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Si la Maison-Blanche peut interdire un modèle d’IA de pointe pour des raisons de sécurité nationale, comme elle l’a fait avec les modèles Fable 5 et Mythos 5 d’Anthropic, l’IA ne devrait-elle pas désormais être considérée comme une couche essentielle de toute infrastructure géopolitique ?

Oui, bien sûr. Mais l’Europe ne fait rien pour passer des bonnes intentions aux actes.

Que devrions-nous faire ?

Cessons de nous demander d’abord ce qu’il faut interdire et commençons à construire. 

Nous en avons les moyens. L’économie européenne est plus importante que celle des États-Unis. Nous sommes parfaitement capables de développer nos propres systèmes et modèles d’intelligence artificielle. Nous ne le faisons tout simplement pas.

Pourquoi ?

Parce que nous sommes trop occupés à réglementer.

Avant d’aborder la réglementation, parlons de gouvernance. L’Estonie pourrait-elle soutenir une entreprise française, comme Mistral, dans son ambition de devenir un champion européen de l’intelligence artificielle ? Plus largement, est-il réaliste d’imaginer les 27 pays de l’Union se rallier derrière une entreprise provenant d’un seul pays ?

Mistral est l’entreprise européenne la plus avancée dans la course à l’IA. Il va de soi que c’est une option que nous pouvons envisager.

Toutefois, le problème de fond est structurel. Les investisseurs européens placent leur argent aux États-Unis. Nous disposons d’une Union et d’un marché du travail largement intégrés, mais nous n’avons toujours pas de véritable marché des capitaux. Les capitaux restent fragmentés entre les 27 systèmes nationaux, chacun ayant ses propres règles, infrastructures et régulateurs. Il est bien plus difficile d’investir en Europe qu’aux États-Unis. Si vous investissez en Suède, vous êtes soumis aux règles suédoises ; en France, aux règles françaises. C’est cette fragmentation, plutôt que la question de la gouvernance, qui empêche les entreprises européennes, en particulier celles spécialisées dans l’intelligence artificielle, de se développer.

À partir du 1er juillet, l’Irlande assurera la présidence du Conseil pour les six prochains mois, et l’Union des marchés des capitaux est en tête de son agenda. Peut-on s’attendre à des avancées significatives ?

Cela dépendra avant tout de la volonté politique. La mise en place de l’Union des marchés de capitaux est clef pour l’avenir de l’Europe, tout comme l’intégration des services numériques. La libre circulation des données est tout aussi importante que celle des capitaux. Les États-Unis constituent un marché unique de plus de 300 millions d’habitants, basé sur des systèmes numériques largement unifiés. L’Europe, quant à elle, est divisée en 27 entités. Cette fragmentation se ressent au quotidien, tant pour les citoyens que pour les entreprises.

Comment faire comprendre aux gouvernements l’urgence d’une action stratégique ? Au cours de l’année écoulée, nous avons assisté à une demande d’autonomie stratégique en nette progression à travers l’Europe, et ce, au-delà des clivages politiques. Cette attente est née des signaux émanant de la Maison-Blanche.

La présidence de Donald Trump a au moins réveillé l’Europe. Il y a désormais une réelle prise de conscience de la nécessité d’une autonomie stratégique dans les domaines de la défense, du commerce et du numérique.

Le problème, c’est la lenteur de nos progrès.

Peut-être suis-je impatient parce que l’Estonie est une société entièrement numérique depuis plus de vingt ans. Notre patience envers l’Europe s’amenuise. Si je me trouve en France, je devrais pouvoir utiliser mon identité numérique estonienne pour accéder aux services publics, sans avoir à me plonger dans la paperasserie ni à en obtenir une française au préalable. Je suis citoyenne européenne. Permettre aux services numériques de fonctionner au-delà des frontières, parallèlement à une véritable Union des marchés de capitaux, donnerait à l’IA européenne une base bien plus solide pour se développer.

Vous affirmez que le réflexe qui consiste à limiter l’accès à l’IA dans les écoles est une erreur. Pourtant, de nombreux gouvernements européens, désillusionnés par l’impact des réseaux sociaux sur la jeunesse, veulent éviter que cela se reproduise avec l’IA. L’Estonie prend le contre-pied de cette tendance. Pourquoi ?

La leçon à tirer des réseaux sociaux est que nous nous sommes trop concentrés sur la technologie elle-même, ignorant son effet sur les personnes, les comportements, les relations, l’attention et la santé mentale. Nous avons supposé que la société s’adapterait naturellement. Elle s’adapte, mais lentement et péniblement. Nous essayons de ne pas commettre la même erreur avec l’intelligence artificielle. Interdire l’accès aux jeunes sans leur apprendre à adopter une attitude critique ne résout rien.

Mon enfance en Union soviétique m’a appris que l’interdiction est rarement efficace : les livres interdits étaient précisément ceux que nous voulions lire. Il en va de même pour l’IA et les réseaux sociaux : les enfants trouveront toujours un moyen de contourner les règles. Il ne s’agit donc pas de faire la police auprès d’eux. Il s’agit de réglementer les technologies et les entreprises qui les développent, tout en donnant aux jeunes les compétences nécessaires pour bien les utiliser.

Cela signifie-t-il l’absence totale de réglementation ?

Pas du tout. L’autre leçon à tirer des réseaux sociaux est que nous avons été bien trop lents à réglementer les plateformes et leurs créateurs. Avec l’IA, la réglementation doit également s’appliquer aux entreprises, à la manière dont ces systèmes sont conçus, entraînés et déployés, et pas seulement aux utilisateurs. On ne peut pas protéger les enfants par des interdictions tout en laissant les entreprises d’IA hors de cause.

Pourquoi intégrer l’IA dans les salles de classe ?

Parce que, si nous continuons à enseigner, à apprendre et à évaluer comme nous le faisons depuis des siècles, la prochaine génération pourrait se retrouver moins compétente : une grande partie de la réflexion pourrait être externalisée discrètement à la machine. Les enseignants ne seraient alors plus en mesure de déterminer si un élève a réellement appris ou s’il s’est simplement appuyé sur l’IA.

L’IA bouleverse le modèle sur lequel nous nous appuyons depuis l’instauration de la scolarité obligatoire. Nous avons toujours évalué l’apprentissage en fonction du résultat : l’enseignant transmet des connaissances (une formule, un livre) et évalue le travail à l’aide d’une dissertation ou d’un contrôle. Aujourd’hui, cette méthode ne nous apprend plus rien, car nous ne pouvons plus savoir qui a réalisé ce travail. Les contrôles standardisés et les dissertations à la maison ne servent plus à rien. La première conséquence de l’IA est donc que nous devons repenser complètement notre manière d’évaluer.

Comment cela se traduit-il dans la pratique ?

Pour être honnête, nous ne savons pas encore comment cette transformation se déroulera dans son ensemble et les universités commencent tout juste à l’étudier. En Estonie, nous avons décidé de donner les moyens d’agir aux enseignants, qui mènent eux-mêmes une grande partie de cette adaptation. Nous avons lancé une formation à grande échelle à l’IA et mis en place ce que nous appelons des « cercles d’apprentissage » : les enseignants expérimentent ces outils dans leurs propres classes, puis se réunissent pour discuter de ce qui a fonctionné et de ce qui n’a pas fonctionné, ainsi que de la manière dont ces outils transforment l’enseignement et l’apprentissage.

Y a-t-il des limites à ne pas franchir ? Existe-t-il des aspects fondamentaux de l’éducation que l’IA ne devrait jamais remplacer ?

Depuis des siècles, l’enseignement consiste à acquérir, à comprendre et à appliquer des connaissances. L’IA accomplit ces trois tâches en quelques secondes. Elle extrait les faits, fournit le contexte, génère l’explication. Ainsi, « mémoriser-comprendre-appliquer » ne peut plus constituer l’intégralité de l’apprentissage.

Ce qui importe désormais, ce sont les compétences de haut niveau. Il ne suffit plus de connaître la date du début de la Seconde Guerre mondiale. Le véritable défi consiste à établir des liens : avec l’histoire de sa propre famille, avec le monde qu’elle continue de façonner, avec la politique d’aujourd’hui. Auparavant, nous enseignions ce type de réflexion analytique et systématique tardivement, au niveau du master ou du doctorat, une fois les faits maîtrisés. Dans un monde où l’IA fournit instantanément des faits, un contexte et même une première analyse, ces capacités passent de la périphérie de l’éducation à son cœur.

Bien que l’IA puisse générer des informations instantanément, celles-ci peuvent contenir des erreurs, des biais ou des fausses informations. Elles sont produites d’une certaine manière et il n’est pas toujours possible de comprendre comment ni pourquoi elles ont été générées. Comment enseigner la pensée critique si l’IA est présente en classe ?

Vous avez raison. Mais c’est précisément pour cette raison que la pensée analytique, systématique et critique doit commencer bien plus tôt. Les écoles ne peuvent plus se contenter de transmettre des connaissances. Elles doivent apprendre aux élèves à remettre en question les informations, à établir des liens entre des idées issues de différentes disciplines, à appréhender des systèmes complexes et à évaluer des affirmations contradictoires, et ce, bien avant l’université. Paradoxalement, l’IA est un outil formidable pour développer précisément ces capacités. Bien utilisée, elle pousse les élèves à remettre en question leurs a priori, à tester des arguments et à relier différents domaines de connaissances. C’est la raison pour laquelle nous l’avons introduite, non pas pour la technologie en soi, mais pour l’acquisition de compétences de haut niveau.

Certaines études suggèrent qu’une utilisation intensive de l’IA pourrait entraîner l’atrophie de certaines fonctions cognitives, comme un muscle non entraîné. Cette perspective vous inquiète-t-elle pour les enfants ?

Si un enfant ne dispose pas de compétences en matière d’esprit critique, d’analyse ou de pensée systémique, il n’est pas armé pour utiliser l’IA. C’est la raison pour laquelle nous n’introduisons pas l’IA dès le plus jeune âge. En Estonie, les élèves commencent à l’âge de treize ans, en cinquième, âge auquel les bases devraient être posées.

Le rôle de l’école primaire ne se limite plus à la transmission de connaissances, mais consiste également à apprendre aux enfants à remettre en question les informations, à en juger la fiabilité, à comprendre leur provenance et leur finalité. Sans cela, ils accepteront les réponses de l’IA sans réserve. Et cela ne concerne pas seulement les enfants : de nombreux adultes sont confrontés à la désinformation parce que leur scolarité ne leur a jamais appris à poser les questions fondamentales : « Qui a produit cela ? D’où cela vient-il ? À quoi cela sert-il ? »

C’est avec OpenAI que vous avez développé le modèle d’IA utilisé dans le système scolaire estonien. Qu’en est-il de la souveraineté ?

Notre approche était soumise à une condition non négociable : les données ne devaient pas être hébergées sur des serveurs américains. Conformément au cadre européen, elles sont stockées en Europe. Nous avons également négocié des conditions spécifiques en matière de gouvernance des données : tout ce qui est généré par les élèves ou les enseignants nous appartient et ne peut pas être utilisé pour entraîner les modèles d’OpenAI.

Ce partenariat fonctionne parce que les deux parties y trouvent clairement leur intérêt. Nous voulons un outil qui favorise un véritable apprentissage plutôt que de fournir des réponses toutes faites, tandis qu’OpenAI souhaite développer et tester des solutions d’IA efficaces pour l’éducation. Nous avons également contacté d’autres acteurs, comme Mistral, mais à l’époque, ils ne disposaient d’aucun produit éducatif prêt à répondre à nos besoins.

Qu’en est-il de l’outil lui-même ?

Nous ne nous contentons pas de mettre à la disposition des élèves une IA à usage général. Beaucoup utilisent déjà ChatGPT, et il serait naïf de prétendre pouvoir les en empêcher. La vraie question est de savoir quel type d’IA une école devrait proposer. Ce que nous avons développé avec OpenAI est conçu pour l’éducation : il encourage la réflexion plutôt que de fournir des réponses instantanées. Il se comporte comme un tuteur socratique, guidant les élèves dans leur propre raisonnement, les poussant à l’analyse, à la réflexion et à la métacognition, plutôt que de se contenter de produire un résultat.

Il y a un mouvement de rejet de l’IA, aux États-Unis, surtout parmi les jeunes diplômés inquiets pour leur avenir professionnel. Observez-vous ce phénomène en Estonie ?

Non.

Je ne crois pas que l’IA détruira les emplois humains, elle les transformera. Et cela signifie que les universités doivent elles aussi évoluer.

Pensez à l’imprimerie au XVe siècle. Elle a transformé la diffusion du savoir et rendu possibles des formes de vie sociale et politique entièrement nouvelles. L’IA aura le même effet sur le fonctionnement de nos sociétés et sur le travail que font les gens. C’est à nous de piloter cette transformation et de placer l’être humain en son centre. L’éducation est l’un des principaux moyens d’y parvenir. Si nous échouons, nous risquons de graves perturbations non seulement pour nos économies, mais aussi pour nos démocraties.

Nous avons entamé notre discussion en abordant les thèmes du droit et de la démocratie. Ne pensez-vous pas que cette concentration de pouvoir sans précédent entraînera une perte d’autonomie face à la puissance de la technologie ? Est-ce là le plus grand risque ?

À mon sens, le plus grand risque n’est pas que l’IA devienne plus performante. Le plus grand risque est que la pensée humaine n’évolue pas de pair avec elle. Si nous interdisons l’IA et continuons à enseigner comme nous l’avons toujours fait, nous risquons d’affaiblir plutôt que de renforcer notre capacité à penser.

Le danger est que les capacités cognitives humaines stagnent, tandis que la technologie continue de progresser. C’est pourquoi l’éducation doit changer. Si, dans dix ans, un jeune de 18 ans s’appuie entièrement sur l’IA pour s’informer et se forger une opinion, nos systèmes éducatifs auront échoué.

Vous pensez qu’une réforme en profondeur est nécessaire. Mais est-ce encore possible ?

Il y a une leçon à tirer et elle nous vient d’Ukraine, qui a démontré à maintes reprises son extraordinaire capacité à surprendre.

Peu de gens s’attendaient à ce qu’elle résiste à l’invasion russe pendant plus de quelques semaines. Pourtant, elle l’a fait.

Ce qui est encore plus remarquable, c’est que, tout en menant une guerre à grande échelle, l’Ukraine a poursuivi ses réformes. Elle a mené à bien une réforme judiciaire, mis en œuvre des mesures de lutte contre la corruption, modifié ses systèmes d’éducation et de recherche, et engagé les réformes nécessaires à son adhésion à l’Union. C’est une réussite extraordinaire.

Il en va de même sur le plan militaire. L’Ukraine s’est dotée de l’une des capacités de drones les plus avancées au monde et a démontré qu’elle était capable de frapper des cibles situées en profondeur sur le territoire russe. À maintes reprises, elle a accompli des exploits que beaucoup jugeaient impossibles.

L’Estonie a été l’un des plus forts soutiens de l’Ukraine dès le début de l’invasion russe. La situation militaire évoluant en faveur de Kiev, y a-t-il désormais une ouverture pour la négociation ?

Je ne doute plus de la capacité de l’Ukraine à contraindre la Russie à se rendre. La véritable question, à mon sens, n’est pas de savoir si l’Ukraine est capable d’y parvenir. Il s’agit de savoir si l’Europe est prête à une telle issue.

Je ne pense pas que nous ayons sérieusement réfléchi à ce qu’une capitulation russe signifierait pour la sécurité de l’Europe, ses institutions et l’avenir du continent.

Qu’est-ce que cela signifierait ?

Aujourd’hui, la réflexion européenne reste en grande partie façonnée par l’hypothèse selon laquelle la Russie est un agresseur puissant et imparable. Ce n’est plus ainsi que de nombreux Ukrainiens perçoivent la situation. Ils considèrent de plus en plus la Russie comme un pays en déclin, qui perd progressivement la guerre.

Si cette analyse est correcte, alors l’Europe doit elle aussi commencer à raisonner en ces termes. Nous devrions nous préparer non seulement à soutenir l’Ukraine pendant la guerre, mais aussi à imaginer à quoi ressemblerait l’ordre européen d’après-guerre si la Russie était vaincue. Cela nécessiterait une approche fondamentalement différente concernant la future architecture de sécurité de l’Europe.

Les Européens devraient-ils rétablir le dialogue avec la Russie ?

Non.

Même pas après la guerre ?

Ce serait une autre question.

Nous devons avoir la confiance nécessaire pour croire que c’est l’Europe, et non la Russie, qui définira l’architecture de sécurité d’après-guerre, en collaboration avec l’Ukraine. En fait, je formulerais cela autrement : l’Ukraine en collaboration avec l’Europe.

C’est pourquoi je ne vois pas l’intérêt de négocier avec la Russie aujourd’hui. L’Ukraine, avec l’Europe, est capable de gagner cette guerre. Je n’ai plus aucun doute à ce sujet.

Là encore, le véritable défi ne réside pas dans nos capacités, mais dans notre état d’esprit. Nous sous-estimons encore notre propre force.

En quoi ?

Le groupe nordique-balte en est la preuve. Ensemble, ces huit pays sont les plus grands soutiens de l’Ukraine par rapport à la taille de leurs économies et de leurs populations. Nos économies combinées ont à peu près la même taille que celle de la Russie, pour une population d’environ 36 millions d’habitants seulement. L’Europe est un acteur bien plus puissant qu’elle ne le croit.

L’Europe est-elle freinée par un manque de vision pour l’avenir, qui favoriserait sa « vassalisation heureuse » par les États-Unis ?

Je pense que l’Europe reste façonnée par l’ordre de sécurité de l’après-Seconde Guerre mondiale, dans lequel notre défense s’est entièrement articulée autour des États-Unis. Cet héritage nous empêche de reconnaître que nous sommes également capables d’assurer notre propre sécurité.

Il s’agit fondamentalement d’une question de mentalité, et non de capacité. Nous en avons les moyens. Depuis soixante-dix ans, cependant, les Européens partent du principe que leur sécurité dépend en dernier ressort des États-Unis. Les États-Unis restent un allié indispensable, mais l’Europe est également capable d’assumer une plus grande responsabilité dans sa propre défense.

Pour les pays nordiques et baltes, cette guerre ne concerne pas seulement la Russie. Il s’agit de défendre la démocratie, la souveraineté nationale et le droit des nations à déterminer leur propre avenir. Ce que nous rejetons, c’est l’idée que les grandes puissances puissent décider du sort des petits pays sans les consulter.

C’est ce que la Russie remet fondamentalement en cause. Cette guerre porte sur les principes d’autodétermination, de souveraineté et de liberté, des valeurs que la Russie rejette et cherche activement à miner.

C’est pourquoi je crois que l’Europe est capable de l’emporter. Le véritable obstacle n’est pas notre puissance militaire ou économique. Il s’agit de savoir si nous sommes prêts à croire en nos propres capacités.