Selon des images satellites et documents officiels russes fuités Moscou a construit de nouvelles rampes de lancement de drones dans 10 de ses bases situées à proximité de l’Europe 1. Certaines sont déjà utilisées pour mener des frappes en Ukraine, mais pourraient également servir pour lancer des drones sur des pays membres de l’OTAN.

  • Trois de ces bases se situent en territoire ukrainien occupé : deux en Crimée, à Kacha, dans l’ouest, et cap Chauda, dans l’est de la péninsule, et une à Donetsk, dans le sud-est de l’Ukraine.
  • Celles situées le long de la frontière avec le Bélarus et l’Ukraine disposent d’au moins 59 rampes de lancement, qui permettent de faire décoller des drones à voilure fixe sans nécessiter de piste d’atterrissage traditionnelle.
  • Certaines de ces bases ont été construites ex nihilo dans la campagne russe afin d’être moins exposées aux satellites, tandis que d’autres ont été reconverties depuis des aéroports civils ou militaires existants.

Ces nouvelles bases permettent notamment de lancer des Geran-5, la nouvelle version modifiée par l’industrie russe du drone Shahed iranien, qui peuvent parcourir une distance de 1 000 kilomètres à une vitesse de 600 km/h, et qui leur permet d’éviter certains systèmes de défense antiaérienne. 

Au total, les territoires de 11 pays de l’OTAN seraient à portée de ces nouveaux sites.

  • La Russie, qui continue d’investir massivement dans les drones, serait en mesure de produire environ 3 000 Geran 4 et 5 chaque mois.
  • Si un grand nombre de ces drones est tiré sur l’Ukraine, les images satellites montrent également de vastes sites de stockage pouvant accueillir jusqu’à 1 000 drones, dont certains auraient déjà été approvisionnées par des usines de munitions réparties sur le territoire russe, notamment par le parc industriel d’Alabuga qui produit à lui seul 6 000 unités par an.

Au moins 38 incidents impliquant des drones russes ont eu lieu en Europe entre mars 2022 et mai 2026, selon une recension de la RTBF. Neuf de ces crashs ont provoqué des dégâts matériels, notamment en Moldavie, en Roumanie et dans les pays baltes 2.

Des drones russes continuent d’être régulièrement interceptés dans les espaces aériens de pays européens, notamment en Roumanie, qui est à ce jour le pays le plus touché.

  • Dimanche 16 août, un avion de chasse espagnol déployé dans le cadre d’une mission de l’OTAN a détruit un drone qui semble être d’origine russe à quelques kilomètres au nord de Galați.
  • Il s’agit du quatrième drone détruit par l’OTAN au-dessus de la Roumanie depuis le début de l’année.
  • Dans la nuit du 9 au 10 septembre, au moins 19 drones russes avaient pénétré dans l’espace aérien polonais, nécessitant l’intervention d’avions de chasse des armées polonaise et néerlandaise.

Les renseignements américains considèrent qu’une « attaque russe limitée » contre un pays de l’OTAN pourrait avoir lieu dès cet automne, afin de tester la détermination de l’Alliance. Dans ses précédentes évaluations, Washington estimait que Poutine ne provoquerait pas un pays membre de l’OTAN tant que la guerre en Ukraine serait toujours active 3.

Sources
  1. Richard Holmes, « Russia builds secret drone bases in striking distance of Nato », The Telegraph, 16 août 2026.
  2. Gwenaël Poleyn, « Roumanie, Pologne, Lituanie… au moins 38 drones se sont écrasés sur le sol européen depuis 2022 (carte interactive) », RTBF, 16 juin 2026.
  3. Lara Seligman et Yoko Kubota, « U.S. Intel Finds Putin Could Test NATO’s Resolve With Limited Incursion », The Wall Street Journal, 6 août 2026.