Les craintes d’une perturbation longue des approvisionnements en pétrole ont fait bondir le prix du Brent, qui a frôlé les 120 dollars par baril à l’ouverture des marchés aujourd’hui, lundi 9 mars, mais également d’autres références comme l’Oural russe, qui a dépassé vendredi 6 mars les 90 dollars par baril, selon le portail ukrainien MinFin.
Le pétrole se trouve aujourd’hui à son prix le plus élevé depuis l’été 2022.
- Environ 20 millions de barils par jour de pétrole et de produits pétroliers, soit environ un cinquième de la consommation mondiale, transitent par le détroit d’Ormuz.
- À cela s’ajoutent les exportations de gaz naturel liquéfié du Qatar et des Émirats arabes unis, soit environ 20 % du commerce mondial de GNL.
Depuis le 28 février, quatre pays parmi les principaux producteurs au monde ont réduit ou complètement cessé leur production, au lundi 9 mars : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Koweït.
- Faute de pouvoir emprunter le détroit d’Ormuz en raison de la menace que font peser les Gardiens de la révolution sur les navires commerciaux, les réserves des pays producteurs sont désormais pleines, et ne peuvent plus charger leur pétrole.
- Parallèlement, les infrastructures iraniennes font l’objet de frappes israéliennes et les infrastructures pétrolières des pays de la région sont visées en représailles. L’Arabie saoudite a déclaré avoir intercepté cinq drones se dirigeant vers le gisement de Shayba, dimanche 8 février, et le régime iranien a indiqué qu’il frapperait les sites pétroliers de ses voisins si les bombardements israéliens sur ses propres sites se poursuivaient.
- Selon des sources citées par Axios, les frappes menées samedi par Israël contre 30 dépôts de carburant en Iran ont largement dépassé les anticipations des États-Unis 1.
Les frappes sur les ports, pétroliers, dépôts et sites logistiques liés à la production et à l’exportation de pétrole devraient perturber les marchés pendant au moins plusieurs semaines. L’analyste d’Energy Outlook Advisors Anas Alhajji estime que si le conflit prenait fin aujourd’hui, il faudrait au moins deux semaines pour rétablir le trafic maritime dans le Golfe et deux mois pour ramener la production à son niveau pré-guerre 2.
- Fitch Ratings note toutefois que la fermeture du détroit d’Ormuz sera probablement temporaire, quelle que soit la durée du conflit.
La hausse du prix du baril a des répercussions au niveau mondial.
- Le FMI estime que chaque hausse de 10 % du prix du pétrole entraîne une hausse de 40 points de base de l’inflation globale et une baisse de 0,1 à 0,2 % de la production mondiale 3.
Aux États-Unis, le prix de l’essence payée à la pompe a déjà connu une hausse de 17 % depuis le début de la guerre, le 28 février, et a atteint aujourd’hui 3,48 dollars par gallon — son niveau le plus élevé depuis 2024.
- Les consommateurs américains sont particulièrement exposés, car la réserve stratégique de pétrole du pays se situe actuellement à 415 millions de barils (pour une capacité maximale de 714 millions), soit environ 20 jours de consommation totale, à la suite des prélèvements de l’administration Biden.
- Donald Trump avait déclaré en début de semaine passée qu’il ne prévoyait pas de prélèvements 4, mais que d’autres mesures pourraient être envisagées, comme fournir une escorte militaire aux pétroliers empruntant le détroit, assurer les pétroliers ou bien négocier des contrats à terme sur le pétrole pour contenir les prix 5.
L’Asie pourrait connaître aussi une hausse substantielle des prix de l’essence, celle-ci étant la région qui dépend le plus du brut transitant par Ormuz.
- La Thaïlande, la Corée du Sud et les Philippines sont les pays les plus exposés à des chocs pétroliers en raison de leur balance commerciale pétrolière nette et de leur dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient 6.
- Le Japon importe 95 % de son pétrole du Moyen-Orient, et ses deux principaux fournisseurs sont les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.
- La Chine, qui a perdu avec la guerre en Iran une source d’approvisionnement bon marché après le Venezuela, est également particulièrement vulnérable.
En tant qu’importateur net de pétrole, l’Europe est également très exposée.
- Quatre ans après la crise énergétique de 2022, le continent se retrouve dans une position étrangement vulnérable, ayant remplacé la dépendance au gaz russe par pipeline par une dépendance au GNL.
- Si les pays européens sont moins dépendants du pétrole et du GNL du Golfe, l’Europe se retrouve particulièrement affectée, car elle entre en concurrence avec les acheteurs asiatiques pour son approvisionnement en gaz sur les marchés spot, un scénario similaire à ce qui s’est passé en 2022 et 2023.
Les ministres des Finances des pays du G7 se réunissent aujourd’hui, lundi 9 mars, pour discuter d’une libération conjointe des réserves de pétrole coordonnée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) 7.
- Des sources proches de responsables américains évoquent une potentielle libération de 300 à 400 millions de barils, soit environ un quart des barils en réserve dans les pays du G7.
- Une telle opération représenterait la libération collective de pétrole la plus importante de l’histoire depuis la première réalisée en 1991, durant la guerre du Golfe, lorsqu’environ 75 millions de barils avaient été libérés.
Sources
- Barak Ravid et Marc Caputo, « U.S. dismayed by Israel’s Iran fuel strikes, sources say », Axios, 8 mars 2026.
- Michael Amon, « Two Months for Gulf Oil Output to Fully Return After War Ends, Analyst Says », The Wall Street Journal, 8 mars 2026.
- Keynote Speech by IMF Managing Director Kristalina Georgieva at Japan’s Ministry of Finance’s « Future of the Global Economy amid a Fluid International Economic and Monetary Order » Symposium in Tokyo, Japan, Fonds monétaire international, 9 mars 2026.
- Ari Natter, « US Has No Immediate Plan to Tap Oil Reserve on Iran Concerns », Bloomberg, 3 mars 2026.
- Jennifer A Dlouhy, « Trump Administration Eyes All Options to Tame Oil Prices », Bloomberg, 5 mars 2026.
- Mitsuru Obe et Jada Nagumo, « Asia stocks dive as crude oil spikes on Iran crisis », Nikkei Asia, 9 mars 2026.
- Demetri Sevastopulo, Myles McCormick, James Politi et Jamie Smyth, « G7 to discuss joint release of emergency oil reserves », Financial Times, 9 mars 2026.