Le Sea Power a suscité une ample littérature historique et critique, notamment aux États-Unis — pays qui a méthodiquement construit, à partir de l’extrême fin du XIXe siècle, une marine propre à dominer les mers du monde. 

Alors que le détroit d’Ormuz est bloqué, menaçant de provoquer une crise mondiale à l’issue incertaine, nous proposons une sélection de dix ouvrages pour comprendre la généalogie de la notion de puissance maritime et ses manifestations contemporaines.

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Quatre classiques

Alfred Thayer Mahan, The Influence of Sea Power upon History, 1660–1783, Cambridge University Press, 2010 (1890)

Alfred Thayer Mahan, The Influence of Sea Power upon History, 1660–1783, Cambridge University Press, 2010 (1890)

« Officier de marine américain, Alfred Thayer Mahan (1840-1914) est considéré comme l’un des plus importants stratèges navals du XIXe siècle. En 1885, il fut nommé maître de conférences en histoire et tactique navales à l’US Naval War College, dont il devint président entre 1886 et 1889. 

Cet ouvrage très influent, publié pour la première fois en 1890, contient l’analyse de Mahan sur la guerre et les tactiques navales entre 1660 et 1783. Mahan examine et analyse les facteurs qui ont conduit à la domination navale britannique au XVIIIe siècle et recommande diverses stratégies s’en inspirant.

Son ouvrage a été étudié de près par les puissances militaires contemporaines, et ses tactiques ont été adoptées par de nombreuses marines importantes dans les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale. Ce livre est considéré comme l’un des ouvrages les plus influents sur la stratégie navale et est inestimable pour l’étude de la guerre navale avant et pendant la Première Guerre mondiale. »

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Sir Walter Raleigh, Judicious and select essayes and observations upon the first invention of shipping, invasive war, the Navy Royal and sea-service : with his apologie for his voyage to Guiana (1650)

Sir Walter Raleigh, Judicious and select essayes and observations upon the first invention of shipping, invasive war, the Navy Royal and sea-service  : with his apologie for his voyage to Guiana (1650)

« For whosoever commands the Sea, Commands the Trade : whosoever Commands the Trade of the world : Commands the Riches of the world and consequently the world it self. » 1

Cette formule — l’une des maximes géopolitiques les plus marquantes de l’histoire — a été écrite par un homme en prison.

Sir Walter Raleigh incarne à lui seul toutes les contradictions de l’Angleterre élisabéthaine : corsaire et poète, explorateur et législateur, colonisateur de la Virginie et condamné à mort par le successeur de la reine qu’il avait servie. Emprisonné dans la Tour de Londres de 1603 à 1616, il rédigea ces quatre essais. Il fut exécuté en 1618.

Ce volume posthume rassemble les quatre grands textes de sa pensée maritime : l’Invention of Shipping, méditation sur la puissance navale comme condition de toute domination mondiale ; la Misery of Invasive Warre, réflexion sur les limites de la force ; le Navy Royall and Sea-Service, programme systématique pour une marine impériale ; et l’Apologie, plaidoyer bouleversant adressé à Jacques Ier pour justifier son dernier voyage en Guyane.

Trois siècles avant Mahan, et deux siècles avant que la Royal Navy ne soit à son apogée, Raleigh avait compris ce que nos contemporains redécouvrent douloureusement : la mer n’est pas un simple contour de la géopolitique, c’est son essence même.

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Carl Schmitt, Land und Meer. Eine weltgeschichtliche Betrachtung, Reclam, 1942

Carl Schmitt, Land und Meer. Eine weltgeschichtliche Betrachtung, Reclam, 1942

« La terre et la mer : les conditions élémentaires de l’existence et de l’action humaines déterminent le caractère des ordres du droit international et des guerres. Les différentes conceptions des nations et des hommes d’État en matière de politique, de guerre, d’hostilité, de droit et d’humanité trouvent leur origine dans leur propre rapport à l’espace.

Publié pour la première fois en 1942, cet ouvrage inaugure l’œuvre tardive de Carl Schmitt. Qu’est-ce que le « nomos de la terre » et une paix mondiale est-elle possible ? L’histoire nous est ici présentée comme un conflit entre les « marchands de terre » et les « moussaillons ». Elle atteint son apogée dans la lutte entre l’Angleterre et la France sous Napoléon. »

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Hervé Coutau-Bégarie, La Puissance maritime : Castex et la stratégie navale, Fayard, 1985

Hervé Coutau-Bégarie, La Puissance maritime  : Castex et la stratégie navale, Fayard, 1985

Protection des routes pétrolières, guerre des Malouines, avenir de la Nouvelle-Calédonie, multiplication des sous-marins nucléaires : à l’évidence, la course aux armements autant que la sécurité internationale n’ont pas épargné la mer. Les Etats-Unis sont aujourd’hui tentés par un désengagement vis-à-vis de l’Europe et un retour à une stratégie océanique, tandis que la flotte soviétique qu’on ne voyait jamais en haute mer il y a vingt ans, croise sur tous les océans. Plus que jamais s’impose une réflexion sur la stratégie et la géopolitique navale.

Cet effort n’a guère été fait par les analystes actuels ; il convient donc, à leur suite, de redécouvrir les précurseurs, particulièrement l’amiral français Castex (1878-1968). Castex a, dans ses Théories stratégiques, synthétisé tous les aspects de la stratégie et de la géopolitique navales. Au-delà de la partie périssable de l’oeuvre, demeure aujourd’hui une pensée d’une extraordinaire richesse qui apporte des éléments de réponse aux préoccupations du présent et ouvre la voie à une théorie à la fois stratégique et géopolitique de la puissance maritime à l’âge nucléaire.

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Huit études contemporaines

Nicholas A. Lambert, The Neptune Factor : Alfred Thayer Mahan and the Concept of Sea Power, Naval Institute Press, 2024

Nicholas A. Lambert, The Neptune Factor  : Alfred Thayer Mahan and the Concept of Sea Power, Naval Institute Press, 2024

« The Neptune Factor est la biographie d’une idée, celle de « puissance maritime » (Sea Power), concept inventé par le capitaine Alfred T. Mahan et fil conducteur de son œuvre. Son argument central était que l’issue des rivalités maritimes a façonné de manière décisive le cours de l’histoire moderne. Bien que les travaux de Mahan aient longtemps été considérés comme fondamentaux pour toute étude systématique de la puissance navale, The Neptune Factor est la première tentative d’expliquer comment la définition de la puissance maritime donnée par Mahan a évolué au fil du temps.

Loin de présenter la puissance maritime en termes de combat, comme on le pense souvent, Mahan l’a conceptualisée en termes économiques. Partant de la conviction que le commerce international transitant à travers les océans du monde était le plus grand moteur de la richesse nationale, et donc de la puissance, dans l’histoire, Mahan a expliqué la puissance maritime en termes de régulation de l’accès au « bien commun » et d’influence sur les flux du commerce transocéanique. Une nation possédant la puissance maritime pouvait non seulement protéger son propre commerce et celui de ses alliés, mais aussi s’efforcer de refuser l’accès au bien commun à ses ennemis et concurrents.

Pionnier de ce que l’on appelle aujourd’hui la première ère de la mondialisation, qui s’est étendue de la fin du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale, Mahan a également identifié la dépendance croissante des économies nationales à l’égard d’un accès ininterrompu à un système commercial mondial interconnecté. 

La compréhension de la relation cruciale entre les marines et l’économie internationale n’est pas la seule raison pour laquelle les idées de Mahan restent — ou plutôt sont redevenues — si importantes. Il écrivait dans et sur un monde multipolaire, où l’hégémon régnant était confronté à de nouveaux challengers et où la confusion et l’incertitude régnaient en raison des changements technologiques rapides et des bouleversements sociaux profonds. Mahan estimait que la marine américaine devait au peuple américain une explication convaincante des raisons pour lesquelles elle méritait son soutien et son argent. Son œuvre vaste, très documentée et extrêmement sophistiquée sur la puissance maritime constituait sa tentative d’apporter cette explication. Mahan reste aujourd’hui aussi pertinent et nécessaire qu’il l’était il y a plus d’un siècle. »

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James Stavridis, Sea Power : The History and Geopolitics of the World’s Oceans, New York, Penguin, 2017

James Stavridis, Sea Power  : The History and Geopolitics of the World’s Oceans, New York, Penguin, 2017

« Depuis l’époque où les Grecs et les Perses s’affrontaient en Méditerranée, la puissance maritime a déterminé la puissance mondiale. Bien qu’on le sous-estime souvent, c’est toujours le cas aujourd’hui. Dans Sea Power, l’amiral James Stavridis nous emmène dans un tour du monde des océans depuis son fauteuil d’amiral, nous montrant comment la géographie des océans a façonné le destin des nations, et comment la puissance navale a, dans un sens réel, façonné le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et façonnera le monde dans lequel nous vivrons demain.

Sea Power est avant tout une histoire navale, qui nous offre un regard neuf sur les grandes batailles navales, de Salamine et Lépante à Trafalgar, en passant par la bataille de l’Atlantique et les conflits sous-marins de la guerre froide. C’est également une analyse des sites susceptibles d’accueillir nos prochains conflits navals majeurs, en particulier l’océan Arctique, la Méditerranée orientale et la mer de Chine méridionale. Enfin, Sea Power prend du recul pour offrir une vision globale des fléaux qui touchent nos océans, de la piraterie à la pollution.

Lorsque la plupart d’entre nous regardons un globe terrestre, nous nous concentrons sur la forme des sept continents. L’amiral Stavridis voit les formes des sept mers. Après avoir lu Sea Power, vous les verrez aussi. »

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Colin Flint, Near and Far Waters : The Geopolitics of Seapower, Stanford University Press, 2024

Colin Flint, Near and Far Waters  : The Geopolitics of Seapower, Stanford University Press, 2024

« Colin Flint met en évidence la géographie de la puissance maritime comme une lutte dynamique et continue pour obtenir le contrôle des eaux proches (les parties des océans proches du littoral d’un pays) et des eaux lointaines (les parties des océans au-delà de l’horizon et qui bordent les côtes d’autres pays). Remettant en question les récits conventionnels de la géopolitique, Near and Far Waters offre une introduction accessible à la combinaison des relations économiques et politiques qui sont à l’origine et au débouché du développement de la puissance maritime pour contrôler les eaux proches et projeter sa force dans les eaux lointaines.

En examinant l’histoire de trois puissances navales (les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et les États-Unis), cet ouvrage résume les modèles passés et présents de la puissance maritime et leur tendance à déclencher des conflits et des guerres en chaîne. Il éclaire le fonctionnement de la géopolitique, l’importance de la puissance maritime dans la concurrence économique, les motivations qui sous-tendent la volonté de la Chine de devenir une puissance navale mondiale et les risques de guerres actuelles et futures. Colin Flint exhorte les lecteurs à prendre au sérieux le dilemme des eaux proches et lointaines comme une clé de compréhension alternative de la politique mondiale. »

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Arnaud Orain, Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIᵉ – XXIᵉ siècle), Flammarion, 2025

Arnaud Orain, Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIᵉ – XXIᵉ siècle), Flammarion, 2025

« L’utopie néolibérale d’une croissance globale et continue des richesses est désormais derrière nous. Mais le capitalisme n’est pas mort pour autant. Sa forme actuelle n’est ni réellement nouvelle ni totalement inconnue, car elle est propre à tous les âges où domine le sentiment angoissant d’un monde « fini », borné et limité, qu’il faut s’accaparer dans la précipitation. Ce capitalisme se caractérise par la privatisation et la militarisation des mers, un « commerce » monopolistique et rentier qui s’exerce au sein d’empires territoriaux, l’appropriation des espaces physiques et cyber par de gigantesques compagnies privées aux prérogatives souveraines, qui dictent leurs rythmes.

Dans cet essai, Arnaud Orain dévoile ce « capitalisme de la finitude » et en éclaire les mécanismes aux trois périodes où il s’épanouit : XVIᵉ – XVIIIᵉ siècle, 1880-1945, 2010 à nos jours. L’auteur offre une toute nouvelle perspective sur l’histoire mondiale et éclaire les grands enjeux de notre temps. »

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Lire la pièce de doctrine d’Arnaud Orain dans la revue

Lire le compte rendu de Branko Milanovic dans la revue

Thibault Lavernhe et François-Olivier Corman, Vaincre en mer au XXIe siècle, Les Équateurs, 2024

Thibault Lavernhe et François-Olivier Corman, Vaincre en mer au XXIe siècle, Les Équateurs, 2024

« À l’heure où le combat naval entre marines de guerre redevient une « hypothèse de travail » plausible, force est de constater qu’il n’existe aucun ouvrage récent pour en cerner les enjeux tactiques, alors même que le besoin d’investissement intellectuel dans ce domaine n’a jamais été aussi pressant.

C’est à cette tâche, à la fois théorique et pratique, que deux officiers de marine s’attèlent. Théoriciens, ils identifient un cinquième âge de la conflictualité navale qui succède, sans les effacer totalement, aux âges de la voile, du canon, de l’avion et du missile. Cet âge, c’est celui de la robotique, irrigué par le numérique, où les machines remplacent toujours plus les hommes. Praticiens du combat naval, ils démêlent les invariants et les inflexions de la guerre sur mer, en puisant largement dans l’histoire navale universelle et en rappelant nombre d’épisodes parfois oubliés.

Les deux auteurs délivrent ainsi un traité de tactique navale générale, nourri par l’histoire, adapté au présent des flottes de guerre modernes et résolument tourné vers l’avenir de la conflictualité en mer. »

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Nicolas Vaujour, Les guerres des mers : la Marine française au cœur des nouveaux enjeux du monde, Tallandier, 2026

Nicolas Vaujour, Les guerres des mers  : la Marine française au cœur des nouveaux enjeux du monde, Tallandier, 2026

« Pour la première fois, un chef d’état-major de la Marine en exercice prend la plume. Il dresse un état des lieux des nouvelles menaces et explique le rôle essentiel de la Marine nationale dans cette nouvelle ère d’affirmation des puissances.

Disposant du deuxième domaine maritime mondial, la France tient son rang au sein des marines internationales et de l’OTAN. Alors que plus de 90 % des échanges commerciaux et des flux de communication passent aujourd’hui par les mers, les défis sont considérables. Défis technologiques et humains d’abord, avec des navires et des équipements exigeant des compétences nucléaires, numériques et de cybersécurité de plus en plus sophistiquées. Défis géopolitiques aussi, car les démonstrations de forces navales russes et chinoises en mer sont quotidiennes. 

Défis environnementaux enfin, car l’intensité des événements climatiques augmente tandis que le réchauffement ouvre de nouvelles voies de navigation, notamment en Arctique. La Marine nationale est aux avant-postes de toutes ces mutations pour protéger les intérêts de la France et des Français. »

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Bruce A. Elleman, Principles of Maritime Power, Bloomsbury, 2022

Bruce A. Elleman, Principles of Maritime Power, Bloomsbury, 2022

« Les puissances maritimes dominent la planète, depuis l’empire britannique du XIXe siècle jusqu’à la domination américaine après la Seconde Guerre mondiale. Dans une large mesure, leur contrôle du globe repose sur leur contrôle des mers. 

Cet ouvrage cherche à examiner les forces et les faiblesses de la puissance maritime, avec des chapitres spécifiques consacrés aux mutineries, aux blocus, aux coalitions, à la piraterie, aux guerres expéditionnaires, aux raids commerciaux et aux opérations de soft power, mais aussi une discussion plus large sur les caractéristiques de la puissance maritime telles que le contrôle des mers, le déni d’accès maritime et la concurrence entre les puissances terrestres et maritimes. 

Les conclusions examinent comment de nombreux autres pays, notamment la Russie pendant la guerre froide et la République populaire de Chine aujourd’hui, ont utilisé ou cherchent à utiliser la puissance maritime pour revendiquer l’hégémonie régionale, puis finalement mondiale. »

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Geoffrey Till, How to Grow a Navy The Development of Maritime Power, Routledge, 2023

Geoffrey Till, How to Grow a Navy The Development of Maritime Power, Routledge, 2023

« Les marines n’ont jamais été aussi importantes qu’aujourd’hui. La concurrence croissante entre la Chine et la Russie d’une part, et les États-Unis et leurs alliés et partenaires dans le monde entier d’autre part, se joue essentiellement en mer. La mer est également au cœur du système commercial mondialisé et de la lutte environnementale. La plupart des crises actuelles sont soit liées à la mer ou comportent un élément maritime essentiel. Ce qui se passe en mer contribuera à façonner notre avenir. 

Dans ce contexte, cet ouvrage s’appuie à la fois sur l’histoire et sur l’actualité pour analyser comment la puissance maritime et la force navale se sont développées et continuent de se développer. Dans un style accessible, il cherche à montrer ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné, et à mettre en évidence les schémas récurrents dans le développement maritime et naval qui expliquent les succès et les échecs passés, présents et futurs. Il s’appuie sur l’expérience historique de toutes les marines, mais pose en particulier la question de savoir si la Chine suit le même modèle de développement naval que celui illustré par la Grande-Bretagne au début du XVIIIe siècle, qui a conduit à deux siècles de domination navale. »

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Sources
  1. « Car celui qui contrôle la mer contrôle le commerce ; celui qui contrôle le commerce mondial contrôle les richesses du monde et, par conséquent, le monde lui-même. »