ancien allié d’Orbán, a dépassé le Fidesz dans les sondages en décembre 2024 et est depuis resté en tête des intentions de vote.
- Bien que le résultat reste incertain, compte tenu du contrôle étendu exercé par Viktor Orbán et de la transformation systématique qu’il a menée pour remodeler l’État, le paysage médiatique, le système électoral et la société civile, ces élections représentent un défi crédible à sa mainmise sur le pays depuis son arrivée au pouvoir en 2010.
- En mai, ce sont les Libanais qui éliront leurs députés lors d’un scrutin test pour la stabilité du pays. Ces élections s’inscrivent dans un contexte de baisse d’influence du Hezbollah libanais, affaibli par ses récents conflits avec Israël, la chute du gouvernement Assad, mais aussi par la politique du président Aoun qui vise à renforcer le contrôle de l’armée libanaise sur les armements des organisations tierces.
- Les Britanniques seront également appelés aux urnes en mai pour des élections locales au cours d’un scrutin qui pourrait marquer un triomphe pour le parti d’extrême droite de Nigel Farage, Reform UK, qui mène dans les sondages. Selon le résultat, le leadership de Starmer à la tête du Parti travailliste pourrait également être remis en question.
En mars, ce sont aussi les municipales en France, un premier test pour le Rassemblement national, qui pourraient voir se confirmer l’inéligibilité de Marine Le Pen.
- Après un simulacre d’élections prévu en Russie en septembre, ce sont les Brésiliens qui se rendront aux urnes pour élire leur président. Lula, qui a confirmé son intention de briguer un nouveau mandat — ce qui en ferait le quatrième depuis 2003 —, pourrait faire face au fils de l’ex-président Jair Bolsonaro, Flávio.
- L’élection la plus attendue de l’année aura probablement lieu aux États-Unis, où les Américains voteront en novembre lors des élections de mi-mandat. En janvier 2025, Donald Trump est revenu au pouvoir avec 220 sièges sur 435 à la Chambre, soit la majorité la plus courte de l’histoire. Au Sénat, le Parti républicain dispose de 53 sièges sur 100.
- Cette majorité sera remise en jeu le 3 novembre, date à laquelle la totalité des sièges de la Chambre et un tiers de ceux du Sénat seront renouvelés. Les gouverneurs de 36 États seront également élus à cette occasion. Si la tendance historique récente se confirme, les démocrates devraient remporter le scrutin.
2 — Entre guerre et paix
Le 24 février 2026 l’Ukraine devrait entrer dans une cinquième année de guerre.
- L’année débute avec une activité diplomatique pour mettre fin au conflit sans précédent mais les positions ukrainiens et russes restent très éloignées, alors que Moscou maintient ses demandes maximalistes – et notamment le retrait de Kiev du Donbass.
- Un plan en 20 points est actuellement sur la table. Plusieurs éléments, au-delà de la question territoriale, sont à clarifier : les garanties de sécurité pour l’Ukraine et la contribution américaine (Washington aurait offert des garanties pour une période de 15 ans, mais Kiev en demanderait plutôt 50) ainsi que le rôle de l’adhésion rapide du pays à l’Union dans l’architecture globale d’un accord de paix.
- On peut également s’attendre, en 2026, à une reprise du dialogue entre les capitales européennes et Moscou, ainsi qu’à de nouveaux efforts de l’Union européenne en faveur d’une défense commune. La Russie devrait continuer sa guerre hybride contre le continent.
- Au Moyen-Orient, l’accord de cessez-le-feu à Gaza reste très fragile et la deuxième phase du plan américain de paix est particulièrement incertaine.
- À Taïwan, le spectre de la guerre ne cesse de grandir. En début de semaine, Pékin a lancé de nouveaux exercices militaires autour de l’île qui visent spécifiquement à renforcer les capacités de l’armée chinoise en matière de « blocage des ports et des zones clefs ». Pékin s’entraîne ainsi ouvertement à imposer un blocus sur Taïwan pour empêcher l’acheminement de toute assistance extérieure.
3 — Les États-Unis continueront-ils leur guerre commerciale ?
Les États-Unis entament l’année avec un taux effectif de droits de douane de 16,8 %, soit le niveau le plus élevé depuis 1935. Plusieurs échéances sont à suivre cette année.
- Globalement, les droits de douane américains devraient rester bien supérieurs à leurs niveaux d’avant 2025. Même si les droits de douane d’urgence imposés par Donald Trump en vertu de l’IEEPA venaient à être annulés par la Cour suprême, ils pourraient être remplacés par d’autres mécanismes juridiques.
- En juillet, l’accord commercial États-Unis-Canada-Mexique sera renégocié. Le Canada et le Mexique ont été parmi les premiers pays à être visés par des droits de douane supplémentaires dès l’inauguration de Donald Trump en janvier 2025.
- Il est très probable que les États-Unis demandent des règles d’origine plus strictes et une intégration plus poussée de la chaîne d’approvisionnement nord-américaine. L’incertitude demeure toutefois très forte pour les producteurs canadiens et mexicains qui espèrent obtenir un meilleur accès au marché américain en 2026.
- Il est également très possible que l’accord conclu par Washington avec l’Union européenne soit remis en question, alors que la Maison Blanche accroît sa pression sur le continent pour affaiblir ses réglementations numériques.
- Parallèlement, la Chine et les États-Unis resteront engagés dans un équilibre fragile, dans l’attente d’une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping au cours du premier semestre. Toutefois, les tensions structurelles entre les deux pays devraient persister, malgré d’éventuelles annonces en matière de commerce et d’investissement.
- De son côté, l’Union cherchera certainement à diversifier ses relations commerciales afin de compenser les droits de douane américains et de réduire les risques liés à la Chine. Des négociations se poursuivront notamment avec l’Inde, l’Australie, la Thaïlande et les Philippines. Les accords avec le Mercosur et l’Indonésie restent à ratifier.
4 — La Chine va–t-elle équilibrer son économie ?
En mars, l’Assemblée nationale populaire (ANP) chinoise devrait étudier puis formellement adopter le 15e plan quinquennal, dévoilé par Xi en octobre 2025, lors du Quatrième Plénum. La question du rééquilibrage de l’économie chinoise fera l’objet d’une attention particulière dans les réunions mondiales en 2026, et notamment lors du G7, dont la France prend la présidence aujourd’hui, jeudi 1er janvier.
- Ralentissement de la croissance, surproduction industrielle, et un excédent commercial qui a dépassé les 1 000 milliards de dollars en 2025 — l’économie chinoise sera au centre de l’attention en 2026 alors que la politique chaotique de Donald Trump offre à Pékin des possibilités d’accroître son influence à l’échelle mondiale.
- Lors du G7 qui se tiendra du 14 au 26 juin à Évian, Paris mettra un accent particulier sur la Chine. En décembre, le président français écrivait : « Lors de mon dernier voyage en Chine, j’ai clairement indiqué que soit nous rééquilibrons nos relations économiques de manière coopérative, en engageant la Chine, les États-Unis et l’Union européenne dans un véritable partenariat, soit l’Europe n’aura d’autre choix que d’adopter des mesures plus protectionnistes. Je préfère de loin la coopération, mais je plaiderai en faveur de cette dernière solution si nécessaire ».
- Quatre rencontres entre Donald Trump et Xi Jinping sont prévues en 2026. Emmanuel Macron, qui s’est rendu en Chine début décembre, pourrait inviter le dirigeant chinois à Évian.
5 — La lutte contre le changement climatique et sa dimension industrielle
La lutte contre le changement climatique est entrée dans une nouvelle phase : l’objectif de maintenir le réchauffement à 1,5 degré semble de plus en plus lointain, mais le déploiement rapide et massif des énergies renouvelables offre des perspectives optimistes, malgré un climat politique aux États-Unis et en Europe qui remet en question les engagements climatiques.
- Au mois de mai 2025, Pékin installait l’équivalent de 100 nouveaux panneaux solaires par seconde. Sur la période janvier-août, la Chine a ainsi connecté 212 GW de nouvelles capacités photovoltaïques au réseau — soit plus que la capacité solaire totale des États-Unis (178 GW). Dans le même temps, les exportations chinoises de panneaux solaires, batteries ou véhicules électriques ont explosé en 2025, dépassant largement en volume les exportations d’énergies fossiles des États-Unis.
- Aux États-Unis, depuis son retour au pouvoir, Trump a ouvert plus de 50 000 km2 de terres publiques à l’exploitation minière, tout en réduisant les redevances que le gouvernement fédéral perçoit auprès des producteurs de charbon, qui sont passées de de 12,5 à 7 %. Le département de l’Énergie a contraint cinq centrales à charbon à rester ouvertes au-delà de leur date de fermeture, prévue en 2025, et s’est engagé à investir plus de 600 millions de dollars pour la modernisation et la mise à niveau des centrales.
- En Europe, la lutte contre le changement climatique englobe désormais des questions liées à l’industrialisation et à la compétitivité de l’économie. L’Union ouvre l’année avec l’entrée en vigueur de son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, mais avec un délai supplémentaire d’un an pour son nouveau marché carbone et l’affaiblissement de son objectif en matière de vente de voitures thermiques.
- La Commission estime que la part des voitures européennes vendues dans l’Union pourrait être réduite de 70 à 50 % si aucune mesure n’est prise pour protéger l’industrie face à la concurrence croissante des constructeurs chinois.
- En septembre, plus de 15 % des voitures hybrides vendues sur le continent et au Royaume-Uni étaient de conception chinoise, selon les chiffres de Dataforce, et plus de 11 % des voitures électriques.
6 — La bulle de l’IA va-t-elle exploser ?
L’année 2025 a été marquée par une croissance considérable des investissements dans l’intelligence artificielle. Depuis la sortie de ChatGPT, l’action de Nvidia, l’entreprise la plus valorisée au monde, a bondi de 979 %, et représente désormais environ 8 % du S&P500. Les entreprises de l’IA ont reçu 65 % du capital versé par les investisseurs au cours du premier semestre 2025.
- Ces investissements n’ont pas — encore — permis aux principaux acteurs du secteur de trouver un modèle économique viable.
- Tandis que l’économie américaine continue de croître à un rythme soutenu, ses performances sont de plus en plus liées aux avancées du secteur de l’IA. Au premier semestre 2025, 92 % de la croissance du PIB américain provenait des dépenses d’investissement liées à l’IA.
- L’ancienne directrice générale adjointe du FMI, Gita Gopinath, estime qu’un éclatement de la bulle de l’IA pourrait entraîner une perte de 35 000 milliards de dollars pour les investisseurs sur les marchés boursiers (20 000 pour les Américains, et 15 000 pour les investisseurs étrangers).