L’entreprise américaine OpenAI a rendu public le 30 novembre 2022 son agent conversationnel ChatGPT. Celui-ci a depuis été rejoint par plusieurs alternatives américaines (Gemini, Claude, Perplexity), mais également européennes (Le Chat de Mistral AI notamment) et chinoises (Deep Seek).
Si le développement de l’IA a créé des milliers de milliards de dollars de valorisation boursière pour les entreprises fabriquant des logiciels, des puces ou des infrastructures, le secteur peine à trouver un modèle économique.
- Afin d’engranger plus d’abonnés payants pour financer ses dépenses massives de recherche et développement, OpenAI multiplie les fonctionnalités à destination des utilisateurs individuels.
- En décembre, ChatGPT devrait ainsi proposer des formules pour interagir avec le chatbot dans un contexte « érotique » — ce qui était jusqu’à présent bloqué afin d’éviter les abus —, et a dévoilé en amont du Black Friday un assistant d’achats.
- L’entreprise vise 220 millions d’abonnés payant d’ici 2030, contre 35 millions actuellement 1. Plus que les utilisateurs individuels, ce sont toutefois les entreprises qui ont le potentiel de rendre le secteur rentable.
Or, trois ans depuis le lancement de ChatGPT, la demande pour les produits d’IA semble avoir atteint un plateau aux États-Unis. C’est notamment le cas dans les grandes entreprises de plus de 250 salariés, où l’adoption de la technologie est en baisse de près de 2 points par rapport au pic de 15 % atteint en juin dans la dernière enquête menée par le Bureau du recensement américain, qui suit cet indicateur-clef depuis septembre 2023 2.
- Dans une note d’analyse publiée le 10 novembre, J.P. Morgan estime qu’il faudrait 650 milliards de dollars de revenus annuels pour que les investissements massifs dans l’infrastructure de l’IA — centres de données, GPU, puissance de calcul — offrent un rendement d’environ 10 % d’ici 2030 3.
- Les grandes entreprises, de par leurs besoins et leurs capacités financières, devront jouer un rôle important dans la multiplication par 13 des revenus du secteur en l’espace de cinq ans (ils se situent aujourd’hui à 50 milliards par an environ).
Si toutes les enquêtes ne montrent pas de stagnation voire de baisse de la demande pour les produits d’IA, les résultats du Bureau du recensement sont corroborés par la dernière étude de Jonathan S. Hartley, publiée en octobre.
- Dans celle-ci, l’économiste de Stanford estime que l’utilisation de l’IA générative est tombée à 36,7 % en septembre, contre un pic de 45,6 % atteint trois mois plus tôt 4.
Les doutes des entreprises quant aux gains réels de productivité que l’IA permettrait contribuent à l’instabilité du secteur qui, malgré des résultats boursiers faramineux, montre de plus en plus de signes de fébrilité. Depuis la sortie de ChatGPT, l’action de Nvidia, l’entreprise la plus valorisée au monde, a bondi de 979 %, et représente désormais environ 8 % du S&P500.
Sources
- Sri Muppidi, « OpenAI Forecasts Nearly as Many ChatGPT Subscribers as Spotify by 2030 », The Information, 26 novembre 2025.
- Business Trends and Outlook Survey Data Release — November 20, 2025, U.S. Census Bureau.
- « Investors expect AI use to soar. That’s not happening », The Economist, 26 novembre 2025.
- Jonathan S. Hartley, Filip Jolevski, Vitor Melo et Brendan Moore, « The Labor Market Effects of Generative Artificial Intelligence », SSRN, 21 octobre 2025.